Makkhali Gosâla et les âjîvika
Parmi les « chefs de communauté » et les « fondateurs de secte » se détache avec une sombre majesté Maskarin (Makkhali) Gosâla, le chef des âjîvika. Ancien disciple et plus tard l'adversaire de Mahâvîra, il était considéré par le Bouddha comme son plus dangereux rival. Attaquées et vilipendées à l'envie par les bouddhistes, et de la même façon fortement critiquées par les jaïna, les doctrines et les pratiques des âjîvika se laissent difficilement reconstituer [d'après Le yoga, immortalité et liberté de Mircea Eliade, ISBN 2228883506].
La doctrine
Le canon âjîvika comportait un système complexe de philosophie, mais, en dehors de quelques citations conservées dans les livres des adversaires, rien n'a survécu. Et pourtant, le mouvement âjîvika a eu une longue histoire : précédant de plusieurs générations le bouddhisme et la forme contemporaine du jaïnisme (6 avant J.-C.), il n'a disparu qu'au XIVe siècle après J.-C. Makkhali Gosâla ne prétendait pas avoir fondé l'ordre âjîvika ; d'après un texte jaïna, le Bhagavadi Sûtra, il se considérait comme le 24 Tîrthankara de son époque et quelques noms de ses prédécesseurs légendaires sont même venus jusqu'à nous[d'après Le yoga, immortalité et liberté de Mircea Eliade, ISBN 2228883506].
L'étymologie du terme âjîvika demeure obscure ; Hoernle l'explique par la racine âjîva, « manière de vivre ou profession d'une classe d'êtres », mais il pourrait aussi dériver de l'expression â jîvat « long comme la vie », allusion à la doctrine fondamentale qui affirme la nécessité du passage par un nombre considérable d'existences avant d'obtenir la délivrance[d'après Le yoga, immortalité et liberté de Mircea Eliade, ISBN 2228883506].
Ce qui distinguait Gosâla de tous ses contemporains c'était son rigoureux fatalisme[d'après Le yoga, immortalité et liberté de Mircea Eliade, ISBN 2228883506].
« L'effort humain est inefficace » (n'atthi purisakâra), tel était l'essentiel de son message et la clé de voûte de son système tenait dans un seul mot : niyati, la fatalité, le destin. Suivant le résumé du Sâmannaphalasutta, 54, Gosâla croyait qu'« il n'y a pas de cause, il n'y a pas de motif à la corruption des êtres, les êtres sont corrompus sans cause ni motif. Il n'y a pas de cause [...] à la pureté des êtres, les êtres sont purifiés sans cause ni motif. Il n'y a pas d'acte fait par soi, il n'y a pas d'acte fait par autrui, il n'y a pas d'acte humain, il n'y a pas de force[...], d'énergie[...], de vigueur humaine [...], de courage humain. Tous les êtress, tous les individu, toutes les créatures, toutes les choses vivantes sont sans volonté, sans force, sans énergie, ils évoluent par l'effet du destin, des contingences, de leur état même …» (trad.L.Renou)[d'après Le yoga, immortalité et liberté de Mircea Eliade, ISBN 2228883506].
Autrement dit, Gosâla s'insurgeait contre la doctrine pan-indienne du karma. D'après lui, tout être devait parcourir son cycle à travers 8 400 000 mahakalpa, et à la fin la délivrance se produisait spontanément, sans effort. Ce déterminisme implacable, le Bouddha le jugeait criminel, et c'est pourquoi il attaqua Makkhali Gosâla plus qu'aucun autre parmi ses contemporains ; il considérait la doctrine de la niyati comme la plus dangereuse[d'après Le yoga, immortalité et liberté de Mircea Eliade, ISBN 2228883506].
Makkhali Gosâla
Disciple et compagnon de Mahâvîra pendant plusieurs années, Gosâla pratiqua l'ascèse, obtint des pouvoirs magiquess et devint le chef des âjîvika. Il était connu comme taciturne (Samyuta Nikâya I, 66, disait qu'il « avait abandonné la parole ») et les fragments biographiques conservés par les écritures bouddhiques et jaïna donnent à penser qu'à l'instar des autres maîtres, Gosâla était un puissant magicien[d'après Le yoga, immortalité et liberté de Mircea Eliade, ISBN 2228883506].
