À propos du nom
L'expression « mot-valise » est la
traduction de l'
anglais « ». Le mot
« » désignait autrefois une grande
valise à deux compartiments
[ Illustration d'un portmanteau ]
. C'est la raison pour laquelle
Lewis Carroll, dans son célèbre
roman De l'autre côté du miroir, utilisa l'image du
portmanteau pour montrer l'intérêt des mots télescopés : il suffit d'un seul mot pour dire deux choses à la fois.
Au chapitre 6, Humpty Dumpty (l'œuf Gros Coco) explique à Alice la signification du mot « slithy » (« slictueux ») qu'elle a lu au début du poème Jabberwocky :
, dans Wikisource..}}
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, traduction Jacques Papy, dans Wikisource..}}
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Exemples courants
Sont définitivement entrés dans la langue des mots-valise comme :
- motel, contraction de motorway et hotel ;
- progiciel, de professionnel et logiciel ;
- progiciel, de programme et logiciel ;
- tapuscrit, de taper et manuscrit ;
- franglais, de français et anglais ;
- alicament, d'aliment et médicament ;
- adulescent, d'adolescent et adulte (cf Tony Anatrella, La société adulescente) ;
- modem, de modulateur et démodulateur ;
- codec, de codeur et décodeur ;
- informatique, fusion entre information et automatique, terme devenu très courant créé par Philippe Dreyfus en 1962 et officialisé par Charles de Gaulle (de même, cognitique est une fusion entre connaissance et automatique);
Comme tout néologisme, les mots-valises peuvent fournir une alternative aux
emprunts lexicaux, notamment aux
anglicismes :
- clavardage, de clavier et bavardage (création québécoise
[.] pour traduire le sens particulier qu'a pris en informatique le mot anglais chat, parfois francisé en tchate) ;
- courriel, de courrier et électronique (création québécoise
[.] pour remplacer l'emprunt e-mail).
Les mots-valises ne sont pas tous des créations récentes :
- Décimeur : déformation critique et ironique, par Voltaire du mot ''décimateur, sous-entendant par là que la dîme était tellement importante pour les pauvres qu'elle les décimait par la famine ;
- Midouze : cours d'eau des Landes constitué par la jonction du Midou (parfois orthographié Midour) et de la Douze ;
- au Portugal, la ville d'Alcobaça et le petit fleuve Alcobaça (, nom du fleuve jusqu'à son embouchure dans l'océan Atlantique) tirent tous deux leur nom du confluent de deux rivières, l'Alcoa () et le Baça ().
En
linguistique, le terme peut être utilisé comme
synonyme plaisant de
forme contractée (
forme unique issue de deux
lexèmes qu'on ne peut plus reconnaître :
à +
le →
au,
de +
les →
des en français,
in +
dem →
im en allemand, etc.). De la même manière, un
morphème porte-manteau est un morphème qui porte simultanément plusieurs significations : par exemple, le morphème anglais
-s porte les significations : indicatif + présent + troisième personne + singulier.
Cette forme de néologisme créée par contraction d'expressions n'est pas propre au français et existe dans de nombreuses langues.
Mots-valises en littérature
La création de mots-valises permet un nombre illimité de combinaisons, ce qui ne peut manquer de séduire les écrivains et les passionnés de jeux de langage :
- serpent + pantalon → serpentalon (au lieu de serpentpantalon) ;
- cheval + valise → chevalise ;
Lewis Carroll a ouvert la voie pour les poètes et la poésie, qu’emprunteront en France aussi bien
Raymond Roussel et
Antonin Artaud que
Michel Leiris (avec son a ghost
}}), et les oulipiens dont, bien sûr, Marcel Duchamp et Raymond Queneau. Ce dernier, dans les Fleurs bleues'' fait ainsi dire à Lalix : .
Boris Vian inventa de même le « pianocktail » de
L'écume des jours, objet onirique qui unit deux plaisirs sensuels, le
gustatif et l'
auditif, grâce à l'
ivresse de l'
alcool et celle du
jazz.
Le jeu peut alors devenir définitionnel :
- adoléchiant : jeune personne au mauvais caractère
- cerf-les-fesses : cervidé plutôt trouillard (l'un des animaux d'amour de Paul Fournel
- chérisson : être dont on aime le charme piquant ;
- chirurchien : chirurgien qui réduit ses patients en charpie
- éléphapotame : pachyderme des rivières (éléphant + hippopotame)
- homarylinmonroe : crustacé que certains aiment chaud (l'un des opossums célèbres d'Hervé Le Tellier).
- merdiateur : homme de médias faisant n'importe quoi ;
- milichien : chien policier ;
- poustache : moustache ayant poussé ;
- primaturé : singe né avant terme ;
- testicubes : couilles carrées
Le novlangue
Dans son célèbre roman
1984,
George Orwell a élaboré le
novlangue (déjà un mot-valise), dont l'objectif était, grâce à la simplification lexicale et syntaxique de la langue, d'asservir la pensée elle-même.
Exemples de mots-valises en novlangue :
- Miniver : ministère de la vérité.
- Crimesex : activité sexuelle pratiquée sans but de reproduction.
Ouvrages présentant des collections de mots-valises
- Petit fictionnaire illustré, Alain Finkielkraut, Seuil.
- Ralentir : mots-valises !, Alain Finkielkraut, Seuil.
- Distractionnaire, Robert Gallisson et Louis Porcher, Clé international.
- « Le coin des valises », In Trucs, machins et autres choses, Michel Laclos, Zulma.
- Le pornithorynque est un salopare, Alain Créhange, Éditions Mille et une nuits.
- Sardinosaures & Cie, Jacques Roubaud & Olivier Salon, La Bibliothèque oulipienne n° 146.
- Les animaux d'amour, Paul Fournel, La Bibliothèque oulipienne n° 147, rééd. 2007, illust. de Henri Cueco, Le Castor Astral.
- Les opossums célèbres, Hervé Le Tellier, illust. de Xavier Gorce, 2007, Le Castor Astral.
-
Extension du mot-valise
- Lorsque le mot-valise est composé d'une contraction de trois mots et plus, on parle de « mot-pantalon ».
- Lorsque le mot-valise est composé de deux mots dont les dernière et première syllabes coïncident, on parle de mot-gigogne.
Voir aussi
Article connexe
Liens externes
Notes et références