Origines
Augusto Pinochet est né dans une famille de la
classe moyenne, descendant d'une famille
française arrivée au Chili au , originaire de la ville de
Lamballe, en
Bretagne, où figure encore un bon nombre de Pinochet dans l'annuaire téléphonique. Le premier Pinochet, marin, est arrivé à
Concepción avec un bateau chargé de marchandises, ne pouvant rien débarquer car seuls les royalistes espagnols avaient le droit de commercer, il se marie alors dans la noblesse locale pour pouvoir débarquer ses marchandises ; leur fils fut capitaine dans l'armée chilienne. L'épouse d'Augusto Pinochet, Lucía Hiriart Rodríguez, fille d'un ancien ministre radical, est quant à elle descendante d'immigrés
basques français (famille
Hiriart de Nilo). Ils ont eu trois filles et deux garçons
[France Culture ]
.
Études et carrière militaires
Il fait ses études primaires et secondaires au Seminario San Rafael à
Valparaíso, à l'Institut Rafael Ariztía
Frères maristes à
Quillota et à l'école des Pères Français à
Valparaíso.
En 1933, à 18 ans et après 3 tentatives, il entre dans une école militaire. Quatre années plus tard, il obtient le grade d’Alférez (sous-lieutenant) dans l'infanterie[ [http://www.evene.fr/celebre/biographie/augusto-pinochet-24037.php ]
Biograghie d'Augusto Pinochet
Homme d'état chilien sur evene.fr]. Il commence dès lors son service militaire et en septembre 1937, rejoint le régiment « Chacabuco » à Concepción avant d'obtenir le grade de lieutenant en 1939.
En 1947, lors des débuts de la guerre froide, le capitaine Pinochet est responsable d'un camp de prisonniers à Iquique où sont détenus les dirigeants du Parti communiste sur ordre du président Videla.
En 1953, il devient commandant et officier d'état-major. Il termine ses études à l'Académie de guerre de Santiago[ Nécrologie du Général Pinochet dans Le Monde du 12 décembre 2006 ]. En 1955, il commence ses études de Droit à l'Université du Chili[ Article intitulé Muere Augusto Pinochet dans le quotidien chilien La Tercera du 11 décembre 2006 ].
En 1963, il dirige l'école militaire de Santiago[ Article de Lamia Oualalou intitulé Pinochet est mort au Chili, sans avoir été jugé parue dans Le Figaro du 11 décembre 2006 ].
En 1967, il est promu au rang du colonel [ Muere Augusto Pinochet dans le quotidien chilien La Tercera du 11 décembre 2006 ]. En 1968, le général Alfredo Mahn le nomme chef d'État-Major dans la Division Santiago[ Article intitulé Muere Augusto Pinochet dans le quotidien chilien La Tercera du 11 décembre 2006 ]. L'année suivante, en 1969, il est nommé chef de la Sixième Division à Iquique (ville la plus importante du nord du Chili, c'est la capitale de la región de Tarapacá)[ Article intitulé Muere Augusto Pinochet dans le quotidien chilien La Tercera du 11 décembre 2006 ].
En 1970, Eduardo Frei (président du Chili de 1964 à 1970) le nomme général de brigade. L'année suivante, il officie comme aide de camp du dictateur cubain Fidel Castro pendant sa visite d'état au Chili[ Il n'aurait pas alors caché son admiration pour le nationalisme autoritaire du maître de Cuba ]. En 1972, il est nommé chef d'état major du général Carlos Prats, commandant de l'armée de terre. Il est ensuite nommé général de division sur recommandation de ce dernier en juin 1973.
Après l'élection du docteur Salvador Allende à la présidence de la république, la situation économique du Chili se dégrade rapidement, notamment en raison des grèves incessantes, celle des camionneurs en tête. L'inflation atteint 150 %. La CIA soutient les divers opposants[ Une note manuscrite du président américain Richard Nixon aurait encouragé à saper le gouvernement chilien en ces termes: « Il faut faire hurler de douleur l'économie chilienne »].
Le 23 août 1973, alors que le Parlement vient de voter la veille la destitution du Président de la République Salvador Allende et appelle la population à la désobéissance civile, le président contre-attaque et, pour rétablir l'ordre, nomme commandant en chef de l’armée chilienne Augusto Pinochet, connu seulement pour être viscéralement anti-communiste mais aussi catalogué comme un militaire « sans épaisseur »[ L'appartenance maçonnique des deux hommes est rappelée dans l'article payant du Monde du 12 décembre 2006 Le dictateur était animé d'un désir de revanche sociale ]
tout comme son anti-communisme et son 'manque d'épaisseur' ».
Pinochet se tient alors à l'écart des complots divers qui se trament, ce qui lui vaut sur le coup une réputation d'homme loyal au régime[ Selon les rapports disponibles de la CIA et selon le témoignage télévisé d'anciens responsables putschistes, cela l'aurait poussé à faire de la surenchère dans la répression, pour faire oublier sa vocation tardive de conspirateur ].
Le pays est au bord de la guerre civile: les milices ouvrières de l'Unité populaire soutiennent le président Allende, tandis que la majorité parlementaire rencontre l'adhésion d’une grande partie de la société chilienne mais aussi, de nombreux officiers et, secrètement, du gouvernement des États-Unis d'Amérique, inquiet de la tournure que prennent les événements et notamment, de la nationalisation par le nouveau régime des mines de cuivre appartenant au groupe ITT.
