La diglossie en France
La France a connu et connaît encore de telles situations diglossiques, marquées par l'opposition entre une langue régionale, plus ou moins vivace, et le français comme ce fut le cas il n'y a pas si longtemps entre le français et le Latin vivant qui se disputaient chacune la prééminence.
On la rencontre ainsi en Alsace, au Pays basque, en Bretagne, dans les aires catalane et occitane, en Corse.
En Martinique, en Guadeloupe et en Guyane cette situation existe aussi.
Dans les Universités de chacune de ces régions, la sociolinguistique a pris pour objet d'analyse le conflit diglossique et ses conséquences. L'apport de ces travaux est capital pour la compréhension d'un phénomène jusqu'à récemment assez peu étudié.
La situation en Haïti
Un exemple d'une situation diglossique est celle du Créole haïtien dans sa cohabitation avec le français.Toute la population d'Haïti parle le créole, mais la classe sociale dominante possède souvent une connaissance appropriée de langue française, tandis que la population générale ne parle souvent que le créole. Il ne faut pas confondre le français et le créole haïtien comme étant deux variétés d'une langue, mais bien en tant que deux langues bien distinctes-le créole ayant suivi un processus de relexification avec langue superstrate le français et langue substrate le fongbe (voir Lefebvre, 1998*). Donc, il ne peut pas s'agir de diglossie entre variétés, mais bien d'une diglossie entre deux langues, dont une n'est parlée que par une partie de la population qui jouit du prestige de la pratique d'une des des langues présentes sur le territoire haïtien, dans ce cas le français.
- Lefebvre, Claire. 1998, Creole Genesis and the Acquisition of Grammar: The Case of Haitian Creole. Cambridge University Press.
Les dialectes allemands de Suisse, sont largement parlés, quoiqu'on écrive presqu'uniquement en
allemand standard.
Cas de l'Arabe
La situation est comparable dans les pays du Nord Africain au sujet du rapport entre l'arabe classique et le bérbère mis en marge.
Outre ce fait, il est à noter que la juxtaposition de deux varientes d'une même langue (l'arabe) en Afrique du Nord, caractérise parfaitement la diglossie telle qu'elle est définie par Ferguson. La présence de l'arabe dialectal, langue d'usage quotidien, dans le milieu familial aussi bien que dans le milieu public, et l'arabe classique dont l'usage est limité aux médias étatiques et à l'école (car il est la langue d'enseignement), illustre cette situation diglossique.
Ainsi le dialectal qui est même utilisé par la majorité de la population et cela dans divers domaines de leur vie journalière n'a aucun statut officiel. C'est une langue pratiquée par tout le monde et pourtant non reconnue par qui que ce soit. L'arabe classique (littéral, standard) en revanche, bien qu'il soit une langue régide dont les domaines d'usage sont très limités (enseignements primaire et secondaire, les médias) a le statut de langue officielle. Réservé aux situations formelles, il se trouve du coup très privilégié par rapport aux autres langues en présence en Afrique du Nord (l'arabe dialectal et le berbère). A noter également que le prestige dont jouit l'arabe classique tient du fait qu'il est la langue du coran, c'est-à-dire celle de la révélation.
Aujourd'hui des voix s'élèvent dans les pays du Maghreb (à l'exemple de l'écrivain Kateb Yacine en Algérie) pour revandiquer un statut officiel pour l'arabe dialectal, puisqu'il est la langue vivante par le fait de sa pratique par l'ensemble des habitants de cet espace géographique.
Cela sans omettre de mentionner la lutte acharnée menée pour la revalorisation de tamazight (le berbère), la langue ancestrale parlée par les premiers autochtones du Nord africain. Cependant elle est partiellement reconnue par les pouvoirs en place (au Maroc et en Algérie), car en plus de son introduction dans les médias, elle est également enseignée à l'école.
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