Lettres
L'alphabet latin, comme la majorité de ceux issus de l'
alphabet grec, est
bicaméral : on utilise deux graphies pour chaque
graphème (ou
lettre), l'une dite
minuscule, l'autre
capitale. Dans la majorité des cas, chaque lettre possède les deux variantes. Il existe cependant quelques exceptions, comme la ligature
ß (appelée
scharfes s ou
eszett ; utilisée en
allemand et autrefois dans d'autres langues, dont le français), qui, en capitales, est remplacée par
SS.
L'expansion – tant géographique que temporelle – de cet alphabet en fait l'un des plus riches en variantes nationales. Ainsi :
- chaque langue donnée utilise un jeu plus ou moins complet de lettres fondamentales ;
- chacune peut en posséder des lettres modifiées qui s'y ajoutent ;
- parmi les lettres modifiées, certaines sont considérées, selon les langues, comme des lettres à part entière ou comme des variantes d'une autre lettre.
Par exemple, les alphabets utilisés pour le
français et pour le
castillan ne sont pas identiques (ainsi, la lettre
ç ne s'emploie pas en castillan et le français, à l'inverse ne se sert pas de
á), bien que tous deux puissent être ramenés à l'alphabet latin. En sorte, il ne serait pas faux de parler d'un alphabet français et d'un alphabet castillan.
On le voit, il n'existe rien de tel qu'un alphabet latin figé et constant ; il est cependant possible d'isoler les graphèmes fondamentaux utilisés dans une majorité de langues : ce sont ceux de l'alphabet des origines (voir plus bas, section « Histoire ») plus j et u ainsi que g et w, soit :
Graphèmes fondamentaux
Nom des lettres
Parmi les innovations de l'alphabet latin par rapport à son modèle (indirect)
grec, on peut compter le nom des lettres. En effet, alors que les lettres grecques portent des noms sans sens dans leur langue car hérités directement des
langues sémitiques et, surtout, polysyllabiques (
alpha,
bêta,
gamma,
delta), ce sont des monosyllabes en latin.
Les Romains, en effet, n'ont pas cherché à donner un nom réel à leurs lettres : ils les désignaient comme elles se prononçaient, ce qui ne pouvait bien fonctionner qu'avec les continues et les voyelles (qu'on prononçait vraisemblablement longues). On trouve donc deux groupes de lettres (on se bornera ici aux lettres purement latines n'offrant pas de difficultés d'interprétation) :
- celles prononçables sans support : les voyelles /aː/, /eː/, /iː/, /oː/, /uː/ et les continues /fː/, /lː/, /mː/, /nː/, /rː/ et /sː/ (on disait donc « la consonne /ffff/ » en prolongeant le son autant que nécessaire) ;
- celles qu'on devait articuler avec une voyelle d'appui, /e/ chez les Romains : /beː/, /keː/ (lettre c), /deː/, /geː/, /kaː/ (lettre k, qu'on employait initialement devant a ou une consonne puis qui n'a été conservée que dans de rares mots), /peː/, /kuː/ (lettre q, qui ne s'emploie que devant un u), etc.
De là vient la manière qu'on a, en français mais aussi dans les autres langues à écriture latine ancienne, d'épeler les mots.
Extension des graphèmes fondamentaux
Les limites intrinsèques à cet alphabet, relativement limité en nombre de signes différents ont dû rapidement être dépassées dès qu'il s'est agi de transcrire des langues autres que le latin, langues dont le
système phonologique diffère nécessairement. Par exemple, l'alphabet latin des origines ne permet pas de noter le son [ʃ] de
chat.
Pour ce faire, les copistes médiévaux puis les imprimeurs de la ont trouvé plusieurs solutions :
- utilisation de diacritiques, signes complémentaire à une lettre fondamentale et qui en modifient la valeur (accent aigu, tilde, ogonek, etc) ;
- invention de lettres supplémentaires (issues de ligatures, de variantes contextuelles ou de variantes propres à une graphie médiévale particulière, principalement), parmi lesquelles certaines sont maintenant considérées comme fondamentales (comme le w ou le ß), certaines ont disparu (c'est le cas du ȝ – yogh) ;
- emprunt de lettres à d'autres écritures (le ƿ – wynn – anglais, par exemple, emprunté aux runes) ;
- utilisation de digrammes (ch, sh, cz, etc.).
Voici quelques exemples parmi de nombreux autres :
- dans toutes les langues à écriture latine jusqu'au , on a utilisé le s long → ſ ;
- en allemand : scharfes s ou eszett → ß ;
- en castillan et portugais : tilde (indique la nasalisation ou la palatalisation) → ã ou ñ ;
- en catalan : point médian (pour ne pas prononcer ll comme un [ʎ], /l/ « mouillé ») → ŀl ;
- en polonais et dans d'autres langues slaves occidentales : tilde inscrit → ł, ogonek → ą, háček → ř, kroužek → ů ;
- en islandais : ash → æ, eth → ð, thorn → þ ;
- en vieil anglais (outre æ, ð, þ) : wynn → ƿ, yogh → ȝ ;
- dans diverses langues, comme le sámi et de nombreuses langues d'Afrique (basa, bambara, ouolof, peul, dinka, éfik, éwé, gã, kpellé, mendé) : eng → ŋ (caractère de l'alphabet pan-nigérian) ;
- groenlandais : kra (remplacé par q en 1973) → ĸ, etc.
