Étymologie

Portrait du roi Massinissa
« Berbère » dérive du terme Ibères désignant les populations de la péninsule ibérique par les Grecs. Les Romains n'ont jamais vraiment réussi à soumettre ces peuples, même après la prise de Carthage au . Parmi quelques grands noms de l'histoire amazighe, on peut citer : Sheshonq I, pharaon fondateur de la XXII dynastie égyptienne, Mesnsen (Massinissa), Yugurthen (Jugurtha), Juba II, Apulée, Saint Augustin, Dihya (Kahena), ou encore Tariq ibn Ziyad.
Le nom de apparaissant pour la première fois explicitement après la fin de l'Empire romain, la pertinence de son usage pour la période précédente n'est pas admise par tous les historiens de l'antiquité[Journée d'étude Africa Antiqua sur l'historiographie de l'Afrique du Nord. Voir les remarques de M. Lenoir en fin de compte-rendu ]
.
L'usage du terme s'est répandu à la période suivant l'arrivée des Vandales lors des grandes invasions. Qualifiés de par les Romains, en Afrique romaine, et en provenance de la péninsule Ibérique où leurs campements furent soumis aux attaques répétées des Romains. Sur les hauteurs à l'Est de la Numidie fut assemblée la coalition numido-vandale, qui prendra Carthage et supprimera l'influence de Rome sur toute l'Afrique. Le récit du Consul romain en Afrique fit référence pour la 1 fois du terme de pour décrire les Numides. Les Arabes, quelque temps après, héritèrent ce même qualificatif.
L'équivalant en berbère est Imazighen (Imaziγen), pluriel de amazigh, signifiant « homme libre ». Le terme amazigh/imazighen a été perdu chez certaines ethnies berbères (Kabyles et Mozabites) mais est resté présent chez des berbères du Maroc et chez les touareg[Amazigh par Salem Chaker (Encyclopédie berbère IV, 1987, p. 562-568) ]
. L'utilisation de ce terme a été ravivée à partir des années 1940 avec l'émergence du mouvement berbériste Kabyle[Salem Chaker, article Berbère/langue berbère p.149 dans Berbères ou Arabes, éd. Non Lieu, 2006]. Ces termes, et leurs néologismes, se sont généralisés et ont été adoptés par les Berbères.
Origines
La question de l’origine des Berbères s’est posée tout le long de l’histoire de l’
Afrique du Nord.
Elle a suscité d’énormes débats et d’innombrables théories. Les récits de l'Antiquité et du Moyen-Âge s'appuyant sur des récits
bibliques, coransiques, ou sur les
hadith, ou de références historiques comme
Ibn Khaldoun, ou
helléniques comme
Salluste donnent à ce peuple une origine
perse,
égyptienne et
sémite. Certains auteurs croient qu’ils sont venus d’Europe. Mais la plupart pense qu’ils sont les descendants d’une population autochtone apparue in situ en Afrique du Nord, de culture paléolithique Ibéro-maurusienne ( ans), puis mésolithique capsienne. Enfin, d’autres les considèrent issus de populations orientales ayant migré dans cette région durant la transition néolithique (, ans).
Actuellement, plusieurs études — génétiques, anthropologiquesss et linguistique — sont menées : des datations au carbone 14 sur d'anciens fossiles, des tests génétiques sur les populations modernes, mais aussi sur des ossements, et enfin des études comparatives entre la langue berbère avec les autres langues sont les moyens utilisés. Ces études génétiques ainsi que les écrits d'historiens tel Gabriel Camps et Charles-André Julien tendent à prouver que les Nord-Africains actuels (arabophones ou berbérophones) descendent des Berbères
Recherches modernes
Génétique
Les Berbères sont géographiquement et génétiquement intermédiaires entre les populations européennes (composante majeure) et les populations sub-sahariennes (environ de contribution)[Les allotypes Gm des immunoglobulines chez les Berbères du Maroc ]
.
Le chromosome Y est transmis de père en fils, l'étude des polymorphismes présents permet en théorie de suivre la lignée mâle — directe — d'une famille, d'une ethnie ou d'une espèce.
