Étymologie et histoire du mot
Les mots bocage (
Bôqueige en
Bourgogne,
boscatge en
Provence,
boscage en
Espagne) viendraient d’une forme
boscaticum, venant du latin
boscus ou
boscum (bois) qui a donné
bois,
bosc,
bosquet, forme qui a dû précéder
bos fréquent en ancien français, peut être introduit ou co-introduit par les scandinaves en Normandie.
L’ancien mot
Boscage ou
bocage a longtemps désigné un petit bois, plutôt qu'un réseau de haies (Auia virgulta évoque le «
Bocages où l'on ne peut passer »),
Wace, dans son '
Roman de Rou' ou 'Roman de Rol (Rollonau), au XIIe siècle, distingue les habitants des bois et ceux des plaines «
Li païsan et li vilain, Cil del boscage et cil del plain [de la plaine] ». au , le bocage évoque encore un milieu sauvage «
Près de lui estoit [le loup] es boscages, Si li a fait sovent anui la Rose (Ren. 7398) » ; «
Si n'ai mès cure d'ermitages ; J'ai laissié desers et bocages (11906) » ; «
Cil de Chartrouse sont bien sage ; Car il ont lessié le bochage Por aprochier la bone vile » (RUTEB., 167).
Le mot s’est écrit boucaige aux XVI et au s. (Palsgrave note qu'on le prononçait « boquaige»).
Selon le premier Dictionnaire de L'Académie française, (1694), le mot bocage « a les mesmes significations que Bosquet ». Le « Dictionaire critique de la langue française » (Marseille, Mossy 1787-1788) précise que le mot, comme l’adjectif « BOCAGER, ÈRE » désigne « un petit bois » et qu’ « Il n' est d'usage qu'en Poésie, non plus que bocager » (« loueroit comme toi les Nymphes bocagères » (Gresset)).
Le mot n'est plus à la mode à Paris ; l’Académie précise que « bocager vieillit: c'est que le genre de Poésie où il étoit employé, est assez hors de mode. Cependant, dans une Pastorale, un Poète s'en servirait sans scrupule, et l'on ne lui en ferait pas un crime ». Au 18 siècle, le dictionnaire lui donne une connotation plus positive : un petit bois, ou lieu ombragé et pittoresque ; À l'ombre d'un bocage. Dans le bocage. Vert bocage. Bocage frais, agréable, délicieux (Dictionnaire de L'Académie française, 6 édition (1832-5)).
Pour la 8 édition du Dictionnaire de L'Académie française (1932-5), le mot bocage garde le même sens et « s'emploie surtout en poésie ».
La notion contemporaine de réseau maillé de haies n'a finalement été largement diffusée que dans les années 1960-1980 au moment de la régression rapide du bocage détruit par les remembrement et l’urbanisation, via les alertes des milieux scientifiques et de la protection de l’environnement.
Un paysage adapté à l'activité agricole

Exemple de bocage mêlant haies vives et basses, champs et prairies, d'un grand intérêt paysager et écologique

Exemple de néobocage monospécifique et beaucoup plus artificiel (Açores
,
Portugal)
- Le bocage est idéalement adapté à la production fouragère et à l'élevage en pâturages, et offre également des ressources fruitières, en gibier et en champignons bien plus importantes que dans le cas de l'openfield.
- Une meilleure rétention et protection de l'eau ainsi qu'une forte limitation de l'érosion agricole sont d'autres aspects remarquables du paysage bocager. En occident, quand elles sont été constituées, les parcelles encadrées de haies, talus et/ou murets et fossé ont contribué à conserver des rivières claires et pures où saumons et truites de mer sont longtemps restés abondants.
- Lors de la
saison humide, le fossé
draine les
sols. Le talus bloque le ruissellement, et donc la détérioration ou la destruction de la terre cultivable. La haie protège du
vent, susceptible de dévaster des cultures. En
Bretagne, dans bien des cas, les fossés sont suffisamment larges pour former des
chemin creux.
- Lors de la saison sèche, le fossé hydrate le sol, et donc augmente le rendement de la production agricole.
- C'est un paysage dans lequel on ne constate pas ou peu d'invasions ou de pullulations biologiques, car les haies abritent de nombreux animaux régulateurs des insectes.
- La haie permet aussi, dans les économies moins ouvertes, un apport de bois de chauffage et de construction. Elle abrite souvent des arbres fruitiers, qui complètent la production des champs.
- Le bocage demande cependant un entretien constant. Ainsi, talus et murets doivent être réparés, les haies doivent être taillées et restaurées là où le temps ou le bétail les ont dégradées.
