La formation d’Ignace
Eneko (Íñigo en castillan) est né dans le château de Loyola sur la commune d'Azpeitia, à 25 kilomètres au sud-ouest de Donostia-San Sebastián dans la province de Guipuzcoa, en Espagne. Son nom, Iñigo, vient de Saint Enecus (Innicus), père-abbé d'Oña; le nom Ignatius fut pris plus tard lorsqu'il résidait à Rome[Catholic Encyclopedia, notice biographique Ignatius de Loyola, 1913].

Basilique San Ignacio à Azpeitia dans le Pays Basque
né d'une fratrie de 13 enfants, Ignace grandit au sein d'une famille de la petite noblesse
basque, alliée traditionnelle de la maison de
Castille. Il a seulement 7 ans quand sa mère, Marina Saenz de Lieona y Balda, mourut et il noue une relation forte avec son père, don Beltrán Yáñez de Oñez y Loyola. Il connaît l'éducation du grand siècle espagnol qui éclot en cette fin du .
En 1506, à l'âge adulte, Ignace devient page de cour, puis gentilhomme et secrétaire au service d'un parent de sa mère, Juan Velázquez de Cuéllar, trésorier (
contador mayor) de la Reine de Castille,
Isabelle la Catholique. Il mène pendant dix ans une vie de Cour, comme il le dit dans son Autobiographie :
Jusqu'à la vingt-sixième année de sa vie, il fut un homme adonné aux vanités du monde et principalement il se délectait dans l'exercice des armes. Il se lie avec la princesse Catalina, sœur de
Charles Quint, séquestrée par sa mère
Jeanne la Folle à
Tordesillas[Lacouture, T1, p.17].
En 1516, la mort de Ferdinand d'Aragon à qui succède Charles Quint entraîne le renvoi de Juan Velázquez et donc d'Ignace. En 1517, Ignace entre dans l'armée du vice-roi de Navarre, récemment rattachée au Royaume de Castille (1512). Le 20 mai 1521[Catholic Encyclopédia], alors qu'il a atteint l'âge de trente ans, il se retrouve à défendre la ville de Pampelune contre les troupes franco-navarraises, qui avec l'appui de François I, cherchait à récupérer la couronne de Navarre au bénéfice de la famille d'Albret. Submergés par le nombre, les Espagnols voulurent se rendre, mais Ignace les exhorte à se battre. Une jambe blessée, l'autre brisée par un boulet de canon, il est ramené à son château et « opéré », mais sa jambe droite restera plus courte de plusieurs centimètres pour le restant de sa vie[Lacouture, T1, p.21].
La conversion
Durant sa convalescence, faute de trouver les célèbres romans de chevalerie du temps
[Catholic Encyclopedia], il lit de nombreux livres religieux comme une
Vie de Jésus ou la
Légende dorée qui narre les faits et gestes de saints. Dans un mélange de ferveur et d'anxiété, il voit en songe lui apparaître '
Notre-Dame avec le Saint Enfant Jésus', il rejette '
sa vie passée et spécialement les choses de la chair'
[autobiographie p.49] et ne songe plus qu'à adopter une vie d'
ermite et suivre les préceptes de saint
François d'Assise et d'autres grands exemples monastiques. Il se décide à se dévouer entièrement à la conversion des infidèles en
Terre Sainte.
ès son rétablissement, il quitte en février 1522 la maison familiale pour rejoindre Jérusalem. Sur le chemin, arrivé au monastère bénédictin de Montserrat, près de Barcelone, il se confesse et passe trois jours en prières. Dans la nuit du 24 mars 1522, dans un geste de rupture avec sa vie ancienne de chevalier, il accroche ses habits militaires et ses armes devant la statue de la Vierge Noire. Vêtu d'un simple tissu, l’home del sac (en catalan), reprend la route de Barcelone.
Mais, meurtri par son voyage, ses blessures mal cicatrisées, l'ascèse, il passe plusieurs mois dans une grotte près de la ville de Manresa (Manrèse en français) en Catalogne ou il pratique le plus rigoureux ascétisme. Il mène jusqu'au début de 1523 une vie d'ermite au cours de laquelle il commence la rédaction de ce qui deviendra les Exercices spirituels.
