Biographie
Il est né de Jaumet (ou Jacques) de Nostredame et Reynière (ou Renée) de Saint-Rémy. Selon certains, il serait l'aîné des dix-huit enfants du couple. Le nom des Nostredame vient de son grand-père
juif, Crescas de Carcassonne, qui choisit le nom de Pierre de Nostredame lors de sa conversion au
catholicisme, probablement en
1458, avec l'accord de l'
archevêque d'Arles,
Pierre de Foix.
Son enfance
Dès son enfance, Nostradamus aurait été confié « à l'éducation » de ses aïeux. En
1506, son bisaïeul Jean de Saint-Rémy, ancien médecin et trésorier de Saint-Rémy, lui aurait transmis les rudiments des mathématiques et des lettres. Mais, en fait, ce vieux personnage semble avoir disparu dès
1504.
Ses années d'études
Il part très jeune à
Avignon pour y obtenir son diplôme de
bachelier ès arts, mais doit quitter l'université après un an seulement, à cause de l'arrivée de la
peste. Neuf ans plus tard, ayant cependant pratiqué comme apothicaire, il s'inscrit à la
Faculté de Montpellier pour y gagner son doctorat en médecine. Il se fait connaître grâce aux remèdes qu'il a mis au point en tant qu'apothicaire, dont les fameuses « boules de senteur ». Mais il est bientôt expulsé pour avoir exercé ce métier « manuel » interdit par les statuts de la faculté.
Mariages et professions
En
1531, Nostredame se marie avec la fille d'un notable d'
Agen, qui lui donnera deux enfants, un garçon et une fille. En
1533, il s'établit à
Agen, où il pratique la médecine de soins à domicile. Il s'y lie d'amitié avec Jules César Scaligern. Cet
Italie, installé à
Toulouse, érudit de la Renaissance, est « un personnage incomparable, sinon à un
Plutarque » selon Nostradamus ; il écrit sur tout. Impertinent, il s'attaque à tout le monde, s'intéresse à la
botanique et fabrique des pommades et des onguents. Mais cet « imposteur » inquiète les autorités religieuses par ses idées un peu trop progressistes pour l'époque. La population loue pourtant les talents des deux médecins lors de l'épidémie de 1534.
En
1534, l'épouse et les deux enfants de Nostredame meurent lors d'une épidémie de
peste qui ravage la ville. À cette époque, l'
Inquisition de
Toulouse mène une enquête sur les fréquentations douteuses de Nostredame, et lui demande de s'expliquer sur ses relations avec un certain « mécréant qui sentait le fagot ».
[Il y exerça la médecine, et se lia avec Philibert Sarrazin et d'autres « escholiers d'estranges pays, comme des Allemaignes, qui, sous prétexte de régenter, vinrent répandre la doctrine de Luther. On les ouyssait parler disant: en notre pays tiennent tels cas et tel austre ; entre autre disoient qu'ils tenoient qu'il n'y avoit point purgatoire, et a que l'on ne prioit les saincts ; la confession aussi, que l'on ne se confesa soit point, sinon à Dieu seulement. Ils discutaient et soutenaient hardiment ces opinions, et en public et dans les réunions ; ils allaient souvent chez Jean Flegnens, poète qui avait alors une certaine célébrité, et dont la demeure hospitalière est ouverte à toutes les opinions (les siennes semblent avoir été peu orthodoxes), était désignée sous le nom de maison du poète agenais.]
Ils eurent un tel succès, que quelques années après, des personnnes des plus considérables de la ville : M. le général de Secondai, M. de Cosconac, beau-frère du juge mage de Sevins ; M. de Godailh, le trésorier (chez qui était Sarrazin) ; MM. de Durfort, et nombre d'autres, jusqu'au prieur du couvent des Augustin, étaient partisans de la Réforme. Le clergé s'en émut : une cotisation fut faite entre l'archevêque de Bordeaux, les évêques de Bazas, d'Agen, Condom, Périgueux, Sarlat, Limoges, Saintes, Dax, Bayonne et Aire pour payer les frais à faire pour le procès intenté contre plusieurs personnages du ressort, sectateurs, fauteurs et autheurs de doctrines réprouvées. Source:
Nostredame quitte alors Agen et accomplit de 1540 à 1545 un tour de France qui l'amène à rencontrer de nombreuses personnalités, savants et médecins. Une tradition très douteuse affirme qu'il a séjourné un temps à l'abbaye d'Orval, dans la province de Luxembourg en Belgique, qui dépendait de l'Ordre de Cîteaux. On le voit certainement à Lyon en 1547 où il s'oppose au médecin lyonnais Philibert Sarrazin, Vienne, Valence, Marseille, Aix-en-Provence et, enfin, à Arles, où il finit par s'établir. Là, il met au point un médicament à base de plantes, capable, selon lui, de prévenir la peste. En 1546, il l'expérimente à Aix lors d'une terrible épidémie : son remède semble efficace comme prophylactique, mais il écrira lui-même plus tard que « les seignées, les medicaments cordiaux, catartiques, ne autres n'avoyent non plus d'efficace que rien. » (Traité des fardemens et confitures, Lyon, 1555, p. 52) Malgré ce succès douteux, Nostredame est appelé sur les lieux où des épidémies sont signalées. À la même époque, il commence à publier des almanachs qui mêlent des prévisions météorologiques, des conseils médicaux et des recettes de beauté par les plantes. Il étudie également les astres.