En outre, la protection contre le vent et le soleil, si avantageuse en été, peut augmenter le nombre de jour de gel, tout en atténuant les chocs climatiques. Cet entretien était en quelque sorte compensé par la production de bois de chauffage, d'œuvre et de fourrage, qui ne sont aujourd'hui plus attrayants pour les agriculteurs et nécessitent souvent d'être brûlés sur place.
Intérêt écologique
Le bocage ancien est une sorte de
« forêt linéaire » densément maillée qui a su préserver des reliques de la forêt antique ou préhistorique (on parle souvent dans ces cas de haies patrimoniales). Il a offert aux espèces des lisières et clairières et les petites espèces forestières un habitat de substitution.
C'est un écosystème particulièrement
résilient où les pullulations (de rats, souris, limaces, insectes et autres parasites des cultures ou animaux d'élevages) sont étouffées à leur origine par leurs nombreux prédateurs toujours présents dans le réseau de haies.
La maladie des
ormes (
graphiose, véhiculée par un
scolyte) a néanmoins fait disparaitre des millions de ces arbres à la fin du )
Bocage et bois
Si la grande forêt préhistorique a depuis longtemps disparu des régions bocagères, certains arbres du bocage (
ormes,
chênes) étaient régulièrement émondés. Ils produisaient des troncs rectilignes particulièrement durs et résistants, qu'on a notamment utilisés comme poutres et pour les charpentes de ces régions où ils se sont généralement bien conservés sans pesticides ni traitements.
- - Le bocage est éligible à certains écosociolabels tels que le FSC.
- - Dans certains pays, il peut faire l'objet de protection en tant que corridor biologique ou élément patrimonial paysager (La Loi Paysage permet par exemple le classement de haies pour leur protection en France).
Le bouleversement contemporain
Le
néolithique est considéré comme la période des débuts de l’
agriculture : un climat plus clément ainsi que la diminution vraisemblable des ressources de la chasse et de la cueillette, amènent progressivement les populations à se fixer et à entreprendre la domestication d’espèces végétales et animales.
Le bocage est apparu lors des premiers défrichements et a apporté une réponse magistrale à la dégradation des terres lœssiques[De lœss, limon d'origine éolienne, très fertile déposé lors de phases climatiques froides] et à l'érosion des sols.
Au Moyen Âge, l'augmentation des besoins en céréales, qui constituent la base de l'alimentation humaine, entraîne de grands défrichements. Après 1100, les seigneurs se montrent intéressés par le gain de terres et organisent eux-mêmes les opérations de défrichement. On commence donc à mettre en place des champs de petite taille, carrés, délimités par des enclos qui sont installés dans les parties médianes de collines, là où la terre est la plus riche, afin de la retenir, et dans le bas des vallées, où le sol est hydromorphe.
Entre 1400 et 1500s, les nobles s'emparent des terres indivises (non-propriétaires) située en haut des collines, pour y développer des métairie constituées de champs ouverts. L'araire fait son apparition et impose des parcelles carrées.
À partir de 1900, le bocage est complété par des champs de même taille et tirés au cordeau.
À l'époque contemporaine, le bocage est bouleversé. La haie , les talus et le réseau hydraulique de fossés et mares associés, trois éléments qui se complètent pour créer les bocages les plus riches et écologiquement les plus stables sont également menacés par les mêmes causes ; l'apparition des tracteurs et des grandes machines agricoles, et de parcelles de plus en plus grandes. Les haies, encombrantes, sont détruites par les agriculteurs ou lors des remembrements. On souhaite de larges passages, les chemins et fossés sont agrandis, mis en culture ou laissés à l'abandon. La haie perd son caractère juridique.
Dans les années 1860-1990, le bocage a régressé ou disparu sur une grande partie de son aire antérieure : on estime à 40 000 km les haies détruites dans le seul département du Finistère et 2 millions de km pour l'ensemble de la France, non sans conséquences.
La gestion de l'eau s'en est trouvée bouleversée. Les destructions sont soupçonnées d'être à l'origine d'inondations et de sécheresses plus fréquentes et exacerbées, de pullulations d'insectes dits « nuisibles », de dégradation des sols et pollution de l'eau par le ruissellement et l'érosion. Parfois, les seules haies conservées sont dirigées dans le sens des pentes. La reconstruction est localement subventionnée, par exemple par les mesures agri-environnementales, permettant la restauration des écosystème particuliers qu'abritent les haies.
Les bocages en France
- Bocages de l'Ouest (Bretagne, Normandie, Maine, Vendée essentiellement), développé au cours du Moyen Âge, la région n'ayant pas vu pénétrer les systèmes d'assolement que l'on rencontre dans les openfield de l'Est. Ils se sont étoffés aux et s, puis ont subi les remembrements au .
