Charles Perrault est né dans une famille bourgeoise, de Pierre Perrault et Paquette Le Clerc. Dernier d’une famille de sept enfantsJean, l'aîné, avocat comme son père, meurt en 1669 ; Pierre (1611-1680), receveur général des finances, perd pour indélicatesse, son crédit auprès de Colbert en 1664 ; Claude (1613-1688), docteur en médecine, membre de l'Académie des sciences et du Conseil des bâtiments, publia des ouvrages d'histoire naturelle et d'architecture ; Nicolas (1624-1662), amateur de mathématiques et théologien, fut exclu de la Sorbonne pour jansénisme en 1656 ; Marie, l'unique fille, mourut à treize ans. Charles Perrault, Contes, par Catherine Magnien, Éditions Classiques de Poche, il perd à 6 mois son frère jumeau François. Son père, originaire de Tours, était parlementaire à Paris. Frère de l’architecte et scientifique Claude Perrault, il fait des études littéraires brillantes au collège de Beauvais à Paris dont il raconte, dans ses Mémoires, qu’y étant élève de philosophie, il quitta la classe à la suite d’une discussion avec son professeur, en compagnie d’un de ses camarades. Tous deux décidèrent de ne plus retourner au collège, et ils se mirent avec ardeur à la lecture des auteurs sacrés et profanes, des Pères de l’église, de la Bible, de l’histoire de France, faisant de tout des traductions et des extraits. C’est à la suite de ce singulier amalgame de libres études qu’il mit en vers burlesques le sixième livre de l'Énéide et écrivit les Murs de Troie ou l’Origine du burlesque.
Reçu avocat en 1651 après avoir obtenu sa licence de droit, il s’inscrit au barreau mais, s’ennuyant bientôt de « traîner une robe dans le Palais », il entre en qualité de commis chez son frère qui était receveur général des finances.
Bras droit de Colbert, il est chargé de la politique artistique et littéraire de Louis XIV en 1663 en tant que secrétaire de séance de la Petite Académie, puis en tant que contrôleur général de la Surintendance des bâtiments du roi. Dès lors, Perrault usa de la faveur du ministre au profit des lettresss, des science et des arts. Il ne fut pas étranger au projet d’après lequel des pensions furent distribuées aux écrivains et aux savants de France et d’Europe.
Académies
Perrault contribua également à la fondation de l’Académie des sciences et à la reconstitution de l’Académie de peinture. Il fit partie, dès l’origine, de la commission des devises et inscriptions qui devint l’Académie des inscriptions et belles-lettres. Entré à l’Académie française en 1671, il y donna l’idée des jetons de présence, de rendre publiques les séances de réception et de faire les élections « par scrutin et par billets, afin que chacun fut dans une pleine liberté de nommer qui il lui plairait. » C’est lui encore qui rédige la préface du Dictionnaire de l'Académie en 1694.À la mort de Colbert en 1683, il connaît la disgrâce et perd à la fois charges et pensions.
Le 1672, il avait épousé Marie Guichon, de plus de vingt ans sa cadette, dont il eut quatre enfants. Il devint veuf en 1678.
Œuvres
Perrault était un touche-à-tout littéraire qui s’essaya au genre galant avec Dialogue de l’amour et de l’amitié (1660) et Le Miroir ou la Métamorphose d’Orante. Toutes ses productions littéraires se bornaient à quelques poésies légères, comme le Portrait d’Iris, lorsqu’il lut à l’Académie, le 27 janvier 1687, un poème intitulé : le Siècle de Louis le Grand. Ce poème, où Perrault, parlant avec assez peu de respect d’Homère, de Ménandre et des plus révérés d’entre les auteurs classiques, plaça pour la première fois le au-dessus de tous les siècles précédents, tient une place importante dans l’histoire des lettres en ce qu’il inaugure la Querelle des Anciens et des Modernes. Perrault, qui sera le chef de file des partisans des Modernes, y explique l’égalité nécessaire entre les différents âges par une loi de la nature :
- ''À former les esprits comme à former les corps,
- ''La nature en tout temps fait les mêmes efforts ;
- ''Son être est immuable, et cette force aisée
- ''Dont elle produit tout ne s’est point épuisée :
- ''Jamais l’astre du jour qu’aujourd’hui nous voyons
- ''N’eut le front couronné de plus brillants rayons ;
- ''Jamais dans le printemps les roses empourprées
- ''D’un plus vif incarnat ne furent colorées.