Le 11 novembre 1547, il épouse en secondes noces Anne Ponsard, une jeune veuve de Salon-de-Provence, alors appelé Salon-de-Craux. Le couple occupe la maison qui abrite aujourd'hui le Musée Nostradamus. Il aura six enfants, dont trois filles et trois garçons ; l'aîné, César, deviendra consul de Salon, historien, biographe de son père, peintre et poète.
Nostredame prend le temps de voyager en Italie, de 1547 à 1549. C'est d'ailleurs en 1549 qu'il rencontre à Milan un spécialiste en alchimie végétale, qui lui fait découvrir les vertus des confitures qui guérissent. Il expérimente des traitements à base de ces confitures végétales et, de retour en France, il publie en 1552 son Traité des confitures et fardements.
En 1550, il commence, comme tant d'autres, par éditer un « almanach », c'est-à-dire un calendrier de prédictions basées essentiellement sur les astres. Le genre est extrêmement prisé du peuple. Il s'amuse à façonner ses premières prévisions dans un style énigmatique et polyglotte qui semble avoir rendu la tâche difficile aux éditeurs, à en juger par les nombreuses coquilles (où certains voient le signe que l'auteur était dyslexique). Dès cette date, Michel de Nostredame signe ses quatrains du nom de Nostradamus. Ce nom n'est pas l'exacte transcription latine de Nostredame, qui serait plutôt Domina nostra ou Nostra domina. En latin correct, Nostradamus pourrait signifier : « Nous donnons (damus) les choses qui sont nôtres » ou « Nous donnons (damus) les panacées » (nostrum, au pluriel), mais il est également permis d'y voir un travestissement macaronique (et très heureux) de Nostredame.
En 1555, installé à Salon-de-Provence, il décide de réunir ses prédictions dans un ouvrage plus ambitieux qu'il fait imprimer à Lyon, chez Macé Bonhomme, premier livre de ses fameuses Centuries qui devaient être au nombre de dix.
Sa renommée est telle qu'il devient l'un des
astrologuess attitrés de
Catherine de Médicis, qui l'appelle à la cour et le fera nommer médecin et conseiller du roi
Charles IX en
1564. Puis, il repart à
Salon, où
Charles IX, puis Henri de Navarre (le futur
Henri IV) vont lui rendre
visite.
C'est pourtant sur ordre du jeune roi Charles IX que, quelques années avant, dans le château de Marignane, le comte de Tende, seigneur de Marignane et gouverneur de Provence, avait tenu Nostradamus en prison. De passage à Salon le 16 décembre 1561, le comte fit arrêter Nostradamus et l'amena avec lui dans son château de Marignane. Les deux hommes étaient amis et la prison tenait plutôt de la mise en résidence. Le 18 décembre suivant, Claude de Tende écrit au roi: 'Au regard de Nostradamus, je l'ay faict saisir et est avecques moi, luy ayant deffendu de faire plus almanacz et pronostications, ce qu'il m'a promis. Il vous plaira me mander ce qu'il vous plaist que j'en fasse.' Nostradamus avait en effet publié ses prédictions pour 1562 sans l'autorisation de l'évêque , contrevenant ainsi à l'ordonnance d'Orléans du 31 janvier 1561[Marcel GERMAIN, Marignane inventaire du patrimoine,2005; Pierre Brind'Amour, Nostradamus astrophile, Ottawa, 1993, p. 42-44 et 103.].
Maladies et mort
S'il faut prendre à la lettre ce que Nostradamus, dans la préface de la première édition de ses Prophéties, dit de sa 'comitiale agitation hiraclienne', il souffrait d'épilepsie. Le docteur Lucien De Luca précise : épilepsie psychique (ou épilepsie complexe partielle), et ajoute au tableau clinique la dyslexie. On doit toutefois recevoir avec prudence un diagnostic posé à plus de quatre siècles de distance et fondé sur des écrits aussi étranges que ceux de Nostradamus.
