Biographie
Enfance

Charles Darwin à l'âge de sept ans en 1816, un an avant la mort de sa mère
Charles Darwin est né à
Shrewsbury, dans le
Shropshire (
Angleterre), le 12 février 1809 dans la maison familiale, dite « maison Mount »
[La maison Mount, Shrewsbury, Angleterre (Charles Darwin) ]
, Baruch College – Darwin et le Darwinisme
. Consulté le 15/12/2006.. Il est le cinquième d’une
fratrie de six enfants d’un médecin et financier prospère,
Robert Darwin (1766-1848) et de
Susannah Darwin (née Wedgwood) (1765-1817). Il est le petit fils d’
Erasmus Darwin (1731-1802) du côté de son père et de
Josiah Wedgwood (1730-1795), du côté de sa mère. Chacune de deux familles est largement
unitarienne, bien que les Wedgwood aient adopté l’
anglicanisme. Robert Darwin, plutôt
libre-penseur, accepta que son fils Charles soit baptisé à l’église anglicane. Néanmoins, les enfants Darwin fréquentaient avec leur mère la chapelle unitarienne. Le prêcheur de celle-ci devient le maître d’école de Charles, externe en 1817. En juillet de la même année, Susannah Darwin décède alors que Charles avait huit ans. En septembre 1818, il entre à l’école anglicane voisine, l'école de Shrewsbury, comme interne
[Desmond & Moore 1991, p. 12–15.].
Darwin passe l’été de 1825 comme apprenti médecin auprès de son père qui soignait les pauvres du Shropshire. À l’automne de la même année, il part en Écosse, à l’université d'Édimbourg pour y étudier la médecine, mais il est révolté par la brutalité de la chirurgie et néglige ses études médicales. Il apprend la taxidermie auprès de John Edmonstone, un esclave noir libre, qui lui raconte des histoires fascinantes sur les forêts tropicales humides d’Amérique du Sud. Plus tard, dans La Filiation de l'homme et la sélection liée au sexe, il se sert de cette expérience pour souligner que, malgré de superficielles différences d’apparence, « les nègres et les européens » sont très proches[Darwin 1871, p 232 ]
. .
Durant sa seconde année, Charles Darwin rejoint la Société plinienne, un groupe d’étudiants spécialement intéressés par l’histoire naturelle[Browne 1995, p. 72.]. Il devient un élève de Robert Edmond Grant (1793-1874), un partisan de la théorie de l’évolution de Jean-Baptiste de Lamarck (1744-1829), théorie à laquelle adhère également son grand-père, Erasmus Darwin. Sur les rivages du Firth of Forth, Charles participe aux recherches de Grant sur les cycles vitaux des animaux marins. Ces recherches portent sur l’homologie, théorie selon laquelle tous les animaux ont des organes similaires ne différant que par leur complexité, ce qui indique leur ascendance commune[Desmond & Moore 1991, p. 33–40.]. En mars 1827, Darwin fait une présentation devant ses camarades pliniens sur sa propre découverte : les spores noires souvent trouvées dans des coquilles d’huîtres sont des œufs d’une sangsue[Browne 1995, p. 82.]. Il suit également les cours de Robert Jameson (1774-1854), s’initie à la stratigraphie géologique, à la classification des plantes et utilise les riches collections du muséum de l'université, l’un des plus riches d’Europe de son temps[Desmond & Moore 1991, p. 42–43.].
En 1827, son père, insatisfait par l’absence de progrès de son jeune fils, l’inscrit pour obtenir un Bachelor of Arts au Christ's College de Cambridge. Il s’agit de lui donner un diplôme de théologie, dans l'espoir que Charles devienne pasteur anglican[Desmond & Moore 1991, p. 47–48.]. Néanmoins, Darwin préfère monter à cheval et chasser que se consacrer à ses études[Darwin 1887, pages 10 ]
, 14
, 15
et 17
.. Avec son cousin William Darwin Fox (1805-1880), il commence à se passionner pour la collection des coléoptères[Darwin 1887 : 18 ]
.. Fox lui fait rencontrer le révérend John Stevens Henslow (1795-1861), professeur de botanique et grand connaisseur de ces insectes. Darwin rejoint alors les cours d’histoire naturelle d’Henslow et devient son élève préféré. Darwin est connu des autres professeurs comme « l’homme qui marche avec Henslow »[Desmond & Moore 1991, p. 80–81.][Darwin 1887 : 19 ]
. Quand les examens se rapprochèrent, Darwin se concentra sur ses études et reçut des cours privés d’Henslow. Darwin est particulièrement enthousiaste au sujet des écrits de William Paley (1743-1805), dont la Théologie naturelle (1802), y compris sur la conception divine de la nature[Darwin 1887 : 16 ]
.
On a avancé que l’enthousiasme de Darwin pour l’adaptationisme religieux de Paley avait paradoxalement joué un rôle, plus tard, lors de la formulation de sa théorie de la sélection naturelle[von Sydow 2003.]. Il passe ses examens en janvier 1831 : s’il réussit bien en théologie, il remporte de justesse les épreuves de littérature classique, de mathématiques et de physique, arrivant dixième sur une liste de 178 élèves reçus[Browne 1995, p. 97.].
Les obligations universitaires obligent Darwin à rester à Cambridge jusqu’en juin. Suivant les conseils d’Henslow, il ne hâte pas son entrée dans les ordres. Inspiré par le journal de voyage d’Alexander von Humboldt (1769-1859), il organise un voyage dans l’archipel de Madère avec quelques camarades d’études eux-mêmes fraîchement diplômés, afin d’étudier l’histoire naturelle des tropiques. Afin de mieux se préparer, Darwin rejoint les cours de géologie du révérend Adam Sedgwick (1785-1873) et, durant l’été, l’assiste à la réalisation d'une carte géologique dans le pays de Galles[Browne 1995, pp. 133–141.]. Après avoir passé une quinzaine de jours avec des amis étudiants à Barmouth, Darwin retourne chez lui et découvre une lettre d’Henslow qui le recommande comme un naturaliste approprié (même si sa formation n’est pas complète) pour un poste non payé auprès de Robert FitzRoy (1805-1865), capitaine de l’HMS Beagle, lequel partait quatre semaines plus tard pour faire la cartographie de la côte de l’Amérique du Sud. Son père s’oppose d’abord à ce voyage de deux ans qu’il considère comme une perte de temps, mais il est finalement convaincu par son beau-frère, Josiah Wedgwood (1730-1795), et finit par donner son accord à la participation de son fils[Desmond & Moore 1991, p. 94–97.].
Voyage du Beagle
1831 - 2 octobre 1836)]]
Sur les cinq années de l'
expédition du
Beagle, Darwin passe les deux tiers du temps à terre. Il décrit un grand nombre d'observations géologiques, récolte des organismes vivants ou fossiles, et conserve avec méthode une riche collection de spécimens, bon nombre d'entre eux étant nouveaux pour la science
[van Wyhe 2006.]. À plusieurs reprises durant le voyage, il envoie des spécimens à Cambridge, accompagnés de lettres sur ses découvertes. Cela va contribuer à établir sa réputation de
naturaliste. Ses longues notes détaillées montrent sa capacité à théoriser et forment la base de ses travaux ultérieurs. Le journal qu’il tient à l’origine pour sa famille sera publié sous le titre de
The Voyage of the Beagle (
Le Voyage du Beagle). Il y récapitule ses observations, et fournit des informations sociales, politiques et anthropologiques sur un grand nombre de personnes qu’il rencontre, coloniaux comme indigènes
[Desmond & Moore 1991, p. 189–192, 198.].
