Le conte populaire
Définition
Le conte fait partie de la grande famille de la littérature orale, dans laquelle on retrouve l'épopée, la saga, le mythe, la devinette, le cas, la légende, le proverbe, la comptine, le mémorat, la fable, etc. Le conte est un genre narratif, contrairement à la devinette, au proverbe ou à la comptine, et il est délibérément fictif, contrairement à la légende, la saga et le mémorat, qui se présentent comme véridiques. Contrairement au mythe, le conte oral, autrement appelé conte populaire, a pour principal cadre narratif le monde des hommes, même si celui-ci, notamment dans le cas des contes merveilleux, est souvent en contact avec l'autre monde des morts, des esprits, du petit peuple ou des dieux.
De manière plus contemporaine, le conte peut être rapproché en tant qu'art de la parole lié aux arts du spectacle, du spoken word, du chant, de la palabre et du boniment.
La transmission des contes
Le caractère oral de la transmission, qui se fait de bouche à oreille et traverse ainsi les siècles par l'intermédiaire de la mémoire des hommes, plutôt que par celle des livres, a pour conséquence qu'un conte diffère selon les époques et les pays. Une même histoire possède ainsi un nombre important de variantes. On arrive à distinguer l'unité d'une histoire, derrière la multiplicité de ses variantes, par l'intermédiaire de la notion ethnographique de conte-type, qui définit une trame narrative par rapport à son contenu et à sa structure.
Cette trame narrative est ensuite soumise aux aléas de l'histoire de sa transmission, qui passe par la mémoire et l'imagination des conteurs. Ces derniers peuvent privilégier certains épisodes, en transformer d'autres, rajouter des détails descriptifs en fonction du public, de l’heure et du lieu. Souvent, le répertoire est connu de l'auditoire, et ses réactions exercent une influence sur le cours du récit. La connaissance de l'intrigue ne nuit néanmoins pas à la fascination exercée par le récit. Le conte est avant tout la rencontre d'un conteur, d'un auditoire, d'une histoire, d'un lieu et d'un moment. On pourrait ainsi presque dire qu'il y a autant de versions d'un même conte-type que de séances de contes. En ceci, le conte peut être compris comme une sorte de performance, d'évènement unique qui ne saurait se renouveler deux fois de la même manière.
Hérité de la tradition orale, un conte ne se transmet pas de manière immuable, et est souvent sujet à de nombreuses modifications, permettant la naissance de nouveaux contes, mais provoquant également la disparition d'anciens récits qui tombent dans l'oubli. Un conte disparait quand les conteurs se sont trop éloignés de la trame narrative commune, et que celle-ci est oubliée. A l'inverse, si un conteur modifie tant une histoire qu'elle en devient méconnaissable, on peut alors dire qu'un nouveau conte est né. Sa vie est parfois de courte durée, l'intérêt pris pour le récit étant conditionné par les réactions de l'auditoire, et les 'mauvaises' histoires étant rapidement oubliées. Au fil des siècles, la mémoire des hommes opère ainsi une longue décantation du répertoire commun, ce qui explique que l'on retrouve souvent les mêmes récits, considérés comme les meilleurs par la communauté qui les véhicule.
De nos jours, le conte est moins issu d'une transmission orale que d'une tradition écrite. Il est donc plus souvent le fruit d'une création individuelle que d'une tradition collective.
Histoire des contes
Histoire des textes
L'histoire des contes oraux peut être entendue de plusieurs manières différentes : il peut s'agir de l'histoire des différentes versions des contes oraux à travers les siècles. Cette histoire est rendue possible par les traces écrites que laisse la tradition orale dans la sphère littéraire, notamment à travers les premières collectes de contes à partir de la Renaissance, la littérature de colportage (en France la Bibliothèque Bleue), mais également les traces de motifs de contes oraux dans la littérature savante (les Lais de Marie de France, Gargantua de François Rabelais, etc.). Cette histoire, qu'essaye de mener notamment Catherine Velay-Vallantin, n'en est qu'à ses balbutiements, et a en général pour objet de faire l'histoire d'un conte en particulier (Barbe-Bleue, Le Petit Chaperon rouge, etc.) à travers ses multiples occurrences écrites, ses évolutions sémantiques en fonction de l'histoire générale (famines, migrations de population, évolution du costume, des mœurs, etc.).