On peut tenir pour plus assuré (voir Leroy) qu'atteint de la
goutte et d'insuffisance cardiaque, il mourut le 2 juillet
1566 à
Salon-de-Provence d'un œdème dit cardio-pulmonaire.
Les Prophéties

Les Prophéties. Édition de 1568
Les
Prophéties (comprenant dix
Centuries, une centurie étant un ensemble de cent
quatrainss) sont rééditées plusieurs fois de son vivant, avec, jusqu'à sa mort, de nouveaux ajouts. La première édition compte 353 quatrains, la dernière (posthume), 942. Il est possible qu'avec cet ouvrage, particulièrement soigné et rempli de références savantes, Nostradamus escomptait toucher un public cultivé, formé d'
humaniste, de lettrés et de puissants.
Les Centuries ont donné lieu à la publication de près de dix mille ouvrages. Aujourd'hui encore, malgré des travaux sérieux, nul ne peut dire exactement ce qu'elles signifient.
Comme toujours avec Nostradamus, il faut faire preuve d'une certaine réserve. Son style obscur et son vocabulaire, mélange de vieux français, de latin et de provençal, donne aux exégètes une grande liberté d'interprétation. Nostradamus est un « virtuose de l'ambiguïté », qui a multiplié les anagrammes, les symboles, les références mythologiques et crypté tous ses quatrains à l'aide de figures de style.
Cette ambiguïté omniprésente favorise évidemment des interprétations très subjectives. Les Centuries ne sont aucunement explicites, et tout évènement cadrant a posteriori avec l'une des multiples interprétations d'un paragraphe est présenté comme l'interprétation juste - plusieurs interprétations 'justes' d'une même prophétie cohabitant parfois chez les mêmes exégètes.
Le plus célèbre des quatrains réputés prophétiques
- Le plus célèbre des quatrains réputés prophétiques de Nostradamus (avec, peut-être le « quatrain de Varennes » IX, 20) est le trente-cinquième de la première centurie (Centurie I, quatrain 35)
''Le lyon ieune le vieux surmontera,
''En champ bellique par singulier duelle,
''Dans cage d'or les yeux luy creuera,
''Deux classes vne, puis mourir, mort cruelle.
- Selon les adeptes d'une lecture prophétique, ce quatrain ferait référence à la mort d'Henri II.
- En juin 1559, le roi Henri II affronte le comte de Montgomery, lors d'un tournoi de chevalerie. Ils auraient porté tous deux un lion comme insigne. Henri II reçut la lance de son adversaire dans son casque (selon certains, en or) et eut l'œil transpercé. Il mourut dix jours plus tard.
- On dit parfois (sans références probantes) que, lors de la publication de la première édition des Centuries en 1555, Henri II, dont la femme, Catherine de Médicis, était une fervente admiratrice de Nostradamus, aurait été averti de la présence de ce quatrain mais aurait surtout tenu compte de la présence du mot « duel », qui à son époque désignait surtout un règlement par les armes d'un différend entre deux personnes et ne se serait donc pas méfié lors du tournoi de chevalerie qui lui fut fatal.
- Voici ce qu'en dit P. Brind'Amour (qui, pour sa part, pense que Nostradamus interprète un prodige céleste tel que celui qu'on aperçut en Suisse en 1547, montrant un combat entre deux lions) : « Ce quatrain, le plus célèbre des Centuries, fait les délices des amateurs d'occultisme, qui veulent y voir l'annonce du tournoi qui opposa Henri II et le sieur Gabriel de Lorge, comte de Montgomery, le 1 juillet
[En fait, le 30 juin.] 1559. On sait qu'Henri II, blessé à l'œil par son adversaire, mourut de sa blessure le 10 juillet suivant. Les sceptiques, dont je suis, s'émerveillent de la coïncidence ; les adeptes y voient la preuve de ce qu'ils ont toujours su, à savoir que Nostradamus avait un don de clairvoyance. Pourtant personne à l'époque ne fit le rapprochement. » (Nostradamus astrophile, p. 267; Les premières Centuries ou Propheties, pp. 99-101).