Avant le départ, Robert FitzRoy[Robert FitzRoy devait devenir plus tard un défenseur de l'interprétation littérale des textes bibliques. À l'époque, il montrait un intérêt considérable pour les idées de Lyell comme le montrent certaines des observations qu’il fait faire en Amérique du Sud. Le journal intime de FitzRoy montre, pendant la remontée de la rivière Santa Cruz, qu’il pensait que les plaines étaient à l’origine des plages surélevées. À son retour, après son mariage avec une femme très pieuse, il récusa ces idées (voir Browne 1995, pp. 186, 414).] avait donné à Darwin le premier volume des Principles of Geology de Sir Charles Lyell (1797-1875) qui expliquait les reliefs terrestres par l’accumulation de processus graduels sur de très longues périodes de temps. À leur première escale à l’île de Santiago au Cap-Vert, Darwin observe une bande blanche en altitude dans des falaises volcaniques, bande composée de fragments de coraux et de coquillages cuits. Cette observation, conforme au principe de Lyell sur la lente montée ou descente des reliefs, donna à Darwin une nouvelle perspective sur l'histoire géologique de l'île, et lui mit en tête d’écrire un livre sur la géologie[Browne 1995, pp. 183–190.]. Cette découverte sera suivie par d’autres encore plus décisives[John van Wyhe (2006).]. Il observe que les plaines de Patagonie sont constituées de galets et de coquillages, comme des plages surélevées ; par ailleurs, après un tremblement de terre au Chili, il note des bancs de moules au-dessus du niveau des pleines mers, ce qui indiquait que le niveau de la terre venait d'être surélevé. En altitude, dans les Andes, il observe que des arbres fossiles s’étaient développés sur une plage de sable, à proximité de coquillages marins. Enfin il émet la théorie selon laquelle les atolls coralliens se forment sur des cônes volcaniques en cours de submersion, ce qu'il confirme après que le Beagle soit passé dans les îles Cocos[Desmond & Moore 1991 : 160–168, 182.]
Darwin 1887 : 260
.
Darwin 1958 : 98–99 
.

Alors que le Beagle explorait les côtes sud-américaines (ici la Terre-de-Feu), Darwin commença à théoriser sur les merveilles de la nature autour de lui. Peinture de Conrad Martens réalisée pendant le voyage
En
Amérique du Sud, Darwin découvre des fossiles de mammifères géants éteints inclus dans des couches de coquillages marins récents, ce qui indiquait une extinction récente sans pour autant révéler de traces de catastrophe ou de changement climatique. Bien qu’il identifie correctement l’un de ces fossiles à un
Megatherium et qu’il reconnaisse des fragments de carapace de
tatou local, il estime que ces restes sont reliés à des espèces africaines ou européennes ; c’est seulement après son retour, que Sir
Richard Owen (1804-1892) démontre que ces restes sont en réalité proches de créatures ne vivant qu'en Amérique
[Browne 1995, p. 224 ; Darwin 1835 : 7 ]
; Desmond & Moore 1991, p. 210.
Le deuxième volume de l’ouvrage de Charles Lyell argumente contre l’évolutionnisme et explique la distribution des espèces par des « centres de création »[La création divine ne se serait pas déroulée en une fois, mais en plusieurs fois, après des catastrophes ayant fait disparaître les espèces précédentes.][Desmond & Moore 1991, p. 131, 159.]. Darwin le reçoit et le lit avec attention, il en déduit des idées qui dépassent ce qu'avait imaginé Lyell.[Desmond & Moore, 1991 , p 131, 159.].En Argentine, il observe que les deux types de nandous occupent des territoires séparés mais se chevauchant en partie. Sur les îles Galápagos, il collecte des miminis et note qu’ils diffèrent en fonction de l’île de provenance. Il avait également entendu dire que les Espagnols vivant dans ces régions étaient capables de dire d’où venaient les tortues à leur simple aspect, mais il avait conclu qu’ils les avaient eux-mêmes introduites[Desmond & Moore 1991, p. 145, 170–172.]. En Australie, l’ornithorynque et le rat-kangourou, lui semblent si étranges qu’ils semblent avoir été l’œuvre de deux créateurs différents[Darwin 1839 : 526 ]
..
Au Cap, Darwin et FitzRoy rencontrent Sir John Herschel (1792-1871), qui avait récemment écrit à Lyell au sujet du « mystère des mystères », l’origine des espèces. Lorsqu’il organise ses notes pendant son voyage de retour, Darwin écrit que si ses soupçons au sujet des miminis et des tortues étaient justes, de tels faits sapent la stabilité des espèces, puis, il ajoute prudemment le mot pourraient[Keynes 2000, Eldredge 2006]. Il écrira plus tard que de tels faits m’ont semblé jeter un peu de lumière sur l’origine des espèces[Darwin 1859 : p. 1 ]
..
Trois indigènes de la Terre de Feu qui avaient été accueillis par le Beagle lors de son précédent voyage étaient à bord : ils y revenaient comme missionnaires. Durant leur séjour de deux ans en Angleterre, ils étaient devenus des « civilisés », aussi leurs proches apparurent-ils à Darwin comme des sauvages malheureux et avilis[Darwin 1845 : 207–208 ]
..
Un an plus tard[Les missionnaires furent laissés sur place le 23 janvier 1833. L'équipage du Beagle retourna visiter les trois missionnaires Fuégiens le 5 mars 1834, après avoir exploré les Îles Malouines, l'Argentine, l'Uruguay et le détroit de Magellan.] les missionnaires qui avaient été laissé sur place avaient abandonné leur mission et seul Jemmy Button vint à leur rencontre, il était retourné à la vie sauvage et leur annonça qu'il n'avait aucun désir de retourner en Angleterre et qu'il était content et comblé[Darwin 1839. The Voyage of the Beagle. Chapter X: Tierra Del Fuego ]
. . À cause de cette expérience, Darwin vint à penser que l'homme n'était pas tant éloigné des animaux, et que la différence était surtout due à des différences d'avancées culturelles entre civilisation plutôt qu'à des différences raciales.
Il détestait l’esclavage qu’il avait vu ailleurs en Amérique du Sud, et était désolé des effets du peuplement européen sur les aborigènes d'Australie comme sur les maoris de Nouvelle-Zélande[Browne 1995, p. 244–250.].
FitzRoy était chargé d’écrire le récit officiel du voyage du Beagle ; peu avant la fin du périple, il lit le journal de Darwin et lui demande de le retravailler afin qu’il devienne le troisième volume, celui consacré à l’histoire naturelle[Browne 1995, p. 336.].
Début de la théorie de l'évolution de Darwin

Encore jeune homme, Charles Darwin rejoint l'élite scientifique britannique. Portrait de George Richmond, fin des années 1830
Alors que Darwin était toujours en voyage, Henslow travaillait à faire connaître son ancien élève en communiquant à des naturalistes éminents des exemplaires de fossiles et une brochure de Darwin contenant ses lettres sur la géologie
[Darwin 1835 : introduction éditoriale ]
.. Au retour du
Beagle, le 2 octobre 1836, Darwin était devenu une célébrité dans les cercles scientifiques. Après être passé à sa maison de Shrewsbury et avoir revu sa famille, il retourna au plus vite à Cambridge pour voir Henslow, qui lui conseilla de trouver des naturalistes capables de décrire les collections et d'en établir le catalogue, et qui accepta lui-même de s'occuper des spécimens de botanique. Le père de Darwin rassembla des fonds qui permirent à son fils de devenir un homme de science financièrement indépendant et ce fut un Darwin enthousiaste qui fit le tour des institutions de Londres où il fut partout honoré. Il chercha alors des experts pour décrire les collections : les zoologistes avaient un énorme retard dans leur travail et certains spécimens couraient le risque d'être tout simplement oubliés dans les réserves
[Desmond & Moore 1991, p. 195–198.].
C'est avec une grande curiosité que Charles Lyell rencontra Darwin pour la première fois, le 29 octobre, et il se hâta de le présenter à Sir Richard Owen (1804-1892), un anatomiste promis à un bel avenir, qui avait à sa disposition les équipements du Collège royal de chirurgie pour étudier les ossements fossiles que Darwin avait recueillis. Parmi les résultats surprenants d'Owen figurent des paresseux géants, un crâne semblable à celui d'un hippopotame appartenant au Toxodon, un rongeur éteint, ainsi que des fragments de carapace d'un énorme tatou disparu (le Glyptodon), ce que Darwin avait dès le départ conjecturé[Owen 1840 : No. 1 p 16 ]
No. 4 p 106 
[Eldredge (2006).]. Ces créatures fossiles n'avaient aucun rapport avec les animaux africains, mais étaient étroitement liées aux espèces vivant en Amérique du Sud[Desmond & Moore 1991 : 201–205}}][Browne 1995 : 349–350.].

