Hier
Sénèque loue les mérites de l'otium (le nom latin du temps de loisir) et le considère comme la caractéristique de l’homme vraiment libre - mais en ajoutant qu’il est bon de le consacrer à un rôle social ou politique dans la cité. Plus tard, Thomas d'Aquin vantera lui aussi l'illicité du loisir réparateur.
L’injonction évangélique : Voyez les lis des champs : ils ne filent ni ne cousent et pourtant jamais Salomon n’a été vêtu comme eux dans toute sa gloire peut éventuellement être considérée comme un appel à ne pas perdre sa vie à la gagner. Corroborant d’ailleurs le fameux Que sert à l’homme de gagner l’univers s’il vient à perdre son âme ? (Matthieu, 16,26).
Aujourd’hui
Le développement de la mécanisation et de l’informatisation libère progressivement l’homme de nombreux travaux physiques pénibles, dans le même temps il est vrai qu’il charge son mental : transports domicile-travail, complexité administrative souvent accrue, difficultés liées à une mauvaise ergonomie en informatique, travaux nerveusement pénibles, etc. Quoi qu’il en soit, le temps de travail comptabilisé diminue globalement, et la réduction du temps de travail permet en principe à chacun de se dégager plus de temps libre.
Ce temps libre permet de participer à plusieurs activités autres que de survie ou de reproduction, ainsi s’investir dans des associationss, développer ses compétences ou exercer une activité différente (peinture, jardinage, sport...).
Il est difficile de déterminer si le phénomène a été accompagné ou non d’un développement de l’activité intellectuelle. Difficile aussi de savoir si ne se développe pas une sorte d’activisme des loisirs qui nous amène à neutraliser nous-même en activités diverses ce qui aurait pu constituer, avant mobilisation à d’autres fins, un temps le loisir. Le problème du manque de temps semble ainsi en augmentation et non en diminution depuis les années 1960, au moins dans les grandes villes.
Un auteur comme Jeremy Rifkin estime que nous nous acheminons à terme vers une société sans travail. Avant qu’une telle situation n’émerge, si elle le fait un jour, il faudra se soucier des points suivants :
Ceci contribuera sans doute à ce que cette réduction de volume de travail se traduise plutôt par une
redistribution de l’activité, ce qui permettrait d’alléger le temps de travail, au lieu de se traduire par une concentration de l’activité, qui produirait du
chômage.
Le philosophe Bertrand Russell a abordé cette question dans deux de ses ouvrages : Essais sceptiques et un ouvrage de jeunesse, Le monde qui pourrait être, avec lequel il prit quelque distance par la suite.
Loisir et loisirs : glissement sémantique
Le mot a commencé à accuser un glissement de sens dans les années 1960-70, sans doute suite à son usage répété dans l’expression « civilisation des loisirs » (expression que l'on doit à Joffre Dumazedier dans le livre du même nom publié en 1960), et a été utilisé par certaines personnes comme synonyme de divertissement, ce qui constitue une déviation importante de signification.
Le terme industrie des loisirs fait directement écho à cette notion de loisir-divertissement, en proposant une vision productiviste (mercantile, disent certains) de la production de biens et services destinés à satisfaire les besoins des ménages liés à leur temps de loisir : on considère ici que ce temps est dédié à la consommation de masse, pour s’occuper.
Statistiques
Voir aussi
Articles connexes
Publications
- Joffre Dumazedier, 1974, Sociologie empirique du loisir, Paris, Seuil, 269 p.
- Jeremy Rifkin, La Fin du travail
- Adret, Travailler deux heures par jour
- Alvin Toffler, La Troisième Vague
- Paul Lafargue, Le Droit à la paresse, 1880,
Lire en ligne
- Jean-Marie Lafortune, Introduction aux analyses sociologiques du temps hors travail, Presses de l’Université du Québec, 2004
Lire en ligne l'introduction
(www.puq.ca)
Liens externes
- Site historique
: Les loisirs de son temps, 1867-1896 (Les loisirs à la fin du XIXe siècle, www.musee-mccord.qc.ca)
- Site
du temps des loisirs, temps de la culture : le voyage culturel (www.terreentiere.com)
- Site
de l'Observatoire Québécois du loisir - recherches socioculturelles sur les tendances du loisir du Québec et du reste du monde (www.uqtr.ca)