Ésotérisme et Exotérisme
À l’origine, l'ésotérisme désigne un enseignement professé soit à l'intérieur d'une « école des mystères », soit dans une relation particulière avec un maître spirituel.
Il est de fait réservé respectivement aux membres initiés au sein de l'école ou par le maître.
Communément, le terme d'ésotérisme désigne une connaissance réservée à quelques-uns et se comprend essentiellement par rapport à son contraire, l'exotérisme, qui correspond quant à lui aux croyancess, rite et enseignements véhiculés par les religions et traditions et qui s'adressent indifféremment à tous les membres d'une communauté. L'ésotérisme n'est pas à confondre avec le paranormal et l'occultisme.
Des auteurs des et s (Eliphas Lévi, Papus, Riffard) ont tenté de rationaliser la différence entre les deux branches étymologiquement si proches.
L'ésotérisme désigne plus précisément la partie secrète d'un enseignement donné, en général métaphysique ou religieux, partie à laquelle accède l'étudiant qui a reçu la partie exotérique (publique) de l'enseignement, suite à une initiation. Certaines traditions ésotériques requièrent que cet enseignement demeure secret, et créent ainsi des statuts d'initiés, ces derniers pouvant obéir à de véritables hiérarchies (par exemple dans la franc-maçonnerie).
En résumé, tout enseignement provenant de ce qu'on appelle une « école des mystères », comme par exemple celles des légendaires Rose-Croix, des Cathares ou de la Gnose, comporte une partie exotérique (pour le profane) et une partie ésotérique (pour l'initié).
En principe, la partie de cet enseignement 'cachée' au profane, n'est pas en contradiction avec l'enseignement donné au public. Il apporte en général un 'deuxième sens' aux aspects de l'enseignement exotérique.
L'enseignement ésotérique comporte toujours deux types de connaissances : la théorie et l'étude, ou encore : l'intériorisation et la pratique (par exemple, méditation, invocation, magie, etc.).
Cette dualité de la connaissance explique la nécessité pour cet enseignement de se transmettre dans le cadre de la relation de maître à élève. Il s'accompagne de degrés ésotériques.
L'enseignement ésotérique s'asseoit avant tout sur une cosmologie, une anthropologie et une théosophie. Par « cosmologie » on entend, la connaissance des phénomènes et causes de la création, et ce qui en découle particulièrement sur l'origine et le devenir de l'humanité et de la création.
Par « anthropologie », on entend la découverte de son origine et du rôle de l'humanité dans la création… Par « théosophie », on entend, la perception de la sagesse et du plan qui est derrière tout cela, le désir de participer à son achèvement.
Par conséquent, dans le cadre occidental, il requiert invariablement quatre critères fondamentaux établis par le Professeur Antoine Faivre :
- les correspondances entre les mondes célestes et la terre
- la nature conçue comme un être vivant
- le rôle essentiel de l’imagination et des méditations
- l’expérience de la transmutation
À ces critères s’ajoutent des éléments secondaires (non fondamentaux aux yeux de Antoine Faivre) qui sont :
- la pratique de la concordance
- la nature de la transmission (de maître à disciple)
Il est à préciser qu'il n'existe pas d' unanimité entre les différentes écoles. Les avis peuvent diverger sur la cosmologie, l'anthropologie, ou la théosophie et les modes d'accès à la connaissance.
L'enseignement religieux insiste sur les principes moraux, l'adoration d'un maître ou d'un dieu présenté comme exemple et sur la nécessité d'une évolution située dans le temps (paradis ou vies futures selon les cas). Il insiste sur l'acquisition de qualités morales liées à tout un code de châtiments ou de récompenses.
Esotérisme et Exotérisme : La distinction entre ces deux notions ne signifie pas que l’ésotérisme soit réservé à certains initiés, mais que son accès implique la connaissance de soi, ou l’observation de soi, préalable à tout autre mode de connaissance supérieure. La montée actuelle des intégrismes idolâtres est une manifestation de l’exotérisme religieux réfractaire à toute connaissance de soi.
