Disciplina etrusca
Les Anciens nommaient ainsi l'ensemble de plusieurs livres, consistant en différents traités religieux, dont aucun texte original en langue étrusque ne nous est parvenu. Nous n'en avons connaissance qu'à travers les
auteurs latins, et nous n'en savons que ce qu'ils en ont dit, ce qui nous permet toutefois d'avoir la certitude qu'ils aient existé.
Les deux premiers traitent de l'art de la divination, tant à travers l'examen des viscères des animaux sacrifiés que des foudres. Le troisième concernait la règle des cultes pour la fondation des villes et la consécration des sanctuaires, le quatrième du monde d'outre-tombe, et le dernier du destin et des limites de la vie.
- le traité des Foudres; Libri fulgurales
attribué à Vegoia, dont on a connaissance par
Sénèque et
Pliness. La doctrine des foudres exposait la signification des coups de tonnerre pour chaque jour de l'année. Une foudre tirait en outre sa signification selon la portion du ciel d'où elle provenait et où elle tombait. Le ciel, divisé en seize sections constituait donc un langage, virtuel, lui même constitué par les phénomènes météorologiques qui s'y produisaient. Onze types de foudres étaient répertoriés, maniés par différents dieux. Aussi le message était-il à chaque fois différent et il incombait aux spécialistes qu'étaient les
haruspice de les interpréter. On peut y voir des analogies avec la doctrine chaldéenne et y percevoir une influence des
Meteorologica du pseudo-Aristote. Le schéma fondamental est cependant archaïque et repose sur le binôme macrocosme/microcosme.
- le traité du rite; Libri rituales, auquel est rattaché le traité de l'Au-delà ;
- le traité de l'Au-delà; Libri Acheruntici
attribué à Tagès, ce traité, pour les quelques fragments que l'on en possède, ne permet guère le rapprochement avec le
Livre des Morts égyptien. D'après
Arnobe (Adversus Nationes, II, 62), auteur chrétien du IV° siècle, 'dans ses
Libri Acherontici, L'Étrurie promet que, par le sang de certains animaux offert à certaines divinités, les âmes deviendront divines et échapperont à la condition mortelle'. Selon une information rapportée par Servius (ad
Aen. III 168), à la suite de certains sacrifices les âmes se transforment en dieux qu'on désigne comme
animales pour rappeler leur origine. La 'divinisation des âmes' nous apparaît ainsi attestée, donnant une dimension eschatologique à la religion des Étrusques. Si l'essentiel de leur pensée religieuse nous échappe, on peut cependant en déduire certains éléments : s'agissant d'une déification de l'âme à la suite de rituels sanglants, cela renvoie soit à un rituel très archaïque et bien antérieur à la civilisation étrusque, soit, ce qui est beaucoup plus probable, à un sacrifice-sacrement comparable à l'inititaion dans les
Mystères de
Mithra.
- le traité des Haruspices; Libri haruspicini
Attribué à Tagès et complété par les
Libri fatali. La théorie des Haruspices ou Haruspucine, ou Haruspicie selon d'autres, soit la lecture des entrailles des victimes sacrifiées, présuppose la correspondance entre trois niveaux différents : le divin, le cosmique et l'humain. Chaque portion de l'organe examiné indique une décision divine prédisant un évènement historique imminent. Il existe un modèle de foie de mouton en bronze, découvert à Plaisance en 1977, servant de maquette comportant les noms d'une quarantaine de dieux et datant du III° ou II° siècle av.J.C. et représentant la structure du monde et la distribution du panthéon.
Selon ces 'Livres du Destin', une vie humaine se déroule en douze temps. Après le douzième, les hommes, selon
Varron, 'sortent de leur esprit' et ne reçoivent plus aucun signe des dieux. De même les peuples et les nations ont un terme fixé par le
Cosmos. Il s'agit là d'une conception très ancienne que cette
croyance en un déterminisme cosmique autant qu'existentiel, que l'on retrouve dans de nombreuses sociétés traditionnelles.

Reconstitution d'un trousseau funèbre étrusque
Le règne de l'Au-de-là
Les Enfers étrusques sont originaux, car bien qu'étant définis au départ comme un lieu terrible gardé par des monstres, on trouve au des tombeaux ornés de scènes joyeuses tels que des banquets, des danses ou des parties de chasse. Ces enfers communiquaient avec le monde des vivants grâce au mundus (trou). Il n'est cependant pas simple de reconstituer les croyances sur l'existence d'outre-tombe. Les inscriptions funéraires indiquent seulement la parenté maternelle du défunt, et la mère semble avoir été considérée moins comme une personnalité individuelle que comme un membre de référence de sa lignée.
Les fresques des tombes étrusques représentent les Enfers d'une manière très différente de celle des grecs, même si les étrusques s'inspirent de l'art grec pour les représenter. Le défunt y arrive à cheval, est accueilli par un groupe de personnages qui sont probablement ses ancêtres, un banquet l'attend, festin présidé par la version étrusque de Hadès et Perséphone. Toute une variété de démons sont présents, qui ne sont pas d'origine grecque. Leur chef, Charun, de son nom grec Charon, est une création originale de la mythologie étrusque. Mais son rôle semble se limiter à l'accueil de l'âme, il fait en quelque sorte figure d'huissier, puisqu'à en juger d'après les scènes des fresques, le défunt semble connaître une existence post mortem toute de plaisirs.
Les divinités étrusques seront ensuite adoptées par les Romains.
Le panthéon étrusque
Les douze dieux principaux, rapidement identifiés avec les douze dieux de l'Olympe hellénique, constituaient le second rang de la hiérarchie céleste dans les croyances religieuses des Étrusques.
Le premier rang en effet était occupé par des divinités mystérieuses, impénétrables, dont on ne connaît ni le nom ni le nombre, dont il n'existe nulle représentation. On les désignait par des termes vagues, généraux, de « dieux voilés » (dii involuti).
Les divinités mineures
Le troisième rang était constitué par des divinités qu'on ne pouvait classer dans les deux autres catégories : les divinités infernales.
Venaient enfin le monde des esprits, des démons, des êtres surnaturels, médiateurs entre les hommes et les dieux, innombrables. On les désignait du nom de Pénates, de Lares, de Mânes, ou plus largement de Génies.
Sources
Voici une liste des auteurs anciens et des sources qui nous ont laissé des témoignages concernant les Étrusques à ce sujet :
- Martianus Capella (410-439 ap.J.C.), De Nuptiis Mercurii & Philologiae
- Nigidius Figulus (60-50 av.J.C.), De Extis (Des entrailles)
- et Des haruspices
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Il faut leur ajouter
Hérodote,
Tite-Live,
Varron et
Denys d'Halicarnasse.
Voir aussi
Articles connexes
Liens externes
Bibliographie
En français
- Les Étrusques, Dominique Briquel, Collection Que Sais-Je ?, Paris, 2005.
- Les origines de l'Hercule romain, Jean Bayet, Paris 1926
- La religion romaine archaïque, Georges Dumézil
En italien
- Il « mistero » della lingua etrusca, Romolo Augusto Staccioli, Editions Newton Compton
- Storia degli Etruschi, Mario Torelli, Editions Laterza, 1981