Biographie
Jeunesse et ascension dans l’armée
Naissance de Napoléon

Portrait de Charles Bonaparte père de Napoléon
Napoléon Bonaparte naît à
Ajaccio en
Corse, le
15 août 1769 avec pour nom de baptême
Napoleone Buonaparte (acte du 21 juillet 1771, mais sur son acte de mariage avec Joséphine de Beauharnais il signa
Napolione Buonaparte), un an après le
traité de Versailles par lequel
Gênes cède l'île à la
France (
1768). Issu d’une famille faisant partie de la
noblesse de robe corse dont la présence sur l'île est attestée depuis le
[Jean Tulard Napoléon ou le mythe du sauveur p. 40. Depuis 1616 les Bonaparte sont membres du conseil des Anciens d'Ajaccio; ils sont aussi avocats et fréquemment alliés aux anciennes familles seigneuriales insulaires ; voir aussi Valynselee 1954, Le sang des Bonaparte] (
Maison Bonaparte d’origine
toscane), il est le quatrième enfant (second des enfants survivants) de
Carlo Maria Buonaparte, avocat au Conseil supérieur de l'île, et de
Maria Letizia Ramolino. Son prénom Napoleone (ou Nabulione selon la graphie corse
[Chuquet La jeunesse de Napoléon tome 1 p. 66]) lui est donné en mémoire d'un oncle mort à Corte en 1767
[orthographié sur l'acte de décès Lapulion cf. J.Godechot in Mistler Napoléon 1. Naissance d'un empire p. 29].
La formation militaire
En
1777, Charles Bonaparte, représentant la noblesse, fait partie de la députation que l’Assemblée générale des États de la Corse envoie à Versailles auprès du roi
Louis XVI. À cette occasion, le
comte de Marbeuf, gouverneur de l'île, fait obtenir, auprès du ministre de la guerre le prince de Montbarrey, une bourse pour faire entrer le deuxième fils de Charles à l'école militaire, son frère aîné Joseph étant destiné à suivre une carrière ecclésiastique
[J.Tulard, L.Garros Itinéraire de Napoléon p.13].
Le , Charles Bonaparte fait entrer provisoirement ses deux fils Joseph et Napoléon au collège d’Autun. Napoléon y reste trois mois, le temps pour son père de faire les démarches pour le faire admettre à l'école militaire, devant pour cela fournir les preuves de sa noblesse et de quatre degrés d'ancienneté pour obtenir la bourse du roi[André Castelot, Bonaparte p.30]. Le dossier fut examiné par le juge d'armes Antoine-Marie d'Hozier de Serigny[J.Tulard, L.Garros Itinéraire…p.15]. Charles Bonaparte ayant fourni les preuves de noblesse de la famille, Napoléon est agréé par le ministère de la guerre pour entrer au collège militaire de Tiron, mais, suite à des défections, il est finalement admis à l’École royale militaire de Brienne-le-Château (Aube).
Napoléon y entre le 15 mai 1779 en classe de septième [J.Tulard, L.Garros Itinéraire…p.16]. C’est l’un des douze collèges de France qui accueillent les enfants de la petite noblesse. Il va y rester cinq ans. Considéré comme bon élève, particulièrement doué pour les mathématiques, Bonaparte n’aurait pas été très apprécié de ses camarades notamment à cause de son admiration pour Paoli[ Mémoires de Bourrienne tome premier p.33 selon Jacques Godechot les témoignages sur le séjour de Brienne sont contradictoires et sujets à caution (sous la direction de Jean Mistler, 1969)Napoléon: tome 1. Naissance d'un empire chapitre 1 p.35]. Il montre déjà une propension à l’art du commandement, en organisant des jeux militaires dont il prend la tête. Une bataille de boules de neige, qu'il aurait dirigé un hiver, fait partie de sa légende[Longtemps attribué à Bourrienne, en fait, selon J.Tulard et L.Garros Ibid p.17, cet épisode provient d'une brochure anglaise traduite sous le titre de Quelques notions sur les premières années de Bonaparte parue en l'an VI et reprise dans les Mémoires de Bourrienne sur Napoléon (1829) tome premier p.25.].Son frère Joseph, ayant abandonné son projet d'entrer au séminaire, étudie le droit, Lucien entre au séminaire d’Aix-en-Provence et ses sœurs sont éduquées par Mme Campan.
Son père lui rend visite le 21 juin 1784[J.Tulard, L.Garros Itinéraire…p.18]. Le 22 septembre de la même année, le sous-inspecteur des écoles Marie-Antoine-Sérapion Reynaud des Monts fait passer aux élèves cadets de Brienne l'examen d'entrée à l'École militaire de Paris, où après un an d'études il pourra être affecté à un régiment d'artillerie, de génie, ou de la marine [ Castelot Bonaparte p.47]. Napoléon est jugé apte à y entrer ainsi que quatre de ses condisciples. Il quitte l'école le 17 octobre et arrive cinq jours plus tard à Paris où il intègre la compagnie des cadets gentilshommes[J.Tulard, L.Garros Itinéraire…p.21]. Le 24 février 1785, Charles Bonaparte meurt d'un cancer de l'estomac, le rôle de chef de la famille échoit à l'aîné Joseph, mais Napoléon le juge d'un caractère trop faible pour diriger la famille[Jean Massin Almanach du Premier Empire p.3]. En septembre il passe l'examen de sortie de l'école afin d'intégrer un régiment d'artillerie, interrogé par le mathématicien Pierre-Simon Laplace.
Il est reçu lieutenant en second, (42 sur 58) à l’examen de l’artillerie, et reçoit l’ordre de rejoindre la destination qu’il a choisie, le régiment d'artillerie de la Fère alors en garnison à Valence.[J.Tulard Napoléon ou le mythe du sauveur p.41]
Il quitte Paris pour Valence le 30 octobre 1785. Le 15 septembre 1786, sept ans et neuf mois après son départ il repose les pieds sur l’île de Corse à l’occasion de son congé de semestre.
Le 1 juin 1788, il s’embarque pour rejoindre son régiment de La Fère en garnison à Auxonne et apprendre son métier d’artilleur. Dans ses loisirs, il travaille assidûment. Ses nombreuses lectures, qu’il accompagne de Notes[F. Masson et Guido Biagi Napoléon, Manuscrits inédits 1786-1791] témoignent du sens dans lequel il a dirigé ses études et des sujets qui l’ont particulièrement attiré.
Il quitte Auxonne, pour un congé de semestre début du mois de septembre 1789. La fin de son congé le ramène dans la cité auxonnaise le 11 ou 12 février 1791 qu’il quitte définitivement le 14 juin 1791.
