Histoire
Pouvoir “ absolu ”, puissance “ absolue ”, roi “ absolu ” : voilà des locutions souvent déclinées, notamment par les contemporains de Louis XIII et de Louis XIV pour qualifier la nature de l’autorité exercée depuis le Conseil d’En Haut, la principale instance de la monarchie. En voici un exemple : après la mort de Richelieu, les officiers de Valence présentent un mémoire pour obtenir l’abolition “ de la transaction qu’ils ont été contraints de passer en 1642 en présence et par le commandement absolu de Mgr le cardinal de Richelieu, dont il est notoire que le respect et l’autorité ne pouvoit point recevoir de contradiction dans le royaume ”. Dans son édition de 1732, le dictionnaire de Trévoux, au mot “ absolu ” indique : “ Souverain, indépendant. Prince absolu. Il signifie sans réserve, sans restriction ”. En latin absolutus, participe passé de absolvere, signifie “ détacher ”, “ délier ”, avant même de signifier, par dérive sémantique, “ acquitter ”, “ absoudre ”. En tant qu’adjectif, absolutus signifie “ achevé ”, “ parfait ”, “ complet ”, “ qui forme par soi-même un tout ”.
Le monarque absolu est donc celui qui, par définition, est “ dé-lié ”, détaché de tous liens, celui qui ne connaît pas de limite externe à son pouvoir, celui qui jouit de la summa potestas, que l’on pourrait traduire par “ pleine souveraineté ”.
Par extension, on qualifie d'« absolutistes » des régimes politiques autoritaires.
La monarchie absolue en France
En
France, une monarchie absolue fut recherchée par le pouvoir royal. Cette recherche impliquait la suppression ou la limitation des autres formes de pouvoir ; celui de l'
Église romaine, celui du
clergé et de la
noblesse ainsi que celui du
parlement.
Louis XIV a réussi à mettre en place cette forme d'absolutisme, en développant la conception de
monarchie absolue de droit divin et en l'imposant à ses sujets, en lieu et place des pouvoirs susdits.
Le terme est appliqué dans son sens restrictif à la
monarchie française (depuis le jusqu'à la chute de l'
Ancien Régime) et aux
despotismes éclairés du .
Genèse et bases théoriques
- Il faut remonter à la période suivant la fin du Moyen Âge et surtout à la Renaissance pour trouver les fondements de l'absolutisme en France. Le pouvoir royal a en effet renforcé sa légitimité et son administration à partir de la fin de la guerre de Cent Ans. Le domaine royal s'est étendu. Jean Bodin est l'un des théoriciens de la souveraineté royale au .
- Dans la première moitié du , les périodes de régence constituent des moments difficiles pour le pouvoir royal. Il faut l'action énergique d'un Richelieu pour mater les pouvoirs féodaux. L'un des théoriciens de l'absolutisme est alors Pierre de Bérulle. Dans le dédicace de son Discours de l'État et des grandeurs de Jésus, adressée à Louis XIII en 1623, il écrit :
« un monarque est un Dieu selon le langage de l'écriture : un Dieu non par essence mais par puissance ; un Dieu non par nature mais par grâce ; un Dieu non pour toujours mais pour un temps. Un Dieu non pour le Ciel mais pour la Terre. Un Dieu non subsistant, mais dépendant de celui qui est le subsistant par soi-même ; qui étant le Dieu des Dieux, fait les rois Dieux en ressemblance, en puissance et en qualité, Dieux visibles, images du Dieu invisible. »
- Pendant la minorité de Louis XIV, c'est le cardinal de Mazarin qui affronte le soulèvement de la Fronde (1648-1653). Le peuple accablé d'impôt se soulève dans plusieurs régions et les parlementaires font valoir leurs droits. Les princes de sang tels que Condé attisent la révolte et le peuple parisien s'agite. Le jeune Louis XIV doit subir l'humiliation de la fuite dans la nuit ('la nuit des rois'). Il gardera toute sa vie un profond ressentiment contre la noblesse frondeuse. Il fut aussi éduqué par Mazarin dans l'idéologie absolutiste selon laquelle le pouvoir ne se partage pas. Omer Talon, qui fut avocat général au parlement de Paris pendant la Fronde (1648-1652) se considère comme le grand-prêtre d'une religion royale dont il se voulut le plus fidèle serviteur. Lors du lit de justice du 18 mai 1643, qui inaugure le règne de Louis XIV, Omer Talon déclare, agenouillé devant le jeune roi :
« Sire, le siège de votre majesté nous représente le trône du Dieu vivant. Les ordres du royaume vous rendent honneur et respect comme à une divinité visible. »
- Bossuet, qui fut sans doute le plus célèbre thuriféraire de la monarchie absolue, dans sa Politique tirée des propres paroles de l'Écriture sainte (III, 3e proposition) explique qu'« il y a quelque chose de religieux dans le respect qu'on rend au prince. Le service de Dieu et le respect pour les rois sont choses unies [...]. Aussi Dieu a-t-il mis dans les princes quelque chose de divin. »
Limites et critiques de l'absolutisme français
- Le roi de France doit respecter des règles qui limitent son pouvoir : il doit appliquer les lois fondamentales du royaume qui sont une constitution non écrite.