- ''. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
- ''De cette même main les forces infinies
- ''Produisent en tout temps de semblables génies.
Boileau répondit par des épigrammes et dans les Réflexions sur Longin. Dans cette discussion, où les adversaires avaient à la fois raison et tort à différents point de vue, et où, suivant chacun leur voie, ils se répliquaient sans se répondre, Perrault remporta en général par l’urbanité. On l’injuriait, il ripostait d’un ton spirituellement dégagé :
- ''L’aimable dispute où nous nous amusons
- ''Passera, sans finir, jusqu’aux races futures ;
- ''Nous dirons toujours des raisons,
- ''Ils diront toujours des injures.
Perrault avait commencé en 1696 et termina en 1701ss un ouvrage intitulé les Hommes illustres qui ont paru en France pendant ce siècle (2 vol. in-fol.), recueil de cent deux biographie, courtes, précises et exactes, accompagnées de magnifiques portraits gravés.
Mais ce qui a fait l’immortelle popularité de Charles Perrault, ce n’est ni cette riche publication, ni ses discussions littéraires, c’est le petit volume intitulé Contes de ma mère l’Oye, ou Histoires du temps passé (1697, petit in-12, édition très rare et contrefaite la même année) qu’il publia sous le nom de son jeune fils, Perrault d’Armancourt.
Les Contes
Chronologie des éditions
En 1691, Perrault publie une « nouvelle » en vers: En 1693, il publie un premier « conte en vers » dans le Mercure galant: En 1694, il réunit dans une même édition les deux œuvres précédentes et y ajoute une troisième histoire: En 1696 paraît dans le Mercure galant un conte en prose La Belle au bois dormant. L’année suivante, sort de chez Claude Barbin un volume intitulé Histoires ou Contes du temps passé avec des moralités (1697). Ce volume contient les huit contes suivants:- La Belle au bois dormant
- Le Petit Chaperon rouge
- La Barbe bleue
- Le Maître chat ou le Chat botté
- Les Fées
- Cendrillon ou la petite pantoufle de verre
- Riquet à la houppe
- Le Petit Poucet
La paternité des Contes
Il fait paraître son recueil sous le nom de son troisième fils, Pierre Darmancour, ou d’Armancour, Armancour étant le nom du domaine que Charles vient d’acquérir et d’offrir à Pierre. Ce dernier, né en 1678Fanny Collin, Charles Perrault, le fantôme du , Draveil, Colline, 1999. , aspirait à devenir secrétaire de , nièce de Louis XIV, à qui est dédicacé l’ouvrage.De plus, Perrault voulait éviter une nouvelle polémique entre Anciens et Modernes (il était le chef de file de ces derniers) avec la publication de ses Contes. Il s’était réconcilié avec Boileau en 1694. Le nom de son fils lui a donc été d’une grande aide pour éviter la reprise de la querelle.
Le chef-d’œuvre de Perrault
En 1683, Perrault, ayant perdu à la fois son poste à l’Académie et sa femme, décide de se consacrer à l’éducation de ses enfants et écrit les Contes de ma mère l’Oye (1678).Le genre des contes de fées est à la mode dans les salons mondains : les membres de la haute société assistent aux veillées populaires et prennent note des histoires qui s’y racontent. Son recueil intitulé Contes de ma mère l’Oye, où les contes sont à la fois d’inspiration orale (la « Mère l’Oye » désigne la nourrice qui raconte des histoires aux enfants) et littéraire (Boccace avait déjà écrit une première version de la Belle au Bois dormant). Le travail que Perrault opère sur cette matière déjà existante, c’est qu’il les moralise et en fait des outils « à l'enseignement des jeunes enfants ». Ainsi, il rajoute des moralités à la fin de chaque conte, signalant quelles valeurs il illustre.
