Historique
À la recherche du Pithécanthrope [Sémah, F., Purwasito, A. et Djubiantono, T. (1993) - « Un fascinant chaînon manquant », in: Le Pithécanthrope de Java - A la découverte du chaînon manquant, Sémah, F. et Grimaud-Hervé, D., (Éds.), Les Dossiers de l'Archéologie, n° 184, pp. 4-11.],[Hublin, J.-J. (2001) - « La conquête des vieux continents », in: Aux origines de l'humanité - de l'apparition de la vie à l'homme moderne, Coppens, Y. et Pick, P., (Éds.), Fayard, pp. 348-377.]

Fossiles découverts par Eugène Dubois ayant servi à définir Pithecanthropus erectus
Peu après la publication des travaux de
Charles Darwin, notamment de
L'Origine des espèces en 1859, le biologiste et philosophe allemand
Ernst Haeckel proposa un arbre généalogique théorique de l’homme dans lequel il fait apparaître un «
chaînon manquant », un être intermédiaire entre le singe et l’homme. Dans son ouvrage
L’histoire de la création naturelle paru en 1868, il nomma cette créature hypothétique
Pithecanthropus alalus [Haeckel, E. (1868) - Natürliche Schöpfungsgeschichte, Berlin.]. Le nom de genre est formé à partir des racines
grecques πίθηκος,
píthēkos, «
singe » et
ἄνθρωπος,
anthropos, «
homme ». Le nom d’espèce est formé sur le préfixe privatif « a- » et le ,
laleô, « parler » : l’absence de langage articulé était en effet considérée comme l’une des caractéristiques nécessaires du Pithécanthrope.
Le médecin et anatomiste néerlandais Eugène Dubois, passionné par les nouvelles théories relatives à l’origine de l’homme, entreprit de rechercher les fossiles prouvant l’existence du Pithécanthrope imaginé par Haeckel. Pour cela, il s’engagea comme médecin militaire dans l’armée des Indes orientales néerlandaises. Nommé à Sumatra en Indonésie en 1887, il s’y rendit convaincu qu’il trouverait sous les tropiques les traces d’un être intermédiaire entre l’homme et les grands singes.
Après plusieurs années de recherches infructueuses à Sumatra, il se rendit à Java où il entreprit de fouiller les dépôts alluviaux de la rivière Solo à Trinil, assisté de deux ingénieurs et d’un groupe de prisonniers condamnés aux travaux forcés. En 1890, il découvrit un premier fragment de mandibule. En 1891, il découvrit une molaire supérieure droite et une calotte crânienne très particulière, présentant des caractéristiques qu’il considéra comme intermédiaires entre les grands singes et l’homme. En août 1892, il exhuma dans le même site un fémur portant une excroissance pathologique mais très proche d’un fémur humain, appartenant incontestablement à un être parfaitement bipède. En 1894, Dubois décrivit ces différents fossiles ainsi que quelques autres dents comme les restes d’une espèce inconnue jusqu’alors, Pithecanthropus erectus, le « singe-homme érigé » [Dubois, E. (1894) - Pithecanthropus erectus, eine menschenähnliche Uebergagsform aus Java, Batavia, Landesdruckerei.].
La publication d’Eugène Dubois fut accueillie avec scepticisme. Aucune forme humaine ancienne n’était connue à ce jour et les fossiles de l’Homme de Néandertal et de l’Homme de Cro-Magnon suscitaient encore des débats. De nombreux spécialistes doutaient du caractère humain de la calotte de Java et surtout de son association avec le fémur. Des tests physico-chimiques ont démontré depuis que ce fémur appartient très certainement à un homme moderne.
La découverte du Sinanthrope
Des Homo erectus africains ?
Sous-espèces et répartition géographique
''
On inclut généralement sous ce nom les spécimens précédemment connus sous le nom de
pithécanthrope ou
Homme de Java et
sinanthrope ou
Homme de Pékin. Depuis les années 1980, la majorité des paléoanthropologues considèrent qu'il faut limiter l'aire de répartition géographique de l'espèce
Homo erectus à l'Asie, là où ont été mis au jour les spécimens types. En effet, le tout premier fossile de cette espèce a été découvert sur le site de Trinil (île de Java, Indonésie) en
1891 par
Eugène Dubois. Ainsi, les fossiles africains de la même époque sont maintenant appelés
Homo ergaster et les européens, ancêtres probables des Hommes de Néanderthal,
Homo heidelbergensis.
Caractéristiques physiques
Ses caractéristiques : une mâchoire puissante, des os épais, un front assez bas, pas de menton, un 'chignon' occipital, un bourrelet sus orbitaire et enfin un cerveau plus petit (850 cm3) que le nôtre. Ces hommes mesuraient 1,60 mètre de hauteur.
Culture et techniques
À ses débuts
cueilleur de fruits et de racines, chassesur de petits animaux et charognard, et de plus gros, comme les éléphant. Il est le premier à avoir domestiqué le
feu, il y a un million d'années.
Il a amélioré les techniques de taille, étendu la gamme des outils : il a réalisé les premiers bifaces et créé une hache (hachereau), dont on a trouvé de nombreux spécimens en Afrique et en Eurasie. Les outils façonnés par Homo erectus révèlent l'existence de comportements nouveaux dans la lignée humaine : l'élaboration d'outils symétriques et une forte adaptation des outils aux conditions locales et aux besoins humains.
Les bifaces présentent une double symétrie (bilatérale et antéro-postérieure) qui ne semble pas uniquement liée à l'amélioration technique de l'outil, mais indique un souci esthétique certain. Par ailleurs, la comparaison des outils taillés par Homo erectus dans les différentes régions du monde qu'il a parcourues montre une grande variabilité de ses capacités techniques. Certains archéologues pensent que la « boîte à outils » des Homo erectus indonésiens, relativement pauvre en outils de pierre, devait être complétée par un important outillage de bois (le bambou est encore très abondamment utilisé dans ces régions). Mais cette hypothèse reste délicate à tester dans la mesure où le bois ne se fossilise que dans des conditions exceptionnelles.
Voir aussi