Pour la succession, le roi ne peut pas choisir son héritier car les principes de l'hérédité, de la primogéniture masculine et de collatéralité masculine des Lois Fondamentales s'imposent à tous. Il ne peut pas non plus abdiquer. La royauté devient effective avec l'intronisation du candidat par les douze
pairs de France (6 laïques et 6 écclésiastiques) lors de la cérémonie du
sacre au cours de laquelle il prononce le serment de protéger les oeuvres de l'église et de maintenir et défendre les coutumes et les droits de
ses peuples. Ainsi, il se doit d'être catholique selon le principe de catholicité du roi, créée véritablement en 1593.
Le
domaine royal est inaliénable. Le roi ne peut ni l'aliéner, ni l'accroître en prenant ou reprenant ce qui relève du domaine privé, excepté avec une motif et une procédure légale, c'est le principe de l'indisponibilité du royaume.
Représentant de l'État, le roi dispose du pouvoir de traiter avec les puissances étrangères, de déclarer la guerre, de lever des hommes d'armes, d'émettre de la monnaie, d'accueillir et de naturaliser des étrangers.
En matière législative, il n'a pas le pouvoir de changer les lois civiles dont la source est
coutumière, canonique et jurisprudentielle. Ses édits, ses ordonnances et ses lettres patentes ne portent que sur le
droit public: ce sont presque toujours des règlements d'administration publique. En matière administrative, il nomme les ministres, les gouverneurs militaires, les intendants, etc..
En matière judiciaire, la justice est exercée en son nom par une multitude de juridictions dont le degré supérieur est constitué par les
parlements régionaux ou les cours souveraines, qui sont ses plus féroces contrepouvoirs (ils ont mené à la Révolution). Le roi peut exceptionnellement retenir sa justice, soit en appelant une cause pour la juger souverainement devant son
conseil, soit en donnant un ordre comme celui d'arrêter, de gracier, d'emprisonner ou d'assigner à résidence un particulier avec une lettre
lettre de cachet.
En matière fiscale, les impôts et les taxes ne sont pas un tribut payé par des peuples vaincu; ils sont consentis et ne peuvent pas être augmentés sans la réunion des
États Généraux.
- Louis XIV gouvernait sans premier ministre et décidait seul, tout en prenant les conseils de son chancelier, de ses ministres et de ses secrétaires d'état.
Malgré tous les efforts entrepris par le roi Soleil, la monarchie française du ne fut jamais absolue. Le royaume de France est l'un des plus peuplés d'Europe et l'administration n'est pas suffisante pour imposer un pouvoir sans limite. Les décisions royales se heurtent à la société de corps : sous l'Ancien Régime, les provinces, les villes, les corporations et ordresss disposent de privilège que le souverain doit respecter. Le clergé a par exemple ses propres tribunaux et ses propres procédures judiciaires. Depuis le Moyen Âge, les libertés (entendons les franchises et les exemptions collectives) autorisent un grand nombre de Français à disposer de droits particuliers. Les sujets ne parlent pas tous la même langue, n'ont pas les mêmes mesures … Les états généraux et provinciaux sont réunis en temps de crise et sont une tribune pour les représentants des trois ordres. Ces institutions vont à l'encontre des visées absolutistes de Louis XIV. C'est pourquoi les états généraux n'ont jamais été réunis sous son règne.