Les premières armes
Lorsque la
Révolution éclate en
1789, le lieutenant Bonaparte est présent depuis le 15 juin 1788 au régiment de La Fère alors à l'école royale d'artillerie à
Auxonne dirigée par le maréchal de camp, le baron Jean-Pierre Du Teil. Ce dernier lui confie la répression de la première émeute locale qui éclate le 19 juillet 1789. Présent ponctuellement à Paris, il est spectateur de l’invasion des
Tuileries par le peuple le
20 juin 1792 et aurait manifesté alors son mépris pour l'impuissance de
Louis XVI. Ce dernier signe quelques jours plus tard son brevet de capitaine, un de ses derniers actes publics. Napoléon retourne à plusieurs reprises en Corse, où les luttes de clans avaient repris, les
paolistes soutenant la monarchie modérée à l’anglaise, et les Bonaparte la Révolution. Napoléon se fait élire à la tête de la
Garde nationale en
1792 en arrachant de force l’accord du commissaire du gouvernement. Mais l’
exécution du roi provoque une révolte des indépendantistes.
Les désaccords entre Paoli et Bonaparte s'accentuent et suite à une lettre de Lucien Bonaparte à la Convention pour dénoncer Paoli, la famille de Napoléon, dont la maison a été mise à sac, est contrainte de quitter l'île précipitamment à destination de Toulon, le 10 juin 1793. Peu après l'arrivée des Bonaparte dans le Midi, la région se révolte contre la Convention et Toulon est livré aux Britanniques par la population révoltée.
Capitaine d’artillerie, Bonaparte y est envoyé à l'automne 1793 et obtient à la demande des commissaires Augustin Robespierre et son compatriote Salicetti, le commandement de l'artillerie, avec le grade de chef de bataillon. Il y rencontre de jeunes officiers comme Marmont, Junot ou Victor. Le plan qu’il soumet au général Dugommier permet la reprise de la ville aux troupes royalistes et britanniques le 18 décembre. Ses ordres contribuent à forcer la flotte britannique à quitter la rade de Toulon et à priver ainsi les insurgés d'un soutien précieux. Il est fait général de brigade le 22 décembre. Après cette victoire, il sert en Italie.
Ses amitiés avec les jacobins lui valent d’être brièvement arrêté après la chute de Robespierre le 9 Thermidor an II (27 juillet 1794).
Le 13 vendémiaire, le mariage et l’armée d’Italie

Paul Barras
Libéré, il refuse d'être affecté en Vendée et erre à Paris un temps sans commandement effectif, puis Barras lui offre de combattre l’insurrection royaliste de Vendémiaire contre la Convention en 1795. À cette occasion, Bonaparte a sous ses ordres un jeune officier, Joachim Murat, son futur beau-frère. Ce dernier joue un rôle déterminant, en transférant à temps les canons indispensables depuis les Sablons jusqu'aux abords des Tuileries. La canonnade de Saint-Roch disperse les forces royalistes. Quelques jours plus tard, Bonaparte est promu général de division, puis nommé commandant de l’armée de l'Intérieur, succédant à Barras qui devient l’un des 5 membres du Directoire.
Officier d’artillerie de formation, il innove vers cette époque dans l’utilisation de l’artillerie (canon de Gribeauval) comme force mobile d’appui des attaques d’infanterie.
Il doit à Joséphine de Beauharnais, amie et ancienne maîtresse de Barras, qu'il vient d'épouser au début de 1796, sa promotion à la tête de la petite armée d'Italie, appelée en principe à ouvrir un simple front de diversion.
Campagne d’Italie
Nommé le 2 mars 1796 commandant en chef de l’armée d’Italie de 40 000 hommes « nus, mal nourris[Proclamation à l'armée d'Italie. En réalité, cette proclamation a été écrite à Sainte-Hélène, 20 ans après les faits. (cf Tulard, Napoléon ou le mythe du sauveur, p. 80] », il bat à plusieurs reprises l’armée autrichienne du général Beaulieu plus nombreuse et mieux équipée : Montenotte, Lodi, ou Arcole — où Napoléon mène lui-même l’assaut, au cours duquel son ami et aide-de-camp Muiron est tué. Il bat également l’armée sarde aux batailles de Millesimo et de Mondovi en avril 1796. Les Sardes, vaincus, demandent un armistice, qui sera signé à Cherasco, le 28 avril 1796. En 18 jours, Bonaparte a battu deux armées, remporté de nombreuses victoires, qui vont assurer sa popularité en France. Déjà vaincu à Arcole, le général autrichien Alvinczy revient en janvier 1797 avec une armée de 45 000 hommes en Italie et est battu de nouveau à la bataille de Rivoli et est obligé de capituler le 2 février 1797. Au printemps, Bonaparte bat l’armée autrichienne de l’archiduc Charles sur le Tagliamento (mars 1797) puis à la bataille du col de Tarvis (avril 1797) et encore à la bataille de Neumarkt (avril 1797). Suite à cette dernière défaite, les Autrichiens demandent un armistice. L’Autriche doit négocier un traité défavorable à Campo-Formio en octobre 1797.
En Italie, le général Bonaparte prend conscience de ses forces et de la situation qui est la sienne. Il règne sur les champs de bataille et a la faveur du public (italien comme français) : une petite cour se forme autour du général républicain à Milan. Pour augmenter l'éclat de ses victoires, il crée deux journaux Le Courrier de l'armée d'Italie et La France vue de l'armée d'Italie et commande à son officier topographe Louis Albert Guislain Bacler d'Albe une série de vues des grandes batailles de la campagne d'Italie. Par ce biais, Bonaparte s'attache les sentiments de ses soldats et des Français.
Campagne d’Égypte
''
À son retour d’Italie, en décembre 1797, Bonaparte est accueilli comme un héros par le Directoire qui organise une cérémonie officielle pour célébrer la paix de Campo-Formio. Il est nommé membre de l'
Institut dans la classe de mathématiques. En février
1798, le Directoire soumet à Bonaparte l'idée d'une invasion de l'
Angleterre. Il inspecte les côtes françaises de Boulogne,
Calais et
Dunkerque, en vue de la réalisation du projet. Sa popularité auprès des Français est de plus en plus importante. Le
23 février 1798, le gouvernement abandonne le projet d'invasion de l'Angleterre sur les conseils de Bonaparte, qui, lui-même influencé par
Talleyrand, persuade alors le Directoire de porter la guerre en
Égypte, où il pourra couper la route des Indes à la Grande-Bretagne.
Le
24 février 1798, le rapport est présenté à Barras ; le
5 mars, inquiet de la popularité de Bonaparte, le
Directoire le charge de mener l'expédition en Égypte, avec aussi l'idée de s'en débarrasser.
