Création et évolution
La première école Diwan a été créée en
1977 à
Lampaul-Ploudalmezeau (
Finistère), à l'initiative de René L'Hostis, musicien et militant à la
CGT et à l'
UDB, devant l’absence quasi-totale du
breton du
système éducatif français. Il a convaincu « une dizaine de familles », le conseil municipal et « le sénateur Alphonse Arzel (
[Site du Sénat français En fait, Alphonse Arzel ne devient sénateur qu'en 1980 ]
) d'ouvrir une école maternelle tout en breton ». Le nom choisi, «
Diwan », veut dire «
germe ».
Cette école maternelle, où les enfants sont scolarisés en breton, a été organisée selon le modèle des autres écoles associatives en Europe : ikastolas basques, calandretas occitanes, La Bressola catalane, etc. Elle s'installe dans les locaux publics d'une ancienne école, fermée depuis cinq ans, que la commune a accepté de louer en décembre 1976, « à condition de les transformer en un centre breton de la petite enfance ». La première promotion ne compte que cinq élèves[Voir « Histoire chronologique du mouvement d'affirmation de l'Identité bretonne (1788-2002) (« Emsav » en langue bretonne) Page 8 » ]
sur le site de la Maison de l'Histoire de la Bretagne[Jean Guéguéniat, adjoint au Maire de Brest, Frankiz Breizh (membre de Régions et Peuples Solidaires), « Pour la langue bretonne, un combat politique ! » ]
, n°25 de Salvaterra, 1999.
Le premier président de Diwan est le chanteur, musicien et libraire Gweltaz ar Fur, qui occupe ces fonctions jusqu'en 1980[Jérémie Pierre Jouan, Gweltaz ar Fur ]
.
René L'Hostis lui succède à ce poste et reste président de Diwan jusqu'en 1986[Christophe Pluchon,« Reun An Ostis : les écoles Diwan s'exportent en Tunisie » ]
.
Parmi les premiers membres de l'association se trouve également André Lavanant (né en 1951 à Plabennec), secrétaire de l'association en 1980, trésorier en 1981-1982, puis président de 1983 à 1989 et de 1991 à 1997[Biographie des membres de l'Ordre de l'Hermine ]
.
Des établissements de plus en plus nombreux
Cette première école est suivie d'autres écoles maternelles, d'une première école primaire en
1980, du premier collège en
1988 et du premier lycée créé en septembre
1994 au
Relecq-Kerhuon (
Brest) avant d'être déplacé à
Carhaix.
En septembre 1995, un second collège est ouvert à Plésidy (Côtes-d'Armor). Deux autres suivent, à Quimper (Finistère) et à Ploemeur (Morbihan), ce dernier s'installant ensuite à Vannes (Morbihan).
À la rentrée 2002, Diwan compte 33 écoles, 4 collèges et 1 lycée, employant quelque 250 personnes, dont 130 à plein temps[Voir « La région Bretagne continuera à subventionner Diwan » ]
, Brest, 6 septembre 2002, dans « L'affaire Diwan (3) ».
En septembre 2004, une école maternelle a ouvert ses portes dans le 14 arrondissement de Paris, à l'instigation de Claude Nadeau, une musicienne de 29 ans, qui a réussi à obtenir l'aide financière d'entrepreneurs bretons, comme Patrick Le Lay. La première année, elle accueille quinze enfants[Voir la revue de presse ]
de l'école Diwan de Paris.
Une nouvelle école est ouverte à Louannec en septembre 2006, et une autre à La Chapelle-Neuve[« La Chapelle-Neuve : l'école Diwan a ouvert hier » ]
, reproduction d'un article paru dans le Télégramme de Brest du 29 août 2006 sur le site de l'association Diwan Breizh.. À la même époque, une annexe du collège du Relecq-Kerhuon est installée à Guissény[Voir « Pays de Brest: une bonne rentrée dans l'enseignement bilingue » ]
, Brest, le 13 septembre 2006.
En novembre 2006, au niveau maternel et élémentaire, l'association compte :
- 16 écoles dans le Finistère (à Bannalec, Brest, Carhaix-Plouguer, Commana, Crozon, Landerneau, Lesneven, Morlaix, Plabennec, Ploudalmézeau, Quimper, Quimperlé, Saint-Pol-de-Léon et Trégunc),
- 7 dans le Morbihan (à Auray, Baud, Le Faouët, Lorient, Pontivy, Questembert et Vannes),
- 6 dans les Côtes-d'Armor (à Dinan, Guingamp, La Chapelle-Neuve, Lannion, Louannec, Paimpol et Saint-Brieuc),
- 3 en Loire-Atlantique (à Nantes, Saint-Nazaire et Guérande),
- 1 en Ille-et-Vilaine (à Rennes)
[Voir « Les écoles bilingues breton-français — Écoles Diwan » ]
- 1 à Paris.
En septembre
2007 Diwan a ouvert une autre école à
Chateaulin, la 17 dans le Finistère. Diwan compte alors 36 écoles, 5 collèges et 1 lycée
[Voir « Diwan fête ses 30 ans! » ]
- Site des Côtes d'Armor.
Diwan prévoit également la création d'un collège en Loire-Atlantique, qui doit ouvrir ses portes en septembre 2008[Voir « Création d'un collège Diwan en Loire-Atlantique » ]
sur le site de l'Agence Bretagne presse.
Des effectifs en hausse constante
En
2001, dans les cinq départements de la
Bretagne historique, 7365 élèves suivent un enseignement bilingue, dont 2609 dans les écoles Diwan contre 2628 dans l'enseignement public et 2128 dans l'enseignement privé catholique. Sur les 2609 élèves inscrits dans une école Diwan, 1502 étudient dans le
Finistère, 427 dans les
Côtes-d'Armor, 377 dans le
Morbihan, 206 en
Loire-Atlantique et 97 en
Ille-et-Vilaine[Voir « La rentrée dans l'enseignement bilingue » ]
sur le site de Gwalarn.org.