On se reportera à Digramme, Diacritiques de l'alphabet latin, Abréviations, Ligature, Lettres supplémentaires de l'alphabet latin et Variante contextuelle pour plus de détails.
Enfin, il est de plus en plus fréquent que la transcription ou la translittération d'une écriture non latine se fasse au moyen des lettres latines (qui donnent une grande partie des caractères de l'alphabet phonétique international et d'autres ). On parle dans ce cas d'une romanisation. Enfin, nombreuses langues restées sans écriture ont adopté l'alphabet latin : c'est le cas de langues d'Afrique, qui peuvent suivre l'alphabet pan-nigérian ou l'alphabet international de Niamey.
Variante française
On utilise, en français, les vingt-six lettres fondamentales ainsi que des digrammes (comme œ), et des
diacritiques (comme é), qui ne sont cependant pas considérés comme des lettres indépendantes. Enfin, les lettres diacritiquesss (comme
u ou
e après
g pour en préciser la valeur) et les
digramme (
ch,
ph,
ss) sont nombreux.
Histoire
Alphabet antique

L'alphabet latin archaïque (avec différentes variantes pour chaque lettre)
L'alphabet latin était initialement utilisé pour écrire le
latin, la langue parlée par les habitants de
Rome et du
Latium. Il est dérivé de l'
alphabet étrusque, lui-même variante d'un
alphabet grec différent de l'alphabet dit
classique (celui qu'on utilise dans les éditions actuelles). L'alphabet étrusque comportait quelques lettres inutiles (
B,
C,
D et
O), qui n'étaient jamais utilisées dans les inscriptions car inutiles en raison du
système phonologique de l'étrusque, dans lequel on ne trouve pas d'
occlusives
sonore ou de voyelle /o/. Elles seront en revanche utilisées par les Latins, chez qui elles trouvent une pleine utilité.
Les capitales (majuscules) sont la forme normale de cet alphabet, les minuscules étant d'invention tardive (minuscule caroline médiévale, IX siècle de l'ère chrétienne) et, au départ, utilisée non pas en contraste avec des majuscules mais en tant que système graphique indépendant.
Les faits notables de cet alphabet sont les suivants :
- on ne distingue pas U de V, qui s'écrivent tous deux V ;
- dans les premiers temps, la lettre C notait à la fois /g/ et /k/ : en effet, l'alphabet étrusque s'est servi du gamma grec Γ /g/ avec la valeur /k/, /g/ étant absent du système phonologique étrusque. G (modification graphique de C) a cependant complété l'alphabet rapidement. La lettre K, redondante avec C, n'a été conservée en latin que devant /a/ et dans très peu de mots (KALENDAE, « calendes »). Mais la confusion C ~ G a cependant persisté dans le prénom romain Caius prononcé Gaius, notamment pour les abréviations : le prénom s'écrit normalement C. La lettre Z étant inutile en raison du rhotacisme, G l'a remplacé dans l'alphabet (rappelons qu'en grec on a, dans l'ordre, Α a, Β b, Γ g, Δ d, Ε e, Ϝ w (digamma) , Ζ z).
- la lettre Q, utilisée comme variante de /k/ devant /u/ (c'est le koppa grec, inutile dans cet alphabet donc absent de la variante classique), n'a été conservée que pour former le digramme QV notant le phonème unique /kʷ/, distinct de la suite de consonnes /kw/ : on oppose ainsi QVI /kʷi/ « qui » et CVI /ku̯i/ (avec diphtongue) « à qui ».
En conclusion, le
latin utilisait 20 lettres dans sa variante archaïque :
- A, B, C, D, E, F, H, I, K, L, M, N, O, P, Q, R, S, T, V, X
Puis, 23 lettres dans sa graphie classique :
- A, B, C, D, E, F, G, H, I, K, L, M, N, O, P, Q, R, S, T, V, X, Y, Z
- Note : Y et Z sont des ajouts tardifs à partir de l'alphabet grec pour en noter des mots d'emprunt.
Alphabet médiéval et graphies
Au cours des siècles, les lettres de l'alphabet latin ont été tracées de diverses manières. Ces types d'écritures ne constituent pas des alphabets en soi mais des versions différentes d'un même alphabet, ce qui deviendra après l'invention de l'imprimerie la
police de caractères :
- quadrata ;
- rustique ;
- cursive romaine ;
- onciale ;
- demi-onciale ;
- écritures nationales latines ;
- minuscule caroline ;
- gothique (ne pas confondre cette graphie latine, avec l'écriture gotique qui est un autre alphabet bien plus ancien);
- écriture humanistique ;
- lettres anglaises ;
- antiqua ;
- Fraktur ;
- Sütterlin.
Cf. .
L'imprimerie
[En préparation]
L'informatique
[en préparation]
Classement alphabétique
Voir l'article
Classement alphabétique.
Divers
Le code
ISO 15924 de cette écriture est
Latn.
Articles connexes