En avril 1798 est créée l’armée d’Orient, placée sous les ordres de Bonaparte. Des scientifiques formant l’Institut d’Égypte l'accompagnent. Il est, en outre, accompagné des généraux Kléber, Desaix, Murat, Lannes, Davout et Caffarelli.
Le 19 mai 1798, Bonaparte quitte Toulon avec le gros de la flotte française et parvient à échapper à la poursuite de la flotte britannique de Nelson. Au passage, les Français s’emparent de Malte, le 10-11 juin 1798, pour assurer les communications ultérieures avec la métropole. Le 19 juin 1798, après avoir laissé une garnison de 3 000 hommes sur place, la flotte met le cap sur Alexandrie qu’elle atteint le . Après une courte résistance, la ville est prise le lendemain.
Bonaparte laisse 3 000 hommes à Alexandrie et remonte le Nil vers Le Caire. Le premier véritable combat de la campagne d'Égypte a lieu à Chebreïs le 13 juillet 1798 où les cavaliers mamelouks sont défaits, grâce à l’artillerie de l’armée d’Orient. Le 21 juillet 1798, à la bataille des Pyramides de Gizeh, Bonaparte bat à nouveau l’armée des mamelouks. Le 24 juillet 1798, Bonaparte et son armée entrent triomphalement au Caire. Les 1 et 2 août 1798, la flotte française est presque entièrement détruite à Aboukir par les navires de Nelson. Désormais, les Britanniques sont maîtres de la Méditerranée et Bonaparte est prisonnier de sa conquête. Suite à cette défaite, les Turcs, le 9 septembre 1798, déclarent la guerre à la France. Il faut rappeler qu’à cette époque l'Égypte fait partie de l'empire ottoman, comme la majorité du Moyen-Orient.
Pendant qu’il décide de faire de l'Égypte un véritable État capable de vivre en autarcie, Bonaparte envoie le général Desaix poursuivre Mourad Bey jusqu’en Haute-Égypte, complétant ainsi la soumission du pays. Poussés par les Britanniques et les Turcs, les mamelouks survivants travaillent la population du Caire, qui se révolte le 21 octobre 1798 contre les Français. Cette révolte est impitoyablement réprimée par les troupes. Le calme revient et Bonaparte rétablit la situation en décrétant finalement une amnistie générale, non sans avoir fait couper bon nombre de têtes exhibées à la foule terrorisée et canonner la Grande Mosquée du Caire.
En février 1799, Bonaparte se déplace en Syrie pour affronter les troupes ottomanes que le Sultan a envoyées pour attaquer les Français en Égypte. Le 10 février 1799, Bonaparte quitte le Caire avec son armée et bat les Turcs aux combats d’El-Arich et de Gaza. Le 7 mars 1799, la ville de Jaffa est prise et pillée par les Français. C’est à ce moment-là que la peste apparaît dans les rangs Français.
Le 19 mars 1799, Bonaparte met le siège devant Saint-Jean d’Acre. Le 13 avril 1799, les cavaliers de Junot mettent en déroute les cavaliers ottomans à la bataille de Nazareth et le 16 avril 1799, Bonaparte et Kléber écrasent l’armée turque de secours envoyée par le Sultan pour libérer le siège de Saint-Jean d’Acre à la Bataille du Mont-Thabor. Bien que victorieuse à cette bataille, le 16 avril 1799, l’expédition en Syrie sera décimée par la peste puis arrêtée à Acre.
De retour à Acre, Bonaparte essayera en vain, du 24 avril au 10 mai 1799, de prendre la ville. Le 17 mai 1799, Bonaparte décide d’abandonner le siège et retourne en Égypte. Le 14 juin 1799, il arrive au Caire et, dans un retournement de situation, bat les Turcs le 25 juillet 1799 à la bataille terrestre d'Aboukir.
La situation du Directoire lui paraissant favorable à un coup de force, Bonaparte, qui n’a plus qu’une armée de terre affaiblie, ayant perdu sa marine, abandonne le commandement de l’armée d’Égypte à Kléber.
Retour à Paris, situation de la France
Il rentre en France, le
23 août 1799, en catimini, à bord de la frégate
La Muiron, abandonnant au général
Kléber une armée diminuée et malade. Il débarque à
Fréjus le
9 octobre 1799 après avoir miraculeusement échappé aux escadres britanniques pendant les 47 jours de la traversée.
Sur le chemin qui le mène à Paris, il est acclamé par la population. Jean-Baptiste Kléber se révèle un excellent administrateur et le 20 mars 1800, réalise l’exploit de vaincre les Turcs à la bataille d’Héliopolis. Cette victoire permet à la France de conserver l’Égypte, mais Kléber meurt assassiné, le 14 juin 1800 au Caire, le jour où Napoléon gagne de justesse la bataille de Marengo en Italie, grâce à la charge héroïque de Desaix, qui est tué lors de l’assaut.
Le successeur de Kléber, le général Menou, capitule le 31 août 1801 devant les forces turco-britanniques après avoir perdu 13 500 hommes, principalement victimes des épidémies au cours des négociations de paix. Les soldats français restants sont rapatriés sur les vaisseaux britanniques vers la France.
Le Consulat
Le coup d’État
Arrivé dans la capitale, le général s’entretient avec
Talleyrand, homme politique d’expérience et fin connaisseur des forces en jeu.
Le schéma du
coup d’État du 18
Brumaire (
9 novembre 1799) prévoit les opérations suivantes : Bonaparte aura le commandement en chef de l’armée pour le maintien de l’ordre dans Pariss et dans les
assemblée. On envisage de déplacer les assemblées au
château de Saint-Cloud sous le prétexte d’un péril
jacobin. En effet, depuis
1789, les assemblées se trouvent toujours sous la menace de la population parisienne.
L'essentiel des événements se déroule le 19 brumaire à Saint-Cloud. Les révisionnistes avaient envisagé une démission collective des cinq directeurs, mais les assemblées ont du retard car cette idée ne fait pas l’unanimité ; Bonaparte s’impatiente et décide d’intervenir.
Il tient un discours maladroit devant le Conseil des Cinq-Cents, discours hué par les députés qui l’accusent de vouloir instaurer la dictature. Bonaparte est alors contraint de quitter l’assemblée. Mais il prend rapidement la situation en main avec l’aide de son frère Lucien qui préside les cinq-cents. Lucien évite que Napoléon soit mis en cause par les députés qui veulent voter pour mettre hors-la-loi Bonaparte. Lucien retarde le vote et va chercher Murat qui vient avec la troupe et met de l’ordre dans les assemblées, disant que certains députés voulaient poignarder Bonaparte pour justifier une intervention de l’armée.
