Biographie
Originaire de Lyon, il fait ses études chez les
Oratoriens de la ville
et doit fuir en Suisse puis à Naples pour avoir résisté contre les troupes de la
Convention. Un peu plus tard il rejoint la France. Il est simple soldat dans l'
armée du Rhin, à
Colmar, lorsqu'il se fait connaître en participant à un concours de l'
Institut de France dont il remporte le premier prix grâce à un essai sur le sujet suivant :
De l'influence des signes sur la génération des idées. Il y oppose les limites et les inexactitudes du langage naturel avec la rigueur formelle du langage mathématique, notamment
algébrique[[1] ]
Measure of Ideas, Rule of Language: Mathematics and Language in the 18th Century, p. 137.
Bien qu'il ait quitté Lyon, il conserve des liens avec Pierre-Simon Ballanche, Louis Furcy Grognier, Juliette Récamier et André-Marie Ampère, et restera administrateur de l'Hôtel-Dieu de Lyon.
Auteur d'un des premiers guides d'enquête ethnographique publié en 1800 par la Société des observateurs de l'homme il dresse un grand tableau du domaine d'observation de l'ethnologie qu'il définit comme une science en posant les principes de ce qu'on a appelé depuis ' l'observation participante' des peuples primitifs. Il rédige notamment des Considérations sur les diverses méthodes à suivre dans l'observation des peuples sauvages à l'intention des membres de l'expédition scientifique qui accompagnent le capitaine Baudin dans son exploration des terres australes. Il est considéré par Jean Jamin comme le fondateur de l' Anthropologie française[Aux origines de l’anthropologie française].
Proche de Frédéric Ozanam, un autre Lyonnais, avec Le Visiteur du pauvre, paru en 1824, Gérando fait de l'observation la condition même de l'étude des indigents et la mesure de la compréhension des 'maladies morales' dont souffre la société. La 'visite' n'a plus seulement une fonction de 'charité', mais d'investigation ; la philanthropie devient une science empirique qui annonce la Méthode sociale et la sociologie des Ouvriers européens de Frédéric Le Play.
Par la suite, il devient vice-président du Conseil supérieur de la santé et administrateur de la Charité du XIe arrondissement de Paris.
Il participe en 1802 à la fondation de la Société d'encouragement pour l'éducation industrielle du peuple et à celle de la Société pour l'instruction élémentaire en 1815. Il voit dans la lecture un facteur d'intégration sociale et de lutte contre l'indigence, et non une voie d'accès au savoir et à la culture.
Le fonctionnement des écoles mutuelles révèle dès 1817 l'importance de l'analphabétisme, poussant Degérando à rechercher des solutions propres à conserver les connaissances acquises. Il approfondit la connaissance de la communication par signes chez les sourds-muets
Associé résident de la seconde classe de l'Institut national jusqu'en 1803, Gérando, par ses travaux sur Kant et sur les peuples sauvages, offre une synthèse des études ethnologiques et ethnographiques du dernier tiers du XVIIIe siècle. Il utilise ces éléments pour rédiger le mémoire, De la génération des connaissances humaines, qui remporte le prix de l'Académie de Berlin en 1802.
Nommé grand officier de la Légion d'honneur en 1810, il poursuit alors une importante carrière administrative, qui le conduit en 1811 aux fonctions de maître des requêtes au Conseil d'État, puis de conseiller d'État, et en 1812, à celles d'intendant de la Haute Catalogne.
En 1814, il est membre de la Société philosophique organisée autour de Maine de Biran et, en 1821, il est à l'origine de la création de l'École des chartes.
Soutenu par Lucien Bonaparte, Gérando devient membre du Bureau consultatif des arts et du commerce.
Membre de l' Académie des sciences morales et politiques depuis 1832, pair de France depuis 1837, il rédige en 1839 un Traité de la bienfaisance publique qui résume le sens de son action philosophique et politique.
Oeuvres
Les écrits de Gérando ont eu une certaine influence outre-Atlantique, notamment sur des intellectuels tels que
Henry David Thoreau,
Margaret Fuller, et surtout
Ralph Waldo Emerson, qui s'appuie sur le cadre conceptuel de Gérando pour développer ses idées dans son premier ouvrage
Nature[Voir ].
- De l'influence des signes sur la formation des idées, 1799, in 'Corpus des oeuvres de philosophie en langue française', 1990, Paris, Fayard,
- Conversation entre Joseph-Marie de Gérando et Louis-Claude de Saint-Martin à propos des spectacles. in Archives littéraires de l'Europe, ou Mélanges de littérature, d'histoire et de philosophie, par une Société de Gens de Lettres, Henrichs, t. I, Paris, 1804, p.337-340,
- De la génération des connaissance humaines, 1802, in 'Corpus des oeuvres de philosophie en langue française', 1990, Paris, Fayard,
- Le Visiteur du pauvre, par Joseph-Marie de Gérando, (1824), 1989, Paris, chez Jean-Michel Place, 508 p.
- Vie de Maximilien Cafarelli, 1801.
Voir aussi
Liens externes
Bibliographie
- Jean Copans et Jean Jamin, Aux origines de l’anthropologie française, Paris, Le Sycomore, 1978.
- G. Berlia, Gérando, sa vie, son œuvre, 1942, Paris.
- Jean-François Braunstein, De Gérando, le social et la fin de l'idéologie,
- Pierre Saint-Germain, De Gérando, philosophe et philanthrope,
- J Trabant eds, Les Idéologues, Sémiotiques, théories et politiques linguistiques pendant la Révolution française, 1986, Amsterdam, Benjamins
Notes