Il prend alors comme « pèlerin de Dieu » la route de la Terre Sainte et, le 20 mars 1523, embarque pour l'Italie. Béni à Rome par le pape Adrien VI, il continue son périple jusqu'à Venise, et parvient à Jérusalem ou il ne reste que trois semaines en septembre 1523, avant d'être prié par les frères franciscains de quitter le pays. À nouveau en Italie, traversée par les armées espagnoles et françaises, il se retrouve à Venise et se convainc de l'absolue nécessité d'étudier pour enseigner. Après la méthode religieuse mise au jour dans les Exercices, la conviction du rôle des études va être une autre des caractéristiques du futur projet jésuite[Lacouture p.35]. Il est de retour à Barcelone en mars 1524.
Les études

Façade du collège San Ildefonso à l'université d'Alcalá (1543)
Il consacre les onze années suivantes aux études, plus d'un tiers de ce qu'il lui restait à vivre. Il reprend des cours de base (grammaire et latin) à Barcelone et, dès 1526, il en sait assez pour suivre les cours de philosophie et de théologie à l'
université d'Alcalá de Henares. Foyer intellectuel brillant de la
Castille, cette Université rassemble tous les
alumbrados et
conversos qui forment le climat spirituel de cette époque
[Lacouture p.37 Les alumbrados sont les illuminés, empreints de mystique, liés à la réforme franciscaine et les conversos sont les juifs ayant en 1492 choisi d'opter pour le catholicisme]. À la fin de 1527, encouragé par Alonso de Fonseca, archevêque de
Tolède, il rejoint la plus prestigieuse de toutes : l'
université de Salamanque. Mais les attaques vives qu'il subit en particulier de la part de l'
Inquisition et des
dominicains le décide à se rendre à
Paris en février 1528.

Collège Sainte-Barbe - Vue de 1891
Ses progrès dans la compréhension des mécanismes de l'enseignement et sa capacité à dominer intellectuellement y compris plus érudit que lui-même par l'usage du « discernement », le distinguent. Mais sa personnalité rigoureuse et entière et son attitude réformatrice lui créent de nombreux ennemis. À Barcelone, il est battu très sévèrement, et son compagnon tué, sur l'instigation de notables vexés de ne plus être admis dans un couvent qu'Ignace avait récemment réformé
[Catholic Encyclopedia]. À Alcalá, un inquisiteur, le grand vicaire Figueroa, le harasse constamment le soupçonnant d'illuminisme, allant jusqu'à l'emprisonner pendant quelques semaines
[deux mois pour l’Encyclopedia, 17 jours pour Lacouture]. A Paris, ses épreuves furent variées, pauvreté, maladie, œuvres de charité, discipline du collège, particulièrement sévère dans
celui de Montaigu, ou il résida, car trop pauvre et ignorant avant de rejoindre celui plus « libéral » du
Collège Sainte-Barbe, ou il fut accusé publiquement par Diego de Gouvea, recteur du collège, d'enfreindre les règles mais il se défendit et obtint des excuses publiques.
À l'Université de Paris, Ignace se retrouve « dans le chaudron de la Renaissance », au cœur de ce que Jean Lacouture appelle la décennie prodigieuse qui débute en 1525 avec la polémique entre Erasme (De libo arbitrio) et Luther (De servo arbitrio), puis la création du collège de France en 1530, la parution du Pantagruel de Rabelais (1532) et enfin, de l’Institution de la religion chrétienne de Calvin (1536 [Lacouture p.50 à 52]. Il est reçu maître ès arts le 13 mars 1533. Pendant ce temps, ayant débuté ses études de théologie, il est licencié en 1534, mais il ne peut être reçu docteur, ses ennuis de santé le conduisant hors de Paris en mars 1535.
La création de la Compagnie de Jésus
Le vœu de Montmartre
En
France, Ignace de Loyola regroupe autour de lui des étudiants de qualité issus d'horizons divers, mais tous unis par une commune fascination pour Ignace. Il connu en particulier au collège Sainte-Barbe, ses deux premiers compagnons qui furent le Savoyard
Pierre Favre et le Navarrais Francisco Iassu de Aprizcuelta y Xavier dit
François Xavier; puis,
Diego Lainez et
Alonso Salmerón le rallièrent, connaissant sa réputation d'Alcalà; enfin,
Nicolás Bobadilla et
Simón Rodríguez de Azevedo, un Portugais.
