Sa vie
Halle

Maison natale de Haendel à Halle
Son père, Georg Händel, né en
1622, était un chirurgien-barbier de confession
luthérienne [Adams Aileen, K., Hofestadt, B., 'Georg Handel (1622-97): the barber-surgeon father of George Frideric Handel (1685-1759)', Journal of Medical Biography, 2005, Aug;13(3):142-9.] qui, devenu veuf en
1682, se remaria l'année suivante avec Dorothea Taust, fille d'un pasteur de trente ans plus jeune que lui. Georg Friedrich fut leur premier enfant, aîné de deux sœurs, Dorothea Sophia née en 1687 et Johnna Christiana, née en 1690.
[Virginia Tech Multimedia Music Dictionary Composer Biographies ]
Son père rêvait pour lui d'une carrière de juriste, quoique l'enfant montrât des dons précoces pour la musique. Au contraire, sa mère favorisait ses dispositions et sa tante lui offrit une épinette. À contrecœur, le père lui fit prendre des cours auprès de l'organiste Friedrich Wilhelm Zachow qui lui donna une éducation musicale complète ; il apprit à jouer du clavecin, de l'orgue, du violon, du hautbois. Il se mit très tôt à composer des œuvres instrumentales et vocales.

Le jeune Haendel au clavier
En
1697, un séjour à
Berlin le mit en contact avec la cour du roi de Prusse qui reconnut ses dispositions pour la musique, mais il revint à
Halle à la demande de son père, qui mourut quatre jours avant son retour. Pour respecter la volonté paternelle, il poursuivit ses études juridiques, tout en continuant sa pratique musicale.
Vers 1702, il fut engagé à la cathédrale de Halle en qualité d'organiste titulaire, et se lia avec Georg Philipp Telemann qui se rendait à Leipzig et fit étape à Halle, d'une amitié durable.
Hambourg

L'opéra am Gänsemarkt à Hambourg
Il demeura peu de temps à ce poste qu'il quitta pour s'installer à
Hambourg, centre musical le plus important de l'Allemagne du Nord, et qui possédait un opéra renommé, l'opéra
am Gänsemarkt sous la direction de
Reinhard Keiser - Haendel y fut engagé en tant que claveciniste et y prit contact avec l'opéra italien. Il y donna des cours, rencontra
Johann Mattheson, son aîné de quatre ans, qui était déjà un musicien notoire et dont il devint l'ami fidèle – malgré quelques épisodes orageux. Ensemble, ils allèrent à
Lübeck entendre et rencontrer le fameux
Dietrich Buxtehude, puis revinrent à Hambourg. Mattheson lui ouvrit de nombreuses portes, tous deux échangeaient leurs conseils et Händel put, entre autres, faire représenter ses deux premiers opéras,
Almira et
Nero. Ce fut aussi à Hambourg que Haendel lia connaissance, grâce à l'entregent de Mattheson, avec des diplomates britanniques. Le séjour à Hambourg fut donc déterminant pour la carrière du musicien, qui serait quelques années plus tard un des principaux promoteurs de l'opéra italien en Angleterre.
L'Italie
En
1706, sur la suggestion du prince
Gian Gastone de Médicis, il partit pour l'Italie où il passa trois ans. Ce séjour fut décisif dans l'évolution de son style et de sa carrière ;
Florence,
Rome,
Naples,
Venise furent les villes où il parvint à se faire une grande réputation, tant comme instrumentiste (à l'
orgue, au
clavecin, au
violon) que comme compositeur d'œuvres sacrées ou profanes très remarquées (le psaume
Dixit Dominus, l'
oratorio la Resurrezione, les opéras
Rodrigo,
Agrippina, des dizaines de cantates italiennes, etc.) Ce voyage fut l'occasion pour lui de côtoyer de nombreux musiciens célèbres :
Bernardo Pasquini,
Giovanni Bononcini,
Arcangelo Corelli,
Alessandro et
Domenico Scarlatti : avec ce dernier, il participa à une
joute musicale à l'orgue et au clavecin : il fut reconnu supérieur à Scarlatti pour le jeu de l'orgue et les deux musiciens firent jeu égal au clavecin. Néanmoins, les deux musiciens conclurent amitié. Haendel resta marqué pendant tout le reste de son existence par ces années de jeunesse qu'il avait passées dans la « patrie » de la musique et par l'influence profonde qu'avaient exercée sur lui les compositeurs majeurs que sont Corelli (dont il se souviendrait dans ses sonates pour violon, ses concertos grossos) et
Alessandro Scarlatti, le maître de l'opéra napolitain.