Il tue un de ses disciples par son « feu magique » (Basham, Ajîvika, p.60). C'est d'ailleurs à la suite d'un tournoi magique avec Mahâvîra que Makkhali Gosâla meurt (probablement entre 485-484 av. J.-C.). Selon les jaïna, il aurait décidé de se repentir, avant de rendre son dernier souffle, en affirmant qu'il s'était trompé[d'après Le yoga, immortalité et liberté de Mircea Eliade, ISBN 2228883506].
Initiation et pratiques dans l'ordre des âjîvika
L'initiation dans l'ordress âjîvika présentait le caractère archaïque des initiations dans les société traditionnelles de mystères. Une allusion du commentaire au Tittira Jâtaka nous laisse entendre que le néophyte devait se brûler les mains en serrant un chaud[d'après Le yoga, immortalité et liberté de Mircea Eliade, ISBN 2228883506].
Un passage du commentaire à Dhammapada nous révèle un autre rite d'initiation : le candidat était enterré jusqu'au cou et on lui arrachait les cheveux poil par poil. Les âjîvika allaient complètement nus, suivant une coutume antérieure, du reste, à l'apparition de Mahâvîra et de Makkhali Gosâla[d'après Le yoga, immortalité et liberté de Mircea Eliade, ISBN 2228883506].
Comme tous les ascètes, ils mendiaient leur nourriture et se conformaient à des règles alimentaires très strictes; beaucoup mettaient un terme à leur vie en se laissant mourir de faim. Les bouddhistes et les jaïna mettaient cependant en doute l'ascèse de âjîvika ; les premiers les accusaient de mondanité, les jaïna de manquer de chasteté. Si l'on en croît Mahâvîra, Makkhali Gosâla estimait qu'un ascète ne pèche pas s'il a commerce avec une femme (d'après Jaina Suttra). Mais il ne faut pas oublier que, dans l'Inde, les pratiques sexuelles furent de tous temps utilisées soit pour acquérir des pouvoirs magiques, soit pour forcer l'obtention d'un état de béatitude[d'après Le yoga, immortalité et liberté de Mircea Eliade, ISBN 2228883506].
Rien ne nous a été conservé concernant les techniques spirituelles des âjîvika. Il est vrai que Makkhali Gosâla occupe une position originale dans l'horizon de la pensées indienne : sa conception déterministe l'incitait à étudier les phénomène naturels et les lois de la vie. Il a esquissé une doctrine des transformations au sein de la Nature (parinâmavâda) en se fondant sur des observations précises sur la périodicité de la vie végétale[d'après Le yoga, immortalité et liberté de Mircea Eliade, ISBN 2228883506].
Mais tout ceci n'explique pas le succès populaire des âjîvika et leur survivance pendant deux millénaires[d'après Le yoga, immortalité et liberté de Mircea Eliade, ISBN 2228883506].
La doctrine de la niyati n'avait rien pour attirer les gens: La morale des âjîvika était basée sur le fait qu'il ne fallait rien prendre au sérieux. Il faut supposer que la secte possédait ses traditions ascétiques et ses secrets de méditation, et que c'est à cet héritage ésotérique qu'elle a dû sa survivance ; ce que nous laissent entendre certaines allusions à une sorte de nirvâna, comparable au ciel suprême des autres écoles mystiques[d'après Le yoga, immortalité et liberté de Mircea Eliade, ISBN 2228883506].
D'ailleurs, vers le Xe siècle après J.-C., les âjîvika, comme l'Inde entière, adhérèrent à la bhakti, et finirent par se confondre avec les Pancaratra[d'après Le yoga, immortalité et liberté de Mircea Eliade, ISBN 2228883506].
Littérature
- A.L.Basham[1]
, History and Doctrine of the Ajivikas: A Vanished Indian Religion, London 1951;
- A.F.R.Hoernle[1]
, Ājīvikas, [dans:] J. Hastings[1]
(éd.), Encyclopaedia of Religion and Ethics, vol. I, Edinburgh 1908, 1925 (2 éd.), p. 259-268;
- M.S.Zięba[1]
, Ājīvika, [dans:] A. Maryniarczyk[1]
(éd.), Powszechna Encyklopedia Filozofii[1]
'', t. 1: A-B, Lublin 2000, s. 93-95.
Référence(s)