- Au , l'absolutisme est surtout critiqué par les philosophes des Lumières tels que Denis Diderot ou encore Jean-Jacques Rousseau. Montesquieu déclare que les pouvoirs exécutif, législatif et judiciaire ne peuvent être concentrés dans les mains de la même classe sociale. Dans l'Encyclopédie, l'article portant sur l'autorité politique critique l'absolutisme. La remise en cause du système politique prend une tournure radicale en 1789 lorsque les députés se déclarent Assemblée nationale et qu'ils rédigent par la suite une constitution, la première de l'histoire du pays. On passe alors à un régime de monarchie constitutionnelle. Le mot 'absolutisme' a été forgé sous la Révolution française, de même que l'expression 'Ancien Régime'. Il fut alors chargé d'un sens négatif et systématiquement opposé à l'œuvre de la République. Les journées d'octobre 1789 ramènent le roi à Paris ; la cour est destructurée et Versailles cesse d'être le lieu de l'absolutisme. Quelques années plus tard, les objets du sacre et les symboles royaux sont détruits par les révolutionnaires. La monarchie absolue de droit divin a vécu.
La monarchie absolue dans le reste de l'Europe

Gravure allemande représentant la décapitation de Charles Ier d'Angleterre, XVIIe siècle
Les monarques les plus représentatifs du pouvoir absolu sont Charles III d'Espagne [ lire aussi Restauration de l'absolutisme en Espagne (période historique, XIXe).] et Frédéric II de Prusse, ce dernier étant l'exemple le plus fréquemment évoqué de despote éclairé. La Maison de Savoie a également pratiqué cette forme de pouvoir et les résidences des Savoie autour de Turin en sont l'illustration architecturale.
L'absolutisme relève davantage de la pratique du pouvoir que d'une doctrine politique.
On a parfois présenté le philosophe Thomas Hobbes comme le théoricien du pouvoir absolu. En réalité, il s'est essentiellement attaché à étudier les rapports de l'homme avec le pouvoir, dégageant de là l'idée de droits imprescriptibles qui seront à l'origine de la déclaration des droits de l'homme et du citoyen.
En Angleterre, les Stuarts ont essayé de rogner les droits politiques du Parlement. Jacques Ier tente à plusieurs reprises de gouverner sans convoquer le Parlement qui a en principe un droit de regard sur la levée de nouveaux impôts. Dans ses discours et ses écrits, il rappelle que son pouvoir est de droit divin. Son absolutisme s'exprime également dans le domaine de la religion. Il souhaite imposer l'anglicanismes à tous ses sujets, persécutant les puritain et les catholiques. Son fils Charles Ier continue le projet absolutiste. La guerre civile qui marque la fin de son règne aboutit à la première révolution anglaise : Charles Ier perd le combat et se trouve décapité. Après la parenthèse républicaine d'Olivier Cromwell, la monarchie est restaurée.
En philosophie
Selon Bruno Latour, le contraire du relativisme n’est pas l’universalisme, mais l’absolutisme.
La monarchie absolue de nos jours
Liste des états ayant actuellement pour régime une monarchie absolue:
Citations
« Pour la plupart des hommes du et aujourd'hui encore absolutisme est synonyme de despotisme, de pouvoir capricieux et illimité. C'est absolument inexact : pouvoir absolu signifie exactement pouvoir indépendant; la monarchie française était absolue dès lors qu'elle ne dépendait d'aucune autre autorité, ni impériale, ni parlementaire, ni populaire : elle n'en était pas moins limitée, tempérée par une foule d'institutions sociales et politiques héréditaires ou corporatives, dont les pouvoirs propres l'empêchait de sortir de son domaine et de sa fonction. Son droit confinait à une multitude de droits qui la soutenaient et l'équilibraient. L'ancienne France était « hérissée de liberté. » Charles Maurras
Voir aussi
Notes
Bibliographie
- Richard Bonney, L'absolutisme, PUF, coll. « Que sais-je », 1989
- Fanny Cosandey et Robert Descimon, L'absolutisme en France, histoire et historiographie, Seuil, coll. « Points Seuil », 2002
- Joël Cornette, L'Affirmation de l'Etat absolu, 1498-1652, Hachette, 2006 ; Absolutisme et Lumières, 1652-1787, Hachette, 2005 ; La Monarchie absolue, de la Renaissance aux Lumières, La Documentation photographique, 2007
- Jacques Ier Stuart, Basilikon doron (Du don royal), 1599
- Jacques-Bénigne Bossuet, Politique tirée des propres paroles de l'Écriture Sainte, 1709.
- François Bluche, Louis XIV
Liens internes
Lien externe