Hanovre
Au début de
1710, il abandonna Venise pour
Hanovre où l'on lui avait proposé le poste de maître de chapelle de l'Électeur
Georg Ludwig. À peine arrivé, il demanda un congé pour se rendre à
Londres : la
Grande-Bretagne qui n'avait plus de grand compositeur depuis la mort de l'Anglais
Purcell attirait beaucoup de musiciens continentaux formés à la musique italienne. Il y fit jouer plusieurs de ses œuvres qui furent accueillies bienveillamment. Il retourna à son poste à Hanovre, tout en restant en contact avec les nombreuses relations qu'il avait nouées à Londres. Enfin, en
1712, il demanda un nouveau congé temporaire pour retourner à
Londres : les circonstances firent qu'il s'y établit définitivement. Les succès remportés auprès du public, de l'aristocratie et de la Cour le conduisirent en effet à rester à Londres au-delà du terme fixé et - le savait-il ? - de manière définitive.
La Grande-Bretagne

Le Queen's Theatre du Haymarket à Londres. La plupart des opéras de Haendel y furent représentés
Cette « désertion » aurait pu lui porter préjudice, car, à la mort de la reine
Anne en
1714, ce fut précisément son cousin éloigné l'Électeur de Hanovre, héritier de la dynastie Stuart par sa mère, qui devint roi de Grande-Bretagne sous le nom de
George I. Mais celui-ci ne gardait point rancune à son maître de chapelle et lui conserva son poste et sa pension
[Jean Gallois : Haendel p.23].
Haendel, qui ne fonda jamais de famille, fut naturalisé britannique en 1726. Les premières années de son installation en Angleterre virent la composition de nombreuses œuvres, pour l'opéra ou les instruments, en particulier les trois suites de la fameuse Water Music (1717), des concertos, les huit suites pour clavecin (1720). Vers 1717 ou 1718, il s'installa pour deux ans chez un mécène fastueux, le duc de Chandos. Il y composa les Chandos anthems.
Puis il participa à partir de 1719 à la création de la Royal Academy of Music, société dont le but était de monter des opéras à Londres au Haymarket Theater. Il en fut le directeur musical et se rendit sur le continent pour embaucher des chanteurs de talent. Après des débuts triomphants, Haendel affronta la venue d'un rival qu'il avait bien connu en Italie : Giovanni Bononcini[Jean Gallois : Haendel p.76]. La concurrence fut vive, Haendel produisant à cette époque de nombreux chefs-d'œuvre (notamment Giulio Cesare, Tamerlano, Rodelinda) et tourna à son avantage avant que les difficultés financières ne s'accumulassent, entraînant la fermeture de l'Academy à la fin de la neuvième saison. En 1727, Haendel composa la musique de couronnement du nouveau roi George II (Coronation anthems).

Maison de Haendel à Londres, 25 Brook Street
Il remonta en
1729, presque seul, une seconde académie qui fonctionna jusqu'en
1732, avant de sombrer elle aussi dans les difficultés financières bien qu'il multipliât créations et reprises d'œuvres déjà consacrées. Ce fut en
1730 qu'il retourna à
Halle pour y voir une dernière fois sa mère, qui mourut peu de temps après. Ayant appris sa présence non loin de Leipzig,
Jean-Sébastien Bach lui fit invitation à venir le voir par l'entremise de son fils aîné,
Wilhelm Friedemann qui était alors installé à Halle. Cependant, les deux grands compositeurs ne se connurent jamais. Du début des années 1730 datent les premières réalisations de Haendel dans le domaine de l'
oratorio en anglais.
En 1733, il fonda une troisième Academy qui ne dura que trois ans, nonobstant l'énergie dépensée par le compositeur pour multiplier les nouvelles créations qui obtenaient parfois de grands succès. Il fut en effet confronté à la concurrence du Nobility Opera, animé par deux compositeurs, Hasse et Porpora. Difficultés financières, mésententes entre artistes, coteries provoquèrent la fin de cette entreprise de même que celle du Nobility Opera. Le surmenage fut sans doute la cause d'un premier accident de santé (crise d'apoplexie ?) qui le paralysa partiellement et l'atteignit moralement, mais il se rétablit très rapidement après une cure thermale à Aix-la-Chapelle. À cette époque (1737) décéda la reine Caroline, qui l'avait connu enfant à Berlin et qui avait été un soutien fidèle ; ce décès le toucha profondément ; il compose un Funeral Anthem en son hommage.