La première esquisse de Darwin d'un arbre évolutionnaire tirée de son First Notebook on Transmutation of Species (1837)
À la mi-décembre, Darwin se rendit à Cambridge pour organiser le travail sur ses collections et réécrire son journal
[Browne 1995, p. 345–347.]. Il rédigea son premier article où il montrait que la masse continentale sud-américaine connaissait une lente surrection et, chaudement appuyé par Lyell, le lut à la
Société géologique de Londres le 4 janvier 1837. Le même jour, il offrit à la
Société zoologique ses exemplaires de mammifères et d'oiseaux. L'ornithologue
John Gould (1804-1881) ne tarda pas à faire savoir que les oiseaux des Galapagos que Darwin croyait être un mélange de
merless, de «
gros-becs » et de
fringillidés, constituaient, en fait,
treize espèces distinctes de fringillidés. Le 17 février 1837, on élut Darwin au Conseil de la
Société géographique et, dans son adresse présidentielle, Lyell présenta les conclusions d'Owen sur les fossiles de Darwin, en insistant sur le fait que la continuité géographique des espèces confirmait ses idées actualistes
[Desmond & Moore 1991, p. 207–210.][Sulloway 1982, p. 57].
Le 6 mars 1837, Darwin s'installa à Londres pour se rapprocher de sa nouvelle charge à la société de géographie. Il se joignit au cercle animé formé autour de scientifiques et de savants comme Charles Babbage (1791-1871), qui croyaient que Dieu avait d'avance ordonné la vie selon des lois naturelles sans procéder à des créations miraculeuses ad hoc. Darwin vivait près de son frère Erasmus, un libre-penseur, qui faisait partie du cercle Whig et dont l'amie intime, l'auteur Harriet Martineau (1802-1876), promouvait les idées de Thomas Malthus (1766-1834) qu'on trouvait à la base des réformes de la Poor Law prônées par les Whigs. Les réformes en question visaient à décourager les pauvres de se reproduire plus que ne le permettaient les ressources alimentaires disponibles. La question de Sir John Herschel (1792-1871) sur l'origine des espèces fut abondamment discutée. Des personnalités du milieu médical, y compris le Dr James Manby Gully (1808-1873) allèrent même jusqu'à rejoindre Grant dans ses idées de transformation des espèces, mais aux yeux des scientifiques amis de Darwin une hérésie aussi radicale mettait en péril la base divine de l'ordre social déjà menacé par la récession et les émeutes[Desmond & Moore 1991, p. 196–201, 212–221.].
Gould fit savoir alors que les moqueurs polyglottes des Galápagos originaires des différentes îles étaient des espèces distinctes et pas seulement des variétés, tandis que les « troglodytes » constituaient encore une autre espèce de fringillidés. Darwin n'avait pas noté précisément de quelles îles provenaient les exemplaires de fringillidés, mais trouva ces renseignements dans les notes d'autres membres de l'expédition sur le Beagle, y compris FitzRoy, qui avaient enregistré plus soigneusement ce qu'ils avaient eux-mêmes collecté. Le zoologiste Thomas Bell (1792-1880) montra que les tortues des Galápagos étaient indigènes dans les îles. Avant la mi-mars, Darwin s'était convaincu que les animaux une fois arrivés dans les îles s'étaient en quelque sorte modifiés pour former sur les différentes îles des espèces nouvelles ; il réfléchit à cette transformation en notant le résultat de ses pensées sur le « carnet rouge » qu'il avait commencé sur le Beagle. À la mi-juillet, il commença son carnet secret, le « carnet B », sur cette transformation et, à la page 36, il écrivit « je pense » au-dessus de sa première esquisse d'un arbre montrant l'évolution[Desmond & Moore 1991, p. 220–229.][Eldredge 2006.].
Surmenage, maladie et mariage
Alors qu'il était absorbé dans l'étude du
transformisme, Darwin fut pris par des travaux supplémentaires. Tandis qu'il en était encore à réécrire son
Journal, il entreprit de réviser et de publier les rapports d'experts sur ses collections et, avec l'aide de Henslow, obtint une subvention de 1 000 livres sterling pour financer cette
Zoologie du Voyage du H.M.S. Beagle en plusieurs volumes. Il accepta des délais impossibles à tenir pour cette tâche ainsi que pour un livre sur la
Géologie de l'Amérique du Sud qui soutenait les idées de Lyell. Darwin finit de rédiger son
Journal le 20 juin 1837 juste au moment où la
reine Victoria montait sur le trône, mais il lui restait encore à corriger les épreuves
[Browne 1995, pp. 367–369.].
La santé de Darwin souffrit d'une telle surcharge de travail. Le 20 septembre 1837, il ressentit des « palpitations du cœur ». Son médecin lui ayant prescrit un mois de repos, il se rendit alors à Shrewsbury chez des parents du côté maternel à Maer Hall, mais il les trouva trop curieux de ses histoires de voyages pour lui laisser quelque repos. Sa cousine Emma Wedgwoodss, charmante, intelligente et cultivée, et de neuf mois plus âgée que Darwin, soignait la tante de celui-ci, laquelle était invalide. Son oncle Jos lui fit voir un endroit où des cendres avaient disparu sous la glaise et suggéra qu'il pouvait s'agir du travail des lombrics. Ce fut l'origine d'une conférence que Darwin fit à la Société géologique le 1 novembre, et où il démontra pour la première fois le rôle des lombric dans la formation des sols[Desmond & Moore 1991, p. 233–234.][Arrhenius 1921, pp. 255–257].
William Whewell (1794-1866) incita Darwin à accepter la charge de secrétaire de la Société géologique. Après avoir d'abord refusé cette tâche supplémentaire, il accepta le poste en mars 1838[Desmond & Moore 1991, p. 233–236.]. En dépit de la besogne apportée par les travaux d'écriture et d'édition, il réalisa des progrès remarquables sur le transformisme. Tout en gardant secrètes ses idées sur l'évolution, il ne manquait aucune occasion d'interroger les naturalistes expérimentés et, de façon informelle, les gens qui possédaient une expérience pratique comme les fermiers et les colombophiles[van Wyhe 2006.][Desmond & Moore 1991, p. 241–244, 426.]. Avec le temps sa recherche s'élargit : il se renseignait auprès de sa famille, enfants compris, du majordome de la famille, de voisins, de colons et d'anciens compagnons de bord[Browne 1995, p. xii]. Il engloba le genre humain dans ses spéculations initiales et, le 28 mars 1838, ayant observé un singe au zoo, il nota la ressemblance entre son comportement et celui d'un enfant[Desmond & Moore 1991, p. 241–244.].
Tous ces efforts finirent par se faire sentir et, dès juin, il fut forcé de s'aliter quelques jours sans interruption en raison de problèmes d'estomac, de migraines et de symptômes cardiaques[Desmond & Moore 1991, p. 252.]. Tout le reste de sa vie, il devrait plusieurs fois s'arrêter de travailler avec des épisodes de douleurs à l'estomac, de vomissements, de furoncles sévères, de palpitations, de tremblements et d'autres malaises, surtout dans les moments de tension, comme lorsqu'il devait assister à des réunions ou répondre à des controverses sur sa théorie. La cause de cette maladie resta inconnue de son vivant, et les traitements n'eurent que peu de succès. Des essais récents de diagnostic ont suggéré la maladie de Chagas, que lui auraient communiqué des piqûres d'insectes en Amérique du Sud, la maladie de Menière, ou encore différentes maladies psychologiques. On reste encore dans l'incertitude[Gordon 1999.].
Le 23 juin 1838, il fit une pause dans son travail en allant faire un peu de géologie en Écosse. Il visita
Glen Roy par un temps radieux pour voir les « terrasses » parallèles, ces replats taillés à flanc de coteau. Il y voyait des
plages surélevées : on a démontré plus tard qu'il s'agissait des berges d'un
lac glaciaire[Desmond & Moore 1991, p. 254.][Browne 1995, pp. 377–378.][Darwin (1887) : p 26 ]
: .