À la rentrée 2002, les écoles Diwan accueillent 2780 élèves, soit une hausse de 6,5% par rapport à 2000. 641 élèves étudient dans le second degré, 2139 dans le premier degré[Voir [http://www.gwalarn.org/bretagneici/diwan3.html ]
« Rentrée difficile pour Diwan qui gagne encore des effectifs », Brest, 4 septembre 2002, dans « L'affaire Diwan (3) ».
En 2004-2005, dans le pays de Brest, l'enseignement bilingue est présent, dans 18 communes sur 89 ; sur un total de 2142 élèves (soit 5% des effectifs) scolarisés dans l'enseignement bilingue, 777 le sont dans un établissement de Diwan, contre 728 dans une école catholique et 637 dans le public. Sur ces 2142 élèves, 1700 sont scolarisés dans le premier degré, 424 en collège, 18 en lycée. À la même période, les effectifs du collège Diwan du Relecq-Kerhuon ont augmenté de 10%, passant à 252 élèves. Devant cet afflux, une annexe a été créée à Tréglonou, où étudient 76 élèves[Bernez Kerdraon, Anne-Gaël Le Berre, « L’enseignement bilingue dans le pays de Brest » ]
sur le site de la Maison de la langue et de la culture bretonnes, le samedi 29 janvier 2005.
À la rentrée scolaire 2006, les effectifs affichés par l'ensemble des écoles Diwan, tous niveaux confondus, sont de 2943 élèves[Voir « La rentrée dans l'enseignement bilingue » ]
sur le site de Gwalarn.org.
En septembre 2007, ils sont de 2990 élèves, dont 40 élèves de plus au lycée de Carhaix, par rapport à l'année précédente[Le Télégramme, « Rentrée à Diwan. Presque 3000 élèves » ]
.
Statut
La recherche d'un statut public
Les écoles Diwan sont des
écoles privées et fonctionnent grâce à des subventions des collectivités locales et au soutien des particuliers.
En 1972, le programme commun, signé Parti socialiste, le Parti communiste et les radicaux de gauche, prévoit que « tous les secteurs de l'enseignement initial et une partie importante de l'éducation permanente seront réunis dans un service public unique et laïque dépendant du ministère de l'Éducation nationale ».
De même, lors de l'élection présidentielle de 1981, François Mitterrand propose la mise en place d'un « grand service public unifié et laïc de l'Éducation nationale », celui-ci ayant « vocation d'accueillir tous les établissements et tous les personnels », ce qui aurait dû conduire à intégrer dans l'enseignement public les écoles Diwan.
Toutefois, ce projet Savary « relatif aux rapports entre l'État, les communes, les départements, les régions et les établissements d'enseignement privé » est finalement abandonné en 1984[Voir « École et laïcité » ]
. Cette page reproduit l'historique tiré de l'ouvrage : 1984 - La guerre scolaire a bien eu lieu de Jean Battut.. En revanche, à partir de 1983, l'association reçoit des subventions de l'État[Voir le chapitre III ]
du rapport sur le projet de loi de finance 2002, portant sur l'article 65 du projet rattaché au budget de l'Éducation nationale, et plus particulièrement à l'intégration dans l'enseignement public de personnels en fonction dans les établissements scolaires gérés par l'association Diwan..
En 1986, un plan d'intégration de 31 enseignants est signé avec le ministère de l'Éducation nationale. Il est rapidement remis en cause dès l'année suivante. En 1988, un protocole d'accord est signé fixant les modalités de fonctionnement des écoles Diwan et la participation financière de l'État et des collectivités territoriales de la région Bretagne. Dix enseignants sont pris en charge. En 1990, une nouvelle convention avec l'Éducation nationale permet de prendre en charge 51,5 postes sous statut de maîtres contractuels. En 1993, un accord cadre avec l'Éducation nationale, réactualise la convention de 1990 et titularise 3 enseignants en tant qu'instituteurs publics, puis 6 autres comme professeurs des Écoles. Depuis 1994, l'association bénéficie de contrats d'association avec l'Éducation nationale[Voir le chapitre III ]
du rapport sur le projet de loi de finance 2002, portant sur l'article 65 du projet rattaché au budget de l'Éducation nationale, et plus particulièrement à l'intégration dans l'enseignement public de personnels en fonction dans les établissements scolaires gérés par l'association Diwan. Sur le « contrat d'association », voir Gustave Peiser, «École publique, École privée et Laïcité en France»
, in Cemoti, n° 19 - Laïcité(s) en France et en Turquie..
Le 28 mai 2001, le ministre de l'Éducation Nationale Jack Lang et le président de Diwan, Andrew Lincoln, signent à Rennes un protocole de passage sous statut public des écoles Diwan, malgré l’opposition du Conseil supérieur de l'éducation nationale (0 pour, 32 contre, 8 abstentions, 1 non prise de part au vote). Cet accord est dénoncé par des syndicats d'enseignants qui demandent au Conseil d'État de statuer. Ce dernier rejette l'intégration de Diwan[Voir l'ordonnance du juge des référés du 15 juillet 2002 n°248203-248205 ]
. au motif que la méthode par immersion est contraire aux dispositions légales et inconstitutionnelle, sur la base des articles L. 121-3 et L. 312-10 du code de l'éducation[Texte du Code de l'éducation ]
., de l'article 1 de la loi du 4 août 1994[Texte de la loi du 4 août 1994 relative à l'emploi de la langue française ]
. et de l'article 2 de la Constitution française, modifié au moment de la ratification du traité de Maastricht : « La langue de la république est le français ». Le Garde des sceaux avait promis à l'époque que jamais cette loi ne serait utilisée contre les langues régionales[Voir Philippe Sour (chargé de mission pour Régions et Peuples Solidaires;), « Proposition d’amendements à la loi de révision de la Constitution française à l'attention des sénateurs Verts » ]
, Toulouse, 28 janvier 2005 : « Lors du vote sur l’ajout dans l’article 2 de la constitution française du principe selon lequel « La langue de la République est le Français » (25 juin 1992), le Garde des sceaux, avait certifié aux députés et sénateurs que cette précision ne nuirait aucunement aux langues régionales. »[Anne-Marie Le Pourhiet, « Langue(s) et constitution(s) » ]
, Cairn, Presses de Sciences-Po, n°2, février 2001, p. 207 à 215 : « Roland Debbasch a passé en revue toute l’histoire linguistique de la France, des Serments de Strasbourg de 842 à la décision du Conseil constitutionnel de 1999 sur la Charte des langues minoritaires, démontrant, notamment, comment la révision constitutionnelle de 1992 introduisant la formule « La langue de la République est le français », qui n’avait initialement pour but que de s’opposer à l’impérialisme anglo-saxon, a finalement surtout produit ses effets dans l’ordre interne, à l’égard des langues régionales.
