Une enfance sicilienne
Il était le fils de l'empereur
Henri VI et de
Constance de Hauteville, elle-même fille de
Roger II de Hauteville, premier roi normand de
Sicile.
Sa naissance eut lieu en public, sous une tente dressée sur la place principale de Iesi. L'accouchement menaçait de tourner au drame lorsque l'on fit appel à deux médecins arabes qui sauvèrent la mère et l'enfant.
Henri VI mourut en
1197 et l'impératrice mourut en
1198 alors que Frédéric II n'était encore qu'un enfant. Il était seulement roi de
Sicile mais son royaume était sous la tutelle du pape
Innocent III jusqu'à sa majorité.
Othon IV fut couronné empereur romain germanique par Innocent III en 1209 mais quand Othon IV perdit la faveur du souverain pontife, ce dernier soutint à la Diète d'Empire de Nuremberg de 1211 l'élection de Frédéric comme roi de Germanie et excommunia Othon IV. Mais ce titre de roi d'Allemagne, qui était un préalable à la couronne impériale, ne signifiait rien tant qu'Othon IV demeurait empereur, jusqu'à sa défaite à la bataille de Bouvines en 1214.
L'Empire
Les princes allemands, soutenus par Innocent III, élurent Frédéric roi d'Allemagne à nouveau en
1215 et le pape vint même lui porter la couronne à
Aix-la-Chapelle alors qu'il parvenait à sa majorité. Mais il fallut quelque temps encore avant que le pape acceptât de lui accorder l'Empire, à la seule condition que le
royaume de Sicile et l'Empire germanique ne fussent pas unis.
Le pape Honorius III couronna finalement Frédéric II empereur à Rome en 1220. Cela devait être la fin de l'entente entre l'Empire et la Papauté puisque Frédéric II n'avait pas l'intention de séparer ses deux héritages, la Sicile maternelle et l'Allemagne paternelle.
La croisade

Muhammad al-Kamil
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Frédéric fut excommunié par
Grégoire IX en
1227 pour ne pas avoir honoré sa promesse de lancer la
sixième croisade. Il partit l'année suivante alors que son excommunication n'était pas levée. Sa brève croisade se termina en négociations et par un simulacre de bataille avec le sultan Malik
al-Kamel « le Parfait », avec qui des liens d'amitié s'étaient tissés, et par un accord, le traité de Jaffa. Il ne récupéra pas la ville de
Jérusalem mais obtint un droit d'accès aux lieux saints et fut couronné
roi de Jérusalem le
18 mars 1229.
La lutte avec la papauté
En
1231, il promulgua les fameuses
Constitutions de Melfi ou
Liber Augustalis[Du latin Liber Constitutionum Regni Siciliae ou encore Costitutiones Melphitanae.], un recueil des lois de son royaume qui devait unifier les lois complexes de l'Empire, soumis aux droits régaliens multiples que possédaient les princes et autres roitelets du Saint Empire. Ce recueil n'avait pour autre but, sous couvert d'une uniformisation des systèmes politico-judiciaires, que d'empêcher la mainmise des petits seigneurs sur les villes et leurs corps de métiers. Ce recueil lui permet de repousser hors des limites des cités tout en autorisant les contacts entre les ligues d'artisans et les mauvais bougres, afin de renforcer leur développement pour mieux s'opposer aux desiderata féodaux des roitelets locaux.

Hermann von Salza, grand maître des Chevaliers teutoniques
Le conflit entre Frédéric et le pape Grégoire IX puis Innocent IV reprit. Les cités italiennes de
Lombardie qui prirent parti pour Frédéric constituaient le groupe dit des
gibelins et les cités plus nombreuses qui s'opposèrent au pouvoir impérial et s'allièrent au pape était les
guelfes (parfois l'opposition entre les factions des guelfes et gibelins traversait la même ville selon les alliances politiques).
Dès les années 1237-1238 il suit de près les affaires en Provence en nommant un vice-roi à Arles, puis en 1240 en demandant au comte Raymond VII de Toulouse d'intervenir militairement contre le comte Raimond Bérenger IV de Provence et Jean Baussan, l'archevêque d'Arles.
En 1244, Innocent IV fuit Rome et annonce la déposition de l'empereur au Ier concile de Lyons, accordant même à ceux qui partiraient en guerre contre lui le statut de croisés. Les évêques électeur proclamèrent alors en 1246 empereur Henri le Raspon. Frédéric II mourut en 1250 avant d'avoir vu la conclusion de la guerre civile qui déchirait l'Allemagne et la Sicile.
La fauconnerie
Il écrivit un manuel de
fauconnerie,
De arte venandi cum avibus (
De l'art de chasser au moyen des oiseaux) dont la préface contient un éloge de l'expérience contre les théories de l'école. L'ouvrage déborde largement la simple fauconnerie et contient aussi une partie sur l'anatomie des oiseaux. Ainsi les différentes positions des ailes durant le vol sont remarquablement décrites. Les illustrations situées dans les marges sont d'une grande qualité pour l'époque. Ce livre, du fait des opinions de Frédéric II, est mis à l'index par l'Église et ne reparaît qu'à la fin du . Les ornithologues n'en découvriront l'intérêt qu'au .
Une large ouverture d'esprit
L'empereur a fait preuve tout au long de son règne d'une large ouverture d'esprit et d'un avant-gardisme indiscutable.
On notera tout d'abord son attitude au cours des croisades où il sut s'intéresser à la culture arabe et reconnaître sa grandeur et son raffinement. Il tenta notamment de concilier les deux partis (croisés et jihad) afin d'instaurer une paix durable et une cohabitation pacifique. Au prix de nombreux efforts, il faillit atteindre cet objectif mais une crise interne à l'empire le rappela en Europe, ne lui laissant pas le temps d'achever son travail et il dut se contenter d'une trêve.
Ensuite, en 1241, Frederic II promulgua un édit autorisant la dissection de cadavres humains, s'opposant ainsi à l'Église qui s'empressera d'annuler l'édit à sa mort. Auparavant, dès le XIe siècle, à la célèbre école de Salerne par exemple, l'anatomie était enseignée d'après celle du porc, ou d'après les schémas établis par Galien au IIe siècle... En effet, depuis le IIIe siècle av. J.-C, époque où les médecins et anatomistes grecs Erasistrate et Hérophile avaient connu leur heure de gloire, aucun professeur de médecine n'avait disséqué de cadavre humain, car la religion interdisait la mutilation des corps. La levée de cet interdit par l'édit permit à l'italien Mondino à Bologne de perfectionner certaines notions de l'anatomie humaine.
Bilan
Frédéric avait été éduqué par un juge musulman à Palerme. Il était un mécène des sciences et il gérait son État d'une manière radicalement nouvelle, d'où ses surnoms de « Émerveillement du monde » et de 'prodigieux transformateur des choses' (Mathieu de Paris).
Il indigna son époque en s'habillant parfois en tenue orientale et . Il écrivit même qu'il enviait que les califes fussent à la fois dirigeants spirituels et terrestres.
Il mit en place un système centralisé d'administration en Sicile et tenta de le généraliser (avec moins de succès) dans les États allemands, où il dut octroyer de plus en plus d'indépendance aux princes locaux au fur et à mesure que son conflit en Lombardie se détériorait.