La majorité des Nords-Africains berbérophones et arabophones ont le chromosome Y E3b2 (m81) et J* (respectivement et )[Arredi et al., Neolithic Y Diversity in North Africa ]
. L'haplogroupe E3b2 est spécifique aux Berbères et voit sa fréquence décroître d'Ouest en Est. Cet haplogroupe est absent de la plupart des pays d'Europe sauf en Europe du Sud (Portugal, Espagne, Italie, France) ou sa fréquence dépasse les dans certaines régions d'Espagne et du Portugal. Ces chiffres pouvant s'expliquer par la longue présence musulmane dans la péninsule ibérique et dans une moindre mesure en Italie et dans le sud de la France[Reduced genetic structure of the Iberian peninsula revealed by Y-chromosome analysis: implications for population demography ]
. En France sa fréquence est de de la population[Cruciani et al., Phylogeography of the Y-Chromosome Haplogroup E3b ]
: « The distribution of E-M81 chromosomes in Africa closely matches the present area of distribution of Berber-speaking populations on the continent, suggesting a close haplogroup–ethnic group parallelism: in northwestern Africa». Son origine est l'haplogroupe E3b d'Afrique orientale qui date de ans[Arredi et al., Neolithic Y Diversity in North Africa ]
.
L'étude la plus récente et la plus complète sur le Chromosome-Y au Portugal conclut que [Y-chromosome Lineages from Portugal, Madeira and Açores Record Elements of Sephardim and Berber Ancestry ]
L'haplotype V, caractéristique des populations berbères, se retrouve très fortement en Espagne (> en Andalousie), au Portugal () en Catalogne (), au Pays basque (), en Italie et dans le sud de la France ()[North African Berber and Arab Influences in the Western Mediterranean Revealed by Y-Chromosome DNA Haplotypes ]
. D'après la NCBI, ceci étant la conséquence[North African Berber and Arab influences in the western Mediterranean revealed by Y-chromosome DNA haplotypes ]
des huit siècles de domination musulmane en Espagne et au Portugal entre les .

Les migrations humaines suivant l'ADNmt
L'ADN mitochondrial étant essentiellement transmis de mère à fille, son étude génétique permet de suivre la lignée maternelle — directe — d'une famille, d'une ethnie ou d'une espèce. La majorité des Berbères ont un ADN mitochondrialnne d'origine ouest-eurasie[ The Emerging Tree of West Eurasian mtDNAs : A Synthesis of Control-Region Sequences and RFLPs ]
. La lignée maternelle directe des Berbères la plus ancienne date du paléolithique ( ans avant notre ère) représentée par l'haplogroupe U6 (d'origine ouest-eurasienne)[Mitochondrial DNA transit between West Asia and North Africa inferred from U6 phylogeography ]
. Cet haplogroupe est spécifique aux Berbères et sa fréquence s'accroît quand on va à l'Ouest.
L'ADN autosomalss représentant les 22 paires de chromosome (sur les 23), son étude permet de déterminer l'affinité génétique de certaines populations humaines par rapport à d'autres. À l'exception des Touaregss, la majorité des Berbères sont génétiquement plus proches des Européens et des Moyen-Orientaux que des autres populations humaines — les Touaregs se situant dans une position intermédiaire entre les sub-sahariens et le reste des Berbères[ Diversité génétique (allotypie GM et STRs) des populations Berbères et peuplement du nord de l’Afrique ]
[Alu insertion polymorphisms in NW Africa and the Iberian Peninsula : evidence for a strong genetic boundary through the Gibraltar Straits ]
.
Selon C.Coudray . Deux hypothèses sont actuellement discutées (Barbujani et al, 1994 ; Myles et al., 2005). Cette origine commune pourrait soit dater du Paléolithique Supérieur avec l’expansion d’Hommes anatomiquement modernes depuis le Proche-Orient et s’étendant le long des deux rives de la Méditerranée (Straus, 1989 ; Ferembach, 1985) soit de la diffusion Néolithique depuis le Proche-Orient, il y a ans av. J.-C. (Ammerman et Cavalli-Sforza, 1984).
Anthropologie
Au Paléolithique, vivait l'homme de Taforalt et celui d'Afalou : ils étaient de type « cromagnoïde »[ Extension saharienne du type anthropologique de Mechta-Aflou ]
. Des tests génétiques sur les squelettes de Taforalt ont confirmé l'origine ouest-eurasienne de ce type anthropologique[Diversité mitochondriale de la population de Tafouralt ( ans BP - maroc) : une approche génétique à l'étude du peuplement de l'Afrique du Nord ]
.
Au Néolithique, selon M.C. Chamla, l'Afalou fut remplacé par le Capsien de type « méditerranoïde » venant de l'est de la Tunisie. La culture capsienne est souvent décrite comme proto-berbère[Conférence La place de l'Anthropobiologie dans l'étude du peuplement Berbère. Affirmations, contradictions, conclusions ]
.
D'un point de vue anthropologique[Marie-Claude Chamla, Les Algériens et les populations arabo-berbères du Nord de l'Afrique du Nord, CRAPE, 1974], la population nord-africaine présente des affinités avec les populations de l'Ouest méditerranéen (Italiens du Sud de la péninsule, Espagnolsss, Corse, Sardes, Provençaux et Languedociens) et se compose de trois types fondamentaux.