Les représentations des députés sortant par les fenêtres et voulant poignarder Napoléon sont très répandues. Bonaparte est de fait l’homme fort de la situation, qui fait basculer un coup d’État parlementaire en un coup d’État militaire.
Mais Bonaparte reste attaché aux formes juridiques et dans la soirée du 19 Brumaire, les députés restent à Saint-Cloud pour voter la décision de nommer deux commissions pour préparer une nouvelle constitution. On constate alors une volonté d’appuyer le régime sur le vote des représentants du peuple.

Bonaparte, Premier consul, par Jean Auguste Dominique Ingres
Le 20 brumaire les trois
Consuls sont désignés : Bonaparte,
Sieyès et
Ducos. C’est le début du
Consulat. Roger Ducos est tout acquis à Bonaparte, alors que Sieyès lui n’entend pas se résigner à abandonner le pouvoir à Bonaparte seul. Il entend bien jouer un rôle dans le gouvernement du Consulat. Pour contrecarrer son encombrant collègue, Bonaparte, multipliant les provocations, maintient aux portefeuilles ministériels les ennemis de Sieyès en offrant les relations extérieures à
Talleyrand et celui de la Police à
Fouché.
Le travail de rédaction de la Constitution est confié officiellement à deux commissions législatives formées de députés des Cinq-Cents et des Anciens. Mais en fait, c’est Sieyès qui va proposer un projet. À l’examen, le projet s’avérera trop complexe, voire irréaliste. En effet, il prévoit l’instauration d’un régime démocratique fondé sur un pouvoir législatif fort représenté par trois chambres. L’exécutif sera, quant à lui, réduit à une magistrature à vie purement honorifique et à deux consuls aux fonctions limitées.
Bonaparte profite des faiblesses de ce plan pour imposer son propre projet et se débarrasser de son encombrant rival. Du 4 au 13 décembre 1799, il réunit ainsi les deux commissions dans son bureau pour élaborer le texte de la nouvelle constitution.
La Constitution de l’an VIII est adoptée en comité restreint le 13 décembre 1799. Elle s’inspire en partie du projet de Sieyès, mais intègre les idées politiques de Napoléon Bonaparte, notamment concernant le pouvoir exécutif. Sieyès, lui-même, sera chargé de désigner les trois consuls de la république : Bonaparte comme premier consul, puis Cambacérès et Lebrun, comme 2 et 3 consuls de la République. Sieyès, quant à lui, sera relégué au poste de président du Sénat.
« Lorsque je me mis à la tête des affaires, la France se trouvait dans le même état que Rome, lorsqu’on déclarait qu’un dictateur était nécessaire pour sauver la République » (Bonaparte).
La Constitution
La
Constitution de l’
an VIII entre en vigueur le
25 décembre 1799. Bonaparte établit la Constitution sous des apparences démocratiques, mais organise un
pouvoir autocratique, toutes les évolutions du régime ne feront qu’accentuer le caractère autocratique du pouvoir.
Le pouvoir législatif est divisé en trois assemblées (tricamérisme) :
- le Tribunat discute les lois sans les voter
- le Corps législatif (ou « Corps des muets ») adopte ou rejette les lois
- le Sénat est chargé de vérifier que la loi est conforme à la constitution.
La préparation de la loi appartient à l'exécutif, par le biais du
Conseil d’État, chargé de rédiger les textes législatifs.
Le pouvoir fonctionne de manière autoritaire, les procédés de démocratie semi-directe (quelque peu fictive) sont soigneusement organisés et contrôlés. Le consul corrige lui-même les résultats s’ils ne sont pas satisfaisants. Le Consulat est une forme de despotisme éclairé.
Du Consul à l’Empereur
En 1800, Bonaparte attaqua et vainquit l’Autriche une nouvelle fois. Battus à Marengo par Napoléon et à Hohenlinden par Moreau, les Autrichiens durent signer le traité de Lunéville le 9 février 1801, ce qui amena les Britanniques à signer la paix d’Amiens le 25 mars 1802 (4 germinal an X, contresignée deux jours plus tard). Si son pouvoir était fragile au lendemain de Brumaire, la victoire de Marengo et ses suites consolidèrent fortement la situation de Bonaparte.
Le 24 décembre 1800, une « machine infernale » (bombe) l’attendait rue Saint-Nicaise. Le cocher du Premier consul passa au grand galop. La bombe explosa trop tard et seules les vitres du véhicule furent soufflées. Sur place, en revanche, ce fut le carnage. On dénombra 22 morts et une centaine de blessés. Fouché, alors ministre de la Police, réussit à prouver que l’attentat était l’œuvre des royalistes, alors que Bonaparte était persuadé avoir affaire aux Jacobins. L’exécution du duc d’Enghien en sera une conséquence.
En 1802, Bonaparte demande que les cendres du Maréchal de Turenne soient transférées aux Invalides. Il est en effet un fervent admirateur de Turenne, dont il reprendra avec succès la stratégie d’attaque par surprise (Bataille de Turckheim, 1675) dans ses campagnes de 1805 à 1812. Par la suite, enivré par ses victoires, s’engageant avec témérité en Russie avec la Grande Armée, il oubliera que toute campagne nécessite une étude approfondie et collective du terrain et de la psychologie de l’ennemi.
La même année, Bonaparte rétablit l’esclavage dans les colonies. Ce rétablissement devait faire repartir une économie défaillante dans les colonies des Antilles.
Il fallut attendre 1848 pour que l’abolition définitive de l’esclavage soit promulguée.
Bonaparte vendit la Louisiane, immense territoire d’Amérique du Nord, aux États-Unis, en 1802.
Il envoya une armée forte de 34 000 hommes à Saint-Domingue sous les ordres du général Leclerc pour rétablir l’autorité de la France. Après quelques succès, notamment la capture de Toussaint Louverture (qui mourut au fort de Joux, dans le Doubs, le 7 avril 1803), son armée affaiblie par une épidémie de fièvre jaune fut anéantie par les soldats de Jean-Jacques Dessalines.
