Biographie
Jeunesse
Il grandit au sein d'une famille à problèmes, dans un quartier de
HLM à la périphérie de
Mirecourt ; il déménage à
Molsheim, en Alsace, alors qu'il a six ans. Son adolescence est marquée par des problèmes sociaux et un parcours scolaire chaotique. A la fin de la troisième, souhaitant quitter l'Alsace, il intègre l’
école normale d’instituteurs des Vosges après un concours d'entrée, et y étudie pendant 5 ans. Il ne supporte pas les conditions d'études et ne décroche pas son certificat de fin d'école normale en raison de son indiscipline.
Il se voit alors attribuer un poste d'« instituteur remplaçant » dans une commune reculée des Vosges. Ayant par ailleurs décroché grâce au télé-enseignement sa première année de DEUG en histoire, il démissionne pour pouvoir poursuivre des études à la faculté de Lettres de Nancy.
Il découvre au début des années 1970 le militantisme politique, via les syndicats étudiants très présents sur le campus après mai 1968, comme l'UNEF et l'UEC, où il milite successivement[Selon un entretien paru dans l'Humanité du 21 janvier 2004 sous le titre « Ouvrir à tous la connaissance savante ]
». Son militantisme très lié au marxisme et à l'antistalinisme lui permet de découvrir des sciences humaines et sociales comme la psychanalyse, l'anthropologie et la linguistique.
Après sa maîtrise, il décide de passer l'agrégation d'histoire; il devient alors enseignant dans le secondaire, puis effectue son service militaire comme coopérant en République populaire du Congo, pendant deux ans.
Il est ensuite envoyé par l'éducation nationale à Longwy pour enseigner dans un collège de banlieue, pendant les conflits sociaux de la fin des années 1970. Membre d'une cellule communiste locale, il anime sur la radio Lorraine cœur d'acier, une émission consacrée à l'histoire[Passé/Présent].
En 1980, il quitte le PCF suite à la publication de Vivre et lutter à Longwy, écrit avec le syndicaliste de la CGT Benaceur Azzaoui. L'ouvrage, s'inscrivant dans une critique du manque de démocratie des structures du PCF face aux mouvements sociaux, avait entrainé de très vives réactions au sein du Parti. Cette séparation du parti développe son intérêt pour les travaux de Pierre Bourdieu et de Michel Foucault. [La postface de son ouvrage Penser avec, penser contre (Belin - Socio-Histoires, 2003) constitue un essai contenant de très nombreux éléments autobiographiques.]
Carrière
En 1982, il rédige, sous la direction de
Madeleine Rebérioux, une
thèse de doctorat sur
Les Ouvriers sidérurgistes et les mineurs de fer du bassin de Longwy-Villerupt (1919–1939). Il doit son recrutement dans l’enseignement supérieur à un poste de professeur agrégé (PRAG) à l’
École normale supérieure, où il coordonne à partir de 1985 le
diplôme d’études approfondies (DEA) de
sciences sociales co-organisé avec l’EHESS, une formation pluridisciplinaire.
Parallèlement à sa carrière universitaire, il participe à l'élaboration d'une série d'une quarantaine de documentaires historiques (« Racines ») diffusée sur FR3 au début des années 1990, et évoquant l'apport des immigrés à l'histoire de France[Selon un article de Gérard Noiriel, Histoire, mémoire, engagement civique ]
, paru dans la revue Hommes et Migrations, janvier-février 2004; information également citée par le Haut Conseil à l'intégration, dans Diversité culturelle et culture commune dans l'audiovisuel 
.
Directeur d’études à l’EHESS depuis 1994, il est aussi, notamment, co-directeur de la collection « Socio-histoires » des éditions Belin et co-fondateur de la revue de sciences sociales Genèses.
Il est également membre associé de l’Institute for Advanced Study de Princeton, participe à plusieurs revues (outre sa participation à la revue Genèses, il est membre de l'International Editorial Board de la revue Social Identities et fait partie du comité de rédaction de la revue électronique Histoire de l'immigration) et fait partie de plusieurs commissions universitaires (commission spécialiste d’histoire moderne et contemporaine de l’université de Valenciennes, membre suppléant de la commission spécialiste d’histoire moderne et contemporaine de l’université de Lille III et de l’université de Paris VII)[Selon sa page ]
sur le site internet de l'EHESS, (consultée le 31 juillet 2007)..
Il a également été membre du conseil scientifique de la Cité nationale de l’histoire de l’immigration, avant d'en démissionner en mai 2007 avec 7 autres universitaires, pour protester contre la création par Nicolas Sarkozy d'un ministère associant la question de l'immigration et de l'identité nationale[Il avait signé auparavant en avril 2007 avec d'autres intellectuels un appel à voter Ségolène Royal au premier tour de l'élection présidentielle http://www.liberation.fr/rebonds/248512.FR.php].
Travaux
Ses travaux eux-mêmes font le lien entre histoire et
sociologie. Ils portent notamment sur les ouvriers, l’
immigration, les
intellectuels et l’épistémologie de la discipline historique, et plus récemment l’histoire de la maltraitance. Par ailleurs militant du
droit d'asile[Il est président du Comité d’aide exceptionnelle aux intellectuels réfugiés.], il se prononce pour l'autonomie de la recherche vis-à-vis des considérations politiques conjoncturelles : pour lui, le
chercheur et le
citoyens ne doivent pas répondre aux même préoccupations
[Gérard Noiriel, Le statut de l'histoire dans Apologie pour l'Histoire, Cahiers Marc Bloch, 1997, n°5, p. 7 à 21.]. Le chercheur s'interroge, explique, et enrichit la réflexion du citoyen, mais ne se questionne pas sous l'angle de, ni ne dit, ce que devrait être la politique menée en différents domaines. Il reste ainsi très critique vis-à-vis du rôle que jouent les
expert dans les médias
[Une arrière-garde de l’ordre social ]
, article de Serge Halimi, paru dans Le Monde diplomatique en septembre 2005., ainsi qu'envers l'instrumentalisation politique des faits historiques (il est notamment président du
Comité de vigilance face aux usages publics de l’histoire).
Histoire de l'immigration en France
Son ouvrage
Le creuset français, paru en 1988, constitue la toute première histoire générale de l'immigration en France
[Compte rendu de l'ouvrage de Noiriel par André Clément Découflé, paru dans Revue européenne de migrations internationales, 1989, vol. 5, n° 2, p. 156.]. Dans la préface de la nouvelle édition, parue en 2006, Noiriel indique que cet ouvrage n'ambitionnait pas de constituer une synthèse de l'histoire de l'immigration, mais de servir de « sorte de « programme de recherche » » sur un sujet alors inexploré par les études historiques de fond
[p. III].
L'année suivant sa sortie en 1988, l'ouvrage a été critiqué pour sa structure et ses analyses (Riva Kastoryano y a vu un « caractère décousu de la démonstration »[Dans son compte rendu de l'ouvrage, paru dans Vingtième Siècle. Revue d'histoire, n° 21, 1989, p. 142 à 144.], et Nancy Green indiqué un « usage parfois imaginatif des sources »[Dans un compte rendu de l'ouvrage paru en 1989 dans Annales, vol. 44, n° 2, p. 456 à 458.]), mais son caractère inédit, la richesse de son contenu ainsi que les pistes lancées pour la recherche historique ont également été salués.
Le Creuset Français s'ouvre, dans un chapitre intitulé « Non-lieu de mémoire », sur la constatation du silence historiographique concernant l'immigration en France, alors même que d'autres disciplines (le droit, notamment) s'étaient approprié cet objet d'étude sans pour autant le placer dans une perspective de longue durée. Noiriel y souligne également une absence de représentation de l'immigration dans les lieux de mémoire. Pour expliquer le silence historiographique sur l'immigration, Noiriel met en cause les historiens qui ont considéré l'immigration comme un phénomène extérieur à la France, notamment Fernand Braudel et sa « vision holistique » de l'histoire de France[Stefan Berger, Mark Donovan, Kevin Passmore, Writing national histories, p. 244.].
L'ouvrage s'attache également à analyser l'évolution des politiques publiques en ce domaine, en montrant la construction juridique et administrative de l'immigré. Noiriel montre notamment que l'apparition des termes « immigration » et « immigré » coïncide avec les débuts de la Troisième République.
Il montre également en quoi l'immigration est intiment liée à l'industrialisation du pays, en permettant au patronat de s'en servir comme variable d'ajustement face aux résistances de la paysannerie.
Sélection d'ouvrages
Outre la sélection d'ouvrages suivante, Gérard Noiriel a publié plus de 120 articles dans des revues scientifiques historiques ou sociales, en France ou à l'étranger.
- Vivre et lutter à Longwy (avec Benaceur Azzaoui), Paris, Éditions Maspero, collection « Débats Communistes », 1980.
- Longwy, Immigrés et prolétaires (1880-1980), Paris, Presses Universitaires de France, collection « Pratiques Théoriques », 1984.
- Les Ouvriers dans la société française (XIXe-), Paris, Seuil, collection « Points », 1986.
- Le Creuset français. Histoire de l'immigration (XIXe-XXe siècle), Paris, Seuil, collection 'L'Univers Historique', 1988 (Réédité en collection « Points-histoire », Paris, Seuil, 1992).
- La Tyrannie du national. Le droit d'asile en Europe (1793-1993), Paris, Calmann-Lévy, 1991. (Réédité en collection de poche sous le titre Réfugiés et sans papiers. La République et le droit d'asile, XIX-, Paris, Hachette, collection « Pluriel », 1998.
- Population, immigration et identité nationale en France (XIXe-), Paris, Hachette, collection. 'Carré-Histoire', 1992.
- Immigrants in Two Democracies. French and American Experience (ouvrage collectif dirigé en collaboration avec Donald L. Horowitz), New York University Press, 1992.
- Sur la « crise de l'histoire », Paris, Belin, collection 'Socio-Histoires', 1996 (Réédité en collection « Folio-Histoire », Paris, Gallimard, 2005).
- Construction des nationalités et immigration dans la France contemporaine (ouvrage collectif dirigé avec Éric Guichard), Paris, Presses de l'École Normale Supérieure, 1997
- Qu'est-ce que l'histoire contemporaine ?, Paris, Hachette, collection « Carré-Histoire », 1998.
- Les Origines républicaines de Vichy, Paris, Hachette, 1999.
- État, nation et immigration. Vers une histoire du pouvoir, Paris, Belin, collection « Socio-Histoires », 2001 (Réédité en collection « Folio-Histoire », Paris, Gallimard, 2005).
- Atlas de l’immigration en France, Paris, Éditions Autrement, 2002.
- Penser avec, penser contre. Itinéraire d'un historien, Paris, Belin, collection « Socio-Histoires », 2003. (Un chapitre est constitué par un essai d'autobiographie socio-historique.)
- Gens d’ici venus d’ailleurs. La France de l’immigration de 1900 à nos jours, Paris, Éditions du Chêne, 2004.
- Les Fils maudits de la République. L’avenir des intellectuels en France, Paris, Fayard, coll. « Histoire de la pensée », 2005.
- Introduction à la socio-histoire, Paris, La Découverte, collection 'Repères', 2006.
- Immigration, antisémitisme et racisme en France (XIXe-) : Discours publics, humiliations privées, Paris, Fayard, 2007.
Annexes
Notes et références
Bibliographie
- Gérard Noiriel, Penser avec, penser contre. Itinéraire d'un historien, Belin - Socio-Histoires, 2003.
Voir aussi
Artices connexes
Liens externes