Avant l’écriture
Les mots japonais sont généralement appelés
Yamato-kotoba (大和言葉, littéralement « les mots (du pays) de Yamato ») par opposition aux mots sino-japonais (
kango 漢語) et aux emprunts aux langues étrangères (
gairaigo 外来語). Selon
Jean-Jacques Origas :
« Yamato désigne les plaines et monts autour de l’ancienne capitale de Nara, et dans une seconde acception, toutes les terres soumises à l'autorité impériale. L’appellation officielle de Nihon'', d’origine sino-japonaise, n’est employée qu'à partir du ».
À la différence de la plupart des langues indo-européennes, la phonologie de la langue indigène japonaise a survécu sans grand changement (à l'exception du timbre vocalique de certaines syllabes), comme on peut en juger en comparant par exemple les mots indigènes
me, aki, asa, ame, umi, kumo du japonais moderne aux mêmes mots du
Manyôshû ().
- Ce système vocalique, de nature différente du chinois, se limite à cinq possibilités : A I U E O, chacune de ces voyelles étant en principe une brève. Deux voyelles contiguës seront, soit prononcées successivement, soit formeront une seule voyelle longue (dans le japonais actuel). Il n'existe pas de voyelle nasale.
- La langue ancienne (époque du Manyôshû) présentait une autre série de voyelles (notées ï, ë, ö par les spécialistes) qui ont disparu par la suite.
- Deux semi-voyelles, Y et W, toujours combinées dans l'ordre semi-voyelle + voyelle :
YA YU YO et
WA WU WE WO (WU et WE ont disparu).
Toutes ces voyelles ont par la suite été doublées de leur équivalent en voyelles longues (transcrites en romaines avec un macron diacritique), principalement pour la lecture de termes non indigènes, mais du lexique sino-japonais, comme Kyōto.
Les consonnes, toujours suivies d'une voyelle (syllabe ouverte), sont peu nombreuses.
- sourdes : K S T P H ;
- sonores : G Z R D B ;
- nasales : G N M.
La consonne
N, d'apparition plus tardive, constitue une exception car elle apparaît à la fin d'une syllabe ou à la fin d'un mot.
Une consonne peut être associée à YA YU YO pour former les consonnes sourdes : KYA KYU KYO, SHA SHU SHO, CHA CHU CHO, PYA PYU PYO, HYA HYU HYO, et pareillement pour les autres consonnes.
Systèmes graphiques
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La langue japonaise utilise conjointement deux ensembles de caractères distincts :
- les kanji (漢字, littéralement « caractères des Han », ethnonyme des Chinois) écriture idéographique d'origine chinoise ;
- les kana (仮名), système moraïque dérivé des kanji. Les kana se divisent eux-mêmes en deux groupes, les hiragana (平仮名) et les katakana (片仮名) :
- Les katakana sont employés pour l'écriture de mots d'origine étrangère au Japon (ex. : チーズ : cheese, fromage en anglais), appelés gairaigo (外来語, littéralement « mots venus de l'extérieur »), d'onomatopées, de mots que l'on veut mettre en relief (comme pour l'italique dans l'alphabet latin), et de temps en temps de noms d'animaux et de végétation (surtout dans l'académisme et dans les restaurants), etc. ;
- Les hiragana ont été composés à partir des kanjis par simplification progressive de leur forme cursive (ex. : 安→あ), alors que les katakana sont eux une partie extraite d'un kanji (ex. : 多→タ). Les hiragana sont utilisés pour noter la plupart des mots et affixes grammaticaux, les mots japonais (dont la plupart peut aussi s'écrire en kanji), et parfois à donner la lecture de kanji.
Il existe plusieurs méthodes de
transcription du japonais en lettres latines ou
rōmaji (ローマ字). La plus utilisée à l'étranger est la
méthode Hepburn dite
modifiée ou
révisée (appelée
Hebon-shiki au Japon). Cependant, un certain nombre de Japonais utilisent la méthode
Kunrei ou
kunrei-shiki qui diffère légèrement de Hepburn (certains Japonais, notamment ceux qui ont poursuivi des études supérieures, utilisent tout de même la méthode Hepburn).
Voici les kana (hiragana et katakana) de base avec leur transcription dans le système Hepburn :

Certains kana peuvent être modifiés par les diacritiques des syllabaires japonais, à savoir le dakuten (゛) et le handakuten (゜). Par exemple :
- か ka → が ga ;
- さ sa → ざ za ;
- た ta → だ da ;
- は ha → ば ba et ぱ pa.
À signaler pour la prononciation que les syllabes écrites en
H désignent une voyelle aspirée (HA, HI, HU(FU), HE, HO) et que les syllabes écrites en
R se prononcent d'une façon proche d'un L français un peu forcé (RA, RI, RU, RE, RO). Dans ce tableau, les signes (e) et (i) présentés n'existent plus dans le japonais actuel .