Haendel était doté d'une énergie farouche et d'une santé indéfectible. Il continua à composer, à exécuter et faire représenter des opéras, des concertos grossos, et il commença à exploiter la veine des oratorios, avec
Saül et
Israel in Egypt. En intermède de ses oratorios, il exécuta ses
concertos pour orgue, forme originale qu'il mit au point. Ses concertos lui valurent un vif succès. Ils sont au nombre de seize, dont les six premiers furent publiés en
1738 sous le titre d'opus 4. L'opus 7, qui en rassemble six autres, fut publié en 1760 après la mort du compositeur. Ce fut en
1741 que Haendel produisit son dernier opéra,
Deidamia. Dorénavant il consacra sa production lyrique à l'oratorio et écrivit coup sur coup
Le Messie (en anglais
Messiah, un de ses plus grands chefs d'œuvre) en 24 jours et
Samson puis se rendit, sur l'invitation du lord lieutenant d'
Irlande, à
Dublin où il séjourna pendant plusieurs mois, jusqu'en août
1742 et où ses œuvres eurent de très grands succès.
De retour à Londres, il se remit au travail de façon acharnée. Il subit une seconde attaque de paralysie dont il se remit à nouveau. Il continua à composer de nombreux chefs-d'œuvre, dans le domaine de l'oratorio comme dans la musique instrumentale. La Musique pour les feux d'artifice royaux est l'une de ses œuvres les plus connues et les plus populaires, à juste titre. Composée en 1749 pour célébrer le traité de paix mettant fin à la Guerre de succession d'Autriche, cette musique fastueuse est emblématique de l'art de Haendel. Elle se situe dans la tradition de l'école versaillaise de Jean-Baptiste Lully, Delalande, Mouret, Philidor et en constitue comme le couronnement par son caractère grandiose et solennel magnifiquement adapté à l'exécution en plein air. Les dernières œuvres furent, à nouveau, des oratorios, mais la santé du musicien déclinait malgré sa robuste constitution et les cures thermales. Il subit de nouvelles attaques paralysantes et devint aveugle après l'intervention ratée du meilleur spécialiste de l'époque, John Taylor, qui avait déjà opéré sans succès Jean-Sébastien Bach. Il continua malgré tout à s'intéresser à la vie musicale, et mourut le 14 avril 1759, jour du Samedi Saint. Il fut enterré à l'abbaye de Westminster, selon son désir.
Ses œuvres

Manuscrit de l'opéra Tolomeo
Sa production est très importante dans tous les genres pratiqués de son temps, et son catalogue (
HWV pour
Händel-Werke-Verzeichnis) comprend plus de 600 numéros, ce qui n'est pas très significatif, car :
- un seul numéro peut s'appliquer à un simple menuet isolé comme à un opéra complet ;
- plusieurs transcriptions de la même œuvre pour différentes exécutions peuvent constituer ou participer à des numéros différents.
Quoi qu'il en soit, il s'agit d'un ensemble considérable. Quelques œuvres particulièrement marquantes :
| '''Opéras
|
| HWV
| Titre
| Première
| Lieu
| Remarque'''
|
| 1
| Almira
| 8 janvier 1705
| Theater am Gänsemarkt, Hambourg
|
|
| 2
| Nero
| 25 février 1705
| Theater am Gänsemarkt, Hambourg
| musique perdue
|
| 3
| Florindo
| 1708
| Theater am Gänsemarkt, Hambourg
| musique perdue
|
| 4
| Daphne
| 1708
| Theater am Gänsemarkt, Hambourg
| musique perdue
|
| 5
| Rodrigo
| 1707
| Florence
|
|
| 6
| Agrippina
| fin 1709/début 1710
| Teatro San Giovanni Grisostomo, Venise
|
|
| 7a/b
| Rinaldo
| 24 février 1711
| Queen's Theatre, Londres
|
|
| 8a/b/c
| Il pastor fido
| 12 novembre 1712
| Queen's Theatre, Londres
|
|
| 9
| Teseo
| 10 janvier 1713
| Queen's Theatre, Londres
|
|
HWV 10
Lucio Cornelio Silla
-----
| 11
| Amadigi
| 25 mai 1715
| King's Theatre, Londres
|
|
| 12a/b
| Radamisto
| 27 avril 1720
| King's Theatre, Londres
