Histoire
Leibniz fut probablement la première personne à croire en l'existence des nombres qui ne satisfont pas les polynômes à coefficients rationnels. Le nom 'transcendants' vient de Leibniz dans sa publication de 1682 où il démontra que sin(x) n'est pas une fonction algébrique de x. L'existence des nombres transcendants fut prouvée pour la première fois en 1844 par Joseph Liouville, qui montra des exemples, incluant la constante de Liouville :
c = \sum_{j=1}^\infty 10^{-j!} = 0,110001000000000000000001000\ldots
dans lequel le n-ième chiffre après la virgule est 1 si n est une factorielle (i.e., 1, 2, 6, 24, 120, 720, ...., etc.) et 0 sinon. Liouville montra que ce nombre est ce que nous nommons maintenant un nombre de Liouville; ceci signifie essentiellement qu'il peut être particulièrement bien approximé par les nombres rationnels. Liouville montra que tous les nombres de Liouville sont transcendants.
Johann Heinrich Lambert, dans son article prouvant l'irrationalité de conjectura que et étaient des nombres transcendants. Le premier nombre à avoir été démontré transcendant sans avoir été construit spécialement pour cela fut e, par Charles Hermite en 1873. En 1874, Georg Cantor trouva l'argument décrit ci-dessus établissant l'ubiquité des nombres transcendants.
En
1882,
Ferdinand von Lindemann publia une démonstration de la transcendance de
. Il montra d'abord que
à n'importe quelle puissance algébrique non nulle est transcendant, et puisque
est algébrique (voir
identité d'Euler),
et par conséquent
doit être transcendant. Cette approche fut généralisée par
Karl Weierstrass avec le
théorème de Lindemann-Weierstrass. La transcendance de
a permis la démonstration de l'impossibilité de plusieurs constructions géométriques anciennes avec le
compas et la règle, incluant le plus célèbre d'entre eux, la
quadrature du cercle.
En 1900, David Hilbert a posé une importante question à propos des nombres transcendants, connue sous le nom de septième problème de Hilbert : « Si a est un nombre algébrique non nul et différent de 1 et si b est un nombre algébrique irrationnel, alors le nombre est-il nécessairement transcendant ? »
La réponse affirmative fut donnée en 1934 par le théorème de Gelfond-Schneider. On peut obtenir facilement des nombres transcendants grâce à lui. Par exemple ou .
Ce travail fut étendu par Alan Baker dans les années 1960.
Nombres transcendants connus et problèmes ouverts
- Le nombre (voir l'article pi).
- Le nombre e (base des logarithmes néperiens)
- constante de Gelfond
- (constante de Gelfond-Schneider) ou plus généralement (voir le théorème de Gelfond-Schneider) où et est algébrique et b est algébrique mais non rationnel. Le cas général du septième problème de Hilbert, c’est-à-dire déterminer si est transcendant lorsque et est algébrique et b est irrationnel, reste non-résolu.
- La valeur de la fonction trigonométrique
- si a est un rationnel strictement positif et différent de 1.
- et (voir fonction Gamma d'Euler).
- Le nombre de Champernowne 0,12345678910111213... obtenu en écrivant à la suite les nombres entiers en base dix (théorème de Mahler, 1961)
-
où
est la
partie entière de
. Par exemple, si
, ce nombre est 0,11010001000000010000000000000001000...
Toute
fonction algébrique non constante à une variable donne une valeur transcendante lorsqu'on lui applique une valeur transcendante. Donc, par exemple, pour savoir que
est transcendant, nous pouvons immédiatement déduire que
,
,
et
sont aussi transcendants.
Néanmoins, une fonction algébrique à plusieurs variables peut donner un nombre algébrique lorsqu'elle est appliquée aux nombres transcendants si ces nombres ne sont pas algébriquement indépendants. Par exemple, et sont tous les deux transcendants, mais ne l'est évidemment pas. On ignore si , par exemple est transcendant, mais au moins l'un de et doit être transcendant. Plus généralement, pour deux nombres transcendants a et b, au moins l'un de a+b et a b doit être transcendant. Pour voir cela, considérons le polynôme . Si (a+b) et a b sont tous les deux algébriques, alors ceci serait un polynôme à coefficients algébriques. Parce que les nombres algébriques forment un corps algébriquement clos, ceci implique que les racines du polynôme, a et b, doivent être algébriques. Mais ceci est une contradiction et ainsi, il doit y avoir le cas où au moins l'un des deux coefficients est transcendant.
Les nombres dont on ignore s'il sont transcendants ou non incluent :
- , , , , , , ,
- La constante d'Euler-Mascheroni (dont on ignore même si elle est irrationnelle)
- La constante de Catalan, dont on ignore aussi si elle est irrationnelle
- , la constante d'Apéry
Tous les nombres de Liouville sont transcendants, néanmoins les nombres transcendants ne sont pas tous des nombres de Liouville. Tout nombre de Liouville doit avoir des termes non bornés dans leurs développement en
fraction continuée, et donc, en utilisant un argument de dénombrement, on peut montrer qu'il existe des nombres transcendants qui ne sont pas des nombres de Liouville. En utilisant le développement explicite en fraction continuée de
e, on peut montrer que
e n'est pas un nombre de Liouville. Kurt Mahler montra en
1953 que
n'est pas non plus un nombre de Liouville. Il a été conjecturé que toutes les fractions continuées à termes bornés qui ne sont pas éventuellement périodiques sont transcendants (les fractions continuées éventuellement périodiques correspondent aux irrationnels quadratiques).
Esquisse de démonstration de la transcendance de
La première démonstration que
est transcendant date de
1873. Nous suivrons maintenant la stratégie de
David Hilbert (
1862 -
1943) qui donna une simplification de la démonstration originale de
Charles Hermite. L'idée est la suivante :
Supposons, dans le but de trouver une contradiction, que est algébrique. Alors, il existe un ensemble fini de coefficients entiers satisfaisant l'équation :
et
et
sont tous deux différents de zéro.
Dépendant de la valeur de n, nous précisons un entier positif suffisamment grand k (pour nos besoin ultérieurs) et multiplions les deux cotés de l'équation ci-dessus par , où la notation sera utilisé dans cette démonstration comme abréviation de l'intégrale :
- .
Nous arrivons à l'équation :
qui peut maintenant être écrite sous la forme
où
-
Le plan d'attaque maintenant est de montrer que pour un
k suffisamment grand, les relations ci-dessus sont impossible à satisfaire parce que
- est un entier différent de zéro et ne l'est pas.
Le fait que
est un entier différent de zéro résulte de la relation
qui est valide pour tout entier positif
j et peut être prouvé par
récurrence au moyen d'une
intégration par parties.
Pour montrer que
- pour un k suffisamment grand
nous noterons d'abord que
est le produit des fonctions
et
.
En utilisant la borne supérieure pour
et
sur l'
intervalle [0,
n] et en employant le fait que
- pour chaque nombre réel G
est alors suffisant pour achever la démonstration.
Une stratégie similaire, différente de l'approche originale de Lindemann, peut être utilisée pour montrer que le nombre est transcendant. En outre, la fonction gamma, certaines estimations pour et des faits à propos des polynômes symétriques jouent un rôle vital dans la démonstration.
Pour des informations détaillées concernant les démonstrations de transcendances de et , voir les références et les liens externes.
Voir aussi
- théorie de la transcendance, l'étude des questions relatives aux nombres transcendants
Références
- David Hilbert, « Über die Transcendenz der Zahlen und », Mathematische Annalen 43:216–219 (1893).
- Alan Baker, Transcendental Number Theory, Cambridge University Press, 1975 .
Liens externes