Locuteurs
Le japonais est parlé par les 127 millions d'habitants du
Japon. Dans certains pays ayant été colonisés par le Japon jusqu'à la fin de la
Seconde Guerre mondiale tels que
Taiwan ou la
Corée du Sud, il existe encore des nipponophones. Cette population reste cependant très réduite. Il existe aussi au
Brésil une petite communauté japonaise qui parle encore japonais.
Par ailleurs, le japonais est couramment enseigné comme langue étrangère dans la plupart des pays d'Asie orientale et d'Océanie. En effet, le japonais fait partie de la petite douzaine de langues les plus parlées dans le monde, du moins en temps que langue maternelle.
Origine
Le japonais a longtemps été classé dans la famille des
langues altaïques avec le
mongol, le
turc, le
toungouze et le
coréen, mais l'existence même d'une famille altaïque est niée par de nombreux spécialistes. Certaines théories font du japonais une langue mixte, mélangeant des éléments des
langues altaïques et des
langues austronésiennes. Le japonais est aujourd'hui encore généralement considéré comme un
isolat linguistique. Les
langues ryukyu (traditionnellement classées comme « dialectes japonais ») sont les seules langues dont la parenté avec le japonais a été prouvée de manière irréfutable.
Histoire du japonais
Grammaire, syntaxe et usages
La grammaire japonaise est très différente de la grammaire française : tout comme le
turc ou le
basque, c'est une
langue agglutinante.
Le japonais est une langue dite « à tête finale » : le prédicat se place à la fin de la phrase, l'objet est placé devant le verbe, l'adjectif se met devant le substantif, et la morphologie est principalement suffixante. Il n'y a ni article, ni genre, ni nombre ; les verbes ne se conjuguent pas selon les personnes (je, tu, il…) ; des particules invariables indiquent la fonction du mot dans la phrase.
Politesse
La politesse japonaise, ou en japonais
keigo (敬語), dont une traduction approximative serait « langage poli », constitue d'un certain point de vue une langue dans la langue, et est le reflet direct de la structure et des interactions sociales.
L'utilisation de la politesse est un pré-requis dans la majorité des situations sociales : contrairement à la France où une utilisation trop poussée de la politesse peut conduire à paraître obséquieux ou hypocrite, au Japon une utilisation insuffisante de la politesse conduit à paraître incorrect, voire insolent.
La systémique de la politesse japonaise peut apparaître difficile au premier abord, mais ses concepts de base sont relativement faciles à intégrer. Cependant, la maîtrise de la politesse japonaise à un niveau avancé, subtil et instinctif, notamment à l'écrit, est, de l'aveu des Japonais eux-mêmes, particulièrement ardue.
Pour reprendre la définition du japanologue Sadaki Hagino, la politesse japonaise peut se définir comme « un système organisé de mots visant à exprimer la reconnaissance de différentes nuances de différence de hauteur entre plusieurs personnes » (敬語は人間のなんらかの意味の上下関係の認識を表現する語彙の体系である).
Alors que dans la majorité des langues occidentales la « politesse » ne s'exprime que vis-à-vis de son interlocuteur (choix du tutoiement ou du vouvoiement en français par exemple), il existe une distinction claire dans la politesse japonaise entre :
- le wadai (話題), objet de la conversation, c'est-à-dire la personne/le groupe social dont on parle.
- le dentatsu (伝達), [situation de] communication, c'est-à-dire la personne/le groupe social à qui l'on parle.
Par ailleurs, la politesse japonaise repose sur la distinction fondamentale entre
uchi (内, « intérieur », c'est-à-dire les membres de son propre groupe social) et
soto (外, « extérieur », c'est-à-dire les membres d'un groupe social différent de son propre groupe).
La politesse japonaise comporte concrètement trois dimensions relativement indépendantes : sonkeigo (尊敬語), langage de respect ; kenjōgo (謙譲語), langage d'humilité ; teineigo (丁寧語), langage de courtoisie. Chacune de ces trois dimensions possède un certain nombre de nuances, notamment d'intensité.
On peut également noter la différence d'intensité entre les suffixes chan (ちゃん), kun (君), san (さん), sama (様) et dono (殿) pour ne citer qu'eux. Ces suffixes sont ajoutés aux noms des personnes a qui on s'adresse, que ce soit verbalement ou oralement. Ces mots n'ont pas de traduction propre et sont contextuellement traduits en francais par « M./M/M ». L'adresse d'un courrier utilise toujours le suffixe sama (様) au minimum et le suffixe dono (殿) dans certains cas (courrier venant d'un sanctuaire, par exemple). Dans certains cas, ces suffixes sont remplacés par le titre accompagnant la profession de la personne à qui l'on s'adresse. Sensei (先生) pour un professeur, un chercheur, une personne à qui nous désirons transmettre un sentiment de reconnaissance ou que l'on considère comme supérieur dans un domaine.
La fonction de ces dimensions s'explique facilement au moyen des distinctions exposées plus haut :
- Le sonkeigo est utilisé pour marquer le respect dû par le locuteur à la personne/au groupe social dont il parle. Cette personne/son groupe social peut n'être autre que l'interlocuteur/son groupe, mais peut tout aussi bien être une personne/un groupe non présent.