La prise de pouvoir de septembre 1973
D'abord loyal à Allende, le général Pinochet se joint in extremis au complot organisé par l'amiral Jose Toribio Merino, et le commandant en chef de l'armée de l'air, le général Gustavo Leigh. Le complot débouche sur le
coup d'état du 11 septembre 1973, pendant lequel le palais présidentiel (Palacio de
la Moneda) est bombardé avec des avions de fabrication britannique
Hawker Hunter. Allende est contraint au suicide, et la répression commence pour ses partisans ou suspectés tels : le
stade national sert de prison à ciel ouvert pour personnes. Selon le
rapport Rettig publié en
1991, le nombre de victimes de la junte militaire est de victimes, dont 641 tués pour des motifs non élucidés (crapuleux ou politiques), et de 957 disparus
[ Article de Lamia Oualalou, ibid ]. La Commission chilienne sur la prison politique et la torture dans le
rapport Valech en
2004 comptabilise arrestations arbitraires et cas de tortures entre
1973 et
1990, dont personnes pour des raisons politiques. Environ personnes se sont exilées durant la période du régime militaire
[ Les principales exactions du régime de Pinochet, LEMONDE.FR avec AFP, 10 décembre 2006, 20h01].
La crise politique fut une conséquence de l'appel de la population et est « garant de la défense de l'unité nationale, menacée par la guerre civile et les dissensions ».
Le chef du pouvoir (1973-1990)
Dès le
12 septembre 1973, Augusto Pinochet prend cependant l'ascendant sur la junte et met fin aux espérances de la droite chilienne des conservateurs et des démocrates chrétiens qui s'attendaient à récupérer le pouvoir exécutif. Au contraire, le parlement est dissous. Le communisme est interdit et les partis politiques sont suspendus. Les opposants sont traqués et assassinés, y compris à l'étranger (
opération Condor, 1975).
En 1974, Pinochet est à l'origine de la création de la DINA, police politique qui recourt aux disparitions et aux assassinats[Article du Monde, ibid].
En novembre 1975, le général Pinochet est au premier rang de ceux qui viennent assister à l'enterrement du généralissime Francisco Franco, caudillo-régent d'Espagne, manifestant ainsi son admiration pour son action, bien que le système économique que Pinochet va mettre en place, soit le contraire du système de contrôle étatique franquiste.
Le nouveau régime recourt en effet à des économistes, les Chicago Boys, disciples de la politique monétariste de Milton Friedman, pour redresser l'économie du pays. Pendant les huit premières années (puis de 1984 à 1989) le taux de croissance dépasse alors les 7% alors que la classe moyenne se développe et que l'analphabétisme recule[ Article de Lamia Oualalou, ibid : « De 1976 à 1980, l'économie croît de 7 % par an, les réserves sont reconstituées, l'inflation tombe de 500 % à 30 % » ]. Pour la droite et les milieux d'affaires, Pinochet devient « l'homme qui a sauvé le Chili du communisme »[ selon les rapports Rettig et Valech, 85 % des tués de la dictature n'auraient pas appartenu au PC chilien, et 46 % n'auraient pas eu de militantisme politique connu antérieur à leur arrestation ] et fait décoller le pays en privatisant les grandes entreprises d'État[ à l'exception notable des mines de cuivre du nord du pays qui avaient été nationalisés sous le régime de Salvador Allende ].

Augusto Pinochet avec le général argentin Jorge Rafael Videla
, en
1978
Sur le plan international, le général Pinochet s'assure le soutien discret des
États-Unis et l'approbation tacite des pays d'
Europe occidentale[ Aucune mesure de rétorsion ni aucune rupture des relations diplomatiques. Seul en France, le ministre des Dom Tom Bernard Stasi condamne le coup d’État et proteste contre l'absence de réaction des gouvernements européens ]. Les relations sont même très bonnes avec certains d'entre eux comme
Margaret Thatcher, le premier ministre britannique, notamment après que le Général Pinochet lui ait apporté un soutien décisif dans la
guerre des Malouines contre l'
Argentine (
1982), pourtant dirigée également par une junte militaire.
En 1977, le terme de « chilenité » est avancé comme idéologie justificatrice du régime, à savoir un ensemble de « valeurs morales indéfectibles» basées sur la foi chrétienne, la défense de la dignité et de la souveraineté de la nation[discours de Chacarillas le 9 juin 1977 prononcé par le général Pinochet].
En avril 1978, les lois d'amnistie garantissent l'impunité contre les poursuites judiciaires aux auteurs de crimes et exactions liés au coup d'état, commis entre le 11 septembre 1973 et le 10 mars 1978 à l'exception de l'assassinat de l'ancien ministre Orlando Letelier[ Article de Lamia Oualalou, ibid ]. Il écarte également de la direction de la junte militaire son rival, le général Gustavo Leigh, commandant en chef de l'armée de l'air, qui s'était déclaré en faveur d'un plan de normalisation démocratique sur cinq ans, et l'organisation d'élections.
Le 11 septembre 1980, le général Pinochet organise un référendum par lequel il fait approuver par 67% des électeurs une nouvelle constitution qui lui accorde un mandat de 8 ans en tant que président de la république[ Voir biographie du Général Pinochet sur Radio Canada ]
.
''
]]
de Viña del Mar à la fin des années 1980'']]
En
1982 et
1983, l'économie stagne, l'
inflation s'envole et le
PIB chute de près de 14 % alors que la répression contre les opposants s'accentue. En
1984, la croissance repart (5% de hausse par an)
Le 11 mai 1983, les ouvriers, les mineurs du cuivre, et les étudiants organisent leur première grande protestation contre le régime[ Article de Lamia Oualalou, ibid ].
