Disciplines constitutives des neurosciences
Historiquement, les neurosciences ont d'abord émergé comme une branche de la
biologie et de la
médecine. Avec l'évolution des connaissances scientifiques et des méthodes la
chimie, la
psychologie, l'
informatique et la
physique ont par la suite amplement contribué aux progrès de cette discipline. Par ailleurs, il ne faut pas oublier la
philosophie qui a eu et, qui a encore, un impact important sur la façon d'approcher les neurosciences notamment au travers de ce qu'on appelle les
sciences cognitives. Un exemple des plus célèbres de la confrontation entre philosophie et neuroscience est la quête d'une localisation de l'âme dans le cerveau. Ainsi, au XVIIe siècle, le philosophe
René Descartes utilisait un argument neuroscientifique pour faire de la
glande pinéale le siège de l'âme : alors que les différentes structures du cerveau possèdent chacune un symétrique dans l'autre moitié du cerveau, ce n'est pas le cas de la glande pinéale. Si les termes de cette question sont aujourd'hui dépassés, la philosophie continue de jouer un rôle important sur les paradigmes mis en œuvre dans les neurosciences.
Aujourd'hui, l'étude du système nerveux passe par de multiples approches qui suivent deux grandes directions :
- une approche ascendante (ou bottom-up) qui étudie les briques de base du système nerveux pour essayer de reconstituer le fonctionnement de l'ensemble;
- une approche descendante (top-down) qui, en étudiant les manifestations externes du fonctionnement du système nerveux, tente de comprendre comment il est organisé et comment il fonctionne.
Ces deux types d'approches donnent lieu à diverses sous-disciplines dont les frontières sont relativement floues :
- la neurophysiologie étudie le fonctionnement physiologiquess des unités constitutives du système nerveux que sont les neurone,
- la neuroanatomie caractérise la structure anatomique (morphologie, connectivité...) du système nerveux,
- la neurologie est la branche de la médecines s'intéressant aux conséquences cliniques des pathologie du système nerveux et à leur traitement,
- la neuropsychologie s'intéresse aux conséquences cliniques des pathologies du système nerveux sur la cognition, l'intelligence et les émotions,
- la neuroendocrinologie étudie les liens entre le système nerveux et le système hormonal,
- les neurosciences cognitives cherchent à établir les liens entre le système nerveux et la cognition,
- les neurosciences computationnelles cherchent à modéliser le fonctionnement du système nerveux au moyen de simulationss informatique,
- la neuroéconomie et la neurofinance s'intéressent aux processus de décision des agents économiques, et notamment l'étude des rôles respectifs des émotions et de la cognition dans ceux-ci. Ces branches sont liées à l'économie comportementale et la finance comportementale.
Les méthodes

Animation des sections IRM à travers l'axe-Z d'un être humain adulte normal
Ces deux démarches, ascendante pour la première et descendante pour la dernière, commencent aujourd'hui à se rencontrer à un carrefour formé par l'
imagerie cérébrale et plus généralement les
neurosciences cognitives. En effet, les techniques d'imagerie cérébrale permettent de déterminer comment une fonction
cognitive précise est réalisée dans le système nerveux en mesurant divers corrélats de l'activité neuronale (vasculaire pour l'
IRM fonctionnelle, électrique pour l'
EEG...) lorsque le sujet (humain ou non) réalise une tâche donnée (écouter un son, mémoriser une information, lire un texte...).
Les applications
L'une des activités les plus médiatisées des neurosciences est l'atlas neuro-fonctionnel du cerveau. Une autre en plein essor est la neuropsychologies. Une meilleure connaissance des pathologie neuronales est aussi un domaine considéré crucial. On peut aussi citer le développement de la neuroéconomie.
Dans ce dernier domaine, les recherches auraient montré que certaines décisions dans des domaines censés être rationnels (achats et vente en bourse) seraient souvent liées à de fortes excitations et émotions, mettant en jeu des zones du cerveau associées au plaisir ou à la souffrance. Cela ouvre la voie à l'exploration du rôle des émotions dans le processus de décision quel que soit le domaine.
Les chercheurs renommés
Gerald Edelman (prix Nobel de médecine)
Les critiques
Paul Valéry
Paul Valéry s'est montré sceptique à l'égard de ceux qui affirmaient voir - à son époque -
l'esprit au bout de leur bistouri :
Veuillez donc supposer que les plus grands savants qui ont existé jusqu'à la fin du XVIIIème siècle, les Archimède et les Descartes, étant assemblés en quelque lieu des Enfers, un messager de la Terre leur apporte une dynamo et la leur donne à examiner à loisir (...). Ils la font démonter, en interrogent et en mesurent toutes les parties. Ils font en somme tout ce qu'ils peuvent... Mais le courant leur est inconnu, l'induction leur est inconnue; ils n'ont guère l'idée que de transformations mécaniques. Ainsi tout le savoir et tout le génie humain réunis devant ce mystérieux objet échouent à en deviner le secret, et à deviner le fait nouveau qui fut apporté par Volta (...), Ampère, Oersted, Faraday, et les autres (...) [C'est] ce que nous-mêmes faisons quand nous interrogeons un cerveau, le pesant, le disséquant, le débitant en coupes minces et soumettant ces lamelles fixées à l'examen histologique (Variété III,
Le bilan de l'intelligence).
Autres critiques
Pour leur ambition de comprendre les mécanismes de la
pensée selon une vision tirée du
monisme anthropologique, les neurosciences font l'objet de critiques qui se rassemblent autour d'une démarche antiréductionniste : selon ces critiques, les neurosciences sous-estiment la différence d'échelle entre leur discipline et des phénomènes qui relèvent jusqu'ici d'autres champs scientifiques comme la
linguistique, l'
anthropologie, la
psychologie, la
sociologie ou la
psychiatrie. Ainsi par exemple ce que
Jean-Pierre Changeux nomme
concept dans L'Homme neuronal reste encore une extension du
percept, très éloignée encore des concepts du niveau étudié en philosophie. Sans mettre en cause l'intérêt de la démarche, ces critiques expliquent que les neurosciences crient juste victoire encore un peu tôt.
Si des neuroscientifiques comme Changeux semblent tomber effectivement dans une approche assez réductionniste, d'autres comme le philosophe Daniel Dennett dénoncent ce réductionnisme comme pouvant correspondre à des motivations mercantiles. Les neurosciences cognitives contemporaines essaient en tout cas de tracer des ponts entre l'exploration des mécanismes cérébraux et la richesse des quelques phénomènes cognitifs simples. Nul ne conteste qu'il reste beaucoup à établir avant de pouvoir expliquer une conduite ou un état d'âme aux moyens de ces nouveaux outils scientifiques, en admettant même que cette technique soit la plus simple pour cela (nous n'avons pas besoin par exemple de connaître en détail le cerveau d'un chat pour savoir qu'il se mettra à courir après une souris, pas plus que de connaître la physique du solide pour évaluer la robustesse d'un escabeau).
Une autre critique concerne la dimension éthique, sociale et technologique des neurosciences. Le problème de la responsabilité socialetisationtisation de l'activité scientifique n'est pas propre aux neurosciences mais il est exacerbé par la média des avancées faites dans ce domaine et par la fascination liée à l'idée de transformer non pas l'enveloppe corporelle de l'homme (à ce sujet voir l'article clonage) mais le fonctionnement de son esprit (voir transhumanisme). Certains s'inquiètent ainsi de l'émergence d'un neuromarketing dont l'objectif est d'utiliser les neurosciences pour améliorer l'efficacité des campagnes de marketing : ces recherches trouvent des financements, mais on ne connaît pas les motivations des financiers de cet investissement, ni quel retour ils en espèrent, et pas davantage s'ils ne sont motivés que par la connaissance pure.
Il y a cependant en face le souhait de mieux comprendre le mental humain.Le choix d'applications aux découvertes est lié à tout progrès scientifique et n'est en rien spécifique aux neurosciences. Un pouvoir politique bien contrôlé par le citoyens peut tenter de mettre des garde-fous éthique aux utilisations technologiques ou sociales des progrès scientifiques sans pour autant entraver la recherche. On en revient alors au dilemme bien connu entre les citoyens et les détenteurs de puissance financière - qui sont parfois les mêmes.
Voir aussi
Bibliographie
- Pommier G. Comment les neurosciences démontrent la psychanalyse Flammarion, 2004, ISBN 2082103692
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- ''Neurosciences et psychanalyse : in Revue Française de Psychanalyse, T. 71 N° 2, Avril 2007, PUF, ISBN 2130561586
- 'Scientifiquement incorrect ou les dérives idéologiques de la science' de Michel Lefeuvre - Editions Salvator - avril 2006 - 154 p.- troisième partie : cerveau et neurosciences (pp. 91 à 112)
Liens externes