Michel Verpeaux s’est enfin attaché, à travers l’étude exhaustive des décisions du Conseil constitutionnel de 1994 (loi « Toubon »), 1996 (Polynésie française) et 1999 (Charte de langues minoritaires) à montrer comment le juge constitutionnel français s’efforce de concilier la langue française officielle et nationale avec la liberté de communication, en faisant le partage entre la sphère publique (exclusivité du français) et la sphère privée (liberté linguistique). ».
Cet arrêt interdit l'intégration de Diwan dans l'enseignement public sur la base d'un bilinguisme fondé sur la méthode de l'immersion. En revanche, il ne remet pas en cause l'enseignement bilingue à parité horaire, la seule condition étant « une définition rigoureuse des horaires entre le français et la langue régionale enseignée afin que l'on s'assure qu'une partie des enseignements des différentes disciplines se fait effectivement en français »[Voir le « compte-rendu analytique officiel de la séance du 11 mars 2003 » ]
au Sénat, sur l'« Enseignement des langues régionales », avec la réponse de Xavier Darcos, alors ministre délégué à l'enseignement scolaire., conformément à l'arrêté du 12 mai 2003 « relatif à l’enseignement bilingue en langues régionales à parité horaire dans les écoles et les sections « langues régionales » des collèges et des lycées[Voir l'arrêté du 12 mai 2003 ]
relatif à l’enseignement bilingue en langues régionales à parité horaire dans les écoles et les sections « langues régionales » des collèges et des lycées, publié dans le Journal officiel le 24 mai 2003..
Public ou associatif
À l'intérieur même de Diwan, une opposition existe entre les partisans de l'intégration dans le secteur public, défendue par Andrew Lincoln, son président depuis
1997, et ceux qui souhaitent préserver le statut associatif. Le conflit débouche le
24 novembre 2002 par la démission du conseil d'administration de Diwan lors d'une assemblée générale extraordinaire réunie à
Guerlesquin, où la politique d'Andrew Lincoln a été « vivement critiquée »
[Voir Diwan ]
.
Michel Le Tallec, journaliste de 62 ans, ancien trésorier de l'association et initiateur du collectif «Réunir Diwan»[Voir la motion « Réunir Diwan » ]
et la « Contribution de A. Ily, D. Kernalegenn, P. Herve, A. Leforestier, Ph. Oillo, D. Vargas » 
, opposé au projet de l'ancienne direction, est élu le à la présidence de Diwan par le bureau de l'association[Voir, dans le dossier L'affaire Diwan (3) ]
, « L'annulation de l'intégration de Diwan intervient en pleine crise interne » et « Le président démissionnaire de Diwan en appelle à Jacques Chirac », Rennes, 29 novembre 2002 ; « Michel Le Tallec élu président de l'association Diwan », Carhaix-Plouguer, 30 novembre 2002.
Co-fondateur de Breizh 2004 en mars 2003[Voir DE KEVREDELEZH VREIZH « Naissance de Kevredelezh Vreizh » ]
, puis président de Kevredelezh Vreizh en décembre 2003, Michel Le Tallec propose, dans un texte daté du 21 décembre, une solution intermédiaire. Devant les difficultés budgétaires de l'association, il considère que le système de financement de Diwan — « pour un tiers des collectivités territoriales (Conseil régional, Départements, Communes), pour un tiers des dons, pour un tiers des animations organisées par les parents d'élèves de Diwan » — s'essouffle et qu'une des solutions est « que Diwan sorte du cadre purement associatif, pour entrer dans un cadre semi-public », à condition que les financeurs, intégrés dans le conseil d'administration de l'association, adhèrent à sa charte pédagogique[Voir le site ]
de l'Alliance fédérale bretonne et Michel Le Tallec, « Diwan est l’affaire de tous les Bretons
», 21 décembre 2003..
Après la brève présidence de Michel Le Tallec[Voir « Des voix sans bulletin pour les fédéralistes » ]
, en 2003, le bureau est recomposé : Anne Le Corre et Patrick Hervé deviennent co-présidents, Joël Le Baron trésorier, François-Gaël Rios secrétaire, Herlé Denez et Fanch Langoet vice-présidents[Voir Une introduction à Diwan ]
. À l'été 2004, François Gaël Rios et Patrick Hervé deviennent coprésidents de Diwan[« Une nouvelle direction à Diwan » ]
, L'Èime Prouvençau, n° 58, été 2004[Voir la revue de presse ]
de l'école Diwan de Paris. En 2007 Patrick Hervé est toujours président de Diwan.
Statut actuel et financement
Diwan est une fédération d'écoles associatives.
La plupart d'entre elles ont un statut d'établissements privés sous contrat[Voir Personnels de droit Privé ]
. 92% des établissements d'enseignement privés sous contrat sont catholiques, 8% les écoles de langues régionales (Diwan, Seaska, La Bressola...), les écoles juives et quelques écoles laïques.. Elles peuvent donc être partiellement financées par l'État et les collectivités locales. En pratique, cette aide prend deux formes :
- la prise en charge des salaires d'une partie des enseignants par l'État
- l'octroi de subventions municipales et/ou régionales.
Les écoles récentes de Diwan ne bénéficient cependant pas du statut d'établissements privés sous contrat, la loi imposant à un établissement de fonctionner sans aides pendant cinq années avant de pouvoir prétendre à ce statut.