Ignace évolua progressivement sur l'attitude et la discipline qu'il s'imposait. Prenant en compte les critiques reçues à Alcalà ou Salamanque sur les pratiques d'extrême pauvreté et de mortification, il s'adapta à la vie dans la cité, en dirigeant les efforts de tous vers les études et les exercices spirituels. Le lien devint très fort avec ses compagnons unis dans le grand idéal de vivre en Terre Sainte, la même vie que le Christ.
Le 15 août 1534, à l'issue de la messe célébrée à Montmartre dans la crypte Notre-Dame par Pierre Favre, ordonné prêtre trois mois auparavant, les sept prononcent les deux vœux de pauvreté et chasteté et le troisième de se rendre dans les deux ans à Jérusalem pour y convertir les infidèles, à la fin de leurs études.
Ils furent ensuite rejoints par Claude Le Jay, un autre Savoyard de Genève et deux Français : Jean Codure et Paschase Broët. Unis par le charisme d'Ignace, les nouveaux amis décident de ne plus se séparer.
La fondation de l’ordre
Après avoir quitté Paris, il se rend six mois en Espagne puis à Bologne, où incapable de se remettre aux études, il se consacre à des œuvres de charité[Catholic Encyclopedia] attendant que ses 10 compagnons rejoignent Venise (6 janvier 1537) sur la route de Jérusalem. Mais la guerre avec les Turcs les empêchent de poursuivre. Ils décident de reporter d'un an leur engagement, après quoi ils se mettront à disposition du pape. Ignace de Loyola, comme la plupart de ses compagnons est ordonné prêtre à Venise le 24 juin 1537. Ils partent ensuite dans des villes universitaires voisines, Ignatius avec Pierre Favre et Laynez prennent en octobre 1537 la route de Rome. Ignace, en vue de la ville, à la Storta, a une vision de Dieu s'adressant à lui après l'avoir placé aux côtés du Christ : « Je vous serai propice à Rome »[Lacouture p. 93, témoignage de Diego Lainez].

Le pape Paul III approuve la création de la Compagnie de Jésus en 1540
À Rome, capitale des
États pontificaux, Alexandre Farnèse venait en 1534 d'être élu pape, sous le nom de
Paul III. Il règne sur une capitale en crise, à peine remise du
sac de Rome par les troupes de l'empereur en 1527, en butte à la corruption généralisée et siège d'une église en crise, profondément ébranlée par la fulgurante progression de la
Réforme. Paul III semble rapidement voir tout le profit à tirer de cette nouvelle société de prêtres savants, rigoureux, intègres et d’un immense volontarisme réformateur. En novembre 1538, Paul III, après de nombreux contacts avec Lainez, reçoit Ignace et ses compagnons venus faire leur « oblation » au pape. Celui-ci leur ordonne de travailler à Rome qui sera leur Jérusalem
[Lacouture p. 96]. Dès lors, s'ébauche la
Compagnie de Jésus ou
Ordre des jésuites.
De mars à juin 1539, selon les minutes rédigées par Pierre Favre, ils débattent de la forme à donner à leur action, devoir d'obéissance, cohésion du groupe alors que l'activité missionnaire disperse les jésuites, rôle dans l'éducation… En août 1539, Ignace, Codure et Favre rédigent la prima Societatis Jesu instituti summa, esquisse des constitutions de la Compagnie avec quelques points forts : l'obéissance à un Préposé général, l'exaltation de la pauvreté, le refus du cérémonial monastique, et en particulier de la prière collective et des mortifications.
Malgré quelques oppositions à la Curie, la création de la Compagnie de Jésus est acceptée par le pape Paul III le 27 septembre 1540, dans sa bulle Regimini militantis ecclesiae, qui reprend la formula instituti tout en limitant le nombre de profès[Prêtre jésuite ayant prononcé l'ensemble de ses vœux] à soixante.
Le 22 avril 1541, Ignace est élu, en dépit de ses réticences, premier supérieur général de la Compagnie de Jésus puis il fit avec ses compagnons, sa profession dans la basilique Saint-Paul-hors-les-murs[Catholic encyclopedia]. L'Ordre est dès lors constitué.
Les débuts de la Compagnie de Jésus jusqu'à la mort d’Ignace
La structuration de l’Ordre
Ignace fut chargé en 1541 de mettre au point les règles d'organisation de la nouvelle compagnie, les fameuses
Constitutions, mais il ne démarra pas les travaux en fait avant 1547, introduisant progressivement des coutumes, destinées à se transformer à terme en lois. En 1547,
Juan de Polanco devint son secrétaire, et avec son aide, il réalisa un premier jet des Constitutions entre 1547 et 1550, tout en sollicitant simultanément l'approbation pontificale de réaliser une nouvelle édition de la
Formula Instituti. Le pape
Jules III l'accepta dans la bulle
Exposcit Debitum, le 21 juillet 1550.
