Les deux nuances « comme outil de communication dans la vie courante » et « sous la forme réputée morte » ont leur importance si l'on veut conserver cette locution contestée (notamment à cause de la métaphore biologique qu'on trouve aussi dans langue vivante, inappropriée) dans l'arsenal conceptuel de la linguistique. En effet :
- certains définissent une langue morte par le fait qu'elle n'a plus aucun usager. Ce serait là une définition très restrictive, qui aurait pour effet de limiter l'application du concept aux seules langues anciennes non déchiffrées. En effet, des langues comme l'égyptien et le latin écrit classique ont encore des usagers, ne serait-ce qu'en la personne de ceux qui les étudient ;
- on sait que les langues se transforment ; dès lors certaines langues réputées mortes doivent être considérées comme langue vivante si l'on considère les nouvelles formes qu'elles ont pu prendre ultérieurement. Par exemple, le latin survit de nos jours sous les espèces des langues romanes, produit de l'évolution du latin parlé, et l'araméen, longtemps principale langue de communication au Moyen-Orient vit encore sous plusieurs formes de néo-araméen.
Si le statut de langue morte peut évoluer, cela suppose qu'une langue morte peut éventuellement revenir à la vie. L'hébreu est l'exemple type d'une langue morte ressuscitée : supplantée durant l'Antiquité par l'araméen, elle fut conservée comme langue liturgique, puis utilisée dès le par les mouvements sionistes, et modernisée par Eliezer Ben-Yehuda. Et c'est aujourd'hui à nouveau une langue vivante, principalement utilisée en Israël. Mais d'autres exemples moins spectaculaires de langue ressuscitée existent, comme celui du cornique.
Par ailleurs, une langue vivante tendant au statut de langue morte est dite langue en danger ou langue menacée ou encore langue en transition. C'est le cas du manx, du vote, du live, de l'eyak, du kikai et de bien d'autres. On ne réservera donc pas, comme le font certains, le statut de langue morte aux langues de l'antiquité (grec, latin, akkadien, sumérien, hittite, hourrite, etc.) ou du haut moyen âge (gotique, suève). Des langues peuvent mourir à l'époque moderne ou contemporaine (cas du dalmate).
On devine qu'il y a une corrélation entre le statut de langue morte et les évolutions sociales que connaissent les langues. Ainsi l'égyptien ancien, supplanté par le grec puis par l'arabe, a survécu sous la forme du copte, de plus en plus minorisé au sein de la société égyptienne.