C'est notamment le cas de l'école Diwan de Paris, créée à la rentrée 2004. La survie de l'école parisienne fut compromise à la rentrée 2006 par refus du bailleur de continuer le bail. La mairie de Paris loue désormais un local à l'école[Compte rendu des péripéties de l'été 2006 ]
sur le site de Diwan Paris. Devant l'afflux des demandes, les locaux sont devenus trop exigus, et l'école a dû limiter les admissions à 27 élèves pour l'année 2007-2008. En visite dans l'école en février 2007, le maire de Paris a promis de trouver de nouveaux locaux dans le quartier Montparnasse dès septembre 2008[Communiqué de l'école Diwan de Paris, « Rentrée scolaire à Diwan Paris : croissance de 50% » ]
, par Claude Nadeau, 3 septembre 2007.
La plus grande partie du budget des écoles Diwan provient donc des dons de particuliers, soit directement aux écoles, soit reversés par la fédération Diwan qui collecte des fonds et les redistribue aux différentes écoles.
Les différents comités de soutien organisent régulièrement différentes manifestations et animations pour recolter des fonds. Certaines, comme Tro Menez Are et la Randorade, attirent chaque année des milliers de participants.
De nombreuses personnalités ont publiquement affirmé leur soutien à Diwan, comme Yves Coppens, Eugène Riguidel, Florence Arthaud, Philippe Poupon, Alan Stivell... [Magazine Bretons, mars 2007, p. 6.]
En 2003, le Conseil régional de Bretagne a accordé à Diwan une avance de 100 000 euros afin de leur empêcher de se retrouver en situation de liquidation judiciaire sous condition de négociations « avec le ministre de l'éducation nationale en vue d'une intégration au service public sur la base du bilinguisme à parité horaire »[Voir « Bretagne: 100.000 euros pour Diwan » ]
, AFP, 9 décembre 2003, et L'Èime Prouvençau, n° 55, novembre-décembre 2003..
Pédagogie
L'enseignement par immersion
Les écoles Diwan utilisent en maternelle et en première année de primaire la méthode dite « par immersion », l'
immersion linguistique consistant à baigner l'élève dans un environnement ne pratiquant que cette langue afin qu'elle devienne langue de vie et que l'apprentissage en soit facilité. Selon les textes du
ministère de l'Éducation nationale, l'immersion se définit « par l'utilisation principale de la langue régionale, non exclusive du français, comme langue d'enseignement, et comme langue de communication au sein de l'établissement »
[Jean-Pierre Cavaillé, « La République a plus d'une langue! » ]
, Libération, 6 février 2002.
Cette méthode est connue comme méthode Carré[Sur la « méthode Carré », voir Laurent Puren (université Paris III Sorbonne Nouvelle – DELCA-SYLED), « Pédagogie, idéologie et politique linguistique. L'exemple de la méthode Carré appliquée à la francisation de la Bretagne à la fin du XIX siècle » ]
, Glottopol, revue de sociolinguistique en ligne, n° 1, janvier 2003 : « Quelle Politique linguistique pour quel Etat-nation ? » ; Patrick Cabanel (université Toulouse-Le Mirail), « Périphéries régionales, espaces coloniaux, Méditerranée israélite : questions de méthodes et d’échelles dans l’apprentissage du français républicain »
., elle fut notamment utilisée dans les écoles pour l'apprentissage du français par les écoliers dont le breton était la langue maternelle.
Les techniques d'immersion sont employées par des établissements dépendants du réseau de l'association Alliance française[Voir « Qu’est-ce que l’Alliance Française? À Toronto » ]
ou « Notre pédagogie »
de l'Alliance Française de Paris.. 250 Alliances Françaises, dont celle de Paris, bénéficient d'aides de l'État, qui les subventionne et/ou met à leur disposition des fonctionnaires détachés, en particulier le ministère des Affaires étrangères[Voir notamment « Le réseau culturel et linguistique. Le dispositif » ]
et L'Alliance française 120 ans après sa création 'L'Alliance Française 120 ans après sa création
.. En juillet 2001 et en avril 2002, deux arrêtés visant à organiser un enseignement bilingue dans les écoles, collèges et lycées « langues régionales » sont publiés[Voir l'encart du bulletin officiel n°33 du 13 septembre 2001 sur la « Mise en œuvre de l'enseignement bilingue par immersion des les écoles et établissements 'langues régionales' » ]
et l'encart du 19 avril 2002 sur la « Mise en place d'un enseignement bilingue par immersion en langues régionales dans les écoles, collèges et lycées 'langues régionales' »
. ; cet enseignement peut être dispensé soit selon le principe de la
parité horaire, soit selon la méthode de l’immersion[Voir l'arrêté du 12 mai 2003 ]
relatif à l’enseignement bilingue en langues régionales à parité horaire dans les écoles et les sections « langues régionales » des collèges et des lycées, publié dans le Journal officiel le 24 mai 2003..
Devant cette situation, les défenseurs de Diwan estiment que l'annulation, par le Conseil d'État, des arrêtés du 31 juillet 2001 et du 19 avril 2002, destinés à assurer l'intégration au sein du service public des écoles Diwan dispensant un enseignement en langue bretonne, est une jurisprudence « de circonstance »[Voir « Les écoles Diwan toujours bloquées aux portes de l'enseignement public » ]
sur le site de la Revue de l'actualité juridique française, le 16 juillet 2002 ; l'arrêté du 12 mai 2003
relatif à l’enseignement bilingue en langues régionales à parité horaire dans les écoles et les sections « langues régionales » des collèges et des lycées, publié dans le Journal officiel le 24 mai 2003 ; Maryvonnick Gouérou, déléguée du personnel CFDT, Le Télégramme, 10/01/2002..
En pratique, l'enseignement en maternelle et en cours préparatoire se fait uniquement en breton, dès l'âge de deux ans. Par la suite, le français est progressivement introduit, du CE1 au CM2, l'enseignement étant principalement dispensé en breton. Au collège et au lycée, deux tiers de l'enseignement se fait en breton, un tiers en français, et l'anglais devient, à partir de la quatrième, la langue d'enseignement des sciences naturelles, selon les modalités des classes européennes[Voir « Enseigner en breton » ]
][Voir le protocole d’accord ]
entre le ministère de l’Education nationale et les établissements Diwan, le 28 mai 2001.