En parallèle, un nombre important de pères révisèrent le premier texte, mais bien que ne proposant que peu de changements, la version suivante réalisée par Ignace en 1552 était assez différente. Cette version fut publiée et pris force de loi dans la Compagnie. Des amendements légers furent jusqu'à sa mort introduits par Ignace.
Sous le nouveau général Jacques Lainez, la I Congrégation générale de la compagnie décida d'imprimer le texte qui resta tel quel jusqu'à la XXXIVCongrégation en 1995.
Les missions
Lutter contre la Réforme
il a essayé de convertir des protestants au catholicisme par la parole
La postérité d’Ignace
À sa mort, le
31 juillet 1556 à
Rome, la Compagnie de Jésus compte plus de mille membres, soixante-douze résidences et soixante-dix-neuf maisons et collèges.
Ignace de Loyola est canonisé le 12 mars 1622, en même temps que François Xavier et Thérèse d'Avila.
La spiritualité ignacienne
Les Exercices spirituels sont un ouvrage de méditation et de prière qui est considéré comme le chef-d'œuvre spirituel d'Ignace de Loyola à partir de sa propre expérience spirituelle, vécue notamment à Manrèse. Tout l’enseignement d’Ignace de Loyola, est orienté vers le discernement, car pour lui, toute décision humaine est le lieu d’une rencontre avec le Seigneur. Le livre fait environ 200 pages. Il veut être le « livre du maître » qui guide l'accompagnateur spirituel lors d'une retraite d'environ 30 jours.
Les méditations ont été écrites de manière à refléter authentiquement la spiritualité catholique, mais l'accent mis sur la rencontre personnelle entre le retraitant et Dieu attire aussi des chrétiens d'autres confessions.
Voir aussi
Articles connexes
L’Autobiographie d’Ignace de Loyola
Le Récit est l'histoire autobiographique d'Ignace de Loyola tel qu'il l'a raconté, entre 1553 et 1555, à un autre jésuite, le père Louis Gonçalvès da Câmara. À la fin de sa vie, il répondait ainsi à la demande de plusieurs compagnons de son entourage à Rome qui désiraient obtenir un testament spirituel en forme de récit. Ignace a longtemps hésité avant de raconter son histoire, même s'il l'avait promis dès 1551.
Selon Louis Gonçalvès da Câmara, c'est le 4 août 1553 qu'Ignace prit la décision de réaliser sa promesse. Après une conversation sur le thème de la vaine gloire, relate le père da Câmara, « alors qu'il mangeait avec Juan de Polanco et moi, notre Père dit que bien souvent Maître Nadal et d'autres de la Compagnie lui avaient demandé une chose et qu'il ne s'y était jamais décidé ; mais que, après avoir parlé avec moi et s'être recueilli dans sa chambre, il avait eu une grande dévotion et inclination à le faire et s'y était totalement décidé ».
Ce texte fut ensuite maintenu dans les archives pendant 150 ans, jusqu'à ce que les bollandistes le publient dans les Acta Sanctorum.
Bibliographie
- Jean Lacouture, Jésuites, Seuil, 1991, : ISBN 2-02-012213-8 (tome 1, édition brochée) et ISBN 2-02-014407-7 (édition complète), ISBN 2-02-013714-3 (tome 1, édition reliée) et ISBN 2-02-014408-5 (édition complète)
- Le Récit du Pèlerin : Autobiographie de saint Ignace de Loyola, André Thiry, Seuil Paris 2001.
- Autobiographie, Alain Guillermou, Seuil Paris 1982.
- St Ignace de Loyola et la Compagnie de Jésus Le Seuil, (coll. Maîtres spirituels, 23) Paris, 1960, 187 p. - Réed. Points Sa 224, Le Seuil, 2007 [ISBN 978 2757804124]
- Ignace de Loyola fonde la compagnie de Jésus, André Ravier, Bellarmin Paris 1974.
- La Vie de saint Ignace de Loyola, Alain Guillermou, Seuil Paris 1961.
Liens externes
Notes et références
supérieur général de la Compagnie de Jésus1541-1556|après=Jacques Lainez}}