Le général Pinochet avait entretenu de bonnes relations avec le nonce apostolique en Argentine, Mgr Angelo Sodano, qui deviendra cardinal de la curie romaine. [1] 
Le 5 novembre 1984, l'état de siège est décrété. En septembre 1986, le général Pinochet échappe à un attentat perpétré par le Front patriotique Manuel-Rodriguez, la branche militaire du Parti communiste[ Article du Monde du 12 décembre 2006, Augusto Pinochet, ancien dictateur chilien ].
En avril 1987, le général Pinochet accueille au Chili le Pape Jean-Paul II qui lui rappelle que « le peuple a le droit de jouir de ses libertés fondamentales, même s’il commet des erreurs dans l’exercice de celles-ci »[class="external" rel="nofollow" target="_blank">[1 ]

.
En 1988, il sollicite la prorogation de son mandat à la présidence du pays par le biais d'un référendum, comme le prévoit la constitution. Tous les partis politiques sont alors de nouveau légalisés. Soutenu par tout un nombre d'organisations internationales et de pays et après une véritable campagne électorale menée par les deux camps en présence, 53% des électeurs lui refuse ce mandat (contre 45 %)[ Article du Monde du 12 décembre 2006, Augusto Pinochet, ancien dictateur chilien ].
Il organise alors la transition démocratique qui aboutit en mars 1990 à l'intronisation du démocrate chrétien Patricio Aylwin comme président de la République.
Le général Pinochet reste alors encore pendant sept ans chef des armées et en profite, à ce titre, pour parcourir le monde de la Chine à la Russie.
Le commandant en chef de l'armée (1990-1998)
En 1990, la commission vérité et réconciliation publie le rapport Rettig sur le bilan humain du régime du général Pinochet, promis par le président Alwyn durant la campagne électorale de 1989, sur fond de consensus national.
En tant que commandant en chef de l'armée, le général Pinochet apparaît alors jouer un rôle de modérateur au sein de celle-ci alors que plusieurs de ses anciens cadres sont mis en cause devant les tribunaux à commencer par Manuel Contreras, l'ancien chef de la DINA. Tandis que certains généraux disent publiquement qu'ils ne toléreront pas d'autres procès contre ses membres pour les violations des droits de l'homme commis sous le régime militaire, les dirigeants démocrates-chrétiens admettent que le général Pinochet tient alors un rôle primordial pour calmer les ardeurs des plus belliqueux des militaires. Certains estiment que par tactique ou par ruse, il s'est résigné à ce que des châtiments modérés soient infligés à quelques boucs émissaires[ Article de Marcel Niedergang dans Le Monde du 22 novembre 1995 intitulé « Augusto Pinochet toujours là » ].
En 1995, il manifeste pour la première fois une exaspération publique contre un projet de loi du gouvernement visant à réduire le pouvoir de l'armée, en supprimant les 9 sièges de sénateurs désignés par les militaires et en donnant au président la faculté de déplacer des officiers supérieurs ou de les mettre d'office à la retraite. Le gouvernement offre en échange une loi dite de point final sur le modèle argentin.
Néanmoins, en 1995, pour une majorité de chiliens, le général Pinochet fait alors figure de « papi bonhomme », une sorte de « paysan roublard » et rusé qui apparaît ainsi dans une émission satirique « les Toppins », équivalents de l'émission des guignols de l'info en France. Avec 40% de bonnes opinions, il est alors la 3 personnalité la plus populaire du Chili après le président Frei et le footballeur Ivan Zamorano[ Article de Marcel Niedergang, ibid, « Augusto Pinochet toujours là » ].
Le sénateur face aux procédures judiciaires (1998-2006)
En
1998, atteint par la limite d'âge, il quitte son poste de commandant en chef de l'armée. Il devient désormais sénateur à vie en tant qu'ancien président de la république.
Arrestation à Londres
Le
16 octobre 1998, alors qu'il est à
Londres pour des examens médicaux, le général Pinochet est placé en état d'arrestation puis assigné en résidence surveillée, suite à un mandat d'arrêt international émis par le juge espagnol
Baltasar Garzón. En
Espagne, deux procédures sont en cours: le juge Manuel García Castellón enquête sur l'assassinat ou la disparition de ressortissants espagnols au Chili entre septembre 1973 et décembre 1983 tandis que Baltasar Garzón enquête sur « l'
opération Condor ». Les deux juges accusent l'ancien dictateur de « génocide, de tortures, de terrorisme international et d'enlèvements »
[Les chefs d'accusation, Courrier International, n°416, 22 octobre 1998].
Contexte chilien
L' arrestation d'Augusto Pinochet place les gouvernements chiliens et britanniques dans l'embarras: le premier, parce qu'au nom de la souveraineté nationale et pour satisfaire l'armée, il doit réclamer sa remise en liberté
[ Pinochet, fauteur de troubles, l'Express, 12 novembre 1998 ]
et article de l'hebdomadaire l'Express du 10 décembre 1998 intitulé le syndrome de Santiago; le second, parce qu'il s'interroge sur sa compétence juridique
[L'affaire Pinochet, Nicole Duplé, Faculté de droit, Laval ]
et parce que comme le rappelle Pinochet dans une déclaration, le ministère des Affaires étrangères britannique était au courant de sa visite au Royaume-Uni
[L'ami des Anglais, Courrier International (Web+), 14 déc. 2006, traduit de Neil Tweedie, dans The Daily Telegraph].
En signe de protestation, le gouvernement chilien d'Eduardo Frei envoie ses ministres à Londres et suspend les échanges interministériels[ibid] et oblige les députés socialistes Isabel Allende et Juan Pablo Letelier, partis à Londres pour dénoncer « les crimes du régime militaire », à faire amende honorable le 3 décembre alors que Ricardo Lagos, le candidat de la Concertation, demande à son tour le retour de Pinochet au Chili[Le syndrome de Santiago, Michel Faure, L'Express, 10/12/1998 ]
.