Complètement rétabli, il revint à Shrewsbury en juillet. Habitué à prendre continuellement des notes sur la reproduction animale, il griffonnait des pensées décousues concernant sa carrière et ses projets sur deux petits morceaux de papier : l'un comportait deux colonnes intitulées « Mariage » et « Pas de mariage ». Les avantages comprenaient entre autres : « une compagne fidèle et une amie dans la vieillesse ... mieux qu'un chien en tout cas » ; et à l'opposé des points comme « moins d'argent pour les livres » et « terrible perte de temps »[Darwin 1958, pp. 232–233 ]
. S'étant décidé pour le mariage, il en discuta avec son père, et rendit ensuite visite à Emma le 29 juillet 1838. Il n'eut pas le temps de faire sa demande en mariage mais, contre les conseils de son père, parla de ses idées sur le transformisme[Desmond & Moore 1991, p. 256–259.].
Pendant qu'il continuait ses recherches à Londres, l'éventail de lectures très large de Darwin comprenait à présent « pour se distraire » la 6 édition de l’Essai sur le Principe de Population de Malthus ; celui-ci avait calculé qu'en raison du taux de natalité, la population humaine pouvait doubler tous les 25 ans, mais que, dans la pratique, cette croissance était freinée par la mort, la maladie, les guerres et la famine[van Wyhe 2006.][Malthus 1826.][Desmond & Moore 1991, p. 264–265.][Huxley 1897, pp. 162–3 ]
. Darwin était bien préparé pour voir tout de suite que cela s'appliquait aussi au « conflit entre les espèces », remarqué pour les plantes par Augustin Pyrame de Candolle (1778-1841), et à la lutte pour la vie parmi les animaux sauvages, et que c'était la raison pour laquelle les effectifs d'une espèce demeuraient relativement stables. Comme les espèces se reproduisent toujours plus qu'il n'y a de ressources disponibles, les variations favorables rendraient les organismes qui en sont porteurs plus aptes à survivre et à transmettre ces variations à leur progéniture, tandis que les variations défavorables finiraient par disparaître. D'où s'ensuivrait la formation de nouvelles espèces[Desmond & Moore 1991, p. 264–265.][Browne 1995, p. 385–388][Darwin 1842, p. 7 ]
[ Darwin 1887, p. 34 ]
. Le 28 septembre 1838[van Wyhe 2006.] il nota ce nouvel éclairage de la question, le décrivant comme une sorte de coin, introduisant des structures plus adaptées dans les espaces de l'économie naturelle tandis que les structures plus faibles seraient éjectées. Il disposait maintenant d'une hypothèse de travail. Au cours des mois suivants, il compara les fermiers qui sélectionnaient les meilleurs sujets pour l'élevage à une Nature malthusienne faisant son choix parmi les variantes créées par le « hasard », de telle sorte que « chaque élément [de chaque] structure nouvellement acquise fût complètement mis en œuvre et perfectionné ». Il voyait dans cette analogie « la plus belle partie de [sa] théorie »[Desmond & Moore 1991, p. 273–274.].
Le 11 novembre, il revint à Maer et fit sa demande à Emma, en lui exposant encore une fois ses idées. Elle accepta puis, dans les lettres qu'ils échangèrent, elle montra comment elle appréciait sa franchise, mais du fait de son éducation anglicane très pieuse, elle laissa voir sa crainte que de telles hérésies par rapport à la foi pussent mettre en danger ses espoirs de le retrouver dans la vie éternelle. Pendant qu'il était en quête d'un logement à Londres, les épisodes de maladie continuèrent et Emma lui écrivit pour le presser de prendre un peu de repos, remarquant de façon presque prophétique : « Ne retombez donc plus malade, mon cher Charlie, avant que je puisse être auprès de vous pour prendre soin de vous. » Il trouva dans la Gower Street ce qu'ils appelèrent le « Cottage de l'Ara » (à cause de son intérieur criard), puis il déménagea son « musée » à Noël. Le mariage était prévu pour le 24 janvier 1839, mais les Wedgwood retardèrent cette date. Le 24, Darwin eut l'honneur d'être élu membre de la Royal Society[Desmond & Moore 1991, p. 272–279.].
Le 29 janvier 1839, Darwin et Emma Wedgwood se marièrent à Maer au cours d'une cérémonie anglicane aménagée pour convenir aux Unitariens. Ils prirent alors immédiatement le train pour Londres et gagnèrent leur nouveau foyer[Desmond & Moore 1991, p. 279.].
Préparation de la publication de la théorie de la sélection naturelle
Darwin avait trouvé la base de sa théorie de la sélection naturelle, mais était bien conscient de tout le travail qui restait à faire pour la rendre crédible aux yeux de ses collègues scientifiques, qui le critiquaient farouchement. Le 19 décembre 1838, à la réunion de la Société Géologique dont il était secrétaire, il vit Owen et Buckland ne rien cacher de leur haine contre l'évolution en attaquant la réputation de son vieux maître Grant, disciple de Lamarck[Desmond & Moore 1991, p. 274–276.]. Le travail continua sur les conclusions auxquelles il était arrivé à bord du Beagle et, en même temps qu'il consultait des éleveurs, il multipliait les expériences sur les plantes, essayant de trouver des preuves qui répondissent à toutes les objections auxquelles il s'attendait à partir du moment où sa théorie serait communiquée[Darwin 1859, ch. 1. Variation under domestication.]. Quand la Narration[Narrative of the surveying voyages of His Majesty's Ships Adventure and Beagle between the years 1826 and 1836, describing their examination of the southern shores of South America, and the Beagle's circumnavigation of the globe.
]- King P. P., 1838, FitzRoy, edited by Robert, Proceedings of the first expedition, 1826-30, under the command of Captain P. Parker King, R.N., F.R.S.
, London, Henry Colburn, volume I.
- FitzRoy Robert, 1839, Proceedings of the second expedition, 1831-36, under the command of Captain Robert Fitz-Roy, R.N.
, London, Henry Colburn, volume II
- FitzRoy Robert, 1839, Appendix to Volume II
, London, Henry Colburn
de FitzRoy fut publié, en mai 1839, le Journal et Remarques de Darwin (plus connu sous le titre Le Voyage du Beagle) qui en constitue le troisième volume rencontra un tel succès que l'on en fit une réédition séparée la même année[Darwin 1887, p. 32 ]
..
Au début de 1842, Darwin envoya à Lyell une lettre pour lui exposer ses idées ; ce dernier fut consterné de voir que celui qui avait été son allié refusait maintenant « de voir un commencement à chaque groupe d'espèces ». En mai, le livre de Darwin sur les récifs coralliens fut publié après plus de trois années de travail[Darwin, C. 1842. The structure and distribution of coral reefs. London. Texte intégral ]
.. En juin il écrivit alors une « esquisse sommaire » de sa théorie tenant en 35 pages[Desmond & Moore 1991, p. 292.][Darwin 1887, p.34 ]
. .. Pour échapper aux pressions de Londres, la famille s'installa en novembre à la campagne, dans le domaine de Down House. Le 11 janvier 1844 Darwin écrivit à son ami, le botaniste Sir Joseph Dalton Hooker (1817-1911), pour lui parler de sa théorie, en disant que c'était presque avouer « un meurtre », mais à son grand soulagement Hooker croyait qu' « une modification graduelle des espèces pouvait bien avoir eu lieu » et il exprima son intérêt pour l'explication de Darwin. Vers juillet, Darwin avait développé son « esquisse » dans un « Essai » de 230 pages[Desmond & Moore 1991, p. 313–317.]. Ses craintes de voir ses idées écartées comme une sorte de radicalisme lamarckien furent réveillées une nouvelle fois par la controverse que suscita en octobre une publication anonyme intitulée Vestiges de l'Histoire naturelle de la Création[L’auteur anonyme de Vestiges of the Natural History of Creation (1844) était un écrivain britannique nommé Robert Chambers (1802 - 1871). Darwin lut ce livre et en admira la prose, mais il écrivit à son sujet 'the writing & arrangement are certainly admirable, but his geology strikes me as bad, & his zoology far worse' (Letter 814 — Darwin, C. R. to Hooker, J. D., 7 Jan 1845 ]
).. Ce livre qui fut un best-seller accrut l'intérêt de la classe moyenne pour le transformisme, et ouvrit ainsi la voie à Darwin. Cet ouvrage fut néanmoins sévèrement attaqué par les scientifiques reconnus, ce qui rappela à Darwin la nécessité de répondre à toutes les difficultés avant de rendre publique sa théorie. Darwin termina son troisième livre de géologie[Geological Observations on South America ]
, Londres, Smith, Elder and Co., 1846. en 1846 et entreprit à partir d'octobre une vaste étude sur les cirripèdes avec l'aide de Hooker. En janvier 1847, Hooker lut l'« Essai » de Darwin et lui renvoya ses observations ; c'était la critique sereine dont Darwin avait besoin, même si Hooker remettait en question son rejet de l'idée d'une création continue[Desmond & Moore 1991, p. 320–323, 339–348.][A ce sujet, Hooker écrivit à Darwin dans une lettre Letter 1066 — Hooker, J. D. to Darwin, C. R., c. 4 Mar 1847 ]
.[Dans l'Origine des Espèces, chapitre 4, Natural selection; or the survival of the fittest, p 66 ]
, Darwin écrivit : .