- B. Chevignard
[B. Chevignard, Présages de Nostradamus, 1999, p. 85, avec références précises aux auteurs en question.] note lui aussi, que « ni Blaise de Monluc, ni François de Vieilleville, ni Claude de l'Aubespine, ni Brantôme ne mentionnent une quelconque prophétie de l'oracle de Salon à ce propos, mais font état de leurs propres rêves prémonitoires ou d'une prédiction de l'astrologue napolitain Luca Gaurico ».
- B. Chevignard
[B. Chevignard, Présages de Nostradamus, 1999, p. 87 et 341.] relève de plus que, dans ses Présages en prose, à la fin de ce qui concerne le mois de juin 1559 (Henri II fut blessé en juin et mourut en juillet), Nostradamus, après avoir écrit « Quelque grand Prince, Seigneur & dominateur souverain mourir, autres defaillir, & autres grandement pericliter », ce qui fait s'écrier à son dévoué exégète Chavigny : « Icy infailliblement est presagée la mort du Roy Henry II », avait ajouté immédiatement après : « La France grandement augmenter, triompher, magnifier, & beaucoup plus le sien Monarque », d'où ce second commentaire de Chavigny : « Ceci est dit pour deguiser le fait. »
- Chavigny, d'ailleurs, n'a pas, lui non plus, interprété le quatrain I, 35 comme annonçant la mort d'Henri II. Cette interprétation n'est pas attestée avant l' Histoire et chronique de Provence, de César de Nostredame, 1614, p. 782.
Quelques quatrains qui semblent avoir été copiés
Dans l'
Épître à Henri Second qui précède les trois dernières
Centuries de ses
Prophéties, Nostradamus semble dire que ses dons de voyant lui révélaient parfois non l'avenir mais le passé : « supputant presque autant des aventures du temps à venir, comme des âges passés »
[Épître à Henri Second, reproduction en orthographe moderne dans E. Leoni, Nostradamus and his prophecies, New York, 1961, reprint Dover, 2000, p. 326.].
Son admiratif interprète Chavigny intitula d'ailleurs
Le Janus françois un livre où il expliquait certains quatrains par des évènements antérieurs à leur publication.
Dans des lettres publiées en 1724 par le
Mercure de France, un anonyme relevait lui aussi des «prophéties» de Nostradamus qui semblaient tournées vers le passé et, à la différece de Chavigny, il en concluait que Nostradamus se moquait de son lecteur.
L'existence de « quatrains du passé » a reçu plusieurs confirmations, surtout grâce aux travaux de Pierre Brind'Amour, qui datent des dernières années du XXe siècle. On a ainsi découvert des emprunts très nets à l'astrologue Richard Roussat, à l'érudit florentin
Petrus Crinitus et à des auteurs antiques comme Tite-Live, Julius Obsequens etc.
Voici quelques exemples.
- Centurie 1, quatrains 1 et 2:
''Estant assis de nuit secret estude,
''Seul repousé sur la selle d'ærain,
''Flambe exigue sortant de solitude
''Fait proferer qui n'est à croire vain.
''La verge en main mise au milieu de Branches,
''De l'onde il moulle & le limbe & le pied.
''Vn peur (conjecture : Vapeur) & voix fremissent par les manches,
''Splendeur diuine. Le diuin prés s'assied.
Petrus Crinitus,
De honesta Disciplina, réédité à Lyon en 1543, livre 20, rapporte, d'après Jamblique (traduit en latin par Marsile Ficin), comment les Sibylles pratiquaient la divination 'à Branches' ('in Branchis'). En quelques lignes, il est question d'un 'souffle ou feu ténu' ('tenuem spiritum et ignem'); d'une pythie assise 'sur un siège d'airain' ('super aeneam sellam'), d'une autre qui tient 'une verge dans sa main' ('virgam manu gestat'), baigne dans l'eau ses pieds et la bordure de ses vêtements ('pedes limbumque undis proluit') ou encore aspire la 'vapeur' ('vaporem') et est emplie de 'splendeur divine' ('divino splendore').
(Noté par P.Brind'Amour, 1996, p. 45-51.)
- Centurie 1, quatrain 42 :
''Le dix Kalendes d'Apuril de faict Gotique (conjecture : Gnostique)
''Resuscité encor par gens malins:
''Le feu estainct, assemblée diabolique
''Cherchant les or du d'Amant & Pselyn.
Dans le même livre de
Petrus Crinitus, l. 7, ch. 4, il est question de Gnostiques ('Gnostici') qui, cherchant à profiter des enseignements de Psellus et d'Origène Adamantius ('Psellus, Origenes Adamantius'), s'assemblent ('convenire') le dix des Calendes d'avril ('X. Cal. Apri.') et, toutes lumières éteintes ('luminibus extinctis'), commettent des abominations.