- Le kenjōgo est utilisé pour exprimer la relation de hauteur entre deux entités (personnes ou groupes sociaux) constituant le sujet de conversation. Contrairement à ce que le nom pourrait faire croire, le kenjōgo n'est donc pas uniquement utilisé pour parler avec humilité de soi/de son groupe : ce n'est le cas que lorsque qu'il y a identité entre la personne/le groupe social constituant la partie « inférieure » de la relation de hauteur mentionnée dans le sujet de conversation et le locuteur ou son groupe.
- Le teineigo est utilisé pour exprimer de manière directe de la courtoisie à son interlocuteur, et ce quel que soit le sujet de la conversation. Notons la différence subtile entre courtoisie et respect : là ou le respect exprime une différence de hauteur entre deux entités, la courtoisie exprime, elle, une absence de familiarité entre ces deux entités. Alors que l'expression de respect implique en général l'expression de courtoisie, l'inverse n'est pas vrai : il est tout à fait possible de parler courtoisement à quelqu'un sans lui exprimer de respect (le cas typique est celui de deux collègues d'une même entreprise de même niveau hiérarchique et n'étant pas en termes familiers).
Ainsi, les moyens qu'offrent la politesse japonaise permettent (et souvent la situation sociale impose) par exemple :
- de parler familièrement à quelqu'un de quelqu'un d'autre avec respect ;
- de parler courtoisement à quelqu'un de quelqu'un sans respect ;
- d'exprimer de la courtoisie à son interlocuteur sans lui exprimer de respect (voir plus haut) ;
- d'exprimer du respect à son interlocuteur (ce qui implique de lui exprimer de la courtoisie, et le plus souvent d'exprimer de la modestie envers soi-même) ;
- d'exprimer (au moyen du langage de respect et du langage de modestie) à son interlocuteur la relation entre deux personnes externes, ce qui peut se faire en parlant familièrement ou courtoisement à son interlocuteur ;
- etc.
Dialectes
Comme pour la plupart des langues nationales, il existe de nombreux dialectes japonais qui se distinguent par la phonologie, le vocabulaire et la grammaire. « Dialecte » se dit « hōgen » en japonais (方言), et dans la langue courante pour désigner un dialecte on accole le suffixe « ben » (弁) au nom de la localité où il est parlé. Les études de dialectologie n'utilisent cependant pas ce suffixe.
- Hakata-ben
- Hiroshima-ben
- Hokkaidō-ben
- Kagoshima-ben
- Kanazawa-ben
- Kansai-ben
- Nara-ben - Yamatokotoba
- Kyōto-ben
- Ōsaka-ben
- Kōbe-ben
- Kumamoto-ben
- Mikawa-ben
- Miyazaki-ben
- Nagasaki-ben
- Nagoya-ben
- Ōita-ben
- Okayama-ben
- Okinawa-ben
- Shizuoka-ben
- Tochigi-ben
- Tōhoku-ben
- Tōkyō-ben
- Yamagata-ben
Exemples
| Kanji
| Transcription
| Prononciation
| Traduction
|
| 土
| tsuchi
| tsoutchi
| terre
|
| 天
| ten
| tè-n
| ciel
|
| 水
| mizu
| mizou
| eau
|
| 火
| hi
| h'i
| feu
|
| 風
| kaze
| kazé
| vent
|
| 男
| otoko
| otoko
| homme
|
| 女
| onna
| on'na
| femme
|
| 食べる
| taberu
| tabélou ('r' prononcé comme un 'l' français un peu forcé)''
| manger
|
| 飲む
| nomu
| nomou
| boire
|
| 大きい
| ookii
| ookii ('o' long, 'i' long)
| grand
|
| 小さい
| chiisai
| tchiisa-i ('i' long)
| petit
|
| 夜
| yoru
| yolou ('r' prononcé comme un 'l' français un peu forcé)
| nuit
|
| 日
| hi
| h'i
| jour
|
Apprendre le japonais
De nombreuses universités à travers le monde et un certain nombre de lycées et dans une moindre mesure de collèges et d'écoles primaires offrent des cours de japonais. L'intérêt des étrangers pour l'apprentissage du japonais date du début du XIXe siècle mais est devenu plus important avec la croissance économique du Japon des années 80 et l'intérêt général porté à la culture japonaise (anime et jeux vidéo notamment) depuis les années 90. Parmi les 2,3 millions de personnes apprenant le japonais au lycée ou à l'université en 2003, 900 000 étaient Sud-Coréens, 389 000 étaient Chinois, 381 000 Australiens et 141 000 étaient Américains. En 2003, plus de 90 000 personnes étudiaient dans une université ou dans une école de langue au Japon, parmi lesquels 77 000 Chinois et 15 000 Sud-Coréens.
Le gouvernement japonais organise des examens standardisés pour mesurer le niveau de compréhension de japonais écrit et parlé des personnes le pratiquant en tant que seconde langue. Le plus important d'entre eux est le test d'aptitude en japonais (JLPT).
Voir aussi
Liens externes