Dénominations
Les Églisess chrétiennes du premier millénaire s'affirmaient à la fois orthodoxes, puisque conformes selon elles à la « doctrine droite » (la doxa ortho), et « catholiques », reconnaissant l'universalité de l'unique Église de Jésus-Christ. Dans le cadre religieux chrétien, le mot catholique signifie « selon le tout », « universel ». Il désigne à la fois la volonté de confesser l'ensemble de la foi (formulée synthétiquement dans le credo ou symbole des apôtres), l'ouverture à la totalité de la foi, sans refuser aucun article.
Il semble que la première utilisation du terme dans le christianisme remonte à Ignace d'Antioche dans sa Lettre aux Smyrniotes (vers 112) : « Là où est le Christ Jésus, là est l'Église Universelle ». Le Ier concile de Nicée, en 325 établit son symbole, ancêtre du credo actuel, qui se termine par : « Pour ceux qui disent : 'Il fut un temps où il n'était pas' et 'Avant de naître, il n'était pas' et 'Il a été créé du néant', ou qui déclarent que le Fils de Dieu est d'une autre substance (hypostasis) ou d'une autre essence (ousia), ou qu'il est soumis au changement ou à l'altération, l'Église catholique et apostolique les déclare anathèmes ».
En ce sens, le mot catholique s'oppose au mot hérésie : l'hérésie fait un choix, un tri, et ne conserve pas l'unité organique de la foi chrétienne et son universalité. L'histoire montre que les divisions apparues au sein du christianisme manifestent les dissensions au plan de la foi. L'interprétation de la primauté de Pierre, le statut de l'Écriture, les sacrements, l'anthropologie, l'ecclésiologie, les spiritualités et les rites sont profondément affectés par des visions divergentes.
Le Ier concile de Constantinople (381) reprend cette expression dans « Nous croyons en une seule Église sainte, catholique et apostolique ».
Toutefois, en 1054, une division apparut au sein du christianisme, non plus sur le plan de la foi comme les hérésies précédentes, mais provoquée par des interférences politiques : ce fut le grand schisme d'Orient qui marque la séparation de l'Église de Rome (en fait l'Église d'Occident) et des autres Églises, dites Églises des sept conciles (Jérusalem, Constantinople, Alexandrie et Antioche). Depuis ce schisme, le mot orthodoxes désigne les christianismes orthodoxes (aujourd'hui surtout grecques, russes, roumaines, bulgares, caucasiennes ou proche-orientales) tandis que les mots catholique et catholicisme deviendront dans l'usage, l'apanage de la seule Église catholique romaine. Ultérieurement au schisme, des divergences apparurent aussi sur le plan de la foi ou du droit canon, les deux églises évoluant séparément lors de leurs conciles (les divergences les plus connues sont celles du filioque, du purgatoire et du célibat des prêtres, que les Églises orientales n'ont pas adoptées).
Certaines Églises orientales (maronite, copte, chaldéenne, grecque, etc.), souvent appelées Églises uniates se sont unies à Rome après le schisme de 1054 et reconnaissent l'autorité et la primauté du pape. Leur organisation canonique (y compris, par exemple, l'ordination sacerdotale d'hommes mariés) et surtout leur liturgie ont toutefois conservé des caractères orthodoxess : l'Église catholique ne se réduit donc pas à l'Église dite « latine » de rite ambrosien.
Certaines Églises et communautés chrétiennes postérieures au grand schisme de 1054 conservent le mot « catholique » dans leur dénomination, sans pour autant reconnaître, dans la pratique sinon en théorie, la primauté au pape de Rome :
Autre schisme dû à des raisons politiques et suivi ultérieurement de divergences doctrinales : l'apparition de l'
Église anglicane en
1534.
Mais le schisme le plus important en Europe occidentale et centrale, séparation à la fois doctrinale et politique, fut à partir de 1517 la Réforme représentée notamment par le Saxon Martin Luther, le Français Jean Calvin ou le Suisse Ulrich Zwingli : depuis lors, le mot catholique s'oppose systématiquement, en Europe et en Amérique du Nord, à protestant. Le protestantisme est dénommé à l'époque par l'Église catholique française RPR (« religion prétendue réformée »).
Depuis, en Europe, on appelle communément « catholiques » les Églises étant restées fidèles à l'autorité du pape. Pour l'anecdote, elles concernent en majorité les populations ayant été conquises dans l'Antiquité par les troupes romaines et dont les gouvernements ont combattus politiquement la réforme au XVI et XVIII siècles (Italiens, Espagnols, Portugais, etc.)
