Principales branches
Il est difficile de dresser une arborescence des branches de la géographie tant celle-ci change selon les pays et selon les époques contemporaines (et donne même lieu à de nombreux débats épistémologiques).
Académiquement en France, on distingue 3 paradigmes :
- La géographie physique (on parle aussi de géographie des milieux), science de la nature et de la Terre qui comprend :
- biogéographie, science récente à la croisée de la biologie, de la botanique, de la climatologie, de la pédologie, de la zoologie et de l'écologie
- climatologie, avec des éléments de météorologie et de statistique
- géomorphologie, mêlant géologie et géophysique
- hydrologie, continentale et marine, avec l'océanographie
- paléogéographie
- pédologie, avec des éléments d'édaphologie et de géomorphologie
- La géographie humaine, science humaine qui comprend :
- La géographie régionale, véritable sous-discipline idiographique, axée sur la recherche de l'unique. Un territoire de prédilection : la région.
Depuis les années
1970 et
1980, la géographie a vu se développer de nouvelles branches de sa discipline en accord avec une approche pluridisciplinaire (notamment l'utilisation des outils en provenance des disciplines économiques, mathématiques, sciences politiques, sociologiques, et informatiques), inspirée par les géographies scandinave, nord-américaine et anglaise, notamment à travers les approches variées de :
Relancée à la fin des années 1970 par
Yves Lacoste, créateur et fondateur de la
revue Hérodote en 1976 (intitulée d'abord
Stratégies géographies idéologies, puis en 1983
Revue de géographie et de géopolitique) et auteur de l'essai
La Géographie, cela sert d'abord à faire la guerre. Voir aussi les revues
Limes,
Espace géographique fondée en 1973 par
Roger Brunet,
Espace-Temps 
fondée en 1975 par
Jacques Lévy et Christian Grataloup... Aujourd'hui, la géopolitique tend à analyser les conséquences de la mondialisation (
géoéconomie) et la gestion des ressources naturelles (l'
or ; l'or bleu - l'
eau ; l'or noir - le
pétrole ; l'or vert - la
forêt)...
Un domaine aux confins de la
géographie économique et de la
microéconomie qui étudie les questions de localisation économique, et les relations économiques entre le mondial (
mondialisation) et le local (
aménagement du territoire,
pôle de compétence,
délocalisation...)
Développée récemment, cette branche de la géographie se distingue des précédentes par le recours à l'outil l'informatique, pour analyser le territoire. Elle complète les systèmes d'information développés par ailleurs dans d'autres disciplines par une référence spatiale : la localisation géographique, couramment définie par un système de coordonnées géographiques (X, Y, Z). On distingue ainsi les systèmes d'information géographiques (
SIG) et la télédétection satellite.
Recouvre un ensemble d'outils mais aussi de concepts permettant de modéliser les structures spatiales et d'analyser les dimensions spatiales de la vie en société.
Héritière du postmodernisme, la
Gender Geography se développe en France depuis la fin des
années 1990. Elle souhaite nuancer la géographie « masculine » en intégrant la vision d'autres groupes appartenant à la société, comme les minorités sexuelles, mais aussi sociales et raciales.
Enfin, la notion d'échelle - ou approche multiscalaire - est essentielle en géographie : suivant que le géographe étudie toute la planète (petite échelle) ou seulement une partie de celle-ci (grande échelle), on parle de géographie générale ou de géographie régionale. De nos jours, on préfère toutefois parler de géographie thématique à la place de géographie générale et de géographie des territoires à la place de géographie régionale.
L'Antiquité
Les Grecs sont la première civilisation connue pour avoir étudié la géographie, à la fois comme science et comme philosophie. Thalès de Milet, Hérodote (auteur de la première chorographie), Ératosthène (première carte du monde connu – l'écoumène –, calcul de la circonférence terrestre), Hipparque, Aristote, Ptolémée ont apporté des contributions majeures à la discipline.
Les Romains ont apporté de nouvelles techniques alors qu'ils cartographiaient de nouvelles régions.
Ces premiers « géographes » développent quatre branches de la géographie qui vont perdurer jusqu'à la Renaissance :
- découvrir et explorer les continents ;
- mesurer l'espace terrestre (géodésie) ;
- situer la Terre dans les systèmes astronomiques (cosmographie) ;
- représenter l'espace terrestre (cartographie).
Le Moyen Âge
Au cours du Moyen Âge, juste après les invasions barbares au VI siècle, l'intérêt pour la géographie diminua en Occident.
Dans le haut Moyen Âge, cette discipline fut le parent pauvre de l'éducation, qui se déclinait à travers les arts libéraux. Le quadrivium incluait bien l'astronomie, mais pas la géographie.
Isidore de Séville contribua à conserver un certain patrimoine de connaissances. Néanmoins, la représentation du monde était très sommaire : on imaginait la terres plate, et les continent étaient placés à l'intérieur d'un rond et autour un T renversé vers la droite, l'Europe étant au-dessus de la barre horizontale, l'Afrique en-dessous, et l'Asie à droite (l'Amérique et l'Océanie étant bien entendu inconnues). La barre horizontale représentait la Méditerranée, la barre verticale séparant l'Asie (à l'est), de l'Europe et de l'Afrique (à l'ouest) était constituée par le Danube et le Nil, que l'on supposait reliés (représentation O/T). Au centre, point d'intersection des deux barres, Jérusalem, la ville religieuse, considérée comme le centre du monde.
Néanmoins, le capital d'informations géographiques et scientifiques de l'Antiquité (Euclide, Aristote, Ptolémée, ...) fut recueilli dans les centres intellectuels de la civilisation arabo-musulmane. Le monde musulman était en effet mieux placé géographiquement, au carrefour des civilisations grecque, mésopotamienne, indienne, égyptienne, pour recueillir le savoir de l'Antiquité. Bagdad fut créée sur un emplacement proche du lieu où mourut Alexandre le Grand. D'autre part, les exigences de la prière musulmane (cinq prières par jour, le fidèle étant orienté vers la Mecque), nécessitaient des connaissances géographiques dont l'Occident n'avait pas besoin.
Les géographes arabes, tels qu'Idrisi (auquel on doit la première grande géographie de l'Occident, vers 1150), Ibn Battuta (1304-1370), et Ibn Khaldun ont donc conservé et enrichi l'héritage gréco-romain.
En Occident, l'encyclopédie de Vincent de Beauvais (speculum naturale, somme des connaissances de l'Occident au ) contenait des informations géographiques connues en 1250.
Il y eut au plusieurs voyages de missionnaires franciscains en Asie :
Ces
informations furent très utiles pour la préparation du voyage de
Marco Polo entre
1271 et
1295. Ce voyage permit lui-même de préciser les informations géographiques sur l'Asie (
Devisement du monde).
D'autres missionnaires franciscains partirent vers l'Asie :
L'ensemble de ces voyages avait déjà beaucoup enrichi les informations sur l'
Asie avant les voyages de
Marco Polo.
L'intérêt pour la géographie s'est considérablement accru en Occident à partir de cette époque, et la représentation du monde a fortement évolué, engendrant un renouvellement de la cartographie.
En 1410, le cardinal Pierre d'Ailly écrivit l'Imago mundi, qui sera imprimé en 1478. Christophe Colomb en avait un exemplaire.
En 1492, le premier globe terrestre est élaboré par Martin Behaim.
Aux XV et s, de grandes expéditions, souvent maritimes, ont immensément accru la connaissance de la planète.Ces expéditions ont créé par ailleurs un besoin impérieux de noter, référencer et transmettre la connaîssance ainsi acquise. Aussi, le portulan devient la carte type de cette époque des grandes expéditions. On peut citer, parmi beaucoup d'autres, les expéditions de Vasco de Gama (Afrique et Inde), Christophe Colomb (Amérique centrale), Magellan (tour du monde), Jacques Cartier (Canada, 1534). François Xavier évangélisa quelques territoires au Japon (où il informa de la rotondité de la Terre).
La cartographie a progressé en même temps, à la fois par la quantité de nouvelles connaissances apportées par les explorations, la diffusion des documents par l'imprimerie, ainsi que par de nouvelles méthodes et des fondations théoriques solides (projection de Mercator au XVI siècle). Les cartes du monde de la Geographica Generalis, par Bernard Varenius et celles de Gerardus Mercator l'illustrent avec éclat.
Comme dit ci-dessus, l'effort géographique de la Renaissance porte d'abord sur la cartographie. Cependant, en Italie, Giovanni Botero publie à Rome, de 1591 à 1592, les trois volumes des Relazioni Universali qui marque la naissance de la statistique ou science descriptive de l'État. C'est en fait une géographie appliquée aux besoins des nouvelles administrations.
Étymologie: STATO = ETAT ; on a un recensement numérique qui sert à la gestion des États.
XVIII et XIX siècles
Au XVIII siècle, James Cook et La Pérouse explorent la zone du Pacifique.
Au , la géographie commence à émerger en tant que discipline scientifique. Mais il faut attendre le pour qu'elle prenne une place réelle dans l'enseignement en France. Suite à la défaite de la France en 1870 contre la Prusse, elle est enseignée dans le primaire, en particulier à travers un livre de lecture, Le Tour de France par deux enfants. Son enseignement dans le supérieur est initié à l'École normale supérieure de la rue d'Ulm, par Vidal de la Blache, le géographe français marquant de la fin du .
Période contemporaine
Entre le XIX et le , la géographie s'est imposée difficilement comme une discipline à part entière dans le domaine scientifique.
Plusieurs courants se sont développés tentant de démontrer l'interaction entre l'homme et la nature, avec plus ou moins de succès et de rigueur d'approche :
- le courant déterministe, emmené par le géographe allemand Carl Ritter. Le déterminisme considère qu'une cause naturelle produit une conséquence sociale.
- le courant environnementaliste, développé par le géographe allemand Friedrich Ratzel. Tout être vivant est le produit du milieu dans lequel il vit.
- le courant possibiliste de Vidal de La Blache qui cherche à nuancer les approches précédentes, perçues comme peu objectives. Il n'y a pas de déterminants géographiques, mais des possibilités que l'homme choisit, ou non, d'utiliser. La nature propose, l'homme dispose.
- l'École française de géographie, crée par Paul Vidal de La Blache, développe aussi une spécificité : la géographie régionale. Il s'agit de traiter de l'unique, de la région (« idiographie » ou travail sur les spécificités), évitant ainsi les dérives nomothétiques, mais tombant dans une connaissance encyclopédique.
La Nouvelle Géographie
La nouvelle géographie se développe à partir des années 1950 et continue sur sa lancée pendant les années 1960, directement influencée par les géographies anglo-saxonnes, plus précisément scandinaves et américaines.
Inspirée par les mathématiques (statistiques) et les règles de l'économie, la géographie tombe dans les travers de vouloir à tout prix établir des « lois » universelles (science nomothétique).
La géographie comportementale
Il s'agit avant tout de se poser la question « qui fait quoi ? » et « pourquoi ? » (ou : « qui dit quoi ? » et « pourquoi ? »)
La géographie radicale
Appelée aussi géographie marxiste ou critique, cette géographie est fortement influencée par les autres sciences sociales. Antoine Bailly définit ainsi la problématique radicale : (2001)
Elle s'inscrit dans un contexte de troubles sociaux et de contestation sociale durant la guerre du Vietnam au moment où le prestige de la science est en baisse.
On retrouve des géographes comme Yves Lacoste et l'équipe de la revue Hérodote, Guy Di Méo (L'Homme, la société, l'espace, 1991) ou l'Américain David Harvey (Directions in Geography, 1973 et Social justice and The City, 1977)
Outils
La géographie nécessite d'être capable de situer les différentes parties de la Terre les unes par rapport aux autres. Pour ce faire, de nombreuses techniques ont été développées à travers l'histoire :
L'introduction de l'
informatique en géographie a permis aux géographes de développer une discipline à part entière : la
géomatique. La géomatique est un ensemble de méthodes et d'outils permettant l'acquisition, le stockage, la gestion ainsi que la diffusion de données à référence spatiale. Ce sont des outils comme les systèmes d'information géographique (
SIG), qui sont utilisés pour croiser des informations géolocalisées et réaliser des analyses spatiales multicritères.
Les SIG les plus connus et les plus utilisés sont :
Plusieurs autres
systèmes d'information géographique sont conçus par des informaticiens et géographes indépendants. Ceux-ci réussissent souvent à combler les failles ou les oublis surgissant des imposants logiciels cités ci-haut. Cependant, le rayonnement de ces logiciels tierces est faible et ne permet pas à une large population de les utiliser.
Par ailleurs, certains considèrent, erronément, le logiciel Google Earth comme un SIG. Ce logiciel n’est qu’un outil de visualisation dynamique de la Terre en 3D. Un autre logiciel, World Wind, similaire à Google Earth, est également distribué par la NASA. Dans les deux cas, l'objectif annoncé par Google et la NASA est d'intégrer le plus grand nombre de composantes des SIG dans leur logiciel. Mais les outils réalisés jusqu'à maintenant ne peuvent être utilisés que par des géographes connaissant suffisamment la programmation pour y réaliser de bien maigres résultats (d'un point de vue géomatique).
Voir aussi
Listes
Articles connexes
Bibliographie
Dictionnaires
- Cédrick Allmang, Petites leçons de géographie, Presses universitaires de France, 2001, Paris, collection Major
- Antoine Bailly, Robert Ferras, Denise Pumain (dir.), Encyclopédie de Géographie, Economica, Paris, 1992
- Antoine Bailly & al., Les Concepts de la géographie, A. Colin, Paris, 1998
- Roger Brunet & al., Les Mots de la géographie. Dictionnaire critique, 5 éd., Reclus-Doc. française, 2001 ''ISBN|2-11-005943-5}}
- Jean-Paul Charvet & al., Dictionnaire de géographie humaine, Paris, Liris, 2000
- Pierre George, Dictionnaire de géographie, Presses Universitaires de France, Paris, 1990
- Jacques Lévy, Michel Lussault, Dictionnaire de la géographie et de l'espace des sociétés
, Belin, 2003
- Yves Lacoste, De la géopolitique aux paysages. Dictionnaire de la géographie, Collin, 2003
- Antonio Da Cunha 'Objet, démarches et méthodes: les paradigmes de la géographie', université de Lausanne, octobre 2006, avec la collaboration d'Olivier Schmid.
Histoire
- Philippe Pinchemel, Marie-Claire Robic, Jean-Louis Tissier (sous la direction de), Deux siècles de géographie française, Paris, Comité des travaux historiques et scientifiques, 1984, 380 p.
- Paul Claval, Histoire de la géographie, Paris, PUF, Que-sais-je ? n°65, 1995, 126 p.
- Marie-Claire Robic, Anne-Marie Briend, Mechtild Rössler (sous la direction de), Géographes face au monde. L’Union géographique internationale et les Congrès internationaux de géographie, Paris, L'Harmattan, 1996, 464 p.
- Paul Claval, Histoire de la Géographie française de 1870 à nos jours, Paris, Fernand Nathan, 1998, 544 p.
- Jean-François Deneux, Histoire de la pensée géographique, Belin, 2006.
- Marie-Claire Robic (coordinatrice), Cyril Gosme, Didier Mendibil, Olivier Orain, Jean-Louis Tissier, Couvrir le monde. Un grand de géographie française, Paris, ADPF (Association pour la diffusion de la pensée française) - Ministère des Affaires étrangères, 2006, 232 p.
Epistémologie
- Jacques Scheibling, Qu'est-ce que la géographie ?, Paris, Hachette, 1994, 200 p.
- Anne-Marie Gérin-Grataloup, Précis de géographie, Paris, Fernand Nathan, 1995 (réédité).
- Robert Marconis, Introduction à la géographie, Paris, Armand Colin, 1996, 222 p.
- Paul Claval, Epistémologie de la géographie, Paris, Fernand Nathan, 2001, 266 p.
Liens externes
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Données géographiques
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