Tandis qu'à Londres, les exilés de la dictature manifestent pour réclamer le jugement de Pinochet, au Chili, l'arrestation du vieux général fait craindre le retour des tensions internes entre les partisans et opposants à Pinochet: le 2 décembre, un sondage de l'institut Mori, commenté par la sociologue Marta Lagos est publié dans les journaux chiliens selon lequel 45% de chiliens juge négativement son arrestation contre 44% qui la juge positivement. Selon le même sondage, 63% des chiliens pensaient que le général Pinochet était responsable des faits qui lui étaient reprochés mais 57% jugeaient que c'était aux tribunaux chiliens de se prononcer et non une juridiction étrangère[Le sondage, publié notamment par le journal conservateur El Mercurio a été réalisé par l'institut Mori du 17 au 24 novembre 1998. Il a été partiellement commenté dans l'article de l'hebdomadaire français L'Express Le syndrome de Santiago, le 10 décembre 1998].
Le Chili est alors en période d'élection présidentielle dont la campagne illustre la divergence des opinions: Joaquín Lavín, candidat de Union démocrate indépendante, partisan de Pinochet, axe sa campagne autour du retour au Chili du général Pinochet, tandis que Ricardo Lagos, membre de l'alliance Parti socialiste-Parti pour la démocratie « estime que la question doit être traitée comme une simple affaire judiciaire ou diplomatique ».[La droite chilienne dénonce un 'acte colonialiste', Courrier International, n°416, 22 octobre 1998, traduit de Paula Jarpa dans La Tercera]. Après le résultat du premier tour, Lagos est mis en ballotage, ce que la droite pinochetiste considére comme une victoire, dans la mesure où elle est parvenue à rallier un nombre important de suffrages démocrates-chrétiens. Lagos est néanmoins élu au second tour avec une marge très étroite, soit 48,69% des voix contre 47,52% à Lavin [ voir également article de Courrier International n°416 du 22 octobre 1998 intitulé « La droite chilienne dénonce un acte colonialiste consacré à la réaction des deux partis de la droite chilienne, l'Union démocrate indépendante et le parti de la Rénovation nationale » ].
Procédure britannique
Mettant en exergue son statut d'ancien chef d'État, la Haute Cour de justice britannique conclut que poursuivre Augusto Pinochet enfreint l'immunité dont il bénéficie. Les faits soulevant cependant une « question de droit d'une importance publique générale », l'affaire est renvoyée devant la
Chambre des Lords. Le
25 novembre 1998, par une majorité de trois voix sur cinq, celle-ci confirme la légalité de l'arrestation du Sénateur Pinochet en se basant sur deux arguments: d'une part, l'immunité d'un chef d'État ne s'applique pas dans les cas de torture et de prise d'otages; d'autre part, en tant qu'
ancien chef d'État, Augusto Pinochet ne bénéficie pas d'immunité personnelle
[Le jugement de la Chambre des Lords dans l'affaire Pinochet, Isabelle Fichet, David Boyle, www.ridi.org, 10 décembre 1998 ]
. Le 17 décembre, la décision de la chambre est néanmoins cassé, au motif de l'implication du juge de la majorité Lord Hoffman dans l'organisation
Amnesty International. le deuxième jugement de la deuxième Chambre des Lords, qui réunit 7 juges est rendu le 24 mars 1999: identique au premier, il restreint cependant les actes de torture à la période 1988 - 1990
[L’arrestation de Pinochet ]
.
Le 9 décembre, le Ministre britannique de l'intérieur, Jack Straw, donne le feu vert pour les audiences en vue d'une extradition, au cours desquelles notamment le Premier Ministre Tony Blair condamne le passé « épouvantable » de Pinochet. Cependant, selon Neil Tweedie, journaliste au Daily Telegraph, « face à la pression grandissante du gouvernement chilien qui avait suspendu les échanges interministériels en signe de protestation contre la détention de Pinochet, le Premier ministre cherchait à se débarrasser du problème. »[L'ami des Anglais, Courrier International (Web+), 14 déc. 2006, traduit de Neil Tweedie, dans The Daily Telegraph].
La procédure dure un an, tandis que la détention domiciliaire du général Pinochet à Londres dure au total 503 jours. Après un troisième accident vasculaire cérébral et un examen médical mené en janvier 2000 concluant que le général avait subi de graves lésions cérébrales, Jack Straw déclare que la condition de Pinochet ne lui permettait pas de se présenter à un procès. Le 2 mars 2000, Pinochet est alors secrètement emmené à la base aérienne de Waddington puis repart au Chili[L'ami des Anglais, Courrier International (Web+), 14 déc. 2006, traduit de Neil Tweedie, dans The Daily Telegraph].
Le retour au Chili
De retour au pays, il est accueilli par des milliers de ses partisans à
Santiago du Chili. Comme promis par le désormais président Lagos, les conditions juridiques et politiques sont réunies pour que des poursuites judiciaires soient engagées contre lui mais elles seront périodiquement annulées en fonction de l'état de santé du général Pinochet.
Accordée en sa qualité d'ancien président, le général Pinochet bénéficie d'une immunité qui a été l'objet depuis 1998 de 350 plaintes pour violation des droits de l'homme[ Article de Libération du 12 décembre 2006 intitulé La justice paie la mort de Pinochet ]
citant les non-lieux en série dans près de « 350 affaires » lancées contre Augusto Pinochet.