En effet, dans les écoles et sections européennes, instituées par la circulaire du 19 août 1992, après un « horaire d'enseignement linguistique très renforcé au cours des deux premières années », l'enseignement se fait dans la langue de la section pour « tout ou partie du programme d'une ou plusieurs disciplines non linguistiques » et des activités culturelles et échanges sont prévus, afin d'approfondir la connaissance de « la civilisation du ou des pays où est parlée la langue de la section »[Voir « Sections européennes » ]
, article présenté par Patrick Lanneau sur le site de l'Académie de Toulouse ; la « Charte des sections européennes »
de l'Académie de Versailles (janvier 2002) ; le cas des classes européennes
du lycée Henri IV..
Diwan revendique depuis le début la sauvegarde des couleurs dialectales du breton. C'est l'un des points primordiaux de sa charte[La charte des écoles Diwan ]
, le point 6 : .
De plus, les écoles Diwan font régulièrement intervenir les bretonnants locaux, de langue maternelle, inconnus ou célèbres (écrivains, chanteurs, conteurs). Ainsi, en janvier 2007, à Bannalec, deux conteurs, Roland Guillou et Laurent Jouin, sont intervenus dans une école Diwan à l'occasion du 13 festival Taol Kurun[Le Télégramme, 22 janvier 2007. Voir « Taol kurun s’est conté à Diwan Banaleg » ]
, sur le site de Diwan Breizh. De même, dans une interview accordée à Marion Urban dans l'émission « Francophonies » diffusée à l'antenne de RFI en janvier 2005, Yann-Fañch Kemener et Mona Bouzec rendent compte de leurs interventions régulières dans les écoles Diwan[Voir le site de Skoazell Diwan Paris ]
.
Réalisation de matériel pédagogique en breton
L'enseignement en langue bretonne suppose l'existence d'outils adaptés. Quand l'association Diwan a été créée, aucun éditeur n'avait conçu d'ouvrage scolaire en langue bretonne. Aussi les parents et enseignants de Diwan avaient-ils élaboré des commissions pour rédiger les manuels scolaires nécessaires à l'enseignement en breton.
Parmi ces commissions, on peut ainsi citer la commission Histoire du niveau collège, qui était composée de 8 personnes.
Des lexiques de vocabulaire spécialisé en différentes matières ont été réalisés [Kreizenn ar Geriaouiñ ]
:
arts, éducation physique et sportive, grammaire, histoire-géographie-économie, littérature, mathématiques et sciences physiques, ainsi que des collections de fiches portant sur l'astronomie, la biologie et la géologie, l'informatique et Internet, la physique et la chimie par « Kreizenn ar Geriaouiñ » (« Centre du vocabulaire »), créé en 1985.
En 1993, Ti embann ar skolioù a été créé au sein du CRDP par le Rectorat d'académie de Rennes et la Région Bretagne. TES édite des ouvrages scolaires en breton pour l'enseignement public, l'enseignement privé catholique et Diwan. Dans le comité de production de TES, chacune des trois filières d'enseignement comprend un représentant[Voir le site de TES ]
.
Colloques
L'association Diwan organise et participe à des colloques et journées d'étude sur les Bretons, la langue bretonne, son enseignement ou la pédagogie. Ainsi, en mai
2007, à l'occasion des 30 ans de sa création, elle a organisé des colloques « en lien avec la langue bretonne, les enfants, l'enseignement et la pédagogie »
[Voir [en lien avec la langue bretonne, les enfants, l'enseignement et la pédagogie Diwan fête ses 30 ans]]. Par ailleurs, le
23 janvier 2006, l'association a pris part, avec plusieurs personnalités et associations bretonnes, à un colloque sur le thème « Bretons de Paris : la Bretagne au coeur », organisé au théâtre Silvia Monfort de
Paris par l'association « Paris Breton »
[Voir la présentation du colloque ]
.
Évaluation des résultats
En
2006, sur 56 élèves des trois filières générales, le taux de réussite au
baccalauréat au lycée Diwan de
Carhaix a été de 96 %, dont 100 % en série littéraire, ce qui le place au 8 rang au niveau départemental (sur 69 lycées) et au 323 rang au niveau national (sur 4647 lycées). Le taux de réussite était de 94% en 2003, de 93% en 2004 de 96% en 2005
[Voir les « Résultats du baccalauréat 2006 » des lycées du Finistère ]
; « Résultats au bac » du lycée diwan (Carhaix-Plouguer)
; résultats au baccalauréat du lycée privé de Carhaix-Plouguer en 2006
; le taux de réussite au bac en 2006
de L'Express ; « Résultats du baccalauréat de Diwan »
par Claude Nadeau, directrice de l’école Diwan de Paris.. Le taux est de 99% en 2007.
Autres écoles bretonnantes
Suite à la création des écoles Diwan, l'enseignement public et l'enseignement privé ont développé leur propre réseau d'enseignement du breton :
- Dihun Breizh est une association de parents d'élèves scolarisés dans le réseau de classes bilingues dans l'enseignement privé catholique.
- Div yezh est une association de parents d'élèves scolarisés dans le réseau des classes bilingues de l'enseignement public.
En effet, en 1982, la circulaire
Savary autorise la mise en place d'une filière de classes bilingues. Plusieurs classes fonctionnant à mi-temps en breton et en français sont créées dans l'enseignement public et privé, notamment à
Saint-Rivoal,
Cavan,
Lannion,
Rennes ou
Landerneau[Voir « L'école et le breton : les trois périodes » ]
, par Fañch Broudic.. Au contraire de Diwan, ces écoles pratiquent un enseignement dit « à parité horaire ».
Critiques à propos de Diwan
Les opposants à Diwan sont généralement des opposants à l'enseignement du breton et de façon plus générale au
bilinguisme, soit parce qu'ils lui supposent des liens avec un
nationalisme breton, soit parce qu'ils se posent en défenseurs du principe « Une langue, un peuple, une nation, un état » et du
système éducatif français, de préférence public, et basé sur une langue unique, le français.