- Le type méditerranéen représente environ 80 % de la population et se subdivise en :
- type ibéro-insulaire et sud-oriental (stature petite à moyenne, dolichocéphale) ;
- type atlanto-méditerranéen (stature moyenne à élevée, mésocéphale) ;
- type saharien (stature élevée, dolichocéphale, face longue à très longue).
- Le type alpin (différent du type alpin européen) (environ 10 %).
- Le type arménoïde (moins de 10%).

Écritures tifinagh anciennes, site des gravures rupestres d'Intédeni près d'Essouk
au
Mali
Linguistique
La langue berbère appartient à la famille des langues afro-asiatiques (langues couchitiques, copte, langues sémitiques, langues tchadiques…).
La majorité des linguistes sont arrivés à la conclusion que l'afro-asiatique vient d'Afrique orientale[The Origins of Afroasiatic ]
[The Afroasiatic Language Phylum : African in Origin, or Asian ? ]
. Le proto-Afarsien (afro-asiatique) remonte à ans selon certains, et selon d'autres[La plus ancienne écriture de l'Afrique du Nord, le lybique, a plus de ans d'âge ]
, Malika Hachid, L’Essentiel, février 2002..
Récits de l'Antiquité et du Moyen Âge
Selon Salluste

Séthi I
]]
Salluste consacra les chapitres XVII et XIX de son ouvrage La Guerre de Jugurtha à une digression sur le pays de l'Afrique du Nord et ses habitants, d'après les traditions numides et les livres puniques du roi Hiempsal II. Après une description du pays — limites, climat, faune et flore —, l'historien présente les Gétules et les Libyens comme les premiers habitants de l'Afrique, « rudes, grossiers, nourris de la chair des fauves, mangeant de l'herbe comme des bêtes. »
Le demi-dieu Hercule mourut en Espagne selon la « croyance africaine », et son armée composée de divers peuples se démantela. Les Mèdes, les Perses, les Arméniens de son armée passèrent par bateau en Afrique et s'établirent sur la côte.
Les Perses s'établirent à l'Ouest, « plus près de l'Océan », habitant dans les coques renversées de leurs bateaux, faute de matériel de construction. Ils s'allièrent par mariage avec les Gétules. Conduits à se déplacer sans cesse, ils se donnèrent le nom de (Numides). Salluste tient pour preuve de ce récit les habitations des paysans numides, rappelant celles des coques renversées de l'armée d'Hercule.

Un maure, par Jean-Léon Gérôme
''
Les Mèdes et les Arméniens s'unirent aux Libyens. Ils « bâtirent des places fortes » et « pratiquaient des échanges commerciaux avec l'Espagne ». Altérant le nom des Mèdes, les Libyens indigènes se seraient mis à les appeler Maures.
Par la suite, les Perses et les Gétules grandirent en puissance et s'installèrent à l'Ouest de Carthage sous le nom de Numides. Enfin, ils annexèrent la Libye. La presque totalité du Nord de l'Afrique fut annexée par les Numides, « les vaincus se fondirent avec les vainqueurs, qui leur donnèrent leur nom de Numides ».
Selon Hérodote
Hérodote (484-425 av. J.-C.) dit que les Maxyes — les Berbères — prétendent descendre des Troyens.
Selon Ibn Khaldoun
Ibn Khaldoun (1332-1406) fait remonter l'origine des Berbères à l'Antiquité. D'après lui, ils descendent de Canaan, fils de Cham. Il rapporte que les généalogistes arabes s'accordaient sur l'origine yéménite des Berbères, à l'exception des Sanhadja et des Ketama.
Époque moderne
La culture et la langue berbère ont survécu depuis les grandes conquêtes vandales, romaines, byzantines, arabes () jusqu'à l'occupation française, en passant par la présence turque.
À partir de 1881, en Kabylie, l'administration française attribuera des patronymes arabes aux populations qui, jusqu'à cette époque, portaient encore pour certains des noms à consonance latine[Colonel Jean DUMAURIER, A.B.C.D., La mémoire d'un peuple 1999.].
Ainsi, certains tiennent la colonisation française pour responsable en grande partie de l'arabisation de l'Afrique du Nord à l'instar de l'historien Eugène Guernier qui affirme, en 1950, que la France [Eugène Guernier, La Berbérie, l'Islam et la France, Ed. de l'Union Française, 1950 : ]
Cette culture reste vivante en Algérie et au Maroc, qui comprennent une grande partie des Berbères. Elle est aussi présente en Libye et en Tunisie et dans une grande partie du Sahara — Touaregs en Algérie, Burkina Faso, Libye, Mali, Maroc, Niger.