Accusations dans l'instruction de « la Caravane de la mort »
Le
23 mai 2000, la cour d'appel de Santiago lève pour la première fois son immunité parlementaire de sénateur à vie. Le 1 décembre 2000, le juge Juan Guzman l'inculpe pour la mort de 75 opposants, tués en 1973 par une unité militaire surnommée « la Caravane de la mort » mais dès le 11 décembre, la procédure est suspendue par la cour d'appel de Santiago pour des motifs médicaux.
En janvier 2001, les médecins estiment que Pinochet souffre d'une forme de « démence légère ». Le
8 mars, la cour d'appel confirme l'inculpation comme simple « complice » de la Caravane de la Mort et non comme instigateur.
Le 9 juillet 2001, les actions judiciaires sont de nouveau suspendues en raison de la dégradation de l'état de santé du vieux général, alors âgé de 86 ans.
Le 1 juillet 2002, la Cour suprême invoque ses conditions physiques dues à une « démence modérée » pour totalement absoudre le général Pinochet dans l'affaire dite des « Caravanes de la mort »[ Sur toute la procédure, voir la nécrologie du Journal Le Monde daté du 12 décembre 2006 ]
.
Accusations dans l'application du Plan Condor
Le
26 août 2004, la
Cour suprême du Chili décide de nouveau de lever l'immunité parlementaire du général Pinochet dans le cadre de l'enquête sur le
plan Condor. Ce plan concerté des dictatures sud-américaines avait été organisé en vue d'éliminer entre
1974 et
1980 les opposants politiques aux régimes militaires en place au
Chili, en
Argentine, en
Bolivie, au
Brésil, au
Paraguay et en
Uruguay. À cette occasion, la partie civile demande le rejet de l'argument de « démence » en déposant un rapport de trois psychiatres concluant à de bonnes conditions mentales après avoir décortiqué une interview accordée en novembre
2003 par l'ancien général à une télévision de
Miami[ Le 25 septembre 2004, le juge Juan Guzman juge le général Pinochet capable de se défendre et invoque comme preuve l'entretien de plus d'une heure, accordé par Pinochet en novembre 2003, à une chaîne de télévision de Miami où celui-ci déclarait, « lucide et même blagueur » qu'il se considérait comme un « ange qui réfléchit et qui médite », refusant de « demander pardon aux victimes de la dictature ». C'est ainsi que dans le cadre de l'opération Condor, le juge Guzman obtient à nouveau la levée de l'immunité et inculpe le général Pinochet le 13 décembre 2004. Voir Nécrologie du Monde, ibid ]
. En juin 2005, le général Pinochet est relaxé par la Cour d'appel de Santiago dans le cadre de la procédure judiciaire sur l'Opération Condor. Les recours déposés par les familles de victimes sont jugés «irrecevables». Cette relaxe est confirmée définitivement le
15 septembre 2005 par la Cour Suprême.
Accusations dans l'Opération Colombo
Dans une autre affaire, le
14 septembre 2005, la Cour suprême chilienne, par dix voix contre six, lève l'immunité du général Pinochet dans le cadre de l'enquête sur l'
opération Colombo, pour laquelle il aurait couvert l'exécution de 119 membres du
Mouvement de la gauche révolutionnaire (MIR) chilien dont les cadavres avaient été retrouvés en
Argentine et au
Brésil en
1975. Les examens médicaux pratiqués conclurent que son état de santé physique et mental lui permettait d'affronter un procès
[ « Les examens médicaux qui sont pratiqués dans le cadre de l'affaire de fraude fiscale ont conclu que l'état de santé physique et mental de l'ex-dictateur lui permettait d'affronter un procès. Le même diagnostic est finalement retenu pour sa responsabilité dans les violations des droits de l'homme de l'opération Colombo, l'assassinat de 119 opposants d'extrême gauche en juillet 1975 », Nécrologie du Monde, Ibid. Voir également la quatrième procédure concernant l'affaire Colombo ]
Accusations de fraudes fiscales et de détournements de fonds
C'est aussi le cas pour un dossier de fraude fiscale concernant l'existence de comptes bancaires secrets de Pinochet et de sa famille aux
États-Unis et dans les Caraïbes, pour un montant de 27 millions de dollars, qui met davantage en émoi l'opinion publique chilienne que les accusations relevant d'activités criminelles. Quatre-vingt-dix pour cent de ces fonds auraient été acquis entre
1990 et
1998 quand le général Pinochet était chef des armées et proviendraient essentiellement de trafic d'armes (lors de l'achat de Mirage belges en 1994, de tanks Léopard hollandais, de chars suisses Mowag ou encore lors de la vente illégale d'armements à la
Croatie, en pleine guerre des Balkans). Le
15 juillet 2004, le
Washington Post révèle que la Banque Riggs aurait aidé le vieux général à cacher également plusieurs millions de dollars pendant sa détention en Grande-Bretagne en 1998-1999. Sur ces comptes, le couple Pinochet et l'un de ses fils sont accusés d'avoir accumulé frauduleusement plus de 27 millions de dollars
[Voir sur RFI ]
. Le général Pinochet devrait alors au fisc 16,5 millions de dollars. L'immunité du sénateur à vie a alors également été levée par la Cour d'appel de Santiago et confirmée par la Cour Suprême le
19 octobre 2005. Lui, son épouse et l'un de ses fils, Marco-Antonio, sont alors inculpés pour fraude fiscale et détournements de fonds ou complicité de fraude fiscale et de détournements de fonds par le juge Carlos Cerda qui ordonna son arrestation et son assignation à résidence. Il est mis en liberté sous caution
[ « A Santiago, le juge Sergio Munoz commence une procédure pour fraude fiscale qui englobe le patrimoine familial, estimé à 27 millions de dollars ». Le 7 juin 2005, l'immunité d'ancien président est levée. Le 23 novembre 2005, Pinochet est assigné à résidence à Santiago et inculpé de fraude fiscale, Nécrologie du Monde, Ibid ]
.
