Analyse
L'humour, en première analyse, est censé faire naître, sinon le rire, parfois vulgaire, au moins le sourire de connivence. Dans la pratique, la réaction de chacun ira du sourire plaisant à la franche hilarité.
de l'église de Roscoff, au dessus des chiffres marquant les heures, l'inscription : 'Craignez la dernière'.]]
On a nommé
humour noir une forme d'humour qui s'appuie sur des éléments tristes ou désagréables et les tourne en dérision (les humours juif et britannique, à cet égard, sont souvent noirs : un ouvrage de
Thomas de Quincey se nomme
De l'assassinat considéré comme un des beaux-arts) et
rire jaune un rire forcé et amer. De fait, l'humour n'est pas nécessairement lié à la joie.
« L'humour est la politesse du désespoir » (citation attribuée selon les auteurs à Achille Chavée, Oscar Wilde, Georges Duhamel, Boris Vian, et parfois même, bien qu'elle ne soit pas du tout de son style, Pierre Dac))
De nos jours, ces classifications s'estompent : l'humour de Pierre Desproges, par exemple, n'est pas sans analogie avec celui d'un Woody Allen. Les vieilles frontières disparaissent et un certain humour devient international, exclusion faite des jeux de mots et du jeu sur les mots (voir Raymond Devos).
Pour Paul Reboux (À la manière de…), l'humour consiste tout simplement à traiter à la légère les choses graves, et gravement les choses légères. Exemple typique (Woody Allen, donc postérieur) : Existe-t-il une réalité objective, ou bien tout n'est-il qu'illusion, auquel cas j'aurais payé mon appartement beaucoup trop cher ?.
L’humour doit être distingué par d’autres concepts qui lui sont proches :
- le comique, effet accessoire ou facultatif de l’humour ;
- le rire, qui peut être le mécanisme que l’humour met en jeu ;
- la plaisanterie ;
- l’ironie, qui ajoute cette nuance de moquerie ;
- l'impertinence, forme arrogante de l'humour ;
- l’euphorie (la gaieté) ;
- et enfin le plaisir, qui naît de l’imprévu, de l’originalité, de la richesse du message, expression d’un humour qui a atteint son but.
Raison d'être
Les origines et les fonctions du rire engendré par l'humour sont difficiles à cerner ; l'adage populaire « un bon rire vaut un steak » montre qu'il possède en tout cas une fonction
cathartique :
on se sent bien après avoir ri ; c'est en ce sens que les
Anciensss le concevaient dans leurs
comédie ; il permet, de plus, de dénoncer de manière plus ou moins cachée ce qu'indique la formule consacrée
castigat ridendo mores (« Elle corrige les mœurs en riant ») appliqué à la comédie. Pour certains éthologues, le rire, que l'on semble constater chez certaines races de
singess, est avant tout le rictus, c'est-à-dire un soulèvement des
lèvre afin de montrer les
dents ; il pourrait donc être une forme de violence détournée, une inclination à l'agression résumée en une mimique. Vu sous cet angle, l'humour permettrait d'évacuer cette
violence, née de la frustration et de la souffrance (surtout dans l'humour noir) ; l'on rejoint là la fonction cathartique. Le lien avec une sensation de malaise peut facilement se vérifier si l'on considère la gêne ressentie par l'auditoire et l'orateur lorsque celui-ci rate un
trait d'esprit et ne parvient pas à faire sourire.
Beaucoup d’enquêtes ont été menées sur le thème de l’humour pour en tirer des résultats concluants. En effet, l’humour apparaît pour la plupart des personnes comme un témoignage du bien-être et d’une joie de vivre, pour permettre de décompresser et de prendre du plaisir dans des situations quelconques, à n’importe quel moment. L’humour est en général de manière spontanée (« ça vient comme ça » ; « c’est naturel ») et fort peu de façon calculée. Très peu de faits précis sont rapportés (« la prof de Maths qui s’est cassé la gueule de l’estrade quant elle gueulait pour virer un pote »). L’humour est généralement manié par les jeunes : 39% [[Statistiques de la Société Internationale de Psychologie de l’Expression et d’Art]] soulignant que cela s’effectue conjointement avec leurs parents dans une relation duelle.