|
|
| 13
| Muzio Scevola
| 15 avril 1721
| King's Theatre, Londres
| 3e acte seul
|
| 14
| Floridante
| 9 décembre 1721
| King's Theatre, Londres
|
|
| 15
| Ottone
| 12 janvier 1723
| King's Theatre, Londres
|
|
| 16
| Flavio
| 14 mai 1723
| King's Theatre, Londres
|
|
| 17
| Giulio Cesare in Egitto
| 20 février 1724
| King's Theatre, Londres
|
|
| 18
| Tamerlano
| 31 octobre 1724
| King's Theatre, Londres
|
|
| 19
| Rodelinda
| 13 février 1725
| King's Theatre, Londres
|
|
| 20
| Scipione
| 12 mars 1726
| King's Theatre, Londres
|
|
| 21
| Alessandro
| 5 mai 1726
| King's Theatre, Londres
|
|
| 22
| Admeto
| 31 janvier1727
| King's Theatre, Londres
|
|
| 23
| Riccardo Primo
| 11 novembre 1727
| King's Theatre, Londres
|
|
| 24
| Siroe
| 17 février1728
| King's Theatre, Londres
| Livret de Métastase
|
| 25
| Tolomeo
| 30 avril 1728
| King's Theatre, Londres
|
|
| 26
| Lotario
| 2 décembre1729
| King's Theatre, Londres
|
|
| 27
| Partenope
| 21 février1730
| King's Theatre, Londres
|
|
| 28
| Poro
| 2 février1731
| King's Theatre, Londres
| Livret de Métastase
|
| 29
| Ezio
| 11 janvier 1732
| King's Theatre, Londres
| Livret de Métastase
|
| 30
| Sosarme
| 15 février 1732
| King's Theatre, Londres
|
|
| 31
| Orlando
| 27 janvier 1733
| King's Theatre, Londres
|
|
| 32
| Arianna
| 26 janvier1734
| King's Theatre, Londres
|
|
| 33
| Ariodante
| 8 janvier1735
| Covent Garden Theatre, Londres
|
|
| 34
| Alcina
| 16 avril 1735
| Covent Garden Theatre, Londres
|
|
| 35
| Atalanta
| 12 mai 1736
| Covent Garden Theatre, Londres
|
|
| 36
| Arminio
| 12 janvier1737
| Covent Garden Theatre, Londres
|
|
| 37
| Giustino
| 16 février1737
| Covent Garden Theatre, Londres
|
|
| 38
| Berenice
| 18 mai 1737
| Covent Garden Theatre, Londres
|
|
| 39
| Faramondo
| 3 janvier1738
| King's Theatre, Londres
|
|
| 40
| Serse
| 15 avril 1738
| King's Theatre, Londres
|
|
| A14
| Giove in Argo (pastiche)
| 1 mai 1739
| King's Theatre, Londres
|
|
| 41
| Imeneo
| 22 novembre 1740
| Theater in Lincoln's Inn Fields, Londres
|
|
| 42
| Deidamia
| 10 janvier1741
| Theater in Lincoln's Inn Fields, Londres
|
|
| '''Oratorios, drames musicaux et masques
|
| HWV
| Titre
| Première
| Lieu
|
| 49a/b
| Acis and Galatea
| probablement 1718
| près de Londres
|
| 50a/b
| Esther
| probablement 1718
| près de Londres
|
| 51
| Deborah
| 21 février 1733
| King's Theatre, Londres
|
| 52
| Athalia
| 10 juillet 1733
| Sheldonian Theatre, Oxford
|
| 53
| Saul
| 16 janvier 1739
| King's Theatre, Londres
|
| 54
| Israel in Egypt
| 4 avril 1739
| King's Theatre, Londres
|
| 55
| L'Allegro, il Penseroso ed il Moderato
| 27 février 1740
| Theater in Lincoln's Inn Fields, Londres
|
| 56
| Le Messie
| 13 avril 1742
| New Music Hall, Dublin
|
| 57
| Samson
| 18 février 1743
| Covent Garden Theatre, Londres
|
| 58
| Semele
| 10 février 1744
| Covent Garden Theatre, Londres
|
| 59
| Joseph and his Brethren
| 2 mars 1744
| Covent Garden Theatre, Londres
|
| 60
| Hercules
| 5 janvier 1745
| King's Theatre, Londres
|
| 61
| Belshazzar
| 27 mars 1745
| King's Theatre, Londres
|
| 62
| The Occasional Oratorio
| 14 février 1746
| Covent Garden Theatre, Londres
|
| 63
| Judas Maccabaeus
| 1 avril 1747
| Covent Garden Theatre, Londres
|
| 64
| Joshua
| 9 mars 1748
| Covent Garden Theatre, Londres
|
| 65
| Alexander Balus
| 23 mars 1748
| Covent Garden Theatre, Londres
|
| 66
| Susanna
| 10 février 1749
| Covent Garden Theatre, Londres
|
| 67
| Solomon
| 17 mars 1749
| Covent Garden Theatre, Londres
|
| 68
| Theodora
| 16 mars 1750
| Covent Garden Theatre, Londres
|
| 69
| The Choice of Hercules
| 1 mars 1751
| Covent Garden Theatre, Londres
|
| 70
| Jephtha