Après que Bonaparte eut étendu son influence sur la Suisse, qui mit en place les institutions décentralisées actuelles, et sur l’Allemagne, une dispute à propos de Malte servit de prétexte aux Britanniques pour déclarer une nouvelle fois la guerre à la France en 1803, et pour soutenir l’opposition royaliste à Bonaparte. Celui-ci réagit : l’idée d’une invasion du Royaume-Uni se fait jour, et pour ramener à la raison les royalistes, qui, peut-être, complotent dans l’ombre, le Premier consul fait exécuter le duc d’Enghien, prince Bourbon. L’exécution qui se déroule à Vincennes après un simulacre de procès, ne suscite pas d’autres protestations que celles du Royaume-Uni, de la Russie et de l’Autriche qui s’en tiennent à quelques timides reproches. C'est cependant cet acte qui assoit la réputation de « Robespierre à cheval » de Napoléon (à Sainte-Hélène, Napoléon assumera cet acte, malgré la très probable implication de Talleyrand). Après ce gage donné aux républicains, dans la mesure où le Premier consul réitère le crime des régicides, celui-ci se couronne Empereur le 2 décembre 1804.

Napoléon se fait couronner roi d’Italie le 26 mai
1805 à
Milan
À proprement parler, l’Empire naît à la demande du Sénat. Steven Englund se rallie à l’opinion selon laquelle il s’agissait, initialement, de protéger la République. Le Consulat abattu, l’ordre se serait effondré avec lui. Empereur, il devenait une institution, scellant la pérennité des valeurs républicaines. Il pouvait mourir : l’hérédité du titre était censée protéger le pays des bouleversements et de la perte des acquis révolutionnaires (avec, en premier lieu, l’égalité, loin devant la liberté). C’est ainsi que les monnaies impériales portent, sans hypocrisie, la mention « Napoléon Empereur - République française ».
Par suite seulement, cet Empire « républicain », protégeant les acquis révolutionnaires, se fera « impérialiste ».
L’Empire
La symbolique impériale
Le sacre impérial, événement unique dans l’
Histoire de France représenté sur le tableau de
Jacques-Louis David,
Le Sacre de Napoléon, est lourdement chargé en symboles. Le passage de la République à l’Empire nécessite la création d’armoiries impériales, ainsi que la création d’objets symboliques destinés à établir une tradition auparavant inexistante. Napoléon, qui se veut rassembleur, décide d’associer aux symboles de son règne les images qui ont pu représenter auparavant la
France, ainsi que les pouvoirs forts européens.
– Cette scène montre le moment où Napoléon prend des mains de
Pie VII la couronne impériale pour en coiffer sa femme l’impératrice
Joséphine
L’aigle est choisi en référence aux aigles romaines, portées par les légions, mais il est également le symbole de Charlemagne, l’aigle éployée. C’est d’ailleurs une erreur de lecture qui donnera pour symbole de l’Empire français un aigle aux ailes déployées : en héraldique, éployée se dit des oiseaux et des animaux chimériques représentés avec les ailes étendues (un aigle à deux têtes aux ailes déployées en est un bon exemple). La couleur rouge du manteau impérial, est une référence directe au pourpre de l’imperium romain. Napoléon se pose ainsi en héritier de l’Empire romain et de Charlemagne.
Les abeilles sont censées rappeler les Mérovingiens (des broches les représentant ayant été retrouvées dans des tombeaux de cette époque), et leur disposition sur les armoiries et le manteau impérial doit rappeler les fleurs de lys des capétiens. La main de justice, utilisée par les Capétiens lors des sacres royaux doit faire apparaître qu’il est l’héritier de leur pouvoir. Napoléon veut montrer qu’il est le fondateur de la « quatrième dynastie », celle des Bonaparte, après les Mérovingiens, les Carolingiens, et les Capétiens.
D’autres symboles utilisés pendant le sacre sont chargés de valeurs morales. Ainsi, Napoléon tient un moment le globe de Charlemagne ; il porte la couronne de ce même empereur (ces deux éléments ayant été forgés de toutes pièces avant le sacre). Son épée et son sceptre sont dits 'de Charlemagne' : ils ont été en réalité utilisés depuis plusieurs siècles par les Valois puis les Bourbons lors de leurs sacres.
Napoléon et l’Église

Napoléon Bonaparte
Le sacre de Napoléon,
sous les yeux du Pape, réduit à bénir le couronnement du maître de la France, est également l’occasion de revenir sur les rapports entre la France et le
Vatican. La signature du
Concordat par le Premier consul en
1801 reconnaît le catholicisme comme la religion «
de la majorité des Français », et non plus religion d’État. Les prêtres reçoivent désormais un traitement de la part de l’État. Moins de dix ans après la confiscation des biens de l’Église, Napoléon ne va pas se faire sacrer à
Rome, à l’image des empereurs germaniques, c'est le pape que l’on fera venir à Paris. Napoléon l’accueille en
forêt de Fontainebleau, à cheval et en habit de chasse, mettant ainsi en scène le caractère fortuit de la rencontre. Napoléon l’offensera encore en lui prenant des mains la couronne de l’impératrice, mais surtout en se couronnant lui-même. De cette manière, il affirme la primauté du politique (et donc du séculier) sur le religieux.
Le rapprochement entre Napoléon et l’Église est donc le fruit d’un calcul politique. Au-delà de la valeur morale qu’a pu avoir un sacre religieux aux yeux des catholiques, de la valeur symbolique d’un couronnement pontifical rappelant le sacre des empereurs germaniques, Napoléon se place à l’égal, voire au-dessus des rois européens. La présence du pape au sacre donne une dimension supplémentaire à l’Empire. Celui-ci n’est plus simplement le fruit d’une révolution, c’est un couronnement divin qu’aucun des souverains d’Europe ne peut égaler.
La présence du pape est donc davantage un message aux pays européens qu’un hommage catholique de la part de Napoléon.
Napoléon, d’ailleurs peu sensible au sort du pape, n’hésite pas à le retenir prisonnier à Fontainebleau. Dans l’idée d’affirmer la puissance de la France dans le domaine religieux, il envisagera de transférer la résidence du pape de Rome à Paris, avant d’abandonner cette idée.
L’Empire victorieux

Première distribution de la Légion d'honneur instituée par l'empereur le 14 juillet
1804 dans la chapelle des
Invalides d'après le peintre
Jean-Baptiste Debret
En 1804, l’heure n’est donc pas encore aux vastes conquêtes, et, persuadé depuis longtemps que le seul moyen d’obtenir une paix définitive est de neutraliser le Royaume-Uni, Napoléon mit au point, avec l’amiral Latouche-Tréville (qui mourra avant d’avoir pu l’exécuter), un plan visant à l’invasion du Royaume-Uni. Celui-ci échoua définitivement à la bataille de Trafalgar, où la flotte franco-espagnole commandée par l’amiral de Villeneuve fut détruite par l’amiral Nelson. Le Royaume-Uni en tira la domination des mers pendant le siècle suivant.