L'humour est aussi souvent un moyen pour un groupe ou une personne soumis à de fortes pressions sociales ou à de fortes contraintes de s'en échapper.
Ainsi les peuples sous le joug soviétique avaient inventé de nombreuses blagues pour lutter tant bien que mal contre l'absurde et la répression[Le communisme est-il soluble dans l'alcool? de Philippe Meyer et Antoine Meyer (1978), éd. du Seuil, coll. Essais ].
De même, dans les grandes entreprises ou administrations, se développent un jargon et des codes permettant aux individus de résister au 'système'[Brèves de couloir : un site web et un livre sur l'humour sous-jacent dans le langage effectivement parlé dans les entreprises ]
.
Origine récente
Le terme même d
'humour est récent ; il nous vient de l'
anglais, sous la forme
humour, qui désigne à la fois les dispositions du tempérament et les fluides corporels ('humeurs'), dont on pensait qu'ils régissaient le comportement et la
santé. Le mot
anglais est un
emprunt antérieur au français
humeur, qui possédait à l'époque les deux sens décrits plus haut. Le mot
humour est attesté pour la première fois en
français au , entré en
France grâce aux liens qu'entretenaient les penseurs des
Lumières avec les philosophes britanniques.
Auparavant, l'on utilisait dans le domaine littéraire le mot esprit, que l'on retrouve dans des expressions comme « avoir de l'esprit » ou « trait d'esprit ». L'esprit se définissait plus comme une forme d'ironie acide et pince-sans-rire, que l'on constate facilement chez des auteurs du siècle des Lumières comme Voltaire, Diderot ou Crébillon fils. Sigmund Freud a étudié le trait d'esprit (Witz) dans Le trait d'esprit et sa relation à l'inconscient (1905). L'humour tel que pratiqué par les Britanniques se révélait cependant plus proche d'une forme de regard absurde et détaché sur les événements, sans forcément conduire à la malveillance vers laquelle tendait souvent l'esprit français.
Le film Ridicule de Patrice Leconte illustre ce décalage culturel d'époque, et montre les premières interrogations sur l'humour britannique, encore mystérieux pour les Français.
L’humour et le comique
Les apparitions les plus connues de l'humour se font dans les histoires amusantes, qualifiées de « drôles », désignées fréquemment sous le vocable de blagues. Il se manifeste cependant de manières très diverses et n'est pas toujours explicite (c'est le cas de l'ironie, de la pointe, de la remarque pince-sans-rire); des gestes même peuvent être comiques. Si l'humour est toujours volontaire, l'on peut être comique sans le vouloir. L'humour, cependant, est indissociable du comique, c'est-à-dire de « ce qui est propre à faire rire » ; le comique est, parmi les tonalités littéraires, ce qui permet l'humour ; on en distingue principalement sept formes :
- comique de gestes ;
- comique de mots, qui inclut les jeux de mots ;
- comique de mœurs ;
- comique de situation ;
- comique de caractère ;
- comique de répétition.
- comique : la satire
En sorte, l'humour utilise nécessairement une forme de comique, mais toute manifestation comique n'est pas forcément humoristique.
Enfin, si l'humour permet à l'homme, par le décalage et l'absurde, de prendre conscience de lui-même, de ses dérèglements ou de ceux de la société, il ne faut pas s'étonner que les sujets choisis par l'humour dit noir puissent être macabres ou choquants : la mort, la blessure, le désespoir et l'angoisse font bel et bien partie de la vie humaine. On ne doit cependant pas oublier que, pour paraphraser Pierre Desproges, si l'on peut rire de tout, on ne peut le faire avec tout le monde.
L’humour agressif est présenté comme celui qui a le plus de « pouvoir ». « Mais l’humour apparaît également comme l’arme du faible ou des artistes contre les états totalitaires et l’idéologie qui les fonde. C’est une voix singulière qui refuse toutes ces monstruosités. »
En revanche, il n’est pas nécessairement drôle, répétons-le. Il provoque plus le sourire que le rire, et ce sourire est souvent teinté d’émotion. L’humoriste est, dans tous les cas, en principe exempt d’intention satirique. Aucune trace de cruauté chez lui. Le rire marque cependant une supériorité sociale que le rieur s’attribue en quelque façon. On rit ou on sourit d’une mauvaise orthographe, d’un accent, de la démarche d’un animal, d’une maladresse, d’une bévue, d’une étourderie ; bref, de tout ce qui flatte en soi un sentiment de domination ou de revanche.