Pour essayer de traiter son état maladif chronique, Darwin se rendit à Malvern, une ville thermale, en 1848. La cure de quelques mois lui fit un grand bien et il put reprendre son travail à son retour. À la mort de son père le 13 novembre, il est néanmoins tellement affaiblit qu'il ne peut assister aux funérailles[Darwin 1887, p. 32 ]
. . En 1849 sa fille chérie, Annie, tomba malade, ce qui réveilla sa peur que sa maladie puisse être héréditaire. Après une longue série de crises elle mourut en avril 1851, et Darwin perdit toute foi en un Dieu bienveillant[Desmond & Moore 1991, p. 383–387.].
Les huit années que Darwin passa à travailler sur les cirripèdes lui permirent de trouver des « homologies » qui confortaient sa théorie en montrant que de légers changements morphologiques pouvaient permettre à différentes fonctions d'affronter des conditions nouvelles[Darwin 1887, pp. 32 ]
, 33
.. En 1853 il obtint la Médaille royale de la Royal Society, ce qui établit sa réputation comme biologiste[Desmond & Moore 1991, p. 383–387.]. En 1854 il reprit le travail sur sa théorie des espèces et, en novembre, se rendit compte que la divergence dans le caractère de descendants pouvait s'expliquer par le fait qu'ils s'étaient adaptés « à des situations différentes dans l'économie de la nature »[Darwin 1887, pp. 33 ]
, 34
..
La publication de la théorie de la sélection naturelle
.]]
Au début de
1855, Darwin cherchait à savoir si les œufs et les
graines étaient capables de survivre à un voyage dans l'eau salée et d'élargir ainsi la distribution de leurs espèces à travers les océans
[Letter 1666 — Darwin, C. R. to Gardeners' Chronicle, 11 Apr 1855 ]
, . Charles Darwin, Down, Farnborough, Kent, April 11.[Letter 1684 — Darwin, C. R. to Gardeners' Chronicle, 21 May 1855 ]
, . Charles Darwin, Down, Farnborough, Kent, May 21.[Letter 1686a — Darwin, C. R. to Gardeners' Chronicle, before 26 May 1855 ]
, . Ch. Darwin, Downe, Farnborough, Kent..
Hooker était de plus en plus sceptique quant à la conception traditionnelle selon laquelle les espèces étaient immuables, mais leur jeune ami
Thomas Henry Huxley (1825-1895) était fermement opposé à l'évolution. Lyell était intrigué par les spéculations de Darwin sans se rendre compte de leur portée. Après avoir lu un article d'
Alfred Russel Wallace (1823-1913) sur l’
Introduction des espèces, il trouva des ressemblances avec les idées de Darwin et lui conseilla de les publier pour établir son antériorité. Bien que Darwin ne vît là aucune menace, il commença à rédiger un article court. Trouver des réponses aux questions difficiles l'arrêta plusieurs fois, et il élargit son projet à un « grand livre sur les espèces » intitulé « La Sélection naturelle ». Il continua ses recherches, obtenant des renseignements et des exemplaires auprès de naturalistes du monde entier, y compris Wallace qui travaillait à
Bornéo. En décembre 1857, Darwin reçut de Wallace une lettre lui demandant si son livre examinerait les origines humaines. Il répondit qu'il éviterait un tel sujet, « si encombré de préjugés », tandis qu'il encourageait l'essai de théorisation de Wallace, en ajoutant « Je vais beaucoup plus loin que vous »
[Desmond & Moore 1991, p. 412–441, 462–463.].
Darwin en était à mi-chemin de son livre quand, le 18 juin 1858, il reçut une lettre de Wallace qui décrivait la sélection naturelle. Bien qu'ennuyé d'avoir été « devancé », il la transmit à Lyell comme convenu et, bien que Wallace n'eût pas demandé qu'elle fût publiée, proposa de l'envoyer à n'importe quel journal que choisirait Wallace. Sa famille était alors plongée dans l'angoisse car dans le village des enfants mouraient de la scarlatine, aussi remit-il l'affaire entre les mains de Lyell et de Hooker. Ils convinrent de présenter ensemble à la Linnean Society le 1 juillet « Sur la Tendance des espèces à former des variétés » et «Sur la Perpétuation des variétés et des espèces par les moyens naturels de la sélection » . Comme Charles, le dernier enfant des Darwin, alors encore au berceau, venait de mourir de la scarlatine, son père était trop bouleversé pour être présent[Desmond & Moore 1991, p. 466–470.].
Sur le moment on prêta peu d'attention à l'annonce de cette théorie ; le président de la Linnean remarqua en mai 1859 que l'année précédente n'avait été marquée par aucune découverte révolutionnaire[Browne 2002, p. 40–42]. Par la suite, Darwin ne put se souvenir que d'une seule recension, celle du professeur Haughton, de Dublin, proclamant que « tout ce qu'il y avait là de nouveau était inexact, et tout ce qui était exact n'était pas nouveau »[Darwin 1958, p. 122 ]
. . Darwin s'acharna pendant treize mois pour écrire un résumé de son « grand livre », souffrant de problèmes de santé, mais encouragé constamment par ses amis scientifiques. Lyell s'arrangea pour le faire publier par Sir John Murray (1841-1914)[Desmond & Moore 1991, p. 374–474.].
Sur l'Origine des Espèces au moyen de la Sélection Naturelle, ou la Préservation des Races les meilleures dans la Lutte pour la Vie (titre d'habitude raccourci sous la forme L'Origine des espèces) eut auprès du public un succès inattendu : le tirage entier de 1 250 exemplaires était déjà réservé quand il fut mis en vente chez les libraires le 22 novembre 1859[Desmond & Moore 1991, p. 477.]. Darwin y développe « une longue argumentation » fondée sur des observations détaillées, y expose des inférences et la prise en compte des objections attendues[Darwin 1859, p 459 ]
, Chap XIV., Recapitulation and conclusion. . Sa seule allusion à l'évolution chez l'homme était l'affirmation discrète que « des lumières seront jetées sur l'origine de l'homme et son histoire ». Il évitait le mot « évolution », controversé à l'époque, mais à la fin du livre il concluait que « des formes sans cesse plus belles et plus admirables ont été élaborées et continuent à l'être »[Darwin 1859, p 489-490 ]
. . Sa théorie est exposée de façon simple dans l'introduction :
Comme il naît beaucoup plus d'individus de chaque espèce qu'il n'en peut survivre, et que, par conséquent, il se produit souvent une lutte pour la vie, il s'ensuit que tout être, s'il varie, même légèrement, d'une manière qui lui est profitable, dans les conditions complexes et quelquefois variables de la vie, aura une meilleure chance pour survivre et ainsi se retrouvera choisi d'une façon naturelle. En raison du principe dominant de l'hérédité, toute variété ainsi choisie aura tendance à se multiplier sous sa forme nouvelle et modifiée[As many more individuals of each species are born than can possibly survive; and as, consequently, there is a frequently recurring struggle for existence, it follows that any being, if it vary however slightly in any manner profitable to itself, under the complex and sometimes varying conditions of life, will have a better chance of surviving, and thus be naturally selected. From the strong principle of inheritance, any selected variety will tend to propagate its new and modified form. Darwin 1859, p 5 ]
..
