Biographie
On peut dire que Henri Wallon a mené deux carrières parallèles.
Marxien convaincu, il assume des fonctions politiques tout en menant une œuvre scientifique remarquable dans le domaine de la psychologie de l'enfance. Ces deux carrières se rejoignent quand il est nommé en
1944 secrétaire de l'
Éducation nationale et préside une commission de réforme de l'enseignement qui marque durablement l'Éducation nationale sous le nom du
projet Langevin-Wallon.
L'homme politique
- En 1931, il adhère à la SFIO puis devient membre du PCF en 1942.
- En 1944, il est nommé secrétaire de l'Éducation nationale.
- Il est élu député communiste (1945-1946) et préside la commission de réforme de l'enseignement connue sous le nom de projet Langevin-Wallon (1945).
Le psychologue
C'est surtout par son œuvre scientifique, essentiellement consacrée à l'enfance, que Henri Wallon est connu. Après une solide formation intellectuelle, il occupe les plus hautes fonctions dans le monde universitaire français tout en menant une grande activité éditoriale. Admis à l'
École normale supérieure en
1899, il prépare l'
agrégation de philosophie (1902), puis devient
docteur en médecine (1908). Il publie d'ailleurs sa thèse de médecine en 1909, dont le thème est le
délire de persécution. De plus, il s'occupe des enfants atteints d'
arriération mentale (1908-1931).
Pendant la Première Guerre mondiale, il est mobilisé en tant que médecin militaire et s'intéresse à la neurologie. En 1920, il est chargé de cours à la Sorbonne, puis devient docteur ès lettres avec une thèse sur l'enfant turbulent (1925). Il est nommé directeur d'études à l'École pratique des hautes études (1927) et crée le laboratoire de psycho-biologie de l'enfant. De 1937 à 1949, il est professeur au Collège de France, où il occupe la chaire de psychologie et d'éducation de l'enfance. Directeur de l'Institut de psychologie de l'Université de Paris, il crée en 1948 la revue Enfance. Il est président du Groupe français d'éducation nouvelle de 1946 à son décès en 1962.
Positions théoriques
Henri Wallon a organisé ses observations en présentant le
développement de la
personnalité de l'
enfant comme une succession de stades. Certains de ces stades sont marqués par la prédominance de l'affectivité sur l'
intelligence, alors que d'autres apparaissent plutôt caractérisés par la primauté de l'intelligence sur l'affectivité. C'est dans cette succession discontinue et concurrentielle entre la prédominance de l'intelligence et de l'affectivité que s'élabore la personnalité de l'enfant. Ainsi, Wallon articule au cœur d'un modèle dialectique des notions telles que l' émotion, les
attitudes, les liens à l'autre. Sa conception des stades fait apparaître l'idée que la
régression y est possible, contrairement au modèle de
Piaget.
En voici les principales étapes :
- Le stade impulsif (de 0 à trois mois). Ce qui domine dans la vie infantile, ce sont les sensations internes (introceptiveifss) et les facteurs affect entretenus avec l'entourage. Sur le plan moteur, cette période est caractérisée par la faible maîtrise motrice et donc un désordre gestuel. C'est la qualité des réponses de l'entourage du nourrisson qui vont lui permettre de passer du désordre gestuel à des émotions différenciées.
- Le stade émotionnel (de 3 mois à 1 an). Émergence d'un commencement de reconnaissance de soi au travers du regard des autres. Apparition de quatre émotions : la joie, le chagrin, la colère et la douleur.
- Le stade sensori-moteur et projectif (de 1 à 3 ans). Ce qui prédomine alors pour l'enfant, c'est l'influence du monde extérieur. L'intégration de cette influence externe va favoriser l'éveil de deux types d'intelligence : l'une pratique, par la manipulation des objets et du corps propre, l'autre « discursive », par l'imitation et l'appropriation du langage.
- Le stade du personnalisme (3 à 6 ans) est caractérisé par une prédominance, à nouveau, des fonctions affectives sur l'intelligence. Vers 3 ans l'enfant tend à s'opposer à l'adulte dans une sorte de crise négativiste, mais cette attitude est bientôt suivie d'une période d'imitation motrice et sociale. L'enfant exprime ainsi l'ambivalence qui le lie au modèle prestigieux que représente pour lui l'adulte.
- Le stade catégoriel (6 à 11 ans). Ici, ce sont les facultés intellectuelles qui semblent prendre le pas sur l'affectif. Pendant sa scolarité, l'enfant acquiert des capacités de mémoire volontaire et d'attention. Son intelligence accède à la formation des catégories mentales qui conduisent aux capacités d'abstraction.
- Le stade de l'adolescence commence après 11 ans et se caractérise par une primauté des préoccupations affectives.
Émile Jalley (1981) a montré comment Henri Wallon fut un lecteur attentif de la littérature scientifique et philosophique allemande et comment il contribua à introduire et à diffuser dans la théorie psychologique française certains concepts de
Hegel et de
Freud, même si Wallon était opposé au concept adultocentré de
sexualité infantile. En insistant sur la discontinuité et la notion de crise qui sous-tend cette discontinuité, Henri Wallon se montrait fidèle aux thèses hégeliennes de la
dialectique. Il se distingue en cela de
Jean Piaget, qui valorise plutôt dans sa propre description des stades du développement infantile les interactions au détriment des ruptures. Mais Henri Wallon eut également une réelle influence sur la psychanalyse en France et à l'étranger. Émile Jalley a montré qu'il avait repris certaines observations ou concepts de Freud dans ses développements théoriques. En retour, certains psychanalystes se sont appropriés ses observations, notamment
René Spitz,
Donald Winnicott et
Jacques Lacan, ce dernier lui devant au moins l'origine de son
stade du miroir.
Œuvres
- Délire de persécution. Le délire chronique à base d'interprétation, Baillière, Paris, 1909
- « La Conscience et la vie subconsciente » in G. Dumas, Nouveau traité de psychologie, PUF, Paris (1920-1921)
- L'Enfant turbulent, Alcan, Paris, 1925, rééd. PUF-Quadrige, Paris, 1984
- Les Origines du caractère chez l'enfant. Les préludes du sentiment de pesonnalité, Boisvin, Paris, 1934, rééd. PUF-Quadrige, Paris, 2002
- La Vie mentale, Éditions sociales, Paris, 1938, rééd. 1982
- L'Évolution psychologique de l'enfant, A. Colin, Paris, 1941, rééd. 2002, Ed.: Armand Colin, 1941, rééd. 2002
- De l'acte à la pensée, Flammarion, Paris, 1942
- Les Origines de la pensée chez l'enfant, PUF, Paris, 1945, rééd. 1963
- Principes de psychologie appliquée, Armand Colin, Paris, 1938
Bibliographie
- Émile Jalley, Wallon lecteur de Sigmund Freud et Jean Piaget. Trois études suivies des textes de Wallon sur la psychanalyse, Éditions La Dispute, coll. Terrains, 1981,
- Émile Jalley, Wallon : La vie mentale, Éditions sociales, Paris, 1982
- Émile Jalley, Freud, Wallon, Lacan. L'Enfant au miroir, Éditions EPEL, Paris, 1998
Articles connexes