Pour Charles Baudelaire, qui reprend à son compte dans « De l’essence du rire et généralement du comique dans les arts plastiques » une partie de l' ancienne doctrine chrétienne sur le caractère satanique du rire, et la distinction introduite par Hoffmann entre comique ordinaire et comique innocent, « on trouvera au fond de la pensée du rieur un certain orgueil inconscient », si bien que le rire, « conséquence [pour l'homme] de l'idée de sa propre supériorité (…) est à la fois signe d'une grandeur infinie et d'une misère infinie ».
La question morale posée à propos du rire est très ancienne. On peut ainsi lire dans la Somme théologique de saint Thomas d'Aquin « C'est ainsi qu'un mot pour rire est un péché véniel s'il est dit sans utilité, mais il n'est plus une parole oiseuse ni un péché s'il est dit pour un motif raisonnable. Bien que le péché véniel ne supprime pas la grâce qui procure le salut de l'homme, cependant, pour autant qu'il dispose au péché mortel, il devient nuisible au salut »[Somme Théologique, II-II Qu.43 ]
article 7.
Pour Tertullien, « Il convient aussi à la vérité de rire, parce qu'elle est joyeuse, et de se jouer de ses ennemis, parce qu'elle est confiante dans sa force. Seulement il faut éviter que son rire n'excite à son tour la raillerie, s'il était déplacé. Mais d'ailleurs partout où le rire est convenable, il remplit un devoir » [Tertullien, Contre les Valentiniens ]
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L’humour au cinéma
Les films humoristiques ont le plus souvent pour base le caractère propre des personnages. Les scénarios sont écrits de façon à provoquer une situation loufoque ou qui obligerait un personnage à révéler son caractère humoristique.
Plusieurs exemples sont à prendre en compte comme le film Rush Hour. Ce film met en scène un policier américain noir, pas très doué et bavard et l'élite des forces chinoises. Le choc entre deux cultures produit souvent son effet comique fondé sur les incompréhensions. Certaines répliques dans des scènes de fusillade sont inattendues et on passe d'une ambiance mortelle à une ambiance relaxée, tout cela dans le but de divertir le public avec des scènes d'action amusantes.
Une autre sorte d'humour, l'humour noir, permet de mettre en valeur des personnages clés (comme les méchants) et de montrer leur côté cruel. Mafia Blues en est un bon exemple. Paul Vitti est censé être un mafieux cruel mais ses répliques provoquent un sentiment qu'on peut qualifier de syndrome de Stockholm, qui attache au personnage malgré la cruauté de celui-ci. Exemple :
Doc : « Dites-moi, on ne vous a jamais dit non ? »
Vitti : « Si, mais c'était du genre 'Non ! Pitié ! Ne me tuez pas… '»
L'humour et la farce
La
farce est un genre dramatique destiné à faire réfléchir ses spectateurs aux situations outranciées qu'elle décrit, par le biais du rire.
De nombreuses séries télévisées ont exploité le filon du rire. En 1994, une série américaine très connue renouvelle le genre : Friends. Le comique se développe entre six personnages n'ayant rien d'autre à faire que provoquer des quiproquos, lancer des plaisanteries sophistiquées et se chamailler sur des choses anodines dans leur café préféré. Moins que d'humour, il s'agit au contraire d'un retour à la farce du Moyen Âge (farce de maître Pathelin, farce du cuvier…), justement fondée sur les quiproquos et comiques de situation. La farce suppose un mystificateur et un mystifié. Le message de l'humour est au contraire que nous sommes tous des mystifiés.
L’humour et la santé
Qui dit humour, dit rire. Selon des études qui ont été menées au centre médical de l'université du Maryland à Baltimores par des cardiologue, le fait de rire et d'avoir un sens de l'humour aiguisé serait une arme redoutable contre les crises cardiaques. Après avoir questionné plus de 300 personnes dont la moitié avait souffert d'attaques cardiaques ou subi une intervention cardiovasculaire et dont l'autre moitié n'avait aucun trouble cardiaque ; les résultats nous démontrent que les cardiaques sont trop sérieux et trop stressés.