En 1805, la Troisième coalition se forma en Europe contre Napoléon. L’Empereur qui, à Boulogne, supervisait les préparatifs en vue de l’invasion du Royaume-Uni, dut faire face à une guerre soudaine, et à l’autre bout de l’Europe. Il mena une offensive immédiate, acheminant la Grande Armée en Autriche à marche forcée, et s’assura une brillante victoire contre l’Autriche et la Russie à la bataille d’Austerlitz, dite « bataille des Trois-Empereurs ».
En 1806, la Prusse provoque un nouveau conflit. La campagne que mène Napoléon est impressionnante de rapidité : « l’Âme du monde » (Hegel) : il balaie l’armée prussienne à la bataille d'Iéna (doublée de la victoire de Davout à Auerstaedt où, avec 30 000 hommes, le Maréchal Davout bat les 63 500 Prussiens qui l'assaillent). L’année suivante, Napoléon traverse la Pologne, remporte une victoire sur les Russes à Friedland et finit par signer, à Tilsit, au milieu du Niémen, en une mise en scène conçue pour frapper les esprits, un traité avec le tsar Alexandre I, divisant l’Europe entre les deux puissances.
Cet homme formé dans les écoles et par les maîtres de l’Ancien Régime, officier de l’armée royale, brise les anciennes conceptions militaires. Il ne s’agit plus de livrer une guerre de siège à l’aide de 30 à 50 000 hommes, mais de rechercher la bataille décisive, engageant plus de 100 000 hommes s’il le faut. Il ne s’agit plus de rester maître du champ de bataille, mais d’anéantir l’ennemi.
En 1808, il crée la noblesse d’Empire : bientôt ses maréchaux et généraux arboreront les titres de comte d’Empire, prince de Neuchâtel, duc d’Auerstaedt, duc de Montebello, duc de Dantzig, duc d’Elchingen, roi de Naples.
Du 27 septembre au 14 octobre 1808, Napoléon donne rendez-vous à Alexandre I à Erfurt, pour un nouveau traité, afin qu’ils s’unissent contre l’Autriche qui menace de redéclarer la guerre à la France.
Le tsar refuse en préférant que ce traité soit établi dans le but de renouveler l’alliance qui s’était forgée entre eux l’année précédente à Tilsit ; cela permit en fait à Napoléon de s’assurer encore plus longtemps de la fidélité d’Alexandre. Mais ce fut un échec car il s'aperçut bientôt de la trahison de Talleyrand, qui avait approché le tsar en lui conseillant de résister à Napoléon qui ne cessait de séduire ce dernier.
En 1810, le « Grand Empire » compte 130 départements, d’Amsterdam à Rome, ainsi que plusieurs États vassaux et sa population est de 70 millions d’habitants, dont 30 seulement sont français ; l’Empire est à son apogée.
Le 2 avril 1810hesse, il épouse l’archiduc Marie-Louise d’Autriche, qui, le 20 mars 1811, lui donnera un fils ; cet enfant sera surnommé le roi de Rome et nommé « Napoléon II ».
Campagnes de la péninsule Ibérique, d’Autriche, de Russie et d’Allemagne
À la suite de l’attitude
britannique vis-à-vis des bateaux de commerce français, Napoléon tenta d’imposer le
Blocus continental visant à asphyxier l’industrie britannique. Le
Portugal, vieil allié des Britanniques, refusa de signer ce traité. Napoléon recherche donc l’aide de l’Espagne pour envahir le Portugal. Il finit par envahir l’
Espagne et installa son frère
Joseph Bonaparte comme roi. Le Portugal fut également envahi, mais les trois campagnes (1808, 1810, 1811), menées notamment par les maréchaux
Junot et
Masséna ne mirent pas fin à la résistance britanno-portugaise et le roi
Jean VI, la cour et le gouvernement portugais déménagent à
Rio de Janeiro et le
Brésil devient le siège du royaume jusqu'à
1821. Une partie de
la population espagnole se souleva contre les Français. Bientôt, l'infanterie britannique commandée par le futur
duc de Wellington, prit pied en Espagne, en passant par le
Portugal, en
1808 et, avec l’aide des nationalistes espagnols, poussa l’armée française hors de la
péninsule Ibérique, en 1812. Alors que les meilleures troupes de l’armée française étaient engagées en Espagne, l’
Autriche attaqua une nouvelle fois la France en
Allemagne et fut finalement vaincue lors de la
bataille de Wagram. Le maréchal
Lannes, compagnon et ami de Napoléon, périt à la
bataille d'Essling.
Alexandre I, poussé par la noblesse russe acquise aux Britanniques, refusa de coopérer avec Napoléon pour porter le coup final au Royaume-Uni. Napoléon, croyant cette guerre inévitable, envahit la Russie en 1812ns. La Grande Armée, appuyée des alliés italie, allemands, autrichiens, devint gigantesque : ce sont 600 000 hommes qui franchirent le Niémen.
Les Russes, dirigés par Koutousov, suivirent la stratégie de la terre brûlée, reculant sans cesse devant les troupes françaises. La bataille de la Moskowa, le 12 septembre, fut indécise. Bien que les Russes abandonnèrent le terrain, les pertes furent presque équivalentes dans les deux camps.
Dès le lendemain de l’entrée des troupes françaises dans Moscou, les Russes incendièrent la ville, et Napoléon dut faire retraite. L’hiver, soudain en ces régions, était dangereusement proche : Napoléon, espérant une démarche de la part d’Alexandre, fit retarder la retraite jusqu’au dernier moment. La Grande Armée fit une retraite désespérée vers l’Allemagne dans l’hiver russe, à travers les régions dévastées qu’elle avait parcouru à l’aller. Des 600 000 hommes qui entrèrent en campagne, seules quelques dizaines de milliers franchirent la Bérézina. La Grande Armée était détruite.
Encouragés par ce dramatique échec, plusieurs rois reprirent les armes contre la France. À la suite de deux victoires remportées en Allemagne (Bautzen et Lutzen), une partie de ses troupes le trahit et Napoléon subit une défaite décisive à Leipzig, aussi appelée « Bataille des nations », qui vit s’opposer 180 000 Français à 300 000 alliés (russes, autrichiens, prussiens, suédois). Le maréchal Poniatowski, prince polonais et neveu de Stanislas II, dernier roi de Pologne, y perdit la vie en tentant de traverser l’Elster avec ses hommes. On dénombra 100 000 morts et blessés.