L'utilisation des symboles dans l'ésotérisme
L'ésotérisme fait usage de
symboles. Ces derniers peuvent être empruntés aux sciences (physique, chimie, biologie ou mathématiques) ou au monde réel. Le rôle du symbole dans l'ésotérisme est de signifier autre chose que la lecture traditionnelle du concept utilisé comme symbole (voir les deux points de vue ci-dessous), soit un sens caché accessible à la raison, soit une
représentation approximative d'une expérience spirituelle.
On pourra citer comme symboles fréquemment utilisés dans diverses traditions ésotériques, le pentagramme ou l'Hexagramme sacré, empruntés à la géométrie, le nombre d'or aux vertus magiques et mystérieuses ou le nombre Pi, emprunté aux mathématiques, mais aussi les animaux comme le serpent, la tortue, le crapaud ou le bouc, ou des fleurs comme les lotus ou les roses.
Points de vue
L'ésotérisme, point de vue critique
Jorge Luis Borges, dans sa nouvelle
La secte du Phénix, entreprend une lecture ironique et intellectuelle du secret ésotérique en mettant en scène une secte qui protège un secret comme un trésor, ce secret étant une trivialité bien connue de tous. Plus que de railler la mécanique des sociétés secrètes et de leur soi-disant secret, c'est à une histoire elle-même symbolique d'un autre message que Borges nous convie.
Dans Le Pendule de Foucault, Umberto Eco, s'inspirant de Borges, présente et raille un modèle de l'occultisme reposant sur la notion de secret : le plus grand secret est celui qui ne cache que lui-même, un peu comme un oignon qui au fil des peaux que l'on ôte ne révèle rien d'autre qu'un oignon ; cependant, plus on l'épluche, plus cela fait pleurer les yeux.
Toujours d'après Eco, professeur de sémiologie et satrape du collège de 'Pataphysique, là où l'ésotérisme prend tout un sens réside dans ce système de connaissance qui fait appel à lui-même avec une grande richesse de sens. Parmi ces systèmes « complets », on trouve le Tarot de Marseille.
L'ésotérisme, point de vue spirituel
Les lectures ésotériques du monde ou des textes saints (
Bible, Corans) sont nées de la nécessité d'exprimer des sentiments d'ordre
spirituel avec des mots. Aucun mot du vocabulaire courant ne correspondant à cette tâche, la lecture ésotérique fait appel à des
parabole, à des
images ou à des
symboles, plus qu'à la culture religieuse, et plus par obligation que par volonté de cacher les choses. Il résulte de ce vocabulaire une impression de mystère chez les non-initiés, alors que l'usage du symbolisme est inévitable, et consubstantiel avec l'expression parlée ou écrite de la
spiritualité.
Ainsi, l’alchimie n’aurait pour but de changer le plomb en or mais pour objectif d'afficher une symbolique recherche de richesse spirituelle. Le plomb et l'or sont alors respectivement les symboles de l'homme brut et de l'homme révélé. Le fait que ces symboles soient liés à la sphère matérielle et bassement pécuniaire du monde était un moyen pour les alchimistes d'estimer les personnes venant les voir. Une personne étant attirée par l'appât du gain ne pouvait prétendre au savoir spirituel, tandis qu'une autre, à qui l'image symbolique parlait, pouvait entrer dans l'enseignement du maître. La lecture, et le niveau de compréhension des symboles détermine alors la maturité spirituelle d'une personne, et par conséquent sa capacité à comprendre la tradition ésotérique dans laquelle elle s'inscrit.
Cependant une autre partie des alchimistes usait de cette même prétention pour s'attirer les bonnes grâces du Prince, s'ouvrant ainsi leur cour. Au , la richesse de Gilles de Rais y passa.
L'ésotérisme, point de vue politique
Les groupes pratiquant l'ésotérisme ont souvent été accusés d'influencer la politique d'un pays ou d'une région du monde. Souvent renforcées par les multiples théorie du complot, ces accusations sont souvent émises par les adversaires de l'ésotérisme. On peut citer par exemple les rumeurs sur les Illuminés de Bavière ou celles des protocoles des Sages de Sion.
Cependant, de nombreux groupes ésotériques ont eu une influence politique dans l'histoire. De nombreux groupes, plus ou moins occultes (mais pas forcément ésotériques) se constituaient donc pour exprimer des opinions politiques. Par ailleurs, certains groupes ésotériques, tels la Franc-Maçonnerie encouragent l'action publique de leurs membres, sans que le savoir ésotérique ait, en lui-même, une influence politique.