En janvier 2007, les charges d'évasion fiscale contre Mme Pinochet et ses deux filles, Lucia et Veronica, sont abandonnées, faute de preuves. Seul son fils Marco-Antonio demeure encore inculpé.
Accusations dans l'affaire Berrios
En mai 2006, la levée de son immunité est une nouvelle fois demandée dans l'enquête sur l'enlèvement et l'assassinat en
Uruguay, en
1993, d'un ex-agent de la DINA, Eugenio Berrios alors que le général Pinochet était le chef de l'armée
[ « Le juge Alejandro Madrid a demandé que l'immunité d'ancien président de Pinochet soit une nouvelle fois levée, pour son rôle dans l'enlèvement et l'assassinat en Uruguay, en 1993, d'un ex-agent du régime militaire, Eugenio Berrios », Nécrologie du général Pinochet ]
, Le Monde daté du 12 décembre 2006 .
L'affaire des lingots d'or
Le
26 octobre 2006, la justice chilienne ouvre une enquête sur l'existence présumée de 9 tonnes de lingots d'or au nom d'Augusto Pinochet dans le coffre d'une filiale de la banque britannique
HSBC à
Hong Kong. Les dépôts d'or auraient été effectués entre juillet et novembre 1980. La banque
HSBC indique cependant qu'elle n'est pas en possession de ces lingots, d'une valeur estimée supérieure à 100 millions de dollars
[Lingots d'or de Pinochet à Hong Kong : la justice chilienne ouvre une enquête, AFP, 26 octobre 2006 (lire sur le site de RFI ]
).
L'accusation dans l'affaire de la villa Grimaldi
Le
30 octobre 2006, le général Pinochet est inculpé pour les crimes commis en 1973 dans le centre de détention de la villa Grimaldi et placé en détention provisoire avec assignation à résidence à Santiago. Le
27 novembre, pour la cinquième et dernière fois en cinq ans, il est assigné à résidence
[ « Plus de 4 500 prisonniers politiques sont passés par la villa Grimaldi et 225 n'en sont jamais sortis », Nécrologie, ibid ]
.
La responsabilité politique revendiquée par le général Pinochet
A l'occasion de ses 91 ans, le
25 novembre 2006, Augusto Pinochet déclare dans un message lu par son épouse:
[Augusto Pinochet en danger de mort après une crise cardiaque ]
confirmant son ancienne déclaration trois ans plus tôt sur la chaîne hispanique de Miami WDLP-22:
[Pinochet ne compte pas demande pardon par (Agence France-Presse de Miami) ]
Décès

Présentation funéraire du corps du Général Pinochet le 11 décembre 2006
dans le hall de l'école militaire de Santiago, et devant lequel 60 000 de ses partisans viendront lui rendre un dernier hommage
Le
3 décembre 2006, victime d'un infarctus du myocarde, il est hospitalisé en urgence et subit un
pontage coronarien à l'hôpital militaire de
Santiago. Alors que son état de santé évoluait favorablement, il y meurt une semaine plus tard le
10 décembre 2006 à l'âge de 91 ans et 2 semaines.
Selon l'annonce de l'hôpital militaire, son décès a été provoqué par des complications cardiaques, conséquences conjointes de son infarctus et d'un œdème pulmonaire[Muere el ex dictador chileno Augusto Pinochet ]
EFE.
L'annonce de sa mort est l'occasion pour ses adversaires et les familles des victimes de la dictature, de se rassembler au centre de la capitale alors que ses partisans manifestent au contraire leur douleur et leur soutien à sa famille devant les portes de l'hôpital militaire de la capitale. Si le gouvernement chilien autorise que le drapeau national soit mis en berne à mi-mât dans les sites militaires du pays et que les honneurs militaires lui soient rendus, il refuse que soient organisées des funérailles d'État.
Le 11 décembre, son corps est exposé dans un cercueil vitré, dans la chapelle ardente dressée dans le hall de l'école militaire de Santiago, entouré d'une garde d'honneur de 8 cadets. Près de 60 000 personnes[ Article de TSR du 12 décembre 2006 sur les obsèques d'Augusto Pinochet ]
viennent alors lui rendre hommage dans la journée et durant toute la nuit[ Dans son article payant La disparition du général Augusto Pinochet ravive les divisions entre les Chiliens ]
, Le Monde rapporte que les portes de l'école militaire sont restées ouvertes toute la nuit pour accueillir la « multitude » de ses partisans. Voir aussi l'article de Reuters sur le Dernier hommage des nostalgiques de Pinochet avant les obsèques. .

Lucía Hiriart de Pinochet et deux de ses petits nièces lors des funérailles de son mari le 12 décembre 2006
Les obsèques d'Augusto Pinochet, retransmises en direct à la télévision nationale, ont lieu le mardi 12 décembre dans la cour de l'école militaire devant 4000 personnes dont le ministre de la défense, copieusement sifflé, alors qu'un millier de personnes se rassemblent à l'appel d'organisations de défense des droits de l'Homme et du Parti communiste, pour rendre hommage au président socialiste Salvador Allende.