La campagne de France
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Acte de la première abdication, 12 avril 1814
En
1814, une alliance entre le
Royaume-Uni, la
Russie, la
Prusse et l’
Autriche fut formée. Malgré les incroyables victoires aux batailles de
Champaubert et de
Montmirail, que Napoléon remporta à la tête d’une armée de jeunes recrues inexpérimentées (les «
Marie-Louise »), Paris tomba le
31 mars et les maréchaux forcèrent Napoléon à
abdiquer. L’intention de Napoléon était d’abdiquer en faveur de son fils (
Napoléon II) mais les puissances alliées exigeaient une abdication inconditionnelle.
Napoléon pensait que les alliés allaient le séparer de l’Impératrice et de son fils le Roi de Rome ; alors, dans la nuit du 12 au 13 avril, il prit la dose de poisonr qui devait lui permettre de se suicide. On a longtemps cru qu'il s'agissait d’opium dans un peu d’eau, mais il semblerait que ce ne soit pas le cas (cf. Napoléon - Les Grands Moments d'un destin, par Jean Tulard - chap. 44).
Les troubles et la nature du malaise de Napoléon ne correspondent pas à une intoxication par l'opium.
Il a choisi cette mort parce qu’il pensait qu’on allait par la suite exposer son corps aux Français, et il voulait que sa garde reconnaisse le visage calme qu’elle lui connaissait au milieu des batailles.
En plein malaise, l’Empereur se plaignait du lent effet de la substance qu’il avait avalée. Il déclara à Armand de Caulaincourt : « Qu’on a de peine à mourir, qu’on est malheureux d’avoir une constitution qui repousse la fin d’une vie qu’il me tarde tant de voir finir ! ».
Les nausées de Napoléon furent de plus en plus violentes, il se mit à vomir.
À la venue du docteur Yvan, Napoléon lui demanda de lui donner une autre dose de poison pour qu’il puisse mourir, le docteur refusa en disant qu’il n’était pas un assassin et qu’il ne ferait jamais quelque chose contre sa conscience. Le docteur eut lui-même une crise de nerfs, s'enfuit à cheval, personne ne le revit.
L’agonie de l’empereur se poursuivit, Caulaincourt sortit de la pièce pour demander au valet de chambre et au service intérieur de garder le silence. Napoléon rappela Caulaincourt en lui disant qu’il préférait mourir plutôt que de signer le traité.
Les effets du poison se sont par la suite dissipés et l’Empereur a pu reprendre ses activités normales.
On ne sait pas exactement comment l’Empereur a survécu à la dose de poison qu’il a prise, soit son estomac se révulsa, soit le poison avait perdu de sa force.
Il fut déchu par le Sénat le 3 avril et exilé à l’île d’Elbe, selon le Traité de Fontainebleau signé le 11 avril, conservant le titre d’Empereur mais ne régnant que sur cette petite île.
Les Cent-Jours
En France,
Louis XVIII écarta «
Napoléon II » et prit le pouvoir. Napoléon s’inquiéta du sort de sa femme et surtout de son fils qui était aux mains des Autrichiens. Le gouvernement royaliste refusa bientôt de lui verser la pension promise et des rumeurs circulèrent quant à sa déportation vers une petite île de l’
océan Atlantique sud. Napoléon décide donc de retourner sur le continent pour reprendre le pouvoir.
- : Débarqués à Golfe-Juan, Napoléon et sa petite troupe, gagnent Cannes où ils arrivent tard et d’où ils repartent tôt.
- 2 mars : Voulant éviter la voie du Rhône qu’il sait hostile, Napoléon fait prendre alors la route de Grasse pour gagner, par les Alpes, la vallée de la Durance. Au-delà de Grasse, la colonne s’engage dans de mauvais chemins muletiers et s’arrête à Saint-Vallier, Escragnolles, et Séranon.
- 3 mars : Après une nuit de repos, elle gagne Castellane ; dans l’après-midi, elle atteint Barrême.
- 4 mars : Napoléon trouve à Digne la route carrossable et fait étape le soir au château de Malijai, attendant avec impatience des nouvelles de Sisteron dont la citadelle, commandant le passage étroit de la Durance, peut lui barrer la route.
- 5 mars : Sisteron n’est pas gardée et Napoléon y déjeune, puis quitte la localité dans une atmosphère de sympathie naissante. Le soir, il arrive à Gap et y reçoit un accueil enthousiaste.
- 6 mars : Il couche à Corps.
- 7 mars : Il gagne la Mure, puis trouve en face de lui, à Laffrey, des troupes envoyées de Grenoble. C’est ici que se situe l’épisode fameux que commémore aujourd’hui, dans la « prairie de la Rencontre », un monument. Le soir même, Napoléon fait son entrée à Grenoble aux cris de « Vive l’Empereur ».
Les armées envoyées pour l’arrêter l’accueillirent en héros partout sur son trajet, sur la route qui porte désormais son nom. Le
maréchal Ney, qui avait juré à Louis XVIII de lui ramener Bonaparte dans une cage de fer, s’inclina devant son ancien souverain, ce qui lui valut d’être le seul maréchal exécuté pour trahison lors de la Seconde Restauration. Napoléon arriva
sans coup férir à Paris. Cette montée à Paris est connue comme le « Vol de l’Aigle » inspiré des paroles de Napoléon : « L’
Aigle volera de clocher en clocher jusqu’aux tours de
Notre-Dame ». En
1932, la Route Napoléon sera inaugurée entre Golfe-Juan et Grenoble. Des aigles volants jalonnent ce parcours.
Le retour au pouvoir et la défaite finale
Le retour de Napoléon aux
Tuileries le
20 mars 1815 marque le début de la période dite des
Cent-Jours. Napoléon fait établir l’
Acte additionnel aux Constitutions de l’Empire (
22 avril), connu aussi sous le nom de
Charte de 1815. Une Chambre des représentants est élue.
Sur le plan international, Napoléon affirme ses volontés pacifiques puisqu’il n’avait pas le choix, mais les alliés n’acceptent pas ce retour et reprennent les hostilités contre la France. L’armée napoléonienne est finalement défaite à la bataille de Waterloo le 18 juin 1815. La jonction des armées prussiennes et britanniques, que n’a pu empêcher le maréchal Grouchy, eut raison des troupes impériales.
Le retour de Napoléon et sa défaite finale empirent la situation internationale de la France. Celle-ci est traitée plus durement encore que lors des traités de Vienne.
Napoléon laisse une France exsangue. Démographiquement, la France a perdu environ 1 700 000 hommes depuis 1792, dont la majorité pendant les guerres napoléoniennes. Économiquement, la France est ruinée. Ses ports et ses arsenaux sont ruinés. La France a perdu toutes les colonies qui lui restaient de l’Ancien Régime. Son influence internationale, mise en place depuis Richelieu et Louis XIV, est réduite à néant. Napoléon laisse une France plus petite territorialement que sous Louis XVI. Même la Sarre et les villes de Marienbourg, Philippeville et Landau, acquises sous Louis XIV, sont cédées aux coalisés. Napoléon laisse une France occupée, qui en outre doit payer une lourde indemnité de guerre pour l’entretien des troupes étrangères établies sur son territoire.