Certains occultistes ont aussi développé des concepts de politique ésotérique, comme par exemple Jacques Sourmail.
Exemples d'ouvrages pouvant offrir une lecture ésotérique
La Bible
Les lectures ésotériques de la Bible sont et ont toujours été très critiquées par les théologiens, notamment dans le
christianisme. Si la
Kabbale juive propose une
exégèse ésotérique licite de la
Torah, soit des cinq livres de Moïse (extraits de l'Ancien Testament) au travers du
Zohar, il n'en est pas de même des lectures ésotériques du Nouveau Testament qui ont toujours été critiquées comme des contre-sens. Jean-Pierre Sonnet, jésuite et professeur à l'Institut d'études théologiques de Bruxelles, par exemple, citant l'Evangile selon Saint-Marc, « Rien n’est caché, sinon afin qu’il soit manifesté » (Mc 4,22), indique que « Loin donc de faire le jeu de logiques ésotériques, l’évangile de Marc mise sur les capacités du lecteur de faire surgir l’identité de Jésus de la narration tout entière »
[Le récit évangélique est-il ésotérique ? ]
. Cette vision est contestée par les ésotéristes, comme les
soufis et les
anthroposophes, qui voient dans la Passion de Jésus le symbole d'un chemin mystique personnel vers Dieu. « Tout ce qui est voilé sera dévoilé, tout ce qui est caché sera connu ».
Le Coran
Selon les mystiques
soufis, adeptes d'une lecture ésotérique de l'
islam, Le Coran peut être lu de plusieurs manières différentes : on parle dans la tradition de sept lectures différentes du
Coran, mais certains soufis laissent entrevoir la possibilité d'un plus grand nombre de ces lectures. Pour les
chiites, l'
Irfan est la discipline ésotérique conduisant à la connaissance mystique.
Remarques
- Le mot « ésotérisme » a été défini par les occultistes et les ésotéristes au .
- L’adjectif « ésotérique » désigne aussi, dans le langage courant, un avis, une doctrine, une pensée obscure.
- Il s'agit d'une démarche individuelle de « recherche initiatique » fondée sur des connaissances transmises de générations en générations. (source : GERP)
Voir aussi
Bibliographie
- Saran Alexandrian, Histoire de la philosophie occulte, éd. Seghers, 1982.
- Luc Benoist, L'ésotérisme, Paris, 1975.
- J.-P Corsetti, Histoire de l'ésotérisme et des sciences occultes, Larousse, coll 'références', 1992.
- Antoine Faivre, Accès à l’ésotérisme occidental, Gallimard, Bibliothèque des sciences humaines, I, 1986, II, 1996.
[Chacune des trois séries d'études aborde un aspect particulièrement représentatif du domaine : histoire de la théosophie, les divers modes d'application de la notion d'imagination créatrice, la Tradition (Tomberg, Abellio) dans l'ésotérisme occidental. Précédé d'une réflexion sur la recherche universitaire sur l'ésotérisme et suivi d'un guide bibliographique avec références commentées.]
- Antoine Faivre, L'ésotérisme, Presses Universitaires de France.
- Pierre Lagrange, Claudie Voisenat, L'ésotérisme contemporain et ses lecteurs. Entre savoirs, croyances et fictions, Editions Bpi-Centre Pompidou, collection Études et recherche, 2005.
- Jean-Pierre Laurant, L'Esotérisme chrétien en France au XIXe siècle, Lausanne, l'Âge homme, collection Politica Hermética, 1992, Préface d'Emile Poulat.
- Alain Mercier.Les sources ésotériques et occultes de la poésie symboliste (1870-1914), Vol. I. Le symbolisme français, Paris, 1969, Vol. II. Le symbolisme européen, Paris, 1974.
- Gérald Messadié, Quarante siècles d'ésotérisme, éditions Presse Châtelet, 2006.
- Pierre A. Riffard, L'ésotérisme, Robert Laffont, collection Bouquins, 1990.
- Jean Servier (dir), Dictionnaire critique de l'ésotérisme, Presses Universitaires de France, Paris, 1998.
- Abbé Henri Stéphane, Introduction à l'ésotérisme chrétien, éditions Dervy.
Articles connexes
Liens externes
Notes et références