Les réactions à sa publication

Caricature montrant Darwin avec un corps de singe et la grande barbe qu'il se laisse pousser à partir de 1866, magazine Hornet
L'ouvrage de Charles Darwin suscita un vif intérêt dans le public ainsi qu'une controverse qu'il suivit de près, conservant les coupures de presse avec les , les articles, les persiflages, les parodies et les caricatures[Browne 2002, p. 103–104, 379.]. L'évolution par la sélection naturelle fut largement discutée, voire dénigrée, particulièrement dans les communautés religieuse et scientifique. Bien que Darwin ait été soutenu par certains scientifiques (par exemple, Thomas Henry Huxley, Ernest Renan ou encore Ernst Haeckel qui le popularisera très tôt en Allemagne), d'autres hésitaient à accepter sa théorie à cause de la capacité inexpliquée des individus à transmettre leurs capacités à leurs descendants. Ce dernier point était pourtant étudié au même moment par Gregor Mendel, mais il ne semble pas que les deux hommes aient communiqué ensemble. Même avec les lois de Mendel, le mécanisme sous-jacent resta un mystère jusqu'à ce que l'on découvrît l'existence des gènes.
Les critiques hostiles eurent tôt fait de tirer les conséquences qui n'étaient pas exprimées, comme le fait que les hommes descendraient des singes. Pourtant, dans L’Origine des espèces, Darwin ne parle pas des origines de l'homme. Le public confond les idées exprimées dans le livre de Darwin avec celles de Lamarck, qui cinquante ans auparavant avait avancé cette idée sans alors faire scandale. Parmi les réponses favorables, les recensions de Huxley adressaient des critiques à Richard Owen, chef de l'establishment scientifique qu'il voulait ébranler. Le verdict d'Owen resta inconnu jusqu'à ce que son compte-rendu d'avril eût condamné le livre[Desmond & Moore 1991, p. 477–491.].
L'establishment scientifique de l'Église d'Angleterre, qui comprenait les anciens maîtres de Darwin à Cambridge, Sedgwick et Henslow, réagit de façon hostile, malgré un accueil favorable dans la génération plus jeune des naturalistes professionnels. En 1860, la publication d'Essays and Reviews par sept théologiens anglicans libéraux détourna de Darwin l'attention des hommes d'Église. Ces derniers condamnèrent comme hérétique une telle manifestation de la critique libérale car on y trouvait entre autres cet argument que par les miracles Dieu enfreindrait ses propres lois, opinion athée, ainsi que l'éloge du « magistral volume de M. Darwin [soutenant] le grand principe que la nature a le pouvoir d'évoluer par elle-même »[Desmond & Moore 1991, p. 487–488, 500.].

… et dans le magazine satirique La Petite Lune
Le débat public le plus fameux eut lieu à Oxford lors d'une réunion de l'Association britannique pour l'Avancement des Sciences. Le professeur John William Draper avait prononcé un long plaidoyer en faveur de Darwin et du progrès social, c'est alors que l'évêque d'Oxford, Samuel Wilberforce, s'en prit à Darwin. Dans la discussion qui s'ensuivit Joseph Dalton Hooker prit énergiquement parti pour Darwin tandis que Thomas Huxley se constituait comme le « bouledogue de Darwin » - il fut le défenseur le plus farouche de la théorie de l'Évolution à l'époque victorienne. Les deux partis se séparèrent en criant victoire chacun, mais Huxley resta célèbre par sa réponse : comme Wilberforce lui avait demandé s'il descendait du singe par son grand-père ou par sa grand-mère, Huxley grommela : « C'est Dieu lui-même qui vient de le livrer entre mes mains » et il répliqua qu'il « préférerait descendre d'un singe plutôt que d'un homme instruit qui utilisait sa culture et son éloquence au service du préjugé et du mensonge »[Lucas 1979.][Desmond & Moore 1991, p. 493–499.].
Le débat déborde le cadre de la science, de l'Église anglicane et du protestantisme. Les autorités de l'Église catholique entrent dans la polémique. Dès 1860, en effet, Darwin est condamné par une réunion d'évêques qui se tient à Cologne. Le pape intervient ensuite à plusieurs reprises pour dénoncer la thèse selon laquelle l'homme descendrait du singe.
Tenu éloigné des discussions publiques par sa maladie, Darwin n'en lisait pas moins avec passion ce qu'on rapportait d'elles et recevait des soutiens par courrier. Asa Gray convainquit un éditeur aux États-Unis de payer des droits d'auteur, et Darwin fit venir et distribua la brochure de Gray qui montrait que la Sélection naturelle n'était nullement incompatible avec la Théologie naturelle[Desmond & Moore 1991, p. 492, 502.][Miles 2001.]. En Grande-Bretagne ses amis, y compris Hooker[Scott 2006.] et Lyell[Scott 2006.], prenaient part aux discussions scientifiques que Huxley menait avec rage pour briser la domination de l'Église et de l'amateurisme aristocratique, incarnée par Owen, en faveur d'une nouvelle génération de professionnels de la science. Owen commit l'erreur d'invoquer (à tort) certaines différences anatomiques entre le cerveau du singe et le cerveau humain, et accuser Huxley de soutenir que « l'homme descend du singe ». Huxley fut heureux de soutenir cette opinion et sa campagne, qui dura plus de deux ans, fut une vraie catastrophe pour Owen et la « vieille garde »[Desmond & Moore 1991, p. 503–505.], qui se trouvèrent éliminés. Les amis de Darwin formèrent le Club X et aidèrent à lui valoir l'honneur de la Médaille Copley que lui décerna la Royal Society en 1864[Bartholomew 1976.].
Vestiges avait déjà suscité dans le public le plus vaste intérêt, et l'Origine des espèces fut traduite dans un grand nombre de langues et connut de nombreuses réimpressions, devenant un texte scientifique de base accessible aussi bien à une classe moyenne curieuse de cette nouveauté qu'aux simples travailleurs qui se pressaient aux conférences de Huxley. La théorie de Darwin[Huxley 1863.] correspondait d'ailleurs aux différents mouvements de l'époque[Voir, for exemple, Willa volume 4, Charlotte Perkins Gilman et la féminisation de l'éducation ]
par Deborah M. De Simone: 'Gilman partage de nombreuses idées de base sur l'éducation avec la génération de penseur émergeant du 'choas intellectuel' provoqué par l’Origine des espèces de Darwin. De nombreux progressistes, convaincus que les individus peuvent diriger l'évolution humaine et sociale, ont commencés à considérer que l'éducation comme une sorte de panacée pour le progrès social et résoudre des problèmes tels que l'urbanisation, la pauvreté, ou l'immigration.' et elle devint un des fondements clés de la culture populaire[Voir, par exemple, la chanson 'A lady fair of lineage high' de Gilbert et Sullivan interprétée par Princess Ida, qui décrit la descendance de l'homme (mais pas des femmes !) des singes.].
Descent of Man, la sélection sexuelle et la botanique

Portait de Charles Darwin réalisé en 1868 par Julia Margaret Cameron
Malgré des rechutes continuelles pendant les vingt-deux dernières années de sa vie, Darwin continua son travail. Il avait publié un résumé de sa théorie, mais les aspects les plus controversés de son « grand livre » restaient incomplets, y compris la preuve explicite du fait que l'humanité descendait d'animaux antérieurs à elle, et la recherche de causes possibles qui étaient à la base du développement de la société et des capacités mentales de l'homme. Il devait encore expliquer des caractéristiques sans utilité évidente si ce n'est dans un but esthétique. Il continuait à faire des expériences, à chercher, à écrire.
