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Dernière modification: 2007-11-04
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noArianisering
Catégorie: Racisme Génocide juif

Aryanisation

Ancré dans la propagande nazie qui prétendait l’existence d’une race supérieure dite aryenne, l’euphémisme aryanisation désigne l’expropriation totale des Juifs en Allemagne ainsi qu’en Autriche pendant la période du nazisme, et par extension les spoliations endurées par les Juifs de toute l'Europe occupée pendant la Shoah. Dans un sens plus large, sont également rangés sous le terme « aryanisation » d’autres aspects de l’exclusion des juifs par les nazis, tels que leur élimination de la vie culturelle ou scientifique.

1 Voler les Juifs sous le IIIe Reich
2 Aryanisation en Europe occupée
3 Aryanisation en France
4 Bibliographie
5 Filmographie
6 Voir aussi

Voler les Juifs sous le IIIe Reich

Depuis le 1 janvier 1938, toute activité commerciale (commerce de détail, artisanat, toute offre de biens et de services) était interdite aux juifs. Jusqu’à l’automne de cette même année, plus de la moitié des quelque 100.000 entreprises de propriétaires juifs sont saisies. Celles qui restent sont alors liquidées ou remises par coercition à de nouveaux propriétaires non juifs (donc « aryanisées »), conformément au « Décret pour l’élimination des juifs de la vie commerciale allemande » du 12 novembre 1938 (Verordnung zur Ausschaltung der Juden aus dem deutschen Wirtschaftsleben), dont Hermann Göring fut le maître-d'œuvre. Les produits de l’expropriation étant confisqués au profit du Reich, les propriétaires légitimes se sont retrouvés ruinés pour la plupart. De plus, tous les employés juifs sont licenciés.

Certaines des entreprises « aryanisées », qui ont généralement été alignées bien au-dessous de leur juste valeur, ont fortement contribué à l’essor économique dans l’après-guerre, ce qui donne un goût de vol au fameux « miracle économique ».

Aryanisation en Europe occupée

Une forme d'aryanisation 'spontanée' exista partout en Europe, lorsqu'après l'arrestation des Juifs, un certain nombre de leurs voisins n'hésitaient pas à piller leurs maisons et leurs appartements. Lors de la grande rafle du Vel'd'Hiv' (juillet 1942), le jeune Maurice Rajsfus, échappé du lieu d'internement et revenu dans l'appartement familial vide, découvrit le concierge en train de le piller.

A Amsterdam, d'où furent déportés sans retour 66.000 Juifs hollandais, l'entreprise Puls se tailla vite une sinistre réputation en venant déménager les biens des victimes de leurs appartements vides. Le verbe 'pulsen' entra même dans le langage courant.

Aryanisation en France

Le terme est également utilisé par des historiens au sujet de la spoliation des Juifs français, menée conjointement et concurremment par l'occupant allemand et le Régime de Vichy. Elle fit suite à la loi du 22 juillet 1942 de l’État français, qui elle-même faisait suite à 'l'aryanisation' décidée par les Allemands à l'automne 1940 en zone occupée. Longtemps négligée, la spoliation des biens juifs est devenue un champ de recherche très labouré à partir des années 1990.

La dépossession des Juifs fut d'emblée inscrite au cahier des charges du Commissariat général aux questions juives, créé le 29 mars 1941 et dirigé par Xavier Vallat puis Darquier de Pellepoix. Dès l'été 1940, les divers services allemands s'employaient également activement à dérober les biens juifs. L'ambassadeur Otto Abetz profita ainsi de l'Exode pour faire main-basse sur les collections d'art des propriétaires juifs absents.

L'historien Henry Rousso estime à 10.000 le nombre d'entreprises aryanisées (Vichy. L'événement, la mémoire, l'histoire, p.148 sq.). On compta 50.000 nominations d'un administrateur de biens juifs sous l'Occupation. Dès 1940, 50 % de la communauté juive fut privée des moyens d’existence normaux, en vertu des lois de Vichy prohibant l'exercice de nombreux métiers aux Juifs ainsi que des ordonnances allemandes - chiffres cités par Olivier Wieviorka ('La vie politique sous Vichy', in La République recommencée, dir. S. Berstein).

Entreprises françaises aryanisées: Galeries Lafayette, éditions Nathan, Calmann-Lévy, Cluny, Ferenczy et Delage. L'aryanisation toucha aussi la presse, le cinéma, les théâtres (ainsi le Théâtre des Ambassadeurs à Paris, le théâtre Sarah-Berhardt étant rebaptisé quant à lui Théatre de la Cité). Elle n'épargna pas l'industrie: à Saint-Denis, par exemple, selon l'historienne Danièle Fraboulet, 10 % de la chimie de cette importante ville industrielle fut touché par la dépossession des Juifs. Elle s'étendit bien au-delà d'une simple volonté de 'réduire l'influence juive', que la propagande antisémite avait mise en avant bien avant la guerre : dans l'Est parisien, on aryanisa aussi d'innombrables et fort modestes boutiques de coiffure, de tailleurs ou de frippier... Fin 1941, les Allemands frappèrent la communauté juive française d'une amende exorbitante d'un milliard de Francs, à payer entre autres sur la vente de biens juifs, et gérée par la Caisse des Dépôts et Consignations.

Le PDG de la Société générale, Henri Ardant, joua un rôle moteur dans l'aryanisation des banques. L'entreprise Michelin s'honora de boycotter toutes les réunions relatives à la dépossession des biens juifs.

Bibliographie

Spécifiquement sur l'aryanisation:

  • Laurent Douzou, Voler les Juifs. Lyon 1940-1944, Paris, Hachette-Littératures, 2002
  • Jean-Marc Dreyfus, Pillages sur ordonnance : aryanisation et restitution des banques en France : 1940-1953, Paris, Fayard, 2003
  • Martin Jungius, Der verwaltete Raub. Die 'Arisierung' der Wirtschaft in Frankreich, 1940-1944, Ostfildern, Thorbecke 2007 (en allemand)
  • Philippe Verheyde, Les mauvais comptes de Vichy. L’aryanisation des entreprises juives, Perrin, 1999
  • http://www.fondationresistance.com/actualites/nousavonslu45.htm

    Liens externes

Plus généralement :

  • Claire Andrieu, La banque sous l’Occupation, paradoxes de l’histoire d’une profession, Presses de la FNSP, 1990
  • Laurent Joly, Vichy dans la solution finale. Le Commissariat aux Questions Juives, 2006.
  • Jean Laloum, Les Juifs dans la banlieue parisienne des années 20 aux années 50, Paris, CNRS Éditions, 1998
  • Barbara Lambauer, Otto Abetz et les Français, ou l'envers de la politique de collaboration, Fayard, 2001
  • Michel Margairaz (dir.), Banques, Banque de France et seconde guerre mondiale, A. Michel, 2002
  • Renaud de Rochebrune et Jean-Pierre Hazara, Les Patrons sous l'Occupation, Odile Jacob, 1995

Filmographie

  • Le Dernier métro (1980), de François Truffaut, avec Gérard Depardieu et Catherine Deneuve, relate l'histoire sous l'Occupation d'un théâtre parisien prétendument aryanisé, que son directeur juif tente de continuer à diriger grâce à son épouse, depuis sa cachette au fond de la cave.

Voir aussi

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