Exégèse scientifique
Le mot exégèse est lié, dans son origine, à l'invention de la critique textuelle au 15 siècle par
Lorenzo Valla[Cf. Pierre Chaunu, le Temps des Réformes] quand par un travail sur les divers niveaux de langue latine, il découvre que la
Donation de Constantin est un faux. Un travail de critique textuelle similaire est entrepris après 1492 sur les textes bibliques en grec suite à l'arrivée des réfugiés érudits victimes de la prise de
Constantinople. Les érudits comme
Erasme et Jacques Lefebvre d'Etaples puis
Théodore de Bèze entreprennent de comparer les textes '
de toujours' avec les textes récemment arrivés. Ces travaux mèneront au '
texte reçu'.
Ce type de travail passe immédiatement dans l'édition profane. Michel de Montaigne fait ce travail pour la publication des poésies et de l'essai de son ami La Boétie le 'discours sur la servitude volontaire'. Ultérieurement, les essais de Montaigne seront édités par sa 'fille d'élection' Marie de Gournay qui en réalisera une édition critique.
D'une façon générale, les oeuvres complexes ou composées de fragments n'existeraient pas sans le travail des exégètes.
- oeuvre complexe
- oeuvre fragmentaire
Depuis l'invention de l'imprimerie, l'établissement d'un texte à partir d'un manuscrit en vue de le préparer pour l'impression nécessite diverses étapes grossièrement regroupées sous les étiquettes de :
- la critique interne : s'intéresse au texte lui-même, la grammaire, le vocabulaire et la datation de la langue utilisée, le support du document (manuscrit, peau comme le velin, etc..., papyrus, composition physico-chimique et origine du papier, etc...)
- la critique externe : les contemporains parlent-ils de l'oeuvre, du texte, du manuscrit, etc...
Exégèse historico-critique
Qu'il s'agisse de textes profanes ou de textes sacrés, le travail est le même depuis le milieu du 19 siècle. Elle se pratique en 10 étapes :
- la critique du texte,
- la traduction du texte (s'il y a lieu,)
- l'analyse du texte afin de déterminer
- l'histoire de sa rédaction,
- la critique littéraire,
- la critique de forme,
- la critique traditionnelle, (le Talmud, le Midrash sont des collection de documents d'exégèse traditionnelle)
- les motivations de l'écrivain,
- l'histoire des courants littéraires (y compris religieux, s'il y a lieu)
- l'interprétation
Bible
Coran
L
'exégèse traditionnelle du
Coran est couramment faite à partir du Coran lui-même et des
hadiths du prophète
Mahomet. L'exégèse du Coran est souvent vue comme la lecture officielle, exotérique, du Coran et tranche, en ce sens, avec les exégèses ésotériques que l'on peut voir dans d'autres religions.
La plupart des écoles coraniques proposent un travail basé sur une ou plusieurs exégèses du Coran, faites par des imams reconnus ou des juristes islamiques. La plupart des différentes sensibilités musulmanes (cf. islam) ont des exégèses pouvant varier sensiblement (par exemple à propos de la filiation explicite au prophète). Les lectures ésotériques du Coran ne sont pas appelées exégèses (cf. soufisme, par exemple).
En ce qui concerne l'exégèse scientifique du Coran, elle n'est pratiquée et publiée qu'en pays européens (Allemagne, France)
Exégèse canonique
L'éxégèse canonique tient compte des résultats de la recherche historico-critique, autrement dit de l'étude scientifique de la Bible. Mais elle ne s'en tient pas à l'étude des sources, ou des documents contenus dans le texte sacré. Elle considère le texte biblique volontairement dans son état final, ou canonique (d'où le nom de cette forme d'exégèse). Car d'après la foi catholique, ou même simplement chrétienne, le texte final ou canonique est le seul réellement inspiré et par conséquent pour le croyant source d'autorité et d'enseignement divins.
S'applique essentiellement aux textes doctrinaux, mais aussi historiques, quoique après interprétation. Elle a pour caractéristique de s'appuyer sur un corpus défini par une autorité, celui-ci étant considéré comme un tout dont les parties sont susceptibles de s'expliquer les unes par les autres.
L'exégèse canonique s'appuie également sur l'enseignement des Pères de l'Église, car elle considère que, plus proches des événements relatés, ils avaient un charisme certain d'interprétation. La doctrine catholique affirme même que l'enseignement des Pères de l'Église, quand il est unanime, possède un caractère normatif, autrement dit qu'il est infaillible (profession de foi du concile de Trente, DZ 43).
L'exégèse canonique, ou ecclésiale, attache une grande importance aux 'canons' de la foi, autrement dit aux dogmes promulgués par le magistère, conciles et papes; car ces dogmes contiennent une norme essentielle d'interprétation. Elle tient compte également du magistère ordinaire, c'est-à-dire de l'enseignement quotidien du pape et des évêques.
Un groupe ou une personne donne sont interprétation et par là, l'exégèse canonique se rapproche de l'eisegèse, qui signifie lire pour sa propre interprétation un texte donné.
En général, l'exégèse suppose une tentative de regarder le texte de façon objective, alors que l'eiségèse consiste en une lecture plus subjective.
Comparaison entre l'exégèse historico-critique et l'exégèse canonique
L'exégèse historico-critique s'attache à l'étude historique et stylistique des différents auteurs secondaires des textes bibliques, considérés dans leurs milieux, dans leurs époques et même dans leur psychologie particulière.
L'exégèse canonique, quant à elle, privilégie l'enseignement de l'auteur principal et transcendant de la Bible, qui n'est autre que Dieu lui-même. Car la Bible, ne l'oublions pas, est avant tout Parole de Dieu.
On le constate ; il n'y a pas opposition, mais complémentarité entre ces deux formes d'exégèse.
notes et références
Bibliographie