- Bocage de Thiérache, dont les premiers noyaux datent du , dans une région où les paysans sont frondeurs et portés à l'individualisme agraire. Ils se sont étoffés aussi, suite à la suppression des contraintes collectives et avec le développement de l'élevage laitier, aux s. Ils ont aussi subi des remembrements.
- Le bocage l'Avesnois dans le nord de la France a été essentiellement reconstitué au 19 siècle, avec une diversité génétique, des aubépines notamment plus pauvre pour cette raison. Les haies y sont souvent plus basses, étroites, régulières et homogènes que dans les autres bocages français. Les haies ont presque disparu entre Maubeuge et la Haie d'Avesnes (zone rouge touchée par la Première Guerre mondiale), mais elles subsistent plus au sud ; de la haie d'Avesnes à la Thiérache. Cette région aujourd'hui classée Parc naturel régional a été au 19 siècle très productrice de pommes, mais de nombreux pommiers ont été arrachés au début du .
- Bocage bourguignon, qui est également récent. Il s'est mis en place, au , avec la spécialisation bovine de la région et le développement de la race charolaise. C'est un bocage géométrique, qui rappelle celui de Thiérache et de l'Avesnois, mais dont les haies – à plat – sont plus riches, faites de divers épineux, de sureaux, de prunelliers et de saules. On le trouve à partir de Moulins (03) avec le Bocage bourbonnais, dans des départements de Bourgogne stricto sensu (58, 71 et 21), mais aussi dans la Loire et Haute-Loire.
- Le Bocage charolais et brionnais est une des ces composantes les plus anciennes, datant quant à elle de l'ancien régime.
- Bocages du pays de Bray (Haute-Normandie intérieure), bocage du Boulonnais. Ce dernier, constitué après les défrichements du Moyen Âge, a conservé plus d'un millier de mares qui sont des éléments supplémentaires de biodiversités en favorisant l'épanouissement d'une faune et d'une flore spécifique : (batracien, iris, menthe aquatique…).
- On trouve aussi des structures Semi-bocagères en Charente et en Limousin.
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Le paysage de bocage se retrouve en Belgique, dans le
pays de Herve ou plateau de Herve. Cette région vallonnée se trouve entre la
Meuse et la
Vesdre, à l'est de la Province de
Liège. Elle couvre une superficie approximative de 450 km². Elle se caractérise par l'omniprésence des prés, prairies, vergers, souvent entourés de haies, mares. La dispersion de l'habitat y est totale : les villages regroupent les fonctions collectives mais les fermes sont dispersées à travers tout le
finage, ce qui est rendu possible par la présence d'innombrables points d'eau. En raison de l'
urbanisation croissante et de l'
industrialisation de l'agriculture et de l'élevage, ce paysage est aujourd'hui dégradé.
Autrefois région de culture céréalière, le
pays de Herve s'est reconverti en zone herbagère et laitière au XVIe siècle. A cette époque en effet, la région était isolée du reste de son territoire politique par la
Principauté de Liège. Pour éviter de payer les taxes sur les céréales imposées par cette dernière, l'Entre-Vesdre-et-Meuse s'est reconverti dans l'élevage et l'arboriculture.
Productions actuelles : productions fourragères, charcuteries, productions laitières (beurre,
fromage de Herve, crème, etc.), cidre,
sirop de Liège, fruits, petit élevage.
Bourgs importants du
Pays de Herve :
Aubel,
Herve. Le
pays de Herve couvre également les communes de
Blegny,
Dalhem,
Thimister-Clermont,
Olne,
Plombières,
Soumagne.
Histoire
Le bocage breton s'est illustré dans l'histoire de la
chouannerie en France. Les chouans s'y sont longtemps protégé des armées de la gueuse.
Lors de la Seconde Guerre mondiale, durant la bataille de Normandie, c'est le bocage normand qui a été le théâtre de combats entre les armées alliées (suite au débarquement). Le réseau des haies, talus et fossés rendant le passage des chars plus difficile et multipliant les possibiltés de se cacher pour les deux camps.
Le cas particulier anglais
Au sud-est de l'
Angleterre, dans un sol
sédimentaire qui, traditionnellement, n'abrite pas ce type de paysage, s'est implanté un bocage résultant du mouvement d
'enclosure.
L'angleterre ayant développé au une politique maritime ambitieuse, se mit à importer le
blé russe, moins cher que le blé anglais. L'enclosure favorisa l'élevage de
moutons et limita la production de blé anglais.
Parmi les conséquences de cette politique, l'exode rural fut amplifié, les paysans, désormais sans travail, partant en ville pour devenir ouvriers.
Autres sens
Le mot 'bocage' a été utilisé comme métaphore pour désigner les poils pubiens chez la femme, au 19 siècle en Grande Bretagne, comme le mot bush (buisson).
Voir aussi
Notes et références