Histoire des collectes
Une autre manière d'aborder l'histoire des contes serait d'envisager celle de leur collecte, c'est à dire le fait de les fixer sur un support, quel qu'il soit, afin de les sauver de l'oubli ou de les étudier.
Certaines versions orales font très tôt l'objet d'une captation écrite. Soit que des auteurs aient choisi de les 'réécrire', soit que des folkloristes aient opéré des retranscriptions fidèles. La plus ancienne trace écrite de récit oral connue à ce jour est l'Épopée de Gilgamesh, rédigée dans la Babylonie des s av. J.-C. Pour la première fois, un récit transmis oralement se voit figé sous une forme écrite, signant ainsi l'acte de naissance de la littérature. Néanmoins, l'histoire de Gilgamesh est de même que L'Iliade et L'Odyssée d'Homère une épopée, et non un conte.
Bien que des traces de la tradition orale soient décelables dans beaucoup d'oeuvres médiévales (Les Lais de Marie de France, Gargantua de François Rabelais, le Decameron de Boccace, les Contes de Cantorbéry de Geoffrey Chaucer, etc.), les premières réécritures de contes oraux apparaissent dans l'Italie de la Renaissance, avec les Nuits Facétieuses (Piacevoli notti) de Giovanni Francesco Straparola (deux volumes, 1550 et 1555).
Ensuite, c'est au tour de certains écrivains français de la fin du 17e siècle de donner leurs lettres de noblesse aux contes, en offrant une réécriture toujours précieuse, souvent moralisatrice des contes populaires. Le recueil le plus connu de cet âge d'or du conte de fées français est celui de Charles Perrault, intitulé Histoires ou Contes du Temps Passé (autrement appelé Les Contes de ma mère l'Oie), et publié en 1697. On lui doit de célèbres versions écrites de Le Petit Chaperon rouge, de La Barbe Bleue, de Cendrillon, de La Belle au bois dormant, de Le Chat botté, de Riquet à la houppe, de Le Petit Poucet et de Peau d'Âne. Mais les recueils de Madame Marie-Jeanne l'Héritier de Villandon, Madame Gabrielle-Suzanne de Villeneuve, Madame Marie-Catherine d'Aulnoy et plus tard de Madame Jeanne Marie Leprince de Beaumont, populariseront d'autres contes comme Le Nain jaune, La chatte blanche ou La Belle et la Bête. Au début du 18e siècle se propage la mode littéraire du conte de fées, qui autorise Antoine Galland, entre 1704 et 1717, à traduire et publier pour la première fois en Occident les Mille et Une Nuits.
L'histoire de la collecte, et non plus seulement de la réécriture des contes, commence véritablement avec les frères Grimm, qui publient leurs Contes de l'enfance et du Foyer (Kinder- und Hausmärchen) au début du (7 éditions de 1812 à 1857). Bien que Wilhelm Grimm réécrive en grande partie les contes, son souci reste constant d'une absence de travestissement du conte populaire : on voit disparaître la préciosité et la moralisation qui habillaient les contes de fées français. Par ailleurs, le personnage de la fée, fréquemment rajouté dans les réécritures françaises, disparaît presque totalement des 211 contes qui comprennent la première version écrite de Blanche-Neige, ainsi que la version du Petit Chaperon rouge où le chasseur intervient à la fin du récit. Enfin, les Grimm conservent la structure du conte populaire, et n'y ajoutent rien sinon des compléments de description destinés à étoffer et à préciser les événements du récit. Bien que ceci soit encore sujet à de nombreux débats, les contes de Grimm s'apparentent ainsi davantage à une collecte imparfaite qu'à une réécriture libre du conte oral.
Leur collecte inspire en tout cas de nombreux folkloristes du dix-neuvième siècle, qui se mettent à rassembler les histoires de la tradition orale : c'est Émile Souvestre en France, Alexandre Affanassiev en Russie, Jon Arnason en Islande, Hylten et Cavallius en Suède, etc.
Cette première vague de collecte du , souvent entachée de nombreuses réécritures, laisse place au à des travaux plus aboutis scientifiquement. Ils sont la conséquence d'un souci anthropologique de rigueur et de fidélité dans la collecte des documents ethnographiques. En France, ceci aboutit entre autres aux travaux de Geneviève Massignon, Paul Delarue et Marie-Louise Ténèze.