En 1980, éclatent les manifestations du Printemps berbère, au cours desquelles les berbérophones de Kabylie et d'Alger réclament l'officialisation de leur langue.
En 1996, une réforme de la Constitution algérienne reconnaît la dimension berbère du pays aux côtés de l'arabe et de l'islam. Parallèlement, les autorités fondent un Haut Commissariat à l'amazighité.
En 2000, la chaîne Berbère Télévision commence à émettre dans cette langue depuis Paris.
Le , le roi Mohammed VI du Maroc crée un Institut royal de la culture amazigh (IRCAM) (site Internet
) pour promouvoir la culture berbère.
Vie et culture

Une famille berbère traversant un gué avec son bétail (Algérie, 1890)
Traditionnellement, les hommes s’occupent du bétail. Ils migrent en suivant le cycle naturel des
pâturages, et en recherchant des sources d’eau et des abris. Ils sont ainsi assurés d’une abondance de laine, de coton et de plantes pour la teinture.
De leur côté, les femmes s'occupent des biens de la famille et confectionnent les objets artisanaux — tout d’abord pour leur usage personnel, et ensuite pour la vente dans les souks de leur localité.
Les tribus berbères tissent des kilims. Ces tapisseries traditionnelles conservent l’apparence et le caractère distinct de la région d'origine de chaque tribu, qui possède en effet son propre répertoire de dessins. Le tissage d’armure toile est représenté par une grande variété de bandes, et plus rarement par des motifs géométriques, tels les triangles et le losange. Les décorations additionnelles, comme les paillettes ou les franges, sont typiques de tissés berbères au Maroc.
Le mode de vie nomade ou semi-nomade des Berbères convient très bien au tissage des kilims.
Voir aussi
Articles connexes
Bibliographie
- L'origine des berbères Gabriel Camps in Islam société et communauté. Anthropologies du Mahgreb, sous la direction de Ernest Gellner, les Cahiers C.R.E.S.M, Éditions CNRS, Paris, 1981.
- Arezki, Dalila : L'identité berbère, Paris, Séguier, Biarritz, Atlantica, 2004, ISBN 2-84049-393-4
- Chaker, Salem : Études berbères et chamito-sémitiques, Paris [u.a.], Peeters, 2000, ISBN 90-429-0826-2
- Leguil, Alphonse : Contes berbères grivois du Haut-Atlas, Paris [u.a.], Harmattan, 2000, ISBN 2-7384-9904-X
- Hélène Claudot-Hawad : Touaregs. Apprivoiser le désert, Paris : Gallimard, 2002. (Collection Découvertes Gallimard ; Cultures et société ; n° 418).
- Casajus, Dominique : Gens de parole. Langage, poésie et politique en pays touareg, Paris, La Découverte, 2000.
- Pandolfi, Paul : Les Touaregs de l'Ahaggar. Sahara algérien, Paris, Karthala, 1998.
- Galand-Pernet, Paulette : Recueil de poèmes chleuhs, Paris, Klincksieck, 1972.
- Galand, Lionel : Langue et littérature berbères. Vingt-cinq ans d'études, Paris, Éditions du CNRS, 1979.
- À la croisée des études libyco-berbères. Mélanges offerts à Paulette Galand-Pernet et Lionel Galand, Paris, Geuthner, 1993.
- Galand-Pernet, Paulette : Littératures berbères. Des voix, des lettres, Paris, Presses universitaires de France, 1998.
- Galand, Lionel : Études de linguistique berbère, Louvain/Paris, Peeters, 2002.
- Bougchiche, Lamara : Langues et littératures berbères des origines à nos jours, Paris, Ibis Press, 1997, ISBN 2-910728-02-1
- Leguil, Alphonse : Contes berbères de l'Atlas de Marrakech, Paris, L'Harmattan, 1988, ISBN 2-7384-0163-5
- Féry, Raymond : Médecin chez les Berbères, Versailles, Éd. de l'Atlanthrope, 1986, ISBN 2-86442-013-9
- Hachid, Malika : Les premiers Berbères - entre Méditerranée, Tassili et Nil, Aix-en-Provence, Édisud, 2000, ISBN 2-7449-0227-6
- Allioui, Youcef : Timsal, enigmes berbères de Kabylie - commentaire linguistique et ethnographique, Paris, Éd. L'Harmattan, 1990, ISBN 2-7384-0627-0
- Chaker, Salem : Amaziɣ (le/un) Berbère - Linguistique berbère. Études de syntaxe et de diachronie , Paris, Peeters, 1995, ISBN 2-87723-152-6
- Direche-Slimani, Karima : Chrétiens de Kabylie, Saint-Denis, Éd. Bouchene, 2004, ISBN 2-912946-77-8
Références
Liens externes