Confessions de foi de l'Église Universelle (avant le schisme de 1054)
Le symbole de Nicée-Constantinople est issu des travaux d'une suite de conciles œcuméniques (assemblées de l'ensemble des évêques) dont le dernier, à Constantinople en 325, contient un article qui dit « Je crois en l'Église une, sainte, catholique (catholique signifiant ici simplement universelle) et apostolique ». Les trois autres conciles œcuméniques, réunis en Orient avec la participation des légats du pape et de patriarches orientaux importants tels qu'Athanase et Cyrille d'Alexandries, s'entendent à définir la foi que partagent alors la grande majorité des chrétiens, d'où seront issues plus tard les Églises dites catholiques et orthodoxe. Ces termes sont utilisés, par simplification, pour distinguer d'une part l'Église romaine et d'autre part les Églises d'Orient relevant des patriarcats de Constantinople, Antioche, Jérusalem et Alexandrie. L'Église romaine d'un côté, comme les Églises d'Orient d'un autre, se considèrent toutes comme héritières légitimes de « l'Église une, sainte, catholique (catholique signifiant ici simplement universelle) et apostolique » : Rome ne reconnaît pas que sa foi ne serait plus orthodoxe ; Constantinople, Antioche, Jérusalem et Alexandrie ne reconnaissent pas avoir perdu la catholicité (l'universalité). Dans les esprits, la distinction catholique/orthodoxe ne viendra que beaucoup plus tard et tous les délégués aux quatre premiers conciles œcuméniques sont généralement d'accord entre eux, que ce soit de façon spontanée ou sous la pression du pouvoir impérial. Quelques-uns qui ne suivent pas la ligne majoritaire seront à l'origine des Églises dites pré-chalcédoniennes, dont les plus notables sont les Églises nestoriennes et monophysites.
À l'origine, les divergences ne sont pas doctrinales mais plutôt l'effet de facteurs politiques traduits dans la vie ecclésiale par des questions de préséance entre l'ensemble des patriarches métropolites d'Orient et celui d'Occident. En effet, un canon du premier concile de Nicée prévoit que soient nommés papes les métropolites (évêques métropolitains) d'Alexandrie, de Jérusalem, d'Antioche et de Rome : le siège de la Papauté était donc « tournant » entre ces quatre villes. Ce titre est attesté la première fois pour le métropolite d'Alexandrie, du vivant même de l'apôtre Pierre martyrisé sous le règne de l'empereur Galba. Cependant, le métropolite de Constantinople prend de l'importance à mesure que le pouvoir impérial romain s'y installe, tandis que Rome décline. Constantinople est alors ajoutée sur la liste, mais dès lors, l'évêque de Rome se prévaut, en tant que successeur de Pierre, de la première place parmi les apôtres, que Jésus avait assignée à Pierre selon les Évangiles : il réclame primauté et autorité sur ses collègues à partir de la toute fin du IV siècle.
Une grande majorité des chrétiens d'Occident reconnaissent l'autorité du pape de Rome et de l'Église catholique apostolique et romaine, à laquelle le catholicisme est souvent identifié. Il existe cependant quelques branches du catholicisme qui ne reconnaissent plus cette autorité après s'en être éloignées pour diverses causes (église anglicane, églises réformées).
Par ailleurs, la question du « Filioque » (un ajout officialisé à l'époque de Charlemagne au symbole de Nicée-Constantinople) matérialise une série de ressentiments entre les christianismes orientaux et occidentaux séparés depuis 1054. Pour les Orientaux, un Saint-Esprit ne découlant que de Dieu permet à Celui-ci de sauver toute âme, même non-chrétienne, sans que les chrétiens aient à agir autrement que par la prière. Pour les Occidentaux en revanche, le Saint-Esprit découlant aussi du Christ, c'est un devoir impératif de convertir activement les non-catholiques. C'est pourquoi, depuis le schisme, l'église « orthodoxe » n'envoie plus de missionnaires et n'a jamais eu d'inquisition, alors que l'église « catholique » s'est ingéniée à amener le maximum d'âmes possible à son crédo.
Bibliographie
- L'Église des sept Conciles, Timothy Ware, Desclée de Brouwer, Paris, 1997, ISBN 2220040224 (2 éd., 1 éd. en français en 1968)
- Histoire universelle de l'Église, Johann Alzog : livre ancien à télécharger sur Gallica
- Histoire universelle de l'Église catholique, René François Rohrbacher: livre ancien à télécharger sur Gallica
- Pour en finir avec le Moyen-Âge, Régine Pernoud
Voir aussi
Articles connexes
;Liens spécifiques
Liens externes
Notes et références