(Noté par P. Brind'Amour, 1996, p. 108-112.)
- Centurie 2, quatrain 41 :
''La grand'estoile par sept iours bruslera,
''Nuée fera deux soleils apparoir:
''Le gros mastin toute nuit hurlera
''Quand grand pontife changera de terroir.
Julius Obsequens, Livre des Prodiges, raconte qu'après l'assassinat de Jules César, 'une étoile brûla pendant sept jours. Trois soleils brillèrent (...). Des hurlements de chiens furent entendus de nuit devant la maison du grand pontife (...).'
(Noté par Brind'Amour, 1996, p. 250-3.)
- Centurie 5, quatrains 6 et 75 :
''Au roy l'Augur sur le chef la main mettre,
''Viendra prier pour la paix Italique :
''A la main gauche viendra changer le sceptre
''De Roy viendra Empereur pacifique.
''Montera haut sur le bien [conjecture : lieu] plus à dextre,
''Demourra assis sur la pierre quarrée :
''Vers le midy posé à la senestre,
''Baston tortu en main, bouche serrée.
Tite-Live raconte ainsi l'inauguration du roi Numa Pompilius :
« Alors, sous la conduite de l'augure (...), Numa se rendit à la citadelle et s'assit sur une pierre face au midi. L'augure prit place à sa gauche, la tête voilée et tenant de la main droite un bâton recourbé et sans nœud appelé
lituus. De là, embrassant du regard la ville et la campagne, il (...) marqua dans le ciel les régions par une ligne tracée de l'est à l'ouest et spécifia que les régions de droite étaient celles du midi, les régions de gauche celles du nord (...). Puis, faisant passer le
lituus dans sa main gauche, et plaçant la droite sur la tête de Numa, [il demanda un signe de la part des dieux].
[ Tite-Live, Histoire romaine, livre 1, ch. 18; trad. G. Baillet, Coll. Budé, Paris, 1997, p. 31.]»
Immédiatement après, Tite-Live dit que Numa fut un roi pacifique qui éleva le temple de Janus pour symboliser la paix, et il loue l'empereur régnant, Auguste, d'être lui aussi pacifique
[Tite-Live, livre 1, ch. 19; Coll. Budé, Paris, 1997, p. 31-32.].
(Noté par G. Dumézil 1984.)
- Centurie 6, quatrain 100 :
''LEGIS CANTIO CONTRA INEPTOS CRITICOS
''
''Quos legent hosce versus, maturè censunto :
''Profanum vulgus, & inscium ne attrestato :
''Omnesque Astrologi, Blenni, Barbari procul sunto :
''Qui aliter facit, is ritè, sacer esto.
Petrus Crinitus, à la fin de son
De honesta disciplina, déjà cité, avait mis cette strophe latine :
''Legis cautio contra ineptos criticos
''
''Quoi legent hosce libros, maturè censunto :
''Profanum uolgus & inscium, ne attrectato :
''Omnesque legulei, blenni, barbari procul sunto :
''Qui aliter faxit, is ritè sacer esto.
(Noté par Brind'Amour, 1990, p. 99-100)
- Centurie 7, quatrain 41 :
''Les os des pieds et des mains enserrés,
''Par bruit maison longtemps inhabitée;
''Seront par songes concavant déterrés,
''Maison salubre et sans bruit habitée.
Pline le Jeune, Lettres, VII, 27 : « Il y avait à Athènes une maison vaste et spacieuse, mais décriée et funeste. Dans le silence de la nuit, on entendait un bruit de fer (...) et un froissement de chaînes (...). Bientôt apparaissait le spectre : (...) ses pieds étaient chargés d'entraves et ses mains de fers qu'il secouait. (...) Aussi, dans la solitude et l'abandon auquel elle était condamnée, cette maison resta livrée tout entière à son hôte mystérieux. (...) [Le philosophe Athénodore loue la maison et y veille la nuit. Le spectre survient et l'invite à le suivre dans la cour, où il disparaît. Athénodore marque le lieu.] Le lendemain, il va trouver les magistrats et leur conseille de fouiller en cet endroit. On y trouva des ossements enlacés dans des chaînes. (...) On les rassembla, on les ensevelit publiquement et, après ces derniers devoirs, le mort ne troubla plus le repos de la maison. » (trad. De Sacy et Pierrot)
(Noté par E. Gruber, p. 193.)
- Centurie 9, quatrain 20 :
''De nuit viendra par la forest de Reines
''Deux pars vaultorte Herne la pierre blanche,
''Le moine noir en gris dedans Varennes
''Esleu cap. cause tempeste feu, sang tranche.