Rire devrait donc faire partie des mesures employées pour prévenir et traiter les maladies cardiaques et le stress.
Le sourire ou le rire libère les tensions et préserve notre santé. L'humour facilite la confiance en soi et l'harmonie avec autrui, augmente notre charisme.
L'humour n'est pas un don : c'est un état d'esprit, un ensemble de mécanismes mentaux, de méthodes agréables à mettre en pratique.
L’humour pour étudier
Beaucoup de recherches ont été conduites sur des adolescents et des étudiants en utilisant des méthodes simples assez éloignées des conditions éducatives même lorsqu’elles étaient faites en salle de classe ou en salle de cours à l’université. La plupart des expériences étaient de courtes durées (allant de 8 minutes à une heure). En général, les élèves étaient divisés en deux groupes auxquels on présentait la même conférence. Pour un groupe, on introduisait des éléments humoristiques, pour l’autre non. Les résultats étaient mesurés par la quantité du matériau appris. La plupart des résultats n’étaient pas encourageant dans l’utilisation de l’humour pour étudier.
Les enseignants des Universités américaines semblent utiliser l’humour assez fréquemment dans leurs cours. Dans une expérience avec des élèves de l’enseignement secondaire, quatre films vidéo ont été préparés. Il s’agissait d’un cours de biologie donné par un acteur professionnel (il avait appris le cours préparé par un professeur). Quatre versions du même cours ont été filmées : la première, sans humour ; la seconde, avec des illustrations humoristiques, d’un humour agressif ; la troisième avec un humour où l’enseignant était lui-même la cible (type d’humour « auto dérision ») ; et enfin la quatrième version combinée l’humour de la seconde et troisième version. Les résultats ont alors montrés que l’enseignant qui utilisait l’humour mixte (quatrième version) était perçu par les élèves comme plus « attrayant » et plus « original » que les autres. Alors que l’enseignant qui utilise l’humour agressif, était perçu comme ayant le plus de « pouvoir ». Enfin, celui qui ne faisait pas d’humour était perçu comme le plus « systématique ». Par ailleurs, d’autres résultats ont montrés que les élèves qui ont de l’humour apprécient plus l’enseignant qui utilise l’humour, que les élèves dont le sens de l’humour est peu développé.
Histoires amusantes
Au pied de la lettre de Jérôme Peignot
Il faut mentionner ici le dialoguiste
Michel Audiard qui, sans être à proprement parler
humoriste, a créé quelques unes des plus mémorables répliques du cinéma (ainsi dans le film
Les Tontons flingueurs).
Voir aussi
Avoir le sens de l’humour
Avoir le sens de l'humour, c'est aimer plaisanter et accepter les plaisanteries qui nous visent en premier.
L’humour sur internet
Depuis le développement de l'internet haut débit, de nombreux sites à vocation humoristique ont vu le jour. Le contenu se présente souvent sous forme de vidéos (parodie, gags, sketch), mais aussi sous la forme de fichiers audio (plus rare notamment à cause des droits d'auteurs), d'images, de jeux (animation flash), de PPS ou PPT (diaporamas Powerpoint), de textes ou de logiciels.
L’humour sur Wikipédia
Certains membres de Wikipédia ont référencé et mis à disposition des internautes un certain nombre de pastiches d'articles, ainsi qu'un bêtisier d'erreurs commises sur Wikipédia.
Articles connexes
Billet, Blague, Canular, Chanson paillarde, Clown, Contrepèterie, Coussin péteur, Duo comique, Festival Juste pour rire Montréal, Festival Juste pour rire Nantes, Humoriste, Humour potache, Ironie, Jeu de mots, Mot d'esprit, Parodie, Pastiche, Prix de l'humour politique, Rire, Scène comique (ou sketch), Tarte à la crème, Théâtre d'improvisation, Zwanze bruxellois.
Notes et références
Bibliographie
- H. Baudin, Cahier Comique Communication, DRUG – Diffusion, 1988
- G. Roux et M. Laharie, L’Humour : histoire, culture et psychologie, Société Internationale de Psychologie de l’Expression et d’Art – Thérapie, 1997
- Laffay, Anatomie de l’humour et du nonsense, Masson et Cie, 1990