Ethnologie
En
ethnologie, on désigne du nom de
fétichisme l'adoration d'un objet (
statuette, etc.) dans le cadre d'une pratique
religieuse ou
mystique.
Le fétichisme consiste dans l'adoration des objets naturels, tels que les éléments, surtout le feu, les fleuves, les animaux, les arbres, les pierres mêmes ; ou d'êtres invisibles, génies bienfaisants ou malfaisants, créés par la
superstition et la crainte, tels que les
grisgris de l'Afrique centrales, les burkhan de la
Sibérie, etc.
L'étymologie du terme « fétiche » via le terme portugais « feitiço » et les évolutions de son sens montre que l'idée de quelque chose de « fabriqué » a induit celle d'« artificiel », de « trafiqué » voire de « faux » ou lié à des manigances magiques comme le « sortilège »
.
Le terme fétichisme est un néologisme introduit par Charles de Brosses en ethnologie entre 1756[Charles de Brosses, Histoire des navigations aux terres australes] et 1760[Charles de Brosses, Du culte des dieux fétiches].
Il le définit alors comme .
La notion de fétichisme implique un observateur comparant des croyances ou un culte à d'autres, sans nécessairement adhérer lui-même à l'un ou l'autre. Charles de Brosses utilise une démarche comparative et utilise le présent des nations modernes pour tenter d'éclairer le passé des anciens peuples.
Il s'attache à confronter une religion d'objet (le fétichisme) aux religion de Révélation voire à toutes autres formes de religion primitives. Il voit le fétichisme comme un limité à la vénération d'un objet. Il le différencie nettement de l'idolâtrie où l'objet a fonction de représentation et récuse toute faculté symbolisante à l'objet dans le cadre du fétichisme.
À l'inverse, David Hume considère le fétichisme comme partie prenante du polythéisme et le considère plus ou moins comme un synonyme d'idolâtrie.
C'est de ces deux visions du fétichisme et de sa place dans le processus de construction de la religion que la problématique ethnologique rejoint la problématique philosophique.
En parlant du rapport entre les religions et le fétichisme, Alfred Binet écrit : C'est ainsi que Binet analyse les crises d'iconoclasmes des religions monothéistes, telles les destructions par certains chrétiens des iconostases de la religion chrétienne orthodoxe, qui n'a jamais renoncé aux icônes (voir Théologie de l'icône). On peut aussi se rappeler l'épisode de la destruction des Bouddhas géants de pierres de Bamyan par les Talibans d'Afghanistan.
Psychanalyse et sexologie
C'est au tournant des XIX et XX siècles que le terme subit une évolution sémantique où le fétichiste devient l'adepte non plus d'une religion mais d'une perversion.
Cette notion du fétichisme apparaît d'abord en sexologie où il désigne une forme de « perversion ». C'est cette notion que Freud reprend entre 1900 et 1930 pour en définir son concept psychanalytique de « rituel » inconscient symptomatique.
Fétichisme de la marchandise
Le
fétichisme de la marchandise (en anglais,
« commodity fetishism ») est le phénomène par lequel, dans la production capitaliste, la
marchandise sert de support aux rapports de production entre les humains, donnant ainsi l'apparence que les rapports sociaux de production sont des rapports entre les choses. Cette théorie fut introduite par
Karl Marx.
Notes et références
Voir aussi
Articles connexes
Liens externes
- Charles de Brosses, Du culte des Dieux Fétiches
, ou Parallèle de l'ancienne Religion de l'Égypte avec la Religion actuelle de Nigritie, 1760 (Introduction, pp. 5-17).
- Eugène Lefébure, Les Origines du fétichisme
, Œuvres diverses, Tome III, Éd. Ernest Leroux, Paris, 1915, pp. 127-141.
Bibliographie