Marc Soriano dit de Perrault qu’il est « le plus méconnu des classiques » : tout le monde connaît ses contes, mais très peu connaissent sa version des contes : ainsi, chez Perrault, le petit chaperon rouge et sa grand-mère finissent mangées par le loup : la version postérieure où le chasseur les sort du ventre est de Grimm. De même, c’est dans Disney que le baiser du prince réveille la Belle au Bois Dormant : chez Perrault, elle se réveille toute seule. Et la postérité a préféré ne garder que ce que Perrault appelait le « conte tout sec », c’est-à-dire le conte de fée, en oubliant les moralités...
Références et notes
Autres œuvres
- Le Siècle de Louis le grand
- Parallèle des anciens et des modernes en ce qui regarde les arts et les sciences. Dialogues avec le poème du siècle de Louis-le-Grand et une épitre en vers sur le génie (1688)
- L’Énéïde burlesque (1648)
- Les Murs de Troyes, ou L’origine du burlesque (1649)
- Dialogue de l’amour et de l’amitié (1660). Texte en ligne : [1]
- Le Miroir, ou la Métamorphose d’Orante (1661)
- Le Labyrinthe de Versailles (1670). Prose de Charles Perrault, vers d’Isaac de Benserade.
- Saint Paulin, évesque de Nole, poème, avec une epistre chrestienne sur la pénitence, et une ode aux nouveaux-convertis (1686). Saint Paulin est pour Perrault l’occasion d’expliquer et de mettre en pratique une idée qu’il considère comme essentielle : la nécessité pour la France d’élaborer un art de type nouveau, un art chrétien qui sera nécessairement supérieur à l’art barbare de la civilisation païenne. Texte en ligne : [1]
- La Chasse. À monsieur de Rosières. Paris, Coignard, 1692, in-12. Épître en vers de 32 pages.
- Les Hommes illustres qui ont paru en France pendant ce siècle, avec leurs portraits au naturel (2 volumes, 1696-1700)
- Contes de ma mère l’Oye, ou Histoires ou contes du temps passé avec des moralités (1697). Texte en ligne : [1]
et [1]
- Mémoires de ma vie. Voyage à Bordeaux (1709)
- Mémoires sur sa vie, en quatre livres depuis sa naissance jusqu’en 1687 (Paris, 1826, in-8).
- Courses de têtes et de bagues, faites par le roi et par les princes et seigneurs de sa cour (Paris, 1670, in-fol.)
- Recueil de divers ouvrages en prose et en vers (Paris, 1675, in-4)
- Saint Paulin, évêque de Nole, poème (Paris, 1686, in-4)
- Poème de la peinture
Adaptations cinématographiques
Il existe de très nombreuses adaptations cinématographiques de ses contes, parmi lesquelles :- Le Petit Chaperon rouge, film français d’Alberto Cavalcanti en 1929
- Cendrillon, dont la version la plus connue est le dessin animé de 1950 par les studios Disney (voir)
- La Belle au bois dormant, entre autres par les studios Disney en 1959 (voir)
- Peau d’Âne, par Jacques Demy en 1970
- Le Petit Poucet, réalisé par Olivier Dahan et sorti en 2001.
Représentations actuelles de l’œuvre de Perrault
- les Scènes animées
des Contes, automates créés par Armand Langlois, sont exposées depuis 2005 au château de Breteuil.
Voir aussi
Liens externes
- Dossier Charles Perrault
. Encyclopédie de l’Agora.
- Dossier sur les Contes de Perrault
- Courte étude sur les Contes avec les textes
- Notice biographique de l’Académie française