Critiques sur les liens avec le nationalisme breton
On peut citer comme critiques, celles qui viennent du camp
antirégionaliste, de
Françoise Morvan[Voir « Françoise Morvan : 'Non à la régression ethniste en Bretagne' » ]
, entretien accordé à l'Observatoire du communautarisme le 7 juin 2005, de
Jean-Luc Mélenchon[« Il y a breton et breton » ]
, blog de Jean-Luc Mélenchon, sénateur de l’Essonne, dimanche 23 septembre 2007 ou de la
Fédération nationale de la Libre-pensée[Voir « Diwan, une école qui vient de loin » ]
Étude de Pierrik Le Guennec, La Raison, juillet 2001(mensuel de la Fédération Nationale de la Libre Pensée)., et qui portent sur les liens supposés entre Diwan et le nationalisme breton
[La Fédération nationale de la Libre-pensée est généralement considérée comme une émanation du Parti des Travailleurs, Pierrick Le Guennec a été candidat à différentes élections pour le Parti des Travailleurs, Jean-Luc Mélenchon est un ancien dirigeant de l'OCI, transformée depuis en Parti des Travailleurs, particulièrement hostile aux langues régionales. P. Le Guennec fait également partie de l'équipe de l'Observatoire du communautarisme [1] ]
qui héberge le GRIB..
Pour eux, l'apprentissage du breton unifié (voir les critiques à propos de la langue), choix linguistique fait par Diwan — comme par toutes les autres filières enseignant le breton, (publiques comme privées, primaires comme secondaires ou universitaires) — ne serait pas lié à une volonté de préserver la culture régionale, mais à un objectif fédéraliste ou indépendantiste, qui viserait à assurer le maintien d'une « Bretagne de race celtique pure », jusque-là « opprimée par la France impure »[Françoise Morvan écrit que les nationalistes bretons veulent « une langue pour une ethnie, donc une langue unifiée pour une Bretagne de race celte, à séparer de la France métisse ».http://www.communautarisme.net/Francoise-Morvan-Non-a-la-regression-ethniste-en-Bretagne-_a390.html].
De même, ils affirment que Diwan, créé en 1976, tirerait son origine de l'école publique de Plestin-les-Grèves, où l'enseignement du breton fut créé en 1942 «par des nationalistes bretons», « instituteurs publics partisans de l’enseignement du breton », conformément aux dispositions légales de l'époque, à savoir l'arrêté du 12 décembre 1941, dit Arrêté Carcopino, du nom du ministre académicien Carcopino, qui autorisait, comme aujourd'hui, l'enseignement du breton et de l'histoire de la Bretagne dans les écoles primaires, arrêté mis en pratique dans d'autres écoles publiques dans diverses régions de France. Cela se serait déroulé « aux heures les plus noires de la collaboration des militants du Parti National Breton avec les nazis ». Par ailleurs, ils mettent en avant que, parmi les fondateurs de Diwan, se trouvaient deux des dix enfants d'Alan Louarn, Tangi et Lena Louarn, co-fondatrice de Skol An Emsav en 1970, ainsi que de l'école Diwan de Rennes[Voir « De l'école de Plestin aux écoles Diwan ? Les écoles des Régions Européennes » ]
.
Ainsi, une polémique est née du fait que deux des écoles de Diwan portaient le nom d'écrivains bretons, anciens collaborateurs :
- En 2000, soit à peu près au moment où en France éclatent des polémiques sur des collaborateurs jusque là impunis, le conseil général du Finistère, l'un des dispensateurs de fonds publics à l'association, a sommé Diwan de débaptiser son collège du Relecq-Kerhuon
, appelé Roparz Hemon en souvenir d'un écrivain et linguiste bretonnant, condamné en mars 1946, selon Henri Fréville, « à dix ans d'indignité nationale » et « radié du nombre des membres de l'enseignement public qui en est le corollaire légal »[Henri Fréville, Archives secrètes de Bretagne 1940-44, Ouest-France, 1985, p. 94 à 99.] en raison de son attitude pendant la guerre, mais aussi accusé, par plusieurs auteurs[Bertrand Frelaut, Les Nationalistes bretons de 1939 à 1945 ; Fanch Morvannou, Histoire Littéraire et culturelle de la Bretagne, tome III ; Henri Fréville, Archives secrètes de Bretagne 1940-44, p. 94 à 99 ; Ronan Calvez (département de Celtique à l'université de Bretagne occidentale de Brest), Le réenchantement d'un monde. Mouvement breton, nazisme et émissions de radio en breton, 1998, et La radio en langue bretonne. Roparz Hemon et Pierre-Jakez Hélias : deux rêves de la Bretagne, Rennes, Brest, Presses universitaires de Rennes, Centre de recherche bretonne et celtique, 2000 (voir « Sociolinguistique 2 : langue bretonne » ]
, dans les pages biblio du site personnel de Fañch Broudic)., de « sentiments xénophobes » à l'égard des « locuteurs français », d'« antisémitisme » et de collaboration avec les nazis[Voir la lettre ouverte ]
de la Fédération nationale de la Libre pensée au maire de Guingamp du 22 janvier 2000.. Le collège a été débaptisé en juin 2000[Marc Bergère, « Les Usages politiques de la Seconde Guerre mondiale en Bretagne »].
- Diwan est interpellé aussi sur la possibilité de maintenir le nom de l'école Diwan Loeiz Herrieu à Lorient, au vu de certains écrits de Herrieu
[Voir : « Diwan, une école qui vient de loin » sur le site de Fédération nationale de la Libre-pensée ]
; « L'action réelle de 'Loeiz Herrieu' pendant l'occupation nazie »
; « 'Culture bretonne'? »
par Pierrik Le Guennec, sur le site de l'Observatoire du communautarisme ; « L'action réelle de « Loeiz Herrieu » pendant l'occupation nazie (Loeiz Herrieu : nom donné à ' l'école Diwan ' de Lorient) »
sur le site de la Fédération nationale de la Libre-pensée ; « Éditorial »
de Catherine Giraudo sur le bulletin d'information du groupe MRC au Conseil régional d'Île-de-France, n°2, août 2004.. Malgré ses nombreux articles dans des journaux collaborationnistes comme La Bretagne et L'Heure bretonne, les parents d'élèves de Diwan ont décidé de conserver ce nom.