Le corps du général Pinochet est incinéré selon ses dernières volontés mais aussi, selon son fils, « pour éviter une profanation de sa tombe par des gens qui l'ont toujours détesté » [ Yahoo! Actualités du 11 décembre 2006] et transporté sur sa propriété côtière de Los Boldos[ Article payant du Monde intitulé Hommage militaire plutôt que funérailles nationales pour Pinochet ]
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Lors des obsèques de l'ancien chef de l'armée chilienne, au cours d'une déclaration publique non autorisée, son petit-fils, le capitaine Augusto Pinochet Molina justifia le coup d'état militaire qui avait « renversé un régime marxiste en pleine guerre froide » et s'en prit aux juges « plus en quête de renommée que de justice ». La présidente chilienne Michelle Bachelet demanda qu'il soit alors sanctionné pour avoir contrevenu au devoir de réserve et de neutralité des militaires. L'officier, par ailleurs ingénieur en informatique, fut sanctionné par son exclusion de l'armée[ Article du Monde intitulé Le petit-fils d'Augusto Pinochet exclu de l'armée chilienne ]
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Dans une lettre posthume adressée à ses compatriotes[ Lettre posthume du général Pinochet, reproduit par Latin Reporters ]
, rédigée en 2004 et publiée le 24 décembre 2006, le général Pinochet justifia le coup d'état de 1973, qu'il replaça dans le contexte de la guerre froide, par « son amour de la patrie », « son devoir de militaire » et par le « risque de guerre civile et de dictature marxiste-léniniste» qu'encourait selon lui le Chili à l'époque. Dans ce texte de 5 pages, il récuse l'existence de plan institutionnel pour encadrer les abus et exactions des militaires, admet des erreurs et justifie comme « inévitable » les violations des droits de l'homme, notamment le contrôle militaire, la réclusion transitoire, les exils autorisés, les exécutions après jugement militaire, du fait de la nature idéologique de ses ennemis. S'il déclare regretter avoir du recourir au coup d'état, il en rend responsable l'idéologie marxiste-léniniste et la politique du président Salvador Allende et se déclare fier de l'action entreprise pour la combattre. Néanmoins, il admet qu'« en cas de répétition de l'expérience », il aurait « souhaité davantage de sagesse », esquissant ainsi un certain regret sur les exactions commises.
Héritage

Partisans du Général Pinochet devant l'hopital militaire de Santiago en décembre 2006
Les Chiliens restent divisés sur l'héritage des années Pinochet. Marta Lagos, directrice de l'institut de sondage Mori, confirme cette division de la société chilienne entre ceux qui soutiennent le général Pinochet pour avoir « sauvé le Chili du communisme et qui le considèrent comme le père du miracle économique » et ceux qui lui reprochent « les crimes sanglants de la dictature»[ Voir article du Monde du 13 décembre 2006 intitulé La disparition du général Augusto Pinochet ravive les divisions entre les Chiliens ]
[ Les sondages de l'institut Mori dont celui du 17 au 24 novembre 1998, Ibid. Selon ces sondages, un tiers de la population reste des inconditionnels du général et un tiers lui est résolument hostile. Un dernier tiers, plus indifférent à sa personne, tout en étant très réservé voire hostile à la méthode dictatoriale de gouvernement, paraît plus enclin à légitimer son coup d'état et/ou reconnaître les résultats de sa politique économique. ].
Ainsi, selon le premier sondage[ réalisé du 14 au 15 décembre 2006 et paru dans le journal la Tercera ] effectué auprès des chiliens après sa mort, 63% d'entre eux considéraient que les gouvernements du Général Pinochet étaient les initiateurs du développement économique actuel du Pays[ Selon le même sondage ]
, 33% le considérait comme le principal responsable des violations des droits de l'homme durant le régime militaire, 36% le considérait comme en partie responsable, 28% le considérait comme vaguement impliqué et 3% le considérait comme totalement innocent .

Banderole des opposants à l'ancien chef d'état, souhaitant un « Joyeux Noël sans Pinochet, au lendemain de sa mort en décembre 2006
En terme institutionnel, le général Pinochet a légué une constitution, un ordre institutionnel autoritaire et une économie libérale, soumise à la seule loi du marché et un marché du travail très flexible. Si en août
2005, la Constitution de 1980 a été amendée, son inspiration conservatrice demeure
[ Rodrigo Contreras Osorio, Le Chili en quête d'un avenir, Article du Monde du 13 décembre 2006 ]. La transformation reconnue de l'économie chilienne en une économie libérale devenue la plus performante d’Amérique latine dans les années
1990 avec une croissance rapide ininterrompue de 1987 à 1999
[[2] ]
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est aussi l'un des aspects de cet héritage invoqué par la droite et les figures les plus représentatives du patronat chilien dans leur soutien au Général Pinochet, notamment au moment de son arrestation en 1998
[ Rodrigo Contreras Osorio, Ibid ][ Les chefs d'entreprises seront les seuls de ses anciens partisans à ne jamais retirer leur soutien au général Pinochet lors des procédures judiciaires entamées contre lui. Ainsi, ils seront ostensiblement présents lors de ses obsèques ].
En matière de liberté économique, le Chili est classé en 2006 par le think tank américain Heritage Foundation au 14 rang (par comparaison, la France est au 44, la Russie au 122, Cuba au 150, le Venezuela au 152). Le pays figure au 16 rang des pays les plus inégalitaires au monde en terme de revenus.
Politiquement, le général Pinochet ne laisse pas d'héritier. Les leaders des deux partis anciennement pinochetistes, l'UDI et Renovation Nationale, ont quasiment renié leur ancien chef lors de la découverte des comptes bancaires secrets à l'étranger et n'ont pas assisté à ses funérailles, contrairement aux principaux chefs d'entreprises du pays[ Article du Monde du 15 décembre 2006 intitulé Le général Pinochet ne laisse pas d'héritier politique au Chili. ]. Sa disparition pourrait néanmoins ébranler sérieusement la cohésion de la concertation démocratique, tiraillée entre ses ailes démocrate-chrétienne et socialiste.