Lorsque Napoléon quitte la France, il n’est pas regretté. C’est à Sainte-Hélène que va pourtant se forger sa légende.
Demandant l'asile au ' plus constant de ses ennemis ', l'Angleterre, il est d'abord pris en charge par le Bellérophon, puis transféré le 7 août 1815 sur le Northumberland qui le déposera à Sainte-Hélène.
Il ne met pas un seul pied en Angleterre, les officiers britanniques voulant éviter absolument que Napoléon puisse demander le droit d'asile en invoquant l'Habeas Corpus Act.
Le capitaine, en l'accueillant, l'appelle 'général Bonaparte', ce qui mettra Napoléon hors de lui.
Les Anglais l'appelleront toujours ainsi puisqu'ils n'ont jamais reconnu l'Empire.
Déportation à Sainte-Hélène et mort

Napoléon à Sainte-Hélène
Napoléon fut emprisonné et déporté par les Britanniques sur l’île Sainte-Hélène, commandée d'abord par l'
amiral Cockburn puis par
Sir Hudson Lowe, avec une petite troupe de fidèles, parmi lesquels le comte de
Las Cases,
le général Montholon, et le général Gourgaud, il se consacra à l’écriture de ses mémoires pour la postérité qu'il dicta à Las Cases.
Il essaya aussi d’apprendre l’anglais ; il recevait plusieurs visiteurs de passage à Sainte-Hélène, qui à l’époque était une escale importante pour tout navire contournant l'Afrique. Une fois installé à Longwood, il évitait de sortir parce que Lowe avait donné l’ordre que l’empereur devait partout être sous garde.
Progressivement, Napoléon tombe malade et s’affaiblit. Il demanda dans son testament au général Baron de Marbot de continuer à œuvrer dans ses écrits « pour la grandeur de la France ». Dans la seconde moitié du mois d’avril 1821, il écrivit ses dernières volontés et plusieurs codicilles lui-même, une quarantaine de pages au total. Ses derniers mots furent : « France, armée, Joséphine », ou, selon les mémoires de Sainte-Hélène : « tête… armée… Mon Dieu ! ». Nerval, dans son poème À la mort de l’Exilé, note : « Les dernières paroles de Napoléon mourant furent : « Mon Dieu et la nation française… française… mon fils… tête armée ». On ne sait ce que signifiaient ces mots. », et une version courante affirme qu’il aurait dit en fait : « tête d’armée », ce qui est bien moins énigmatique.
Napoléon meurt un samedi, le 5 mai 1821, « à 17 heures et 49 minutes ». Les causes de sa mort ont fait l'objet de controverses, officiellement les médecins ont conclu à une mort des suites d'un cancer de l'estomac, mais il fut avancé l'hypothèse d'un empoisonnement à l'arsenic.
Hudson Lowe, geôlier de Napoléon à Sainte-Hélène, devant son lit de mort, a déclaré : Messieurs, c’était le plus grand ennemi de l’Angleterre, c’était aussi le mien. Mais je lui pardonne tout. À la mort d’un si grand homme, on ne doit éprouver que tristesse et profond regret.
Retour de ses cendres en France (1840)
Napoléon demanda à être enterré sur les bords de la
Seine, auprès du peuple français qu’il a tant aimé, mais lorsqu’il mourut en
1821 il fut inhumé à
Sainte-Hélène.
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Dix-neuf ans après la mort de Napoléon, le roi Louis-Philippe I a pu obtenir du Royaume-Uni la restitution des cendres de Napoléon. L’exhumation du corps eut lieu le 15 octobre 1840. Son corps fut rapatrié triomphalement à Paris et enterré aux Invalides, dans « un grand sarcophage (...) de porphyre rouge – en fait du quartzite aventuriné de Finlande, proche du porphyre –, posé sur un socle de granit vert des Vosges » [Hors série « les Invalides » du magazine « l'estampille/l'objet d'art » N°21 janvier 2006, page 51 par François Lagrange, chef de la division de la recherche historique et de l'action pédagogique de l'Armée] [La carrière de Carélie dont la pierre avait été extraite, au prix de grandes difficultés, appartenait au tsar Nicolas I ; il en coûta environ 200 000 francs, payés par la France (L. Léouzon Le Duc, Études sur la Russie, p. 12, cité par : Octave Aubry, Sainte-Hélène, Paris, Flammarion, coll. « L’histoire », 1973, p. 461, note 3). Contrairement à ce qu’on lit un peu partout, cette roche très dure et quasiment inaltérable n’est pas du marbre, encore moins du porphyre, mais un grès métamorphisé.]. Le socle en marbre noir provient de la carrière de marbre de Sainte-Luce (Isère). Le transport de ce bloc de 5,5 mètres de long, 1,20 mètre de large et 0,65 mètre d'épaisseur, ne se fit pas sans peine[R. Reymond, Énigmes, curiosités, singularités, 1987 p. 158].
À partir de 1854, l’Empereur Napoléon III négocia avec le gouvernement britannique l’achat de Longwood House et de la vallée du Tombeau (Sainte-Hélène), qui devinrent propriétés françaises en 1858 et gérées depuis par le ministère des Affaires étrangères.
Controverses sur sa mort
La cause officielle de sa mort était un cancer de l’estomac, et même si l’empereur montrait un certain embonpoint au moment de sa mort (75,5 kg pour 1,67 m, qualifié de « surpoids » et pouvant engendrer des risques médicaux non négligeables), certains chercheurs ont observé les pantalons qu’il mettait à l’époque et constaté qu’au cours des 5 derniers mois avant sa mort, il avait perdu près de 11 kg.
En 1955, le journal de Louis Marchand, le valet de Napoléon, fut publié. Il décrit les derniers mois de Napoléon jusqu’à sa mort et beaucoup en conclurent qu’il fut victime d’un empoisonnement à long terme à l’arsenic qui l’aurait suffisamment affaibli pour que les traitements médicaux de l’époque puissent l’achever[Sten Forshufvud, Napoléon a-t-il été empoisonné ?, Plon, Paris, 1961.].
Pascal Kintz, de l’Institut Légal de Strasbourg, en 2001 fit une étude du niveau d’arsenic trouvé dans les cheveux de Napoléon après sa mort, de 7 à 38 fois le niveau normal, mais il ne conclut pas que cela soit le résultat d'un empoisonn