De même, Diwan a été mise en cause à propos de l'un des ouvrages scolaires en breton qu'elle avait traduit. Certains adversaires de Diwan lui ont reproché d'avoir compté, parmi les 8 membres de la commission Histoire,
René Le Hir, ancien membre du Kommando Landerneau de la
Gestapo, qui aurait revendiqué son action pendant la guerre dans une « interview réalisée en 1997 à l'occasion d'un documentaire » non diffusé « sur le mouvement breton ». Ils affirment que, dans le cadre des travaux de cette commission, « il a co-rédigé plusieurs manuels scolaires, dont l'un portant sur la période 1914-1945 et destiné aux classes de 3 »
[Sur René Le Hir, voir « De l'école de Plestin aux écoles Diwan ? Les écoles des Régions Européennes » ]
sur le site de la Fédération nationale de la Libre-pensée.[Voir l'article de Renaud Marhic, « 'Ni rouge, ni blanc, Breton seulement'. De la Gestapo aux manuels scolaires… » ]
, 2 mai 2001..
Toutefois, l'article de Renaud Marhic, qui est à l'origine de cette dernière polémique, ne précise en rien si, dans le contenu du manuel, il se trouve des éléments critiquables. Sa seule remarque est : « Sur l'ouvrage un curieux avertissement : le livre n'ayant pas été 'corrigé', il ne doit pas être diffusé en dehors de Diwan. »[Voir l'article de Renaud Marhic, « 'Ni rouge, ni blanc, Breton seulement'. De la Gestapo aux manuels scolaires… » ]
, 2 mai 2001..
Critiques à propos de la langue
Certains comme
Françoise Morvan[Voir par exemple l'entretien que Françoise Morvan accordé à l'Observatoire du communautarisme, intitulé : « Françoise Morvan : 'Non à la régression ethniste en Bretagne' » ]
. qui a brièvement côtoyé les écoles Diwan à leur création, ou comme
Jean-Luc Mélenchon[« Il y a breton et breton » ]
, blog de Jean-Luc Mélenchon, sénateur de l’Essonne, dimanche 23 septembre 2007, qui n'a pas fait d'études de
linguistique bretonne, considèrent que le breton enseigné (le même que dans les écoles publiques et les écoles privées catholiques bilingues) est du
breton unifié, et donc ne correspondrait pas aux multiples formes parlées « d'origine ». Ils opposent deux formes de
langues bretonnes :
- d'un côté celles que parlent les locuteurs natifs, qui n'ont généralement bénéficié d'aucun enseignement dans l'école monolingue, et qui ne connaissent que la forme parlée dans leur terroir d'origine — notamment le Vannetais, décrit comme très différent des autres dialectes bretons, parfois transcrit selon une orthographe distincte,
- de l'autre l'orthographe dite « peurunvan » (en français, « complètement unifié »
[Voir « Les clichés » ]
, document sur le site de l'Office de la langue bretonne), pour Françoise Morvan, « fixée par les nationalistes en 1941 », sur ordre du gouvernement allemand[Voir « Diwan, une école qui vient de loin » ]
. Ces opposants citent une phrase que Roparz Hemon a écrite dans une lettre du 26 juin 1941 (fac-similé dans Les orthographes du breton, Emgleo Breiz, 1993) : « L'ordre de surunifier la langue est venu du gouvernement allemand. »., présentée comme étant une norme orale par ses détracteurs (cf Orthographe du breton).
Pour ces opposants, l'instrumentalisation du
breton qui aurait été faite par les mouvements autonomistes aurait « créé une langue artificielle », coupée des parlers bretons traditionnels, et qui « entrerait en concurrence » avec lui, ainsi qu'avec le
gallo. Ils appellent cette langue le «
néo-breton », le « breton chimique » (en breton, « brezhoneg chimik ») ou « littéraire »
. Les écoles Diwan, du fait de leur impact médiatique et de leur réussite pédagogique, sont au cœur de cette polémique.
Pour l'Office de la langue bretonne, « le peurunvan s’est aujourd’hui largement imposé comme le système orthographique commun. Il est notamment utilisé par les écoles bilingues, les organismes d’enseignement aux adultes, la vie publique ». Cet Office estime que « certains milieux pas toujours bien intentionnés ont du mal à accepter que la langue bretonne puisse évoluer comme toutes les langues modernes parlées autour d’elle et que pour cela elle doive adapter son vocabulaire au monde moderne et aux nouvelles technologies. »
De plus, la charte de Diwan[Charte de Diwan ]
(1977) revendique « son hostilité à toute uniformisation linguistique » et affirme que « Le breton enseigné dans les écoles maternelles Diwan est celui utilisé dans leur environnement géographique et humain ». Enfin Diwan fait intervenir des bretonants de naissance (cf #Pédagogie).
Critiques sur la méthode
.
- Un conseiller municipal rennais a repris cette idée; dans Bretagnes, revue publiée avec le concours du conseil régional de Bretagne, Gérard Hamon (Mouvement Rouge et Vert
[À ne pas confondre avec l'Alternative rouge et verte. Autre prise de position contre Diwan ici [1] ]
) parle, sans les nommer, d'écoles [Bretagnes, numéro 1, 2006, [1] ]
.
En revanche, deux jours après la parution de l'entretien, le linguiste Gilbert Dalgalian et le psycholinguiste
Jean Petit, ont critiqué sa prise de position. Parmi d'autres remarques, ils mettent en avant que la méthode par
immersion a été employée par l'école publique, sous la
Troisième République, pour apprendre la français « à tous les enfants de France, Bretons, Occitans, Basques et autres », ainsi que dans « l'
Empire colonial » — ce qui est en partie inexact puisqu'en fait, plusieurs méthodes ont coexisté
[Voir Patrick Cabanel (université Toulouse-Le Mirail), « Périphéries régionales, espaces coloniaux, Méditerranée israélite : questions de méthodes et d’échelles dans l’apprentissage du français républicain » ]
—, qu'elle l'est encore par des « milliers de coopérants et d'enseignants français détachés » à l'étranger et que Diwan ne la pratique qu'à « la
maternelle et au
Cours préparatoire »
[Voir « Questions à un ministre » ]
, texte de Gilbert Dalgalian et Jean Petit, publié le 6 décembre 2001, sur le site de La Bressola.