Quand la fille de Darwin tomba malade, il suspendit ses expériences sur les semences et les animaux domestiques pour l'accompagner au bord de la mer ; là il s'intéressa aux orchidées sauvages et il en résulta une étude révolutionnaire sur la façon dont la beauté des fleurs sert à assurer la pollinisation par les insectes et à garantir une fertilisation avec croisement. Comme avec les balanes, les parties homologues remplissaient des fonctions différentes chez les différentes espèces. De retour chez lui, il retrouva son lit de malade dans une pièce que remplissaient ses expériences sur les plantes grimpantes. Il reçut la visite d'Ernst Haeckel (1834-1919), un de ses admirateurs qui avait propagé l'évangile du darwinisme en Allemagne[Projet de la correspondence de Darwin : introduction à la correspondence de Charles Darwin, volume 14. Cambridge University Press ]
. Consulté le 15 décembre 2006.. Wallace continuait à le soutenir, bien qu'il versât de plus en plus dans le spiritisme[Smith 1999.].
De la variation des animaux et des plantes sous l'action de la domestication[De la variation des animaux et des plantes sous l'action de la domestication : Texte en ligne ]
constituait la première partie du « grand livre » que Darwin projetait (développement du « résumé » qu'il avait publié sous le titre L'Origine des espèces) ; cette première partie s'enfla jusqu'à devenir deux gros volumes, le forçant à laisser de côté l'évolution humaine et la sélection sexuelle ; elle se vendit bien malgré sa taille[Desmond & Moore 1991, p. 550.]. Un livre supplémentaire de démonstrations, qui traitait dans le même style de la sélection naturelle, fut écrit en grande partie, mais resta inédit jusqu'à ce qu'il fût transcrit en 1975[1975 London, Cambridge University Press. In Stauffer, R. C. editor. Charles Darwin's Natural Selection; being the second part of his big species book written from 1836 to 1858. 8vo, 227 mm, xii + 692 pp, 1 folding chart. Transcript pp. 25-566, miscellaneous fragments pp. 567-575. Voir Freeman 1977, pp. 122–127 ]
..
La question de l'évolution humaine avait été soulevée par ses partisans (et ses détracteurs) peu de temps après la publication de L'Origine des espèces[Voir la liste de livres du sur l'évolution et création : les débats scientifiques et religieux à l'époque de Darwin ]
. Consulté le 15 décembre 2006., mais la contribution propre de Darwin sur ce sujet devait venir plus de dix ans plus tard avec l'ouvrage en deux volumes La Filiation de l'homme et la sélection liée au sexe publié en 1871. Dans le deuxième volume, Darwin expliquait en toutes lettres sa conception de la sélection sexuelle pour expliquer l'évolution de la culture humaine, les différences entre les sexes chez l'homme et la différenciation des races humaines, aussi bien que la beauté du plumage chez les oiseaux (qui ne semblait pas le résultat d'une adaptation)[Darwin 1871][Moore & Desmond 2004]. L'année suivante Darwin publia son dernier travail important, L'Expression des émotions chez l'homme et les animaux, consacré à l'évolution de la psychologie humaine et sa continuité avec le comportement des animaux. Il développa ses idées selon lesquelles chez l'homme l'esprit et les cultures ont été élaborés par la sélection naturelle et sexuelle[Darwin 1872], conception qui a connu une nouvelle jeunesse au cours des trois dernières décennies avec l'émergence de la psychologie évolutionniste[Ghiselin 1973.]. Comme il concluait dans La Filiation de l'Homme, Darwin estimait qu'en dépit de toutes les « qualités nobles » de l'humanité et des « pouvoirs qu'elle avait développés » : « L'homme porte toujours dans sa constitution physique le sceau ineffaçable de son humble origine »[Darwin 1871, p. 405 ]
.
Ses expériences et ses recherches concernant l'évolution trouvèrent leur conclusion dans des livres sur le mouvement des plantes grimpantes, les plantes insectivores, les effets des croisements des plantes et leur auto-fertilisation, les différentes formes de fleurs sur des plantes de la même espèce et La Capacité des plantes à se mouvoir. Dans son dernier livre, il revenait à l'influence des lombrics sur la formation des sols.
Il mourut à Downe, dans le Kent, le 19 avril 1882. Il pensait devoir être enterré au cimetière Sainte-Mary à Downe, mais sur les instances des collègues de Darwin, William Spottiswoode (1825-1883), président de la Société royale, intervint pour qu'il reçut des funérailles officielles et il fut enterré dans l'Abbaye de Westminster, près de l'astronome John Herschel (1792-1871) et du physicien Isaac Newton (1643-1727)[Browne 2002, pp. 495–497.].
Les enfants de Darwin
Les Darwin eurent dix enfants : deux moururent en bas âge et la disparition d'Annie, alors qu'elle n'avait que dix ans, fut une catastrophe pour ses parents. Charles était un père dévoué et exceptionnellement attentif envers ses enfants. Chaque fois qu'ils tombaient malades il craignait que ce fût dû à la consanguinité puisqu'il avait épousé sa cousine, Emma Wedgwood. Il se pencha sur cette question dans ses écrits, mettant en opposition les avantages des croisements chez beaucoup d'organismes[Desmond & Moore 1991, p. 447.]. Malgré ses craintes, la plupart des enfants qui survécurent firent des carrières remarquables, se distinguant même à l'intérieur de la famille Darwin-Wedgwood déjà fort brillante[Les enfants de Charles et Emma Darwin. AboutDarwin.com ]
. Consulté le 15 décembre 2006..
Parmi eux, George, Francis et Horace devinrent membres de la Royal Society, se signalant respectivement comme astronome[O'Connor, John J ; Edmund F. Robertson 'Charles Darwin' ]
. Archive de l'histoire des mathématiques MacTutor
., botaniste et ingénieur civil[Répertoire des membres de la Royal Society ]
. Consulté le 15 décembre 2006. Son fils Leonard, d'autre part, fut militaire, politicien, économiste et eugéniste ; il eut comme disciple Sir Ronald Aylmer Fisher (1890-1962)[Edwards, A. W. F. 2004. Darwin, Leonard (1850–1943). In: Oxford Dictionary of National Biography, Oxford University Press.], statisticien et biologiste de l'évolution.
Les conceptions religieuses
fut l'événement final qui écarta Darwin, déjà en proie au doute, de l'idée d'un Dieu bienfaisant.]]
Bien que sa famille fût en majorité et que son père, son grand-père et son frère fussent
libres-penseurs[Desmond & Moore 1991, p. 9, 12.], au début Darwin ne doutait pas de la vérité littérale de la
Bible[Darwin 1887, p. 15 ]
.. Il avait fréquenté une école de l'
Église d'Angleterre, puis étudié la théologie anglicane à Cambridge pour embrasser une carrière ecclésiastique
[Desmond & Moore 1991, p. 12–15, 80–81.]. Il avait été convaincu par l'argument
téléologique de
William Paley qu'on voyait dans la nature un dessein qui prouvait l'existence de Dieu
[Darwin 1887, p. 16 ]
. ; cependant au cours du voyage du
Beagle il se demanda, par exemple, pourquoi de superbes créatures avaient été faites au fond des océans, là où personne ne pourrait les voir, ou comment il était possible de concilier la conception de Paley d'un dessein bienveillant avec la
guêpe ichneumon qui paralyse des chenilles pour les donner à ses oeufs comme des aliments vivants
[Desmond 2004.][Lamoureux 2004, p. 5.][ Darwin 1887, p. 312 ]
.. Il restait tout à fait orthodoxe et citait volontiers la Bible comme une autorité dans le domaine de la morale, mais ne croyait plus à l'historicité de l'
Ancien Testament[Darwin 1958, p. 87 ]
..