Le tombeau de Frédéric II dans la cathédrale de Palerme, parmi les Hauteville
Les descendants de Frédéric, son fils légitime
Conrad IV, le fils de ce dernier
Conradin et son fils illégitime
Manfred n'accédèrent pas à l'Empire. Le
royaume de Sicile leur fut également enlevé par le pape, qui y installa
Charles d'Anjou. Ce fut la fin de la Maison des Hohenstaufen de Souabe, qui laissa place aux
Habsbourg et à l'essor des cités italiennes.
Toutefois la lignée se perpétua indirectement en Sicile, à travers les petits-fils de Manfred, enfants de sa fille Constance et de Pierre III d'Aragon-Catalogne, à savoir Jacques Ier de Sicile;, puis son frère Frédéric II de Sicile et enfin les descendants de celui-ci, Pierre II, fils du précédent, Louis Ier, fils du précédent, Frédéric III, frère du précédent, Marie Ière, fille du précédent (Maison de Barcelone-Aragon en Sicile).
Les descendants de Frédéric II
- Première épouse : Constance, infante d'Aragon (1179-1222), fille du roi Alphonse II d'Aragon
- Seconde épouse : Isabelle (Yolande) de Brienne, reine de Jérusalem (1212-1228)
- Conrad IV, roi des Romains et de Jérusalem (1228-1254)
- Troisième épouse : Isabelle d'Angleterre (1214-1241), fille du roi Jean d'Angleterre.
- Marguerite de Hohenstaufen (1237-1280), épousa Albrecht, duc de Saxe
- Trois autres garçons qui moururent jeunes
- Enfants illégitimes de Bianca Lancia qui pourrait avoir épousé l'empereur en secret
- Enfant illégitime d'Adelaïde
- Henri (Enzio), roi de Sardaigne (1216-1272)
- Enfant illégitime de Mathilde
- Autres enfants illégitimes
- Gerhard
- Selvaggia (morte en 1224), épousa Ezzelino III da Romano, podestat de Vérone
- Marguerite (morte en 1298), qui épousa le comte d'Acerre
- Catherine (morte en 1272)
- Blanchefleur (morte en 1279)
- Richard, comte de Chieti (mort en 1249)
- Frédéric
Notes
Références
- La biographie la plus connue de Frédéric II est celle d'Ernst Kantorowicz (1927), considérée aujourd'hui comme une exaltation romantique, peu distanciée et parfois anachronique puisque Frédéric II y apparaît presque comme un personnage du Siècle des Lumières en plein XIIIe siècle.
- La biographie écrite par le romancier Pierre Boulle, L’Étrange Croisade de l’Empereur Frédéric II (Flammarion, 1968), est moins connue bien qu'extrêmement agréable à lire. L'écrivain, habitué des personnages aventureux et héroïques, rend bien cette facette de Frédéric II, ainsi que son attrait pour les arts et la science. Il se concentre essentiellement sur la croisade de l'empereur, dans un livre romancé mais soutenu par une excellente documentation historique.
- De même, le Frédéric II de Hohenstaufen de Marcel Brion (Tallandier, 1948) offre une vision à la fois passionnante et érudite de celui que l'auteur appelle l'«empereur messianique». Brion souligne notamment l'importance de son héritage politique, culturel et artistique (entre autres à Palerme et à Castel del Monte).
- Enfin, il faut citer le remarquable ouvrage de Jacques Benoist-Méchin, Frédéric de Hohenstaufen ou le rêve excommunié (Perrin, 1980), qui trouve sa place dans la série consacrée par l'auteur aux grands de ce monde qui ont poursuivi ce qu'il appelle le «Rêve le plus long de l'histoire».
Liens externes
Site entièrement consacré à Frédéric II 
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