De même, Jean-Pierre Cavaillé, professeur à l'École des hautes études en sciences sociales, dénonce, dans le numéro du 6 février 2002 de Libération, « un déchaînement contre une pratique réelle et non muséographique ou folklorique des langues dites 'régionales' ». Reprenant les propos de Jean-Luc Mélenchon sur les écoles par immersion, il explique que, « successivement, le ministre nie leur laïcité, parle de 'terrorisme intellectuel', invoque sournoisement des 'stratégies groupusculaires', un pseudo-passé nazi ('racines historiques sulfureuses de ces fondamentalistes') et, sans crainte de la contradiction, des vieilleries soixante-huitardes ». Pour lui, « ses propos sont un tissu d'injures et de faussetés à l'égard de Diwan et des autres écoles par immersion », jugeant que « l'immersion vécue par ses acteurs [...] dément toutes les accusations de communautarisme et de fondamentalisme ». Par ailleurs, évoquant l'enseignement de plusieurs langues régionales, il rappelle « la situation d'agonie dans laquelle se trouvent la plupart » en France[Jean-Pierre Cavaillé, « La République a plus d'une langue! » ]
, Libération, 6 février 2002.
Les prises de positions de Jean-Luc Mélenchon ont également été critiquées, au niveau local, parmi les socialistes bretons. Ainsi Jean-Yves Le Drian, président socialiste de la région Bretagne a qualifié Mélenchon de « paon sectaire d'avant guerre »[« Jean-Yves Le Drian appelle à la tenue d'un congrès de 'clarification' au PS » ]
et affirme « Mélenchon, quand il entend le mot Bretagne, il sort son venin»[mardi 9 octobre 2007, Radio Armorique, 12 h 20. Information reprise dans Ouest-France du mercredi 10 octobre 2007 en page 7].
Critiques sur les aides locales
En tant qu'
écoles privées, les écoles Diwan peuvent bénéficier de subventions des communes où elles sont implantées. Ces aides, qui dépendent du bon vouloir des municipalités, viennent en plus des financements légaux pour celles des écoles qui sont sous contrat d'association. Elles sont limitées à 10% de leur budget par la
loi Falloux.
Leur mise en place a suscité les critiques d'élus de municipalités concernées, jugeant que ces aides s'exerçaient au détriment des écoles publiques, ou pour des motifs plus politiques (contre l'enseignement « par immersion » par exemple).
- Au conseil municipal de Rennes, le 13 septembre 2004, lors de délibérations sur l'éducation, les élus du Mouvement Rouge et Vert ont protesté contre la décision de la mairie socialiste, d'une part, de désaffecter les écoles Gacet, Guy Ropartz, Hauts-Chalais et Papu, d'autre part, d'attribuer les locaux de l'école du Gacet (1375 m) aux 100 élèves de Diwan, qui vient après le triplement de la subvention à Diwan, le 15 mars 2003
['Regroupements d'écoles publiques - Diwan : Déclarations de Jacques Rolland. Les déclarations des élus Rouge et Vert à la séance du conseil municipal du 13 septembre 2004' ]
..
- 18 élus d'Auray se sont prononcé contre les aides publiques dont bénéficie l'école Diwan d'Auray, qu'il jugent une école de « privilégiés », disposant d'un effectif d'élèves par classe très réduit
[Fonctionnement de l'école Diwan d'Auray ]
: communiqué de presse du 23 avril 2006 de la fédération du Morbihan de l'UDB, dénonçant de la position de 18 élus alréens à l'encontre d'une aide pour le fonctionnement de l'école Diwan d'Auray. « Diwan An Alre = Une école dynamique et moderne »
, communiqué de Jean-Jacques Page, président de la fédération des écoles Diwan du Morbihan sur le site de l'UDB le 24 avril 2006..
- À Paris, dans le 14 arrondissement, devant l'opposition de la fédération du Parti radical de gauche, et suite à la demande de Marie-Louise Podavini, adjointe au maire de l'arrondissement, le conseil municipal a rejeté en juin 2004 un vœu des Verts demandant à la Mairie de Paris de soutenir l'école Diwan. Selon Marie-Louise Podavini, cette école, « par sa méthode pédagogique et son fonctionnement, tourne le dos aux valeurs de la République »
[Voir leJournal de la fédération de Paris du Parti Radical de Gauche ]
, bimestriel, n°3, novembre-décembre 2004.
Notes et références
Voir aussi
;Sources partielles
;Bibliographie
- Quelle école pour la Bretagne? Peseurt skol evit Breizh? Diwan, Europe Education, Centre Mondial pour l'Education Bilingue, Institut culturel de Bretagne, 1988. Actes du colloque de Landerneau sur le bilinguisme en Europe à l'automne 1985.
- Jean-Charles Perazzi, Diwan, vingt ans d'enthousiasme, de doute et d'espoir, Coop Breizh, 1998.
- Langues régionales : langues de France, langues d'Europe
, Bibliothèque Centre Pompidou, 2003. Actes de la journée d'étude organisée par la Bibliothèque publique d'information au Centre Georges Pompidou, à Paris, le 30 janvier 1999
- Langue(s) et Constitution(s), Université Rennes II, Economica, Presses universitaires d'Aix-Marseille, 2004. Actes du colloque tenu à Rennes les 7 et 8 décembre 2000. « Rapport introductif »
d'Anne-Marie Le Pourhiet
- Langue française et néo-jacobinisme, Henri Giordan, Libération, 4 août 1992
- Le corpus juridique des langues de France
, étude réalisée par Violaine Eysseric, Délégation générale à la langue française et aux langues de France, avril 2005
- Articles
du linguiste Francis Favereau, concernant la langue, la culture, la littérature et l'identité bretonnes, de 2000 à 2005
- Plusieurs articles en breton dans Brud Nevez, n° 255, 2006
; Articles connexes
; Liens externes