Dans
La Guide des chemins de France, édité(e) chez Charles Estienne en 1553, les pages 137 à 140 concernent les confins du Maine et de la Bretagne, à raison de quelques brèves lignes par page.
On y trouve les mentions suivantes :
p. 137 : Vaultorte, Heruee (probablement coquille pour l'actuelle Ernée), un ruisseau 'faisant le depart (cfr. les
deux pars de Nostradamus) de la comté du Maine et de la duché de Bretaigne';
p. 138 : Forest de Renes;
p. 139 : Varennes;
p. 140 : la pierre blanche.
(Noté par Chantal Liaroutzos, 1986)
Certaines découvertes dans ce sens ont été présentées directement sur Internet, sans publication antérieure en livre ou en revue. C'est ainsi que L. de Luca[L. de Luca, « Nostradamus lecteur d'Apianus », en ligne sur le sits del'auteur ]
et sur cet autre
a découvert que la strophe latine mise par Nostradamus dans le prologue de sa Paraphrase de Galien est tirée des Inscriptiones sacrosanctae vetustatis, ouvrage de Petrus Apianus et Bartholomeus Amantius, édité à Ingolstadt en 1534. (Cet emprunt avait échappé à P. Brind'Amour, édition des Premières Centuries, Droz, 1996, p. 277.)
De mëme, P. Guinard[Voir son site Internet ]
. a découvert qu'Ulrich von Hutten est cité très souvent dans les Présages de Nostradamus et qu'il a fourni de la matière à un au moins des quatrains des Prophéties :
' Bis petit obscurum et condit se Luna tenebris
Ipse quoque obducta pallet ferrugine frater. '
(' Deux fois la Lune cherche l'obscurité et se cache dans les ténèbres,
Et son frère lui-même pâlit, couvert d'une couleur ferrugineuse ')
(Ulric von Hutten, Poemata, éd. Böcking, p.253, reproduit sur le site de l'université de Mannheim
)
' Lune obscurcie aux profondes tenebres,
Son frere pasle de couleur ferrugine '
(Nostradamus, Prophéties, I, 84.)
Peter Lemesurier et Gary Somai ont également fait des rapprochements intéressants. Voir le site http://www.placeoftheskull.com/
Faux
Juste après les
attentats du 11 septembre 2001, le texte suivant a beaucoup circulé sur
Internet :
''In the City of God there will be a great thunder,
''Two brothers torn apart by Chaos,
''while the fortress endures,
''the great leader will succumb,
''The third big war will begin when the big city is burning
traduction:
Dans la cité de Dieu il y aura un grand tonnerre
Deux frères seront séparés par le chaos
Pendant que la forteresse endure
Le grand meneur succombera
La troisième grande guerre commencera quand la grande cité brulera
Ce texte n'est pas un quatrain de Nostradamus (ce n'est même pas un quatrain), il fut écrit en 1997 et publié sur une page web par Neil Marshall, étudiant canadien de Brock University, qui voulait montrer qu'on pouvait fabriquer à la manière de Nostradamus des prophéties assez ambiguës pour supporter de nombreuses interprétations. Ce qui concerne la troisième grande guerre n'est pas de Neil Marshall et fut ajouté après les attentats du 11 septembre. (http://www.snopes.com/rumors/predict.htm#brothers).
Les Sizains, qui furent publiés pour la première fois au , sont considérés comme faux même par les partisans de la prescience de Nostradamus, car ils ne sont pas dans son style et son vocabulaire et sont beaucoup plus explicites que les quatrains centuriques.
Par exemple, le sizain 52 :
''La grand'Cité qui n'a pain à demy
''Encor un coup la sainct Barthelemy
''Engravera au profond de son ame:
''Nisme, Rochelle, Geneve & Montpellier,
''Castres Lyon, Mars entrant au Bélier,
''S'entrebatteront: le tout pour une Dame
évoquerait le
Massacre de la Saint-Barthélemy, le 24 août 1572.
La grand'Cité serait Paris.
Nisme, Rochelle, Geneve & Montpellier sont les quatre principales villes protestantes.
une Dame indiquerait
Catherine de Médicis.
Il existe aussi la traduction française d'un mélange de canulars, volontairement troublant, répandu en anglais après les attentats du 11 septembre 2001 (voir ci-dessus), et qui, il est bien évident, manquent de la rime et la scansion métrique qui caractérisent le « vers commun » qu'utilisait Nostradamus :
''Dans l'année du nouveau siècle et neuf mois,
''Du ciel viendra un grand roi de terreur...