Célèbres collecteurs francophones de contes
Alsace-Lorraine :
Erckmann-Chatrian
Auvergne : Henri Pourrat, Marie-Aimée Méraville
Berry : George Sand
Bretagne : François-Marie Luzel, Anatole Le Braz, Émile Souvestre, Paul et Paul-Yves Sébillot, abbé François Cadic, Jean-Marie Déguignet, Yves Le Diberder, Job Jaffré, Marcel Divanach, Pierre-Jakez Hélias, Jean-Marie Le Scraigne, Mikael Madeg
Gascogne : Jean-François Bladé, Antonin Perbosc, Léopold Dardy, Félix Arnaudin (Landes)
Pays basque : Julien Vinson, Jean-François Cerquand, Jean Barbier
Guadeloupe: Benzo
Nièvre : Achille Millien
Provence : Alphonse Daudet
Sologne : Claude Seignolle
Histoire de l’art du conte, renouveau du conte
Mais l'histoire du conte oral ne saurait se réduire à l'histoire des collectes ayant pour fonction la conservation du patrimoine oral. Quand on considère l'histoire du conte en tant qu'art oratoire, force est de constater que le conteur traditionnel disparaît au fur et à mesure que l'industrialisation s'impose à toutes les couches de la société, si bien qu'elle a quasiment disparu au 20e siècle dans les sociétés de l'ouest de l'Europe.
A sa place, on trouve à partir des années 1970 un renouveau du conte, qui s'approprie le résultat des recherches ethnographiques en matière de collecte des contes pour rénover l'art de raconter les histoires, souvent simplement en récitant telles quelles les versions écrites, mais parfois en apportant une touche personnelle, à la manière des conteurs traditionnels. Petit à petit cette pratique est devenue un art de la scène, aux côtés du théâtre, de la danse, du one man show, voire de l'art performance. Avec ce renouveau, le conte est redevenu un art du spectacle à part entière. De plus en plus de manifestations sont désormais dédiées au conte oral.
En France, pratiquement toutes ces manifestations sont subventionnées ou quelquefois organisées par des collectivités locales, (communes ou départements). Elles sont souvent gérées par des associations créées pour la circonstance et liées à des réseaux importants (bibliothèques, foyers ruraux, F0L, MJC, offices du tourisme etc.). Une grande majorité (75%) ont des financements du ministère de la Culture par le biais des DRAC et sont soutenues quelquefois par le ministère de la Jeunesse et des Sports. Les spectacles en direction de publics scolaires ou de jeunes publics sont fréquents.
En parallèle des festivals, des stages de formation, des rencontres de conteurs amateurs, des expositions et des débats autour de thèmes liés à la littérature orale sont souvent programmés, souvent dans les bibliothèques, mais aussi dans d'autres institutions culturelles.
Théories sur les contes populaires
Typologie Aarne Thompson
La typologie la plus connue est la Typolologie dite 'Aarne-Thomson'.
Les collectes des histoires s'étant accumulées au fur et à mesure du , les folkloristes ont éprouvés au début du le besoin de classifier tous ces récits, et d'opérer de manière empirique des recoupements entre différentes versions. L'objectif poursuivi était de mettre en valeur les éléments qui permettent de caractériser un même récit. Le finnois Annti Aarne, et son collègue américain Stith Thompson, aboutirent ainsi à la notion de conte-type, et à une classification des contes connue désormais sous le nom de classification Aarne-Thompson.
Cette classification typologique (et non générique), comprend quatre grandes catégories:
- le conte d'animaux
- le conte proprement dit (subdivisé en conte merveilleux, conte religieux, conte-nouvelle et conte de l'ogre stupide)
- le conte facétieux
- le conte à formule (ou [randonnée)
Structure
Dans
La Morphologie du conte (1928),
Vladimir Propp analyse un corpus de contes russes qu'il réduit à une série de 31 fonctions portées par des personnages réductibles à sept caractères principaux
[Site de la bibliothèque nationale, exposition sur les contes de fées ]
. Il considère ainsi le conte comme une structure narrative, dans laquelle les motifs sont interchangeables : on peut remplacer l'ogre par un dragon sans que le sens du récit soit modifié. Gianni Rodari proposera de réaliser un jeu de cartes basées sur les fonctions de Propp.
Claude Lévi-Strauss formulera des critiques à l'égard de la théorie de Propp (La structure et la forme, 1960) : il montrera par exemple que les contes se prêtent moins bien à l'analyse structurale que les mythes car ils sont de fonctionnement plus libre. Il affirmera aussi qu'en étudiant les contes en dehors de tout contexte ethnographique, l'analyse structurale conduit à des incohérences et à un excès d'abstraction.
Antoine Faivre considèrera à son tour que là où l'école finlandaise (Aarne et Thompson) péchait en ne voyant dans les contes que leur contenu, Vladimir Propp était critiquable par son ultra-formalisme, qui ne considère plus le contenu des contes, mais seulement leur structure[Antoine Faivre, Les Contes de Grimm, Mythe et Initiation. Paris: Lettres Modernes, 1979.].
Style
Max Lüthi aborde le conte populaire d'un point de vue stylistique et littéraire, ce qui lui permet de le distinguer notamment de la légende. Il met notamment en valeur la platitude (Flächenhaftigkeit, littéralement la 'désincarnation') et l'unidimensionnalité (Eindimensionalität) des personnages et des récits.
Les personnages n'ont pas d'histoire personnelle, ils se résument à leur action, et si leurs émotions sont évoquées, elles ne vont jamais jusqu'au cas de conscience. Un héros de conte populaire ne se pose que rarement des questions, et il n'hésite jamais. Le conte populaire ne connaît pas l'introspection. Ce en quoi ses personnages sont « plats », sans relief. L'unidimensionnalité du conte consiste en ce que l'univers dans lequel le récit prend place est continu. Il n'y a pas de rupture entre le monde normal et l'autre monde dans le conte, en conséquence de quoi le héros n'est jamais étonné ni même effrayé de rencontrer des créatures merveilleuses. L'autre monde n'est pas pour autant distinct du monde à partir duquel le récit prend place : il est éloigné spatialement du monde ordinaire, mais il n'en est pas éloigné ontologiquement. Le héros doit ainsi voyager très longuement avant d'arriver dans l'autre monde, ou bien passer un seuil, comme celui de la forêt, d'un château, d'un puits, etc.
Le conte écrit
L'histoire littéraire montre que nombre de contes oraux ont fait l'objet, depuis la Renaissance, de réécritures par des écrivains. Ces réécritures figent le conte oral, et le transforment en genre littéraire écrit, qui amène les écrivains à se détacher peu à peu des sujets, des structures et des thèmes du conte oral. Si les contes de Perrault, ou de Straparole avant lui, sont encore relativement proches du conte populaire, des contes comme La Reine des Neiges de Hans Christian Andersen ou bien Ligeia d'Edgar Allan Poe en sont au contraire fort éloignés.
Définition
Le conte de la littérature écrite ne se caractérise donc pas par son aspect merveilleux, mais par des caractéristiques littéraires qui lui sont propres. C'est tout d'abord un récit, de même que le roman, la biographie, etc., dans lequel les actions sont racontées, et non représentées comme au théâtre. Une adaptation théâtrale d'un conte n'est donc pas un conte. Ensuite, c'est un récit court, de même que la nouvelle, mais a contrario du roman ou de l'épopée. Contrairement à la nouvelle qui souvent s'autorise des pauses narratives, des longueurs de description, etc., le conte est un récit court mais relativement rapide, dans lequel l'action mène bon train, sans que cela interdise néanmoins descriptions et redites. Le conte supporte néanmoins mal l'analepse, et préfère, contrairement à la nouvelle, les structures narratives linéaires, sans retour en arrière. Ensuite, le conte littéraire, de même que le conte populaire, se présente délibérément comme fictif. C'est une histoire inventée, de même que la nouvelle, au contraire de l'anecdote ou de l'historiette. Ces dernières, même fausses, se présentent comme vraies. Le conte se présente de fait comme faux. Ce en quoi, enfin, il a un statut d'imagination et de fantaisie que connaît peu la nouvelle. La nouvelle se présente comme fictive, mais plausible, alors que le conte se présente comme fictif, mais invraisemblable.
De cette affirmation de fantaisie, on a souvent inféré que le conte littéraire s'arrêtait au conte merveilleux. Rien n'est moins sûr, vu que cette forme littéraire peut adopter des contenus très diversifiés, qui ne visent pas nécessairement à émerveiller le lecteur, mais à l'édifier, l'effrayer, etc.
Les sous-genres du conte écrit
- Le conte plaisant ou facétieux veut amuser le lecteur.
- Le conte satirique veut l'amuser, mais aux dépens de quelqu'un ou de quelque chose. Voltaire, avec Candide et Zadig, est l'exemple parfait du conte satirique qui vise à ridiculiser son adversaire.
- Le conte érotique.
- Le conte de fées ou conte merveilleux.
- Le conte de science-fiction.
- Le conte instructif.
- Le conte fantastique.
- Le conte philosophique.
- Le conte étiologique est un récit qui explique un phénomène de la vie ordinaire (pourquoi les girafes ont-elles des longues pattes? pourquoi les mûres sont-elles rouges? etc.) en le rapportant à une origine mythique ou fictive. C'est un type de récit très fréquent dans la tradition orale, mais beaucoup d'écrivains se sont saisi du genre (Ovide, Kipling...).
- Le conte noir. Certains conteurs-auteurs, notamment ceux qui appartiennent à la 'génération-TV', brouillent les pistes entre réel et fiction. Dans le conte noir et le conte d'horreur, ils utilisent la forme du conte tout en cultivant l'illusion du réalisme, et en s'inspirant des thématiques proches du cinéma de genre.
Histoire du conte écrit
Le conte classique
Le conte en tant que genre littéraire écrit naît en Occident avec le
Decameron de
Boccace. Plus tard, au XVIe siècle, Straparole et Basile s'inspireront en partie de la tradition orale quand ils composeront, l'un les Nuits Facétieuse, l'autre le Conte des Contes.
En France, la grande étape dans le renouveau littéraire du genre du conte se situe à la fin du XVIIe siècle, quand Perrault et ses consoeurs inventent ou réinventent les contes populaires. Ils le font de manière précieuse: le conte est alors un jeu de salon.
Les Mille et une Nuits
Le conte romantique
Ludwig Tieck, Jean Paul, Petrus Borel, Alphonse Karr, etc.
Edgar Allan Poe
Le conte réaliste
George Sand, Alphonse Daudet, etc.
Le conte symboliste
Jean Lorrain
Les contes pour enfants
Lewis Carroll, James Matthew Barrie, Roald Dahl, etc.
Les contes et la psychanalyse
Les enfants sont friands d'histoires racontées à l'oral, ou de leurs retranscriptions écrites. La psychanalyse s'est intéressée de très près aux messages que ces histoires peuvent véhiculer, dans leur forme fixée comme au niveau des trames récurrentes à l'oral.
Toutefois, il faut souligner l'aspect réducteur de toute 'étude savante' du conte… Ce qui caractérise le conte, en particulier le conte merveilleux, c'est le mystère qui en est le cœur battant, mystère que l'on peut espérer 'approcher' en le disant, mais qu'aucune analyse, fut-elle psychanalytique, ne peut prétendre 'capturer'.
Sigmund Freud
Le travail de l’interprétation psychanalytique a débuté avec l’apport de son créateur Sigmund Freud.
Il développe plusieurs axes autour de :
- une théorie de culture arguant que les contes populaires sont le résultat de compromis entre les différentes instances de la vie psychique.
- une théorie du développement de la personnalité humaine évoquant une évolution depuis la sexualité polymorphe de la toute-petite enfance jusqu’à la génitalité adulte en passant par de nombreuses épreuves à résoudre comme le complexe d'Œdipe.
- une théorie des processus inconscients où le fantasme, l’accomplissement d’un désir jouant un rôle dans l’élaboration de récits fictifs, notamment dans les contes populaires : fantasme de retour au sein maternel avec l’enfant caché par la femme de l’Ogre, fantasme de la scène primitive avec la chambre interdite de Barbe-Bleue, fantasme de séduction avec Peau d’Ane.
Jung et les jungiens
Aux théories freudiennes, les Jungiens ajoutent que les personnages et les événements représentent des phénomènes psychiques archétypaux qui nécessitent une maturation obtenue par l’inconscient personnel et collectif à la personnalité individuelle. Pour Marie-Louise von Franz, continuatrice de l’œuvre de Jung, les contes s’attachent au processus d’individuation. Ces processus s’attardent au stade qui concerne l’intégration de l’ombre (l’aspect primitif et instinctif).D’autres à l’expression de l’animus et de l’anima (principe féminin et masculin que l’on rencontre chez tout homme et toute femme). D’autres s’attardent sur l’image du père et de la mère ou encore sur la quête du trésor inaccessible.
Le travail fourni par Clarissa Pinkola Estés à partir di patrimoine de contes populaires, de fables et de mythes, et partant de l'interprétation psychanalytique de l'école de Carl Gustav Jung apporte une contribution originale à l'argument ainsi qu'une clé de lecture de celui-ci sans doute plus accessible et plus contemporaine.
Bruno Bettelheim et la fonction psychanalytique du conte
Bruno Bettelheim dans son ouvrage Psychanalyse des contes de fées démontre que le conte merveilleux a une place importante dans l’apprentissage de la maturité en s’adressant simultanément à tous les niveaux de la personnalité. Il nous dit que les contes rassurent les enfants en leur montrant que leurs fantasmes ne sont ni uniques ni monstrueux. Nombreux sont les chercheurs qui produisent à partir des objets de l’oralité. Des centres de recherche existent dans de nombreuses universités, ils sont l’occasion de travaux d’analyse et de compréhension de ces objets. Des études apparaissent aussi aujourd’hui sur l’utilisation des contes, leurs fonctions thérapeutiques, éducatives initiatiques ou pédagogiques. Les universités de littérature, de communication, de sciences sociales (sociologie, anthropologie etc.), prennent de plus en plus en compte la place du conte, des récits et des mythologies dans leurs travaux.
Bibliographie
Art de conter : techniques et pédagogie due l'art de conter
- Conter, un art ?, Michel Hindenoch, Editions La Loupiote
- Le conteur et l’imaginaire, Pépito Matéo, Edisud
- Former des enfants conteurs, Agnès Chavanon, Hachette éducation, coll. Pédagogie pratique à l’école
Renouveau du conte
- Geneviève Calame-Griaule (dir.). Le Renouveau du conte : actes du colloque international au Musée national des arts et traditions populaires du 21 au 24 février 1989. Paris : CNRS Editions, 1999. 449 p.
- Maria Patrini. Les Conteurs se racontent. Genève Suisse : Slatkine, 2002. .
- Magdalena Gorska. Richard Edwards (dir.). Conteur en France : aujourd’hui une profession ? Thèse professionnelle. Varsovie, 1996.
- Bruno de La Salle, Michel Hindenoch, Emmanuelle Gougis et Sophie Thirouard. Raconter aujourd’hui ? : enquête réalisée par le Centre de Littérature Orale entre novembre 1984 et mars 1985. Vendôme (Loir-et-Cher) : CLiO, 1985.
- Élise Lebert et Jacques Bonniel (dir.). Les Conteurs : émergence d’une profession. DESS développement culturel et direction de projets Université Lyon-2, 2000.
- Henri Touati. L'Art du récit en France : problématique, état des lieux 2000. Étude réalisée à la demande du ministère de la Culture, sous la responsabilité de l’AGECIF.
- Bruno de La Salle, Pascal Fauliot, Michel Hindenoch et Emmanuelle Gougis. Pratique et enjeu de l'oralité contemporaine. Vendôme (Loir-et-Cher) : CLiO, 1984.
- Vaber Douhoure et Bernadette Bost (dir.). Le Renouveau du conte : l'exemple du conte spectaculaire. Grenoble : Université Stendhal Grenoble 3, 2004.
- Pourquoi faut-il raconter des histoires ? Tomes 1 et 2, Editions Autrement, Paris, propos recueillis par Bruno de La Salle, Michel Jolivet, Henri Touati et Francis Cransac (recueil d'interventions de personnalités de l'oralité et du récit pendant les rencontres au Théâtre du Rond-Point en 2004 pour le tome 1, en 2005 pour le tome 2)
Théorie sur la tradition orale
- N. Belmont, Poétique du conte (essai sur le conte de tradition orale), Gallimard
Interprétations et analyses des contes
- René-Lucien Rousseau, L'envers des contes. Valeur initiatique et pensée secrète des contes de fées, St-Jean-de-Braye, Editions Dangles, 1991, 239p.
- Vladimir Propp, Morphologie du Conte, Points-Seuil, Paris
- Bruno Bettelheim, Psychanalyse des Contes de Fées, Gallimard, Paris
- Marie-Louise von Franz (collaboratrice de Carl Gustav Jung), L'interprétation des contes de fées, La fontaine de Pierre, Paris
- Pierre Péju, La petite fille dans la forêt des contes. Pour une poétique du conte : en réponse aux interprétations psychanalytiques et formalistes. ISBN 2221106342
- Carole Aurouet (Dir.), 'Les contes et les légendes à l'écran', CinémAction, 2005, 280 p.
Voir aussi
Articles connexes
Pratiques orales
Ouvrages
Autres
Liens externes
- Les infrastructures et réseaux de promotion du conte, en tant qu'art oratoire
- L'art du conte
- Le conte merveilleux (littérature écrite)
Notes et références