Quant à l'armée, en 2003, elle a fait son mea culpa et reconnut sa responsabilité dans les exactions durant la dictature[ Article du Monde du 15 décembre 2006, ibid. ].
Symbolisme de cet héritage controversé, le ministre de la Défense chilienne, Vivianne Blanlot, annonça qu'un buste du général Pinochet sera vraisemblablement installé au palais présidentiel de La Moneda, au côté de celui de Salvador Allende et des autres présidents chiliens, du fait que l'état républicain l'avait reconnu comme président constitutionnel durant la transition vers la démocratie[ Un buste d'Augusto Pinochet sera installé au palais de la Moneda (article du 18 décembre 2006 de Yahoo Actualités reproduisant une interview de Vivianne Blanlot au journal El Mercurio). Vivianne Blanlot affirme qu'« Il faut le faire malgré l'aversion manifestée à son égard par une partie considérable de la population du pays », estimant également dans cet article ]
que les manuels d'histoire doivent évoquer Augusto Pinochet en tant que président du Chili, concluant .. Quelques jours plus tards, des députés de l'UDI et de RN déposaient une proposition de loi concernant la construction de 3 monuments dédiés au Général Pinochet à Valparaiso, Santiago et Iquique alors que le maire du quartier de Las Condes à Santiago faisait approuver par sa majorité municipale, le principe de rebaptiser une rue à son nom[ Pinochet to replace Kennedy in Chile's urban landscape ]
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Sa place dans l'histoire nationale s'inscrit dans une certaine continuité historique. Ainsi, pour Tomas Moulian, sociologue chilien et ancien conseiller de Salvador Allende, . L'historien Alfredo Joselyn-Holt partage cette conception sur la place historique de Pinochet dans le contexte national. Pour lui, [ Article Augusto Pinochet, l'ambiguïté chilienne par Jacques Maigne paru dans l'édition française du mensuel Géo Magazine n°272, consacré au Chili, octobre 2001.].
Le régime du général Pinochet est devenu le symbole des dictatures d'Amérique du Sud, alors qu'il ne fut pourtant ni le plus long (Brésil de 1965 à 1984, Paraguay de 1954 à 1989, Cuba depuis 1959) ni le plus répressif ( morts en Argentine) ni le seul à s'être personnalisé en son chef (Alfredo Stroessner au Paraguay, Fidel Castro à Cuba). Son régime fut cependant largement conspué par une partie de la nouvelle gauche européenne qui avait soutenu Allende[ En fait, le soutien de la gauche européenne au régime d'Allende était relatif et provenait essentiellement des partis d'oppositions de gauche qui militaient pour un programme commun avec les communistes. « Quand le docteur Allende, au Chili, battit la démocratie chrétienne de Frei par la plus normale des élections, l’Occident n’en fut pas particulièrement touché (..). On entendait dans les mouvements contestataires, nullement antipolitiques mais très anticonstitutionnels, la boutade élections, pièges à cons et aucun parti socialiste ne semblait enthousiasmer quiconque. Du Chili on connaissait la tradition modérée, démocratique et la loyauté renommée de l’armée. En bref, les gauches européennes s’occupaient d’autre chose (...). En somme, sur le Chili on fut distraits.[1] ]
. C'est le coup d'état et le renversement du président Allende qui feront de ce dernier un symbole pour une partie de la gauche continentale européenne.. Ainsi, le journaliste argentin Washington Uranga voit dans le général Pinochet un étendard, à la fois « objet de haine et de vénération », « suscitant répugnance ou adhésion inconditionnelle », symbole d'une époque tragique dont l'image « transcende les analyses et les capacités de la raison », constatant que, si pour certains, il est « l'incarnation du mal », pour d'autres, il restera « l'ange exterminateur du communisme»[ Washington Uranga, Pinochet symbole d'une époque, Pagina 12, Buenos Aires, cité par Courrier International n°841 ].
Divers
Notes et références
Voir aussi
Bibliographie
- Catherine Blaya, Femmes et dictatures : être chilienne sous Pinochet, ESF, 2000
- Collectif, Pinochet face à la justice espagnole, L'Harmattan, 2000
- Rémy Bellon et Dominique Rizet, Le Dossier Pinochet, Michel Lafon, 2002
- Marc Fernandez et Jean-Christophe Rampal, Pinochet : Un dictateur modèle, Hachette, 2003
- Michel Pinçon et Monique Pinçon-Charlot, Le cas Pinochet : Justice et politique, Syllepse, 2003
- Philippe Chesnay, Pinochet, l'autre vérité, Ed. Jean Picollec, 2007
- Juan Guzmán, Au bord du monde : les mémoires du juge de Pinochet, Arènes, 2005, 324 p.
- Raquel Correa et Elizabeth Subercaseaux, Ego sum Pinochet, Éditions Zig-zag, Santiago du Chili, 1989
- Carlos Huneeus, El Régimen de Pinochet, Editorion Sudamericana, 2000, 670p,
- Gonzalo Vial, Pinochet : La Biografía, El Mercurio / Aguilar, Santiago, 2002, 2 tomes, 759 p.
Filmographie
- Un certain général Pinochet, documentaire britannique de Jenny Barraclough et Bain Rosalind, 1999.
- Le Cas Pinochet, documentaire franco-chilien de Patricio Guzmán, 2001.
Liens internes
Liens externes