Alors qu'il menait ses recherches sur la transformation des espèces il savait que ses amis naturalistes y voyaient une hérésie abominable qui mettait en péril les justifications miraculeuses sur lesquelles était fondé l'ordre social ; c'était la sorte d'argument radical qu'utilisaient alors les dissidents et les athées pour attaquer la position privilégiée de l'Église d'Angleterre en tant qu'Église établie[Desmond & Moore 1991, p. 217–219, 221.]. Bien que Darwin eût écrit que la religion était une stratégie tribale de survivance, il croyait toujours que Dieu était le législateur suprême[Moore 2006.]. Cette conviction fut peu à peu ébranlée et, avec la mort de sa fille Annie en 1851, il finit par perdre toute foi dans le christianisme[Desmond & Moore 1991, p. 387, 402.]. Il continua à aider son église locale pour le travail paroissial, mais le dimanche il allait se promener pendant que sa famille se rendait à l'église. Désormais il jugeait préférable de regarder la douleur et les souffrances comme le résultat de lois générales plutôt que d'une intervention directe de Dieu[Darwin 1887, p. 64 ]
.. Interrogé sur ses conceptions religieuses, il écrivit qu'il n'avait jamais été un athée dans ce sens qu'il aurait nié l'existence de Dieu et que, de façon générale, « c'est l'agnosticisme qui décrirait de la façon la plus exacte [son] état d'esprit »[Darwin 1887, p. 304 ]
..
Le Récit de Lady Hope, publié en 1915, soutenait que Darwin était revenu au christianisme au cours de sa dernière maladie. Une telle affirmation a été démentie par ses enfants et les historiens l'ont écartée comme fausse. Sa fille, Henrietta, qui était à son lit de mort, a dit qu'il n'était pas retourné au christianisme[Yates 2003.]. Ses derniers mots ont été, en fait, adressés à Emma : « Rappelez-vous la bonne épouse que vous avez été »[Browne 2002, p. 495.].
Les interprétations politiques
Les écrits et les théories de Darwin combinés avec les découvertes génétiques de
Gregor Mendel (1822-1884) (la
Théorie synthétique de l'évolution) sont considérés comme formant la base de toute la
biologie moderne
[Bowler 1989][Dobzhansky 1973]. Cependant, la renommée et la popularité de Darwin ont conduit à associer son nom à des idées et des mouvements qui n’ont seulement qu’une relation indirecte à son œuvre, et parfois sont directement à l’opposé de ses convictions.
Eugénisme
À la suite de la publication par Darwin de
L'Origine, son cousin
Francis Galton appliqua ses conceptions à la société humaine, commençant en
1865 à promouvoir l'idée de « l'amélioration héréditaire », qu'il élabora de façon détaillée en 1869
[Galton 1865 et Galton 1869]. Dans
La Filiation de l'homme Darwin convint que Galton avait démontré qu'il était probable que le « talent » et le « génie » chez l'homme étaient héréditaires, mais il écartait comme trop utopiques les changements sociaux que proposait Galton
[Darwin 1871, chapitre 5 ]
, On the Development of the Intellectual and Moral Faculties. .. Ni Galton ni Darwin ne soutenaient une intervention gouvernementale et ils pensaient que, tout au plus, l'
hérédité devrait être prise en considération par les individus dans la recherche de partenaires
[Galton 1869 p. 1 et Darwin 1871, chapitre 5 ]
.. En 1883, après la mort de Darwin, Galton commença à appeler eugénisme sa philosophie sociale
[Galton 1883 p 17, note 1.]. Au XX siècle, les mouvements
eugénistess devinrent populaires dans un certain nombre de pays et participèrent aux programmes de contrôle de la reproduction tels que les
lois de stérilisations contraintes[Reilly 1991.]. Par la suite celles-ci furent mal vues du fait de leur usage par la rhétorique de l'
Allemagne nazie dans ses objectifs de « pureté » raciale
[La politique eugéniste nazi a fait l'objet d'un grand nombre de publications. L'une des plus importantes est celle de Robert Proctor, Racial hygiene: Medicine under the Nazis (Cambridge, Harvard University Press, 1988) et de Dieter Kuntz, ed., Deadly medicine: creating the master race (Washington, D.C.: United States Holocaust Memorial Museum, 2004) (Exposition online ]
). Sur le développement du mouvement de l'hygiène raciale avec le National-socialisme, voir Paul Weindling, Health, race and German politics between national unification and Nazism, 1870–1945 (New York: Cambridge University Press, 1989)..
Darwinisme social
Les idées issues de
Thomas Malthus et de
Herbert Spencer ont appliqué les idées d'évolution et de «
survie du plus apte » aux sociétés, aux nations et aux entreprises et elles sont devenues populaires à la fin du XIX siècle et au début du XX siècle, au point d'être utilisées pour défendre différentes perspectives idéologiques, parfois contradictoires, y compris l'économie du
laissez-faire[Kotzin 2004], le
colonialisme, le
racisme et l'
impérialisme. Le terme « Darwinisme Social » date des années 1890, mais il est devenu courant en tant que terme polémique au cours des années 1940 quand Richard Hofstadter a critiqué le conservatisme du laissez-faire
[Paul 2003]. Ces concepts préexistaient à la publication par Darwin de
L'Origine en 1859
[Desmond & Moore 1991, p. 477.][Wilkins 1997.], puisque Malthus était mort en 1834
[Anonyme 1935] et que Spencer avait publié en 1851 ses livres sur l'économie et en 1855
[Sweet 2004] ses livres sur l'évolution. Darwin lui-même insistait pour que la politique sociale n'obéît pas simplement aux concepts de lutte et de sélection dans la nature
[Bannister 1989], et pensait que la sympathie devait s'étendre à toutes les races et toutes les nations
[Browne 1995, p. 244–246.][Voir Darwin 1887 p. 23 ]
:
Early in the voyage at Bahia, in Brazil, FitzRoy defended and praised slavery, which I abominated, and told me that he had just visited a great slave-owner, who had called up many of his slaves and asked them whether they were happy, and whether they wished to be free, and all answered 'No.' I then asked him, perhaps with a sneer, whether he thought that the answer of slaves in the presence of their master was worth anything? This made him excessively angry, and he said that as I doubted his word we could not live any longer together.
Voir aussi Darwin 1845 pp. 207–208
sur les Fuégiens :
It seems yet wonderful to me, when I think over all his many good qualities, that he should have been of the same race, and doubtless partaken of the same character, with the miserable, degraded savages whom we first met here.
.
Les commémorations
Durant la vie de Darwin, de nombreuses espèces ainsi que des toponymes lui ont été dédiés. Ainsi le prolongement occidental du
canal Beagle qui relie ce dernier à l’
Océan Pacifique, le
canal de Darwin, porte son nom. C’est le capitaine FitzRoy qui lui a dédié après un action de Darwin : parti avec deux ou trois marins, il a le réflexe de les conduire sur le rivage lorsqu’il voit un pan d’un glacier s’effondrer dans la mer et provoquer une forte vague, celle-ci aurait probablement balayer leur embarcation
[FitzRoy 1839 : 216-218 ]
. et .. Le
mont Darwin lui a été dédié lors de son 25 anniversaire
['Chronologie de la vie de Darwin' ]
. AboutDarwin.com. .. Lorsque le
Beagle était en Australie en 1839,
John Lort Stokes (1812-1885), ami de Darwin, a découvert un port naturel que le capitaine de vaisseau
John Clements Wickham (1798-1864) a baptisé
Port Darwin[http://www.ipe.nt.gov.au/whatwedo/landinformation/place/origins/palmdarwin.html" ]
class="external" rel="nofollow" target="_blank">Territory origins
, édité par Northern Territory Department of Planning and Infrastructure, Australie.[Port Darwin fut découvert par le lieutenant John Lort Stokes et nommé ainsi par le capitaine J.C. Wickham lors de son passage au port à bord de l'HMS Beagle en 1839. En 1869 le port fut rebaptisé Palmerston mais en 1911 il reprit le nom de Darwin. The Change of 'Palmerston' to 'Darwin' in 1911 ]
. .. La colonie de
Palmerston, fondée en 1869, fut rebaptisée
Darwin en 1911. Elle est devenue la capitale du
Territoire du Nord de l’Australie
[http://www.ipe.nt.gov.au/whatwedo/landinformation/place/origins/palmdarwin.html" ]
class="external" rel="nofollow" target="_blank">Territory origins
, édité par Northern Territory Department of Planning and Infrastructure, Australie.. Cette ville s’enorgueillit de posséder une
université Charles Darwin[Page d'accueil de l'université Charles Darwin ]
. et un
parc national