''Le ciel brûlera à quarante-cinq degrés.
''Le feu approche la grande nouvelle ville...
''Dans la ville d'York, il y aura un grand effondrement,
''Deux frères jumeaux déchirés par le chaos
''Tandis que la forteresse tombe le grand chef succombera
''La troisième grande guerre commencera quand la grande ville brûlera.
Voir aussi
Bibliographie
- Jean-Aimé de Chavigny, Recueil des présages prosaïques de M. Michel de Nostradame lors qu'il vivoit, conseillier du Roy treschr(est)ien Charles IX du nom, et Médecin ordinaire de sa Magte (1589)
- Garencières, Théophile de: The true prophecies or prognostications of Michel Nostradamus, Londres, 1672. Traduction anglaise des Prophéties de Nostradamus. A repéré dans les deux premiers vers du quatrain VI, 89 une citation d'un passage de Plutarque (Vies, Artaxerxès, ch. 16) sur le supplice du 'scaphisme'.
- Palamède Tronc du Coudoulet, (Abrégé de la vie de Michel Nostradamus, suivi d'une nouvelle découverte de ses quatrains (1701)
- Jean Le Roux, La Clef de Nostradamus, Isagoge ou Introduction au véritable sens des Prophéties de ce fameux auteur, avec la critique touchant les sentimens & interprétations de ceux qui ont ci-devant écrit sur cette matière (1710). Eut le mérite de prôner une étude philologique du texte de Nostradamus (latinismes, étymologismes, figures de style, prosodie).
- Pierre-Joseph de Haitze, La Vie de Nostradamus (1711)
- Anonyme, Lettre critique sur la personne et sur les écrits de Michel Nostradamus, Mercure de France, août et novembre 1724. Relève, dans un esprit rationaliste, des coïncidences entre certains quatrains des Prophéties et des évènements antérieurs à la publication de ces quatrains. Tout n'est pas également convaincant, mais on repoussera difficilement, par exemple, le rapprochement entre le quatrain VIII, 72 et le siège de Ravenne de 1512.
- H. Torné-Chavigny, L'Histoire prédite et jugée par Nostradamus. Texte de l'édition de 1566, à Lyon, par Pierre Rigaud. Preuves tirées des auteurs les plus connus, 1860. P. Brind'Amour prise peu cet auteur mais lui sait gré d'avoir reconnu en Savonarole une source de l'Epître à César.
- Anatole Le Pelletier, Les Oracles de Michel de Nostredame, Astrologue, Médecin et Conseiller Ordinaire des Rois Henri II, Francois II et Charles IX. Edition ne varietur, comprenant : 1° Le Texte-type de Pierre Rigaud (Lyon, 1558-1566), d'après l'édition-princeps conservée à la Bibliothèque de Paris, avec les variantes de Benoist Rigaud (Lyon, 1568) et les Suppléments de la réédition de M.DCV ; 2° Un Glossaire de la langue de Nostredame, avec Clef des Noms énigmatiques ; 3° Une Scholie historique des principaux Quatrains (1867)
- Eugen Parker, « La légende de Nostradamus et sa vie réelle », Revue du Seizième Siècle, tome X, 1923, pp.93-106, 148-158. (À la suite de l'anonyme du Mercure de France, explique certains quatrains des Prophéties par des évènements qui leur sont antérieurs.)
- Jean Moura et Paul Louvet, La vie de Nostradamus (1930)
- Jacques Boulanger, Nostradamus (1933)
- Raoul Busquet, Nostradamus, sa famille et son secret (1950)
- Eugène Lhez, 'Aperçu d'un fragment de la correspondance de Michel de Nostredame', Provence Historique, t.11, 1961.
- Eugène Lhez, 'L'ascendance paternelle de Michel de Nostredame', Provence Historique, t.18, 1968.
- Éric Muraise, Saint-Rémy de Provence et les Secrets de Nostradamus (1969)
- Jean-Charles de Fontbrune, Nostradamus, historien et prophète. Ses prophéties de 1555 à l'an 2000 (1980) Cet ouvrage, peu scientifique, est nommé ici compte tenu du grand succès que lui fit le public.
- Jean Dupèbe, Nostradamus: Lettres inédites (1983) Édition scientifique.
- Georges Dumézil, «...Le moyne noir en gris dedans Varennes» Sotie nostradamique (1984). Dumézil déçoit le lecteur rationaliste (deux ans avant la bombe de Chantal Liaroutzos, il soutient l'interprétation traditionnelle du quatrain de Varennes comme annonçant la fuite de Louis XVI), mais il s'est aperçu que Nostradamus « trichait » parfois et il en donne deux très bons exemples : les quatrains V, 6 et V, 75, très probablement inspirés de l'inauguration du roi Numa telle que racontée par Tite-Live.
- Louis Schlosser, La vie de Nostradamus, Paris, 1985. Soutient que les Prophéties sont une chronique de la première moitié du seizième siècle (p. 67). Il y a peut-être à glaner, mais l'auteur n'indique guère ses sources et on peut craindre qu'il n'adapte parfois l'histoire aux besoins de sa thèse. Par exemple, où a-t-il trouvé que, conformément au quatrain I, 86, Marie de Hongrie était dévêtue quand elle traversa le Danube lors de la bataille de Mohacs (p. 69-70) ? Le rapprochement qu'a fait Brind'Amour entre ce quatrain et l'héroïne romaine Clélie est beaucoup plus convaincant.
- Chantal Liaroutzos, « Les prophéties de Nostradamus : suivez la Guide », in Réforme, Humanisme et Renaissance 23 (Lyon, 1986). Révéla que des enfilades toponymiques des Prophéties, et notamment celle du fameux quatrain de Varennes, ont certainement été empruntées au Guide des Chemins de France, de Charles Estienne. (Selon J. Halbronn, les Voyages, du même Charles Estienne, ont encore plus de points de rencontre avec les Prophéties.)
- Michel Chomarat, avec la collaboration de Jean-Paul Laroche, Bibliographie Nostradamus XVIe - XVIIe - XVIIIe siècles, Baden-Baden et Bouxwiller, 1989. (« Indispensable pour toute recherche sur Nostradamus. » Chevignard.)
- Michel Dufresne, Dictionnaire Nostradamus, Chicoutimi (Québec), éd. J.C.L., 1989. Définition, fréquence et contexte de chacun des six mille mots contenus dans l'édition de 1605 des Centuries.
- Robert Benazra, Répertoire chronologique nostradamique, 1990. Recommandé par tous les spécialistes universitaires de Nostradamus.
- Pierre Brind'Amour, Nostradamus et l'histoire romaine, dans Hommage à la mémoire de Ernest Pascal (dans Cahiers des Études anciennes, t. 23), 1990, t. 1, pp. 55-65. Élucide diverses allusions à l'histoire de la Rome antique éparses dans les Prophéties. Semble ignorer qu'il a été précédé par Dumézil dans l'interprétation des quatrains V, 6 et V, 75.
- Pierre Brind'Amour, Nostradamus Astrophile, 1993. Ce livre révéla les emprunts de Nostradamus au De honesta disciplina, de Petrus Crinitus.
- Pierre Brind'Amour, Nostradamus. Les premières Centuries ou Prophéties, 1996. Édition savante de l'Epître à César et des 353 premiers quatrains. Repère de façon très convaincante de nombreux emprunts de Nostradamus à des livres édités à son époque.
- Jacques Halbronn, Le texte prophétique en France, formation et fortune, Thèse, Paris X-Nanterre. Dir.: Jean Céard, 1999. Dans cette thèse et dans divers articles, l'auteur soutient que toutes les éditions anciennes conservées des Prophéties attribuées à Nostradamus sont antidatées et ne sont pas l'œuvre de Nostradamus mais de faussaires du temps de la Ligue. Cette thèse n'a pas recueilli beaucoup de suffrages et on peut penser que l'auteur a fait moins de sceptiques quand il a proposé une hypothèse sur la source des allusions à l'histoire d'Angleterre (Les Centuries et l’Angleterre. La question des sources, 2005. [1]
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- Roger Prévost, Nostradamus, le mythe et la réalité, 1999.
- Bernard Chevignard, Présages de Nostradamus, 1999. (Edition scientifique.)
- Dr. Lucien de Luca, Logodaedalia, 2001. (A notamment découvert dans le quatrain V, 31, un emprunt au poème médiéval Architrenius ou Archithrenius. Le même auteur a découvert que la strophe latine citée par Nostradamus dans sa Paraphrase de C. Galen provient du livre Inscriptiones sacrosanctae vetustatis, de Petrus Apianus et Bartholomeus Amantius, édité à Ingolstadt en 1534 ; voir son site Internet Logodaedalia.)
- Jean-Paul Clébert, Prophéties de Nostradamus, 2003. Éclaire (philologiquement) de nombreux passages des Prophéties par des passages analogues des Présages. L'auteur, qui ne manque pas d'érudition, reconnaît sