La vacuité, traduction de
sunnata, enseigne que toutes les perceptions, sensations, la conscience sont dépourvues d'une personnalité (
anātman) et dépourvues de permanence (anityas). Le terme de vacuité est traité dans plusieurs
sutta, en tant que
- Qualité, caractéristique des choses ;
- Objet sur lequel est portée l'attention ;
- Contemplation de la vacuité : sunnata vipassana .
De même, dans le
Visuddhimagga, la vacuité correspond à l'absence de moi, ou
anatta. La vacuité, dans le theravada, renvoie donc aux trois caractéristiques.
Le thème de la vacuité apparaît dans le Suñña Sutta du Canon pali : 'Étant donné qu'il est dépourvu d'un soi ou de quoi que ce soit appartenant à un soi, on dit dans ce sens que le monde est vide'.
La vacuité fait également partie des trois samadhis, ou portes du nirvāna : vacuité, 'sans-signe' (animitta), 'sans préhension' (apranihita).
La vacuité est l'objet de la
Prajñaparamita, la Perfection de la Sagesse, groupe de sûtras du Mahâyâna portant sur la sagesse transcendante, centrée autour de la vacuité. Elle est notamment étudiée par
Nagarjuna, qui énonce dix-huit formes particulières de vacuité, la principale, qui résume toutes les autres, étant la vacuité de tous les dharma (
sarvadharmasūnyatā).
Quatre vacuités
- Vacuité des choses substantielles
- Vacuité des non-choses : l'espace, le nirvāna
- Vacuité de la nature inhérente
- Vacuité autre, soit le caractère transcendant des phénomènes.
Seize vacuités
Le Prajñaparamita
sûtra expose seize vacuités que
Chandrakirti commenta.
Vacuité des phénomènes internes (il,
oreille,
nez et autre facultés des sens)
Vacuité des phénomènes externes, perçus
Vacuité interne et externe à la fois
Vacuité de la vacuité
Vacuité de l'immensité
Vacuité de l'ultime
Vacuité des phénomènes composés, voir coproduction conditionnée
Vacuité des phénomènes incomposés
Vacuité de ce qui est au-delà des extrêmes (du néant et de la permanence)
Vacuité de ce qui n'a ni commencement ni fin , le samsara
Vacuité de ce qui ne doit pas être rejeté
Vacuité de nature des phénomènes
Vacuité de tous les phénomènes
Vacuité des caractères propres
Vacuité de l'inappréhendable
Vacuité des insubstantiels
Deux vacuités
L'anagārika Prajñānanda indique deux sens possibles pour la vacuité, exprimés par exemple dans des écrits tels que le
Sūtra du Cœur :
- D'une part, la qualité phénoménale dénotant la non-essence des phénomènes ; mieux que par vacuité, elle pourrait se traduire par « bulléité ». Les phénomènes sont comparables à des bulles qui naissent, gonflent, se dégonflent ou crèvent. Cette notion de vacuité-bulléité est toujours à accoler à tathatā, la telléité, la quiddité. Chaque bulle est « vide » mais « telle ». La deuxième signification est ce que l'on pourrait appeler « vacuité absolue », par exemple: sūnyatāyam na rūpam, na vedanā, na samjnā, na samskāra, na vijnānam ('dans la vacuité, il n’y a ni forme, ni sensation, ni notion, ni facteur d’existence ni connaissance discriminative'). La négation est totale. (Bouddhisme gnostique, 1981)
Cette distinction entre 'vacuité relative' et 'vacuité absolue' rejoint la distinction établie par
Nagarjuna entre vérité conventionnelle et vérité absolue, distinction qui est elle-même conventionnelle. La vacuité relative des phénomènes ne constitue pas de façon ultime une nature propre ('vacuité de la vacuité') et le conditionnement ne peut être inconditionné : la
non-dualité ne débouche pas sur un quelconque
monisme, car s'il est vrai que les êtres sont vides, le non-être est vide, et l'Absolu lui-même est vide, et la distinction entre relatif et absolu n'a pas lieu d'être ultimement. Nous ne sommes donc pas différents de l'Absolu, et c'est pour cela qu'une libération (
nirvāna) est possible.
Dans l'hindouisme
Le bouddhisme n'est pas la seule doctrine à avoir développé la notion de vacuité. Certaines écoles hindoues y font aussi référence. Le
shivaïsme du Cachemire a particulièrement développé cette notion.
Pour eux, la vacuité est une étape nécessaire, mais non suffisante. Elle est destinée a être dépassée. Il y a donc plusieurs stades de vacuité allant de l'inférieur (à commencer par le sommeil profond), aux stades supérieures. La vacuité y est conçue comme une sorte de vide ou de trou caractéristique d'un développement insuffisant de la conscience. Il vaut donc mieux ne pas s'y attarder, ou bien on risque de s'y perdre sans remède.
C'est ainsi qu'ils ont développé un principe critique de la vacuité bouddhiste contre laquelle ils ont adressé de sévères mises en garde. Cependant, la définition utilisée varie entre les deux mouvements : tandis que les bouddhistes considèrent la vacuité comme étant la véritable nature des choses, le shivaïsme du Cachemire la considère comme un moyen de développement spirituel. Bien que les termes soient semblables, ils ne recouvrent pas les mêmes concepts.
Voir aussi
Articles connexes
- Les trois caractéristiques de l'existence conditionnée :
- Deux textes de la Prajñaparamita :
Liens externes
Références
- Cula-suññata Sutta, petit discours sur la vacuité, (Majjhima Nikaya, 121)
- Maha-suññata Sutta ,grand discours sur la vacuité (Majjhima Nikaya, 122)
- Suñña Sutta, vide (Samyutta Nikaya, XXXV, 85)
- Les stances du milieu, Nagarjuna, Seuil.
- Christian Thomas Kohl, Bouddhisme et Physique quantique: http://ctkohl.googlepages.com/3