| 26 février 1752
| Covent Garden Theatre, Londres
|
| 71
| The Triumph of Time and Truth
| 11 mars 1757
| Covent Garden Theatre, Londres
|
| 72
| Aci, Galatea e Polifemo
| 1708
| Rome
|
| 73
| Il Parnasso in festa per gli sponsali di Teti e Peleo
| 1734
|
|
| 75
| Alexander's Feast
| 19 février 1736
| King's Theatre, Londres
|
| 76
| Ode for St. Cecilia's Day
| 22 novembre 1739
| Theater in Lincoln's Inn Fields, Londres
|
Caractères de la musique de Haendel
Opéras
Les 42 opéras de Haendel se situent dans la tradition italienne du
Dramma per musica avec alternance de
recittativo secco et d'
arias da capo (
opera seria). Au cours du temps, son style évolua sans jamais rompre avec cette tradition. Ainsi, il introduisit un récitatif accompagné (par exemple dans
Orlando) pour mieux renforcer l'expression d'un sentiment particulier. Parfois aussi, il terminait une aria sur la seconde partie sans reprendre au
da capo mais en enchaînant immédiatement sur un récitatif.
En dehors des arie de soliste, il composa aussi des duos, de rares trios et un seul quatuor. Au début, Haendel n'écrivit de parties chorales que pour la fin de l'opéra : ils y sont chantés par les protagonistes. C'est seulement en 1735 qu'il semble avoir composé un chœur autonome. La même année, il écrivit des ballets pour les opéras Alcina et Ariodante représentés à Covent Garden car il avait alors à sa disposition un corps de ballet.
Les ouvertures ont la structure 'à la française' mise au point par Lully. Les livrets suivent très souvent la tradition vénitienne.
En dépit de la grande popularité de son contemporain Métastase - dont les livrets furent souvent mis en musique par plusieurs compositeurs successifs - il ne fit appel à cet auteur que trois fois pour ses propres opéras.
Musique religieuse
Luthérien comme Jean-Sébastien Bach, Haendel a été en contact avec plusieurs traditions cultuelles chrétiennes : catholicisme en Italie, anglicanisme en Angleterre. Il s'adaptait facilement, et son sentiment religieux ne se dément pas, pendant toute sa longue carrière.
La musique religieuse de Haendel comprend quelques œuvres en allemand (ex. Passion selon Brockes), des psaumes en latin, les pièces mises en musique sur des paroles en italien et les œuvres sur des textes en anglais.
Parmi les compositions sur des textes en latin, on distingue tout particulièrement Dixit Dominus, Laudate pueri et Nisi Dominus.
Les premières pièces des débuts à Londres sont d'un caractère intimiste lié à la modestie des moyens d'interprétation dont disposait le compositeur : ainsi des Chandos anthems.
Les autres œuvres religieuses de la période londonienne ont été écrites en général pour la « Chapel Royal » pour des occasions particulières et/ou officielles. Le Te Deum et Jubilate d'Utrecht, composé pour célébrer la conclusion de la paix d'Utrecht est fortement influencé par le style de Purcell.
Parmi les quatre Coronation Anthems de 1727, celui intitulé Zadok the Priest a toujours été joué, depuis le temps de Haendel, à l'occasion des cérémonies du couronnement, la dernière fois en 1952 pour Elisabeth II.
Haendel composa en 1737, à l'occasion des funérailles de la reine Caroline, qui avait été pour lui une amie proche, The Ways of Zion Do Mourn que beaucoup considère comme l'une de ses musiques funèbres les plus poignantes. Il en réutilisa la musique, en la transformant complètement dans l'oratorio Israel in Egypt. Ce fut lui qui créa l'oratorio en anglais, forme musicale à laquelle il consacra toute la dernière partie de sa vie. Elle lui permit tout à la fois d'exprimer son sentiment religieux et de composer la musique qu'il aimait, si proche de celle de l'opéra.
