L'aspiration et l'engagement
On reconnait tout d'abord:
- la bodhicitta d'aspiration, par la pratique des quatre Incommensurables (brahmavihāras), ou sentiments aimants spiritualisés que sont la compassion, la bienveillance, la joie sympathisante et l'équanimité. Ces sentiments sont «irradiés» envers l'univers entier, et peuvent être maintenus tout au long de la journée. L'autre grande technique se nomme donner-recevoir (tonglen en tibétain) ou encore égalisation et échange de soi-même avec autrui: Sur l'inspiration, on prend sur soi avec compassion la souffrance d'autrui, une personne précise ou le monde entier; sur l'expiration, on redonne de la bienveillance et de la paix.
On distingue ensuite:
- la bodhicitta d'application ou d'engagement, par la pratique actualisante des six, ou dix, perfections de vertu, les pāramitās. Cet exercice de vigilance justifie quant à lui l'appellation de « pāramitāyāna » souvent donnée au grand véhicule.
Les 6 Pāramitās
Vertu Ordre et traductions classiques
| Variantes
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| Dāna
| Générosité
| Don, particulièrement du Dharma
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| Shīla
| Moralité
| Discipline éthique, Intégrité, Observance des préceptes
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| Kshānti
| Patience
| Tolérance, Détachement
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| Vīrya
| Effort
| Vigueur, Diligence, Résolution, Persévérance
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| Dhyāna
| Méditation
| Concentration, Absorption, Contemplation
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| '''Prajñā
| Sagesse
| Discernement, Intelligence intuitive
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Le relatif et l'absolu
On distingue aussi la bodhicitta absolue et la bodhicitta relative, à mettre respectivement en correspondance avec les réalités, absolue ou ultime, et relative ou conventionnelle. «Réalité absolue»,
paramārtha, réfère aux phénomènes tels qu'ils sont essentiellement, par opposition à la «réalité relative» (samvriti), qui réfère alors aux phénomènes tels qu'ils apparaissent et fonctionnent «
réalistement» au niveau pragmatique. Les deux bodhicittas agissent à partir de chacun de ces deux points de vue:
Dans la perspective ultime, notre ignorance manifeste ou projette la
nature-de-bouddha en tant qu'univers d'objets autonomes et substantiels. Cette substantialité projetée est imaginaire, identique au rêve, c'est là sa
vacuité, que le bodhisattva s'entraîne à reconnaître. Cependant rien n'apparaît en un «dehors» fictif de la grande perfection primordiale (
dzogchen). On doit donc considérer que l'univers, cette vie, est encore un moyen habile (
upāya) par lequel notre nature essentielle se représente à nous, et tente compassionément de nous ramener à nous-même
[Ou de se rappeler d'elle-même en quelque sorte, puisqu'elle s'oublie en nous. Mais c'est là une perspective de tendance hindouiste.], à notre authentique destin, l'Éveil.
Cette compassion inhérente à toute manifestation est la bodhicitta absolue. Lorsqu'elle se déploit à travers l'acitvité imparfaite et dualiste d'un bodhisattva, c'est la bodhicitta relative. Cependant le bodhisattva peut œuvrer directement en harmonie avec la bodhicitta absolue, la canaliser pour ainsi dire, dès qu'il a clairement perçu et intégré les sagesses de la vacuité et de la non-dualité. La pratique de la bodhicitta absolue est donc cet entrainement à la reconnaissance de la vacuité, méditation conceptuelle et analytique dans un premier temps, puis non-verbale et intuitive dans un second temps, en « demeurant dans l'état naturel de l'esprit » où la prajñā peut dévoiler la nature de la réalité.
L'union des bodhicitta
Lorsque cette compréhension sature complètement les perceptions quotidiennes, on parle alors d'union des bodhicittas, absolue et relative. On dit aussi que ce bodhisattva a dépassé les phases préliminaires
[Phases préliminaires: 1- daccumulation du mérite par les pāramitās de générosité, discipline morale et tolérance; 2'- accumulation de la connaissance par la méditation et la sagesse intuitive. Finalement la pāramitā de vigueur persévérante est nécéssaire au deux dites accumulations, ou perfectionnements. Les traductions et les recensements de diverses pāramitās tendent à varier. Voir pāramitā et bodhisattva ] et atteint la première
terre, ou étape de sa vocation, appelée Grande Joie. On l'appele alors un Ārya Boddhisattva
[Voir, en anglais: Les archives d'Alexander Berzin ]
, où ārya, noble, signifie plutôt sublime.
Parmi les textes traitant de la bodhicitta et du bodhisattva on retrouve le Bodhicaryāvatāra de Shāntideva et Les trente-sept pratiques d'un bodhisattva de Gyalsé Togmé Zangpo, de la tradition Sakya:
- «11. Toute souffrance provient du souhait de son seul bonheur.
- Les parfaits Bouddhas sont nés de l'intention d'aider les autres.
- Alors donc, échangez votre propre bonheur
- Pour les souffrances des autres -
- Ceci est la pratique des bodhisattvas.» [...]
- «16. Même si une personne dont vous avez pris soin
- Comme de votre propre enfant, vous traite maintenant en ennemi,
- Chérissez-la plus spécialement encore, comme une mère
- Le fait pour son enfant, affligé de maladie -
- Ceci est la pratique des Bodhisattvas.» [...]
- «20. Tant que l'ennemi qu'est votre propre colère reste insoumis,
- Bien que vous vainquiez des adversaires extérieurs, ils ne vont que se multiplier.
- Alors donc, avec les milices de la bienveillance et de la compassion
- Subjuguez votre propre esprit -
- Ceci est la pratique des Bodhisattvas.» [...]
- «22. Quoi que ce soit qui apparaisse est votre propre esprit.
- À jamais sa nature est libre et au-delà des élaborations extrêmes
[Les élaborations conceptuelles (litt:fabrications) extrêmes sont: a) l'existence objective, , particulièrement d'un univers ou d'une âme éternelle; et: b) le nihilisme de la non-existence complète, distorsion réductrice de la doctrine de la vacuité.].
- Comprenant cette nature [non-duelle], ne concevez pas
- Un objet et un sujet [réellement existants].
- Ceci est la pratique des Bodhisattvas.»
- «23. Lorsque vous rencontrez des objets attrayants,
- Considérez-les comme de la même beauté
- Que les arcs-en-ciel en été, dénués de substance,
- Et lâchez prise sur tout attachement -
- Ceci est la pratique des Bodhisattvas.»
- 24. Les diverses souffrances sont comme la mort de son enfant en rêve.
- Tenir ces apparences illusoires pour réelles vous épuise en vain.
- Alors donc, lorsque vous rencontrez des circonstances adverses,
- Abordez-les comme des illusions -
- Ceci est la pratique des Bodhisattvas.»
[Adaptation tirée de: Gueshe Jampa Tegchok, Transforming the Heart, The Buddhist Way to Joy and Courage. Commentaire de The Thirty-seven Practices of Bodhisattvas de Thogme Sangpo. Snow Lion Publications, Ithaca (New York), 1999. 314 p./ p. 298-300 ISBN 1-55939-099-9 -Traduction fr. du contributeur, inspirée de la traduction moins littérale de Lotsawa House.org ]
, et de la version plus explicitée utilisée par le Dalaï Lama (bodhicitta.net)
.
Notes et références
Articles connexes
Lien externe