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Dernière modification: 2007-10-30
Catégorie: Concept bouddhique philosophie indienne

Śūnyatā

Dans le bouddhisme, la vacuité (sanskrit : शून्यता, Śūnyatā ; pali: suññata), ou ainsité (tathatā) des choses, désigne leur absence d'être en soi, autrement dit l'inexistence de toute essence, de tout caractère fixe et inchangeant. Elle s'applique aux choses aussi bien qu'aux pensées et aux états d'esprits.

La vacuité ne vide pas les choses de leur contenu, elle est leur véritable nature (Philippe Cornu, Dictionnaire encyclopédique du bouddhisme, 2001, Seuil). Il ne s'agit donc pas de nihilisme.

La vacuité est un terme qui peut être mal interprêté. Ainsi, Ringou Tulkou Rimpotché en parle en ces termes (extrait du livre Et si vous m'expliquiez le bouddhisme ?) :

Selon le bouddhisme, tout est en essence vacuité (shûnyatâ ou śūnyatā), tant le samsâra que le nirvâna. Shûnyatâ ne signifie pas « vide ». C'est un mot très difficile à comprendre et à définir. C'est avec réserve que je le traduis par « vacuité ». La meilleure définition est, à mon avis, « interdépendance », ce qui signifie que toute chose dépend des autres pour exister. [...] Tout est par nature interdépendant et donc vide d'existence propre.

La vacuité bouddhique n'est pas un concept qui relève seulement de la pensée discursive, il est destiné d'abord à ouvrir l'intuition métaphysique (prajñā) du pratiquant.

1 Dans le bouddhisme hînayâna
2 Dans le bouddhisme mahâyâna
3 Dans l'hindouisme
4 Voir aussi

Dans le bouddhisme hînayâna

La vacuité, traduction de sunnata, enseigne que toutes les perceptions, sensations, la conscience sont dépourvues d'une personnalité (anātman) et dépourvues de permanence (anityas). Le terme de vacuité est traité dans plusieurs sutta, en tant que
  • Qualité, caractéristique des choses ;
  • Objet sur lequel est portée l'attention ;
  • Contemplation de la vacuité : sunnata vipassana .

De même, dans le Visuddhimagga, la vacuité correspond à l'absence de moi, ou anatta. La vacuité, dans le theravada, renvoie donc aux trois caractéristiques.

Le thème de la vacuité apparaît dans le Suñña Sutta du Canon pali : 'Étant donné qu'il est dépourvu d'un soi ou de quoi que ce soit appartenant à un soi, on dit dans ce sens que le monde est vide'.

La vacuité fait également partie des trois samadhis, ou portes du nirvāna : vacuité, 'sans-signe' (animitta), 'sans préhension' (apranihita).

Dans le bouddhisme mahâyâna

La vacuité est l'objet de la Prajñaparamita, la Perfection de la Sagesse, groupe de sûtras du Mahâyâna portant sur la sagesse transcendante, centrée autour de la vacuité. Elle est notamment étudiée par Nagarjuna, qui énonce dix-huit formes particulières de vacuité, la principale, qui résume toutes les autres, étant la vacuité de tous les dharma (sarvadharmasūnyatā).

Quatre vacuités

  1. Vacuité des choses substantielles
  2. Vacuité des non-choses : l'espace, le nirvāna
  3. Vacuité de la nature inhérente
  4. Vacuité autre, soit le caractère transcendant des phénomènes.

Seize vacuités

Le Prajñaparamita sûtra expose seize vacuités que Chandrakirti commenta.
Vacuité des phénomènes internes (il, oreille, nez et autre facultés des sens)
  • Vacuité des phénomènes externes, perçus
  • Vacuité interne et externe à la fois
  • Vacuité de la vacuité
  • Vacuité de l'immensité
  • Vacuité de l'ultime
  • Vacuité des phénomènes composés, voir coproduction conditionnée
  • Vacuité des phénomènes incomposés
  • Vacuité de ce qui est au-delà des extrêmes (du néant et de la permanence)
  • Vacuité de ce qui n'a ni commencement ni fin , le samsara
  • Vacuité de ce qui ne doit pas être rejeté
  • Vacuité de nature des phénomènes
  • Vacuité de tous les phénomènes
  • Vacuité des caractères propres
  • Vacuité de l'inappréhendable
  • Vacuité des insubstantiels

  • Deux vacuités

    L'anagārika Prajñānanda indique deux sens possibles pour la vacuité, exprimés par exemple dans des écrits tels que le Sūtra du Cœur :
    D'une part, la qualité phénoménale dénotant la non-essence des phénomènes ; mieux que par vacuité, elle pourrait se traduire par « bulléité ». Les phénomènes sont comparables à des bulles qui naissent, gonflent, se dégonflent ou crèvent. Cette notion de vacuité-bulléité est toujours à accoler à tathatā, la telléité, la quiddité. Chaque bulle est « vide » mais « telle ». La deuxième signification est ce que l'on pourrait appeler « vacuité absolue », par exemple: sūnyatāyam na rūpam, na vedanā, na samjnā, na samskāra, na vijnānam ('dans la vacuité, il n’y a ni forme, ni sensation, ni notion, ni facteur d’existence ni connaissance discriminative'). La négation est totale. (Bouddhisme gnostique, 1981)

    Cette distinction entre 'vacuité relative' et 'vacuité absolue' rejoint la distinction établie par Nagarjuna entre vérité conventionnelle et vérité absolue, distinction qui est elle-même conventionnelle. La vacuité relative des phénomènes ne constitue pas de façon ultime une nature propre ('vacuité de la vacuité') et le conditionnement ne peut être inconditionné : la non-dualité ne débouche pas sur un quelconque monisme, car s'il est vrai que les êtres sont vides, le non-être est vide, et l'Absolu lui-même est vide, et la distinction entre relatif et absolu n'a pas lieu d'être ultimement. Nous ne sommes donc pas différents de l'Absolu, et c'est pour cela qu'une libération (nirvāna) est possible.

    Dans l'hindouisme

    Le bouddhisme n'est pas la seule doctrine à avoir développé la notion de vacuité. Certaines écoles hindoues y font aussi référence. Le shivaïsme du Cachemire a particulièrement développé cette notion.

    Pour eux, la vacuité est une étape nécessaire, mais non suffisante. Elle est destinée a être dépassée. Il y a donc plusieurs stades de vacuité allant de l'inférieur (à commencer par le sommeil profond), aux stades supérieures. La vacuité y est conçue comme une sorte de vide ou de trou caractéristique d'un développement insuffisant de la conscience. Il vaut donc mieux ne pas s'y attarder, ou bien on risque de s'y perdre sans remède.

    C'est ainsi qu'ils ont développé un principe critique de la vacuité bouddhiste contre laquelle ils ont adressé de sévères mises en garde. Cependant, la définition utilisée varie entre les deux mouvements : tandis que les bouddhistes considèrent la vacuité comme étant la véritable nature des choses, le shivaïsme du Cachemire la considère comme un moyen de développement spirituel. Bien que les termes soient semblables, ils ne recouvrent pas les mêmes concepts.

    Voir aussi

    Articles connexes

    Liens externes

    Références

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