Le Messie reste son œuvre la plus connue, interprétée de façon continue en Grande-Bretagne et puis au Royaume-Uni depuis l'époque de Haendel : la tradition de se lever lorsque résonnent les premières notes du grand chœur Alléluia se perpétue depuis lors.
Hændel composa d'autres oratorios sur des thèmes bibliques : Solomon (Salomon), Saül, Samson, Joshua (Josué), Belshazzar, Jephta (Jephté), Semele, Judas Maccabaeus (Judas Maccabée), Bathsheba (Bethsabée), Theodora, etc...
Musique pour orchestre
La plupart des compositions orchestrales de Haendel font partie d'opéras et d'oratorios : il s'agit des ouvertures et des intermèdes.
Parmi les œuvres indépendantes pour orchestre, on trouve les six concertos pour hautbois de l'opus 3, édités en 1734, mais d'une composition antérieure et écrits pour différentes occasions, ainsi que les douze concertos grossos de l'opus 6 de 1739, dans la tradition de Corelli, la structure étant celle de la sonate d'église, mais Haendel a son style personnel, particulièrement dans l'alternance du concertino et du tutti.
Ses concertos pour orgue et orchestre n'ont pas d'exemple antérieur : il créa ce genre qui fit quelques émules (par exemple chez le français Michel Corrette). Ces concertos, avec les concertos pour un ou plusieurs clavecins de Bach sont les premiers concertos de soliste écrits pour instruments à clavier(s). Haendel en jouait la partie soliste pendant les intermèdes de ses opéras, sur l'orgue positif dont il pouvait disposer au théâtre : il n'y a pas, en, principe, de voix au pédalier (ils peuvent donc tout aussi bien être joués au clavecin).
Musique de chambre
Six sonates en trio (opus 2) furent publiées en 1733, cependant leur composition s'étend sur de nombreuses années, et les premières remontent peut-être jusqu'en 1703. Ce sont des
sonate da chiesa de forme stricte, à quatre mouvements.
Sept autres sonates (opus 5) furent publiées en 1739. Elles possèdent cinq ou six mouvements, parmi lesquels des danses telles que la sarabande ou la gavotte. Ce sont donc des œuvres hybrides entre sonate et suite. De mêmes formes sont les dix sonates solistes de l'opus 1 qui furent écrites entre 1712 et 1726 et éditées en 1732.
Les compositions de Haendel pour le clavecin sont extrêmement nombreuses et ont été écrites principalement comme pièces didactiques ou de circonstance. Les plus importantes, en ce qu'elles ont été publiées sous le contrôle du compositeur lui-même sont les huit suites HWV 426-433 de 1720 ; ceci les différencie d'un second recueil publié en 1730 à Amsterdam, sans son agrément (HWV 434-438). Toutes ces pièces ont en commun, d'une part d'avoir été composées certainement pendant sa jeunesse - mais la datation en est conjecturale - et peut-être pour certaines d'entre elles, pendant son séjour à Hambourg, d'autre part de ne guère respecter la structure traditionnelle de la suite.
Du temps de Haendel, la musique de chambre comprenait aussi bien des œuvres purement instrumentales que des œuvres vocales. Nombreuses sont les cantates profanes pour petit effectif qu'il a composé : plus de 60 cantates pour soliste avec basse continue qui consistent en airs et récitatifs alternés à la façon d'Alessandro Scarlatti. Il faut y ajouter plus de dix cantates avec instruments solistes. La plupart de ces cantates profanes datent du séjour romain de Haendel, lorsqu'il fréquentait Alessandro Scarlatti, Arcangelo Corelli, Bernardo Pasquini, à l'Académie d'Arcadie. Les neuf airs allemands pour voix soliste, instruments et basse continue datent de 1709.
Haendel composa 21 duos avec basse continue. Deux d'entre eux datent probablement de 1722 ; les autres ont été composés par tiers en Italie, à Hanovre ou à Londres, dans les années 1740. Leur structure diffère profondément de celle des cantates en solo, car il n'y a ni récitatif, ni aria da capo : l'accent est mis sur l'aspect contrapuntique de l'arrangement des voix. Elles suivent l'exemple de compositions similaires par Agostino Steffani.
L'art de Haendel
Comme beaucoup de ses contemporains, Haendel fut un compositeur extrêmement fécond. Il produisit dans à peu près tous les genres pratiqués à son époque des œuvres qui en représentent bien souvent le sommet, que ce soit en musique instrumentale ou vocale. Dans ce dernier domaine, ce musicien allemand produisit peu d'œuvres dans sa langue maternelle, mais il rivalisa, en italien, avec les spécialistes italiens de la cantate et de l'opéra et il fut, en anglais, le premier successeur et rival digne de
Henry Purcell.
Son style, très reconnaissable, allie l'invention mélodique, la verve et la souplesse d'inspiration des Italiens, la majesté et l'amplitude des thèmes du Grand-Siècle français, le sens de l'organisation et du contrepoint des Allemands.
Un trait distinctif est le dynamisme qui émane de cette musique, à l'imitation du personnage : une force de la nature, que l'on devine à l'aise et s'imposant dans n'importe quelle société. Ses thèmes ne savent pas respirer l'ennui, c'est une énergie débordante, une verve d'extraverti qu'on imagine mal peaufiner son ouvrage : Haendel composait très vite et savait inventer, de manière instinctive, des mélodies très populaires, qui coulent de façon évidente et que l'on mémorise avec facilité.
L'importance de sa production va de pair, comme chez beaucoup de ses contemporains, même les plus doués, (Bach, Telemann, Rameau, etc.) avec une réutilisation fréquente de ses thèmes les plus réussis, qu'il n'est pas rare de retrouver parfois à l'identique dans plusieurs œuvres, éventuellement transcrites, transposées, adaptées [Lucien Rebatet, op. cit. page 256]… Le même thème peut passer d'une sonate en trio à un concerto grosso, à un concerto pour orgue, à une cantate. Il n'hésitait pas, par ailleurs, à faire siens des thèmes d'autres compositeurs, et ces emprunts sont nombreux : François Couperin, Georg Muffat, Johann Kuhnau, Johann Kaspar Kerll entre autres lui en ont fourni. Mais il n'était pas seul à le faire, et Bach lui-même était redevable à certains de ses collègues. Multiples versions des mêmes œuvres, sources contradictoires, pillage par d'autres musiciens, éditions pirates faites sans l'aval et la révision du compositeur rendent difficile le travail du musicologue, surtout lorsque la quantité des pièces qui ressortent d'une catégorie (cantates Italiennes, pièces isolées pour le clavecin, …) est si importante. Seuls sept recueils de pièces instrumentales portent un numéro d'opus.
Sa science du contrepoint est très solide, mais étant avant tout praticien, ses recherches en ce domaine ne sont en rien comparables à celles de Jean-Sébastien Bach, musicien sans doute plus spéculatif et plus introverti : il rechercha beaucoup plus que celui-ci à faire effet grâce à ses dons dramatiques. Cela explique sans doute que l'un n'ait jamais écrit d'opéra ou d'oratorio à vocation dramatique alors que l'autre y a consacré l'essentiel de sa carrière et de son énergie. Sa profonde compréhension de l'humain, donc des personnages, le prédestinait aussi à cette activité.
En fait, si les deux hommes, exacts contemporains issus de la même région d'Allemagne, représentent ensemble le sommet de la musique baroque européenne et moururent aveugles après avoir été opérés par le même chirurgien, tout le reste les oppose : Bach, marié deux fois, engendra plus de vingt enfants, dont quatre musiciens doués, quand Haendel vécut célibataire jusqu'à la mort; le premier ne quitta quasi jamais sa région d'origine, pendant que l'autre sillonnait l'Europe ; Bach était chez lui dans la musique religieuse alors que Haendel composait surtout de la musique profane. Bach resta relativement ignoré de son vivant et fut bien vite oublié après sa mort alors que Haendel connut les plus grands succès, avant et après sa disparition, sans connaître l'éclipse de 80 ans qui a fait presque oublier celle de Bach.
Ces deux grands musiciens se connaissaient par leur musique et leur réputation respectives ; ils faisaient tous deux partie de la même société savante et avaient de nombreuses relations communes. Il faut certainement interpréter le fait que Haendel ne se soit jamais dérangé pour rencontrer Bach - alors qu'il hésitait si peu à voyager et à rencontrer tous ses collègues - soit par le sentiment de ne pas être - pour une fois ! - à la hauteur, soit par celui de leur incommunicabilité réciproque.
L'héritage de Haendel
De son vivant, Haendel connut un important succès en
Italie et en
Grande-Bretagne, mais aussi en
France, où certaines de ses œuvres instrumentales ont été entendues au
Concert Spirituel.
Après sa mort, ses opéras tombèrent dans l'oubli, tandis que sa musique sacrée continuait de rencontrer un certain succès, surtout en Grande-Bretagne. Cela s'est traduit notamment par la permanence du compositeur, formant ce que les musicologues appellent le développement du classicisme. Haendel faisait partie des compositeurs interprétés dans les Concerts of Ancient Music.
Beethoven de son côté considérait Haendel comme le plus grand compositeur de tous les temps. Il étudia Haendel durant sa dernière période créatrice et, quelque temps avant sa mort, se fit offrir une édition complète de ses œuvres et projetait d'écrire des oratorios dans le style de son idole. L'ouverture La Consécration de la maison (1822), contemporaine de la Neuvième symphonie, fut une tentative du genre.
Au , Haendel fut surtout apprécié pour son œuvre religieuse, tant en France qu'en Grande-Bretagne. À Paris, Choron contribua pour beaucoup à le mettre à l'affiche des concerts. L'œuvre de Haendel est particulièrement appréciée pour mettre en valeur les chœurs professionnels et les chorales d'amateurs et la célébrité de l'Hallelujah du Messiah est grande. On exécute aussi volontiers certaines de ses compositions particulièrement chatoyantes (concertos pour orgue, Royal Fireworks Music, Water Music ...)
À partir des années 1960, le reste de son œuvre est redécouvert, en particulier ses opéras. Haendel bénéficie pleinement du renouveau de la musique baroque. Plusieurs de ses opéras sont à nouveau montés et enregistrés. Dès lors, la musique instrumentale (de chambre) et la musique vocale profane de Haendel sortent également de l'oubli et il devient l'un des compositeurs les plus joués au monde sur les scènes lyriques.
Citations à propos de Haendel
Voir aussi
Liens internes
Liens externes
Extraits musicaux
Notes
Bibliographie et sources
- Jean Gallois, Haendel, Editions du Seuil (Collection Solfèges) Paris, 1980. ISBN 2-02-00-5707-7
- Romain Rolland Haendel, Actes Sud - 1 édition juin 2005. ISBN 2-7427-5454-7
- Lucien Rebatet, Une histoire de la musique chap. XIV Robert Laffont 1985
- Marcel Vilcoski, article Händel (Georg Friedrich) dans la Grande Encyclopédie Larousse en 20 volumes - 1974
- Walter Eisen : Händel-Handbuch, Bärenreiter-Verlag, Kassel,
- 1. - Lebens- und Schaffensdaten, 1983, ISBN 3-7618-0610-8
- 2. - Thematisch-systematisches Verzeichnis. Oratorische Werke, vokale Kammermusik, Kirchenmusik, 1984, ISBN 3-7618-0715-5
- 3. - Thematisch-systematisches Verzeichnis. Instrumentalmusik, Pasticci und Fragmente, 1986, ISBN 3-7618-0716-3
- 4. - Dokumente zu Leben und Schaffen, 1985, ISBN 3-7618-0717-1
- Hans J. Marx: Händels Oratorien, ODen und Serenaden, Vandenhoeck & Ruprecht, Göttingen 1998, ISBN 3-525-27815-2
- Paul H. Lang: George Frideric Handel, Dover Publications, Mineola, N.Y. 1996, ISBN 0-486-29227-4
- Dean Winton, John Merrill Knapp: Handel's Operas, 1704-1726, Clarendon, Oxford 1987, ISBN 0-19-315219-3
- Dean Winton: Handel's dramatic oratorios and masques, Clarendon, Oxford 1990 ISBN 0-19-816184-0
- Michael Heinemann, Georg Friedrich Händel, Reinbek 2004, ISBN 3-499-50648-3
- Mary Ann Parker-Ale, G. F. Handel: a guide to research, New York, Garland, 1988. ISBN 0-8240-8425-7.
- Burrows, Donald. Handel Oxford : Oxford University Press, 1994. ISBN 0-19-816470-X
- Deutsch, Otto Erich, Handel: A Documentary Biography, 1955.
- Frosch, W.A., The 'case' of George Frideric Handel
, New England Journal of Medicine, 1989; 321:765-769, Sep 14, 1989. [1]
- Harris, Ellen T. (general editor) The librettos of Handel's operas: a collection of seventy librettos documenting Handel's operatic career New York: Garland, 1989. ISBN 0-8240-3862-2
- Hogwood, Christopher. Handel. London: Thames and Hudson, 1984. ISBN 0-500-01355-1
- Keates, Jonathan. Handel, the man and his music. London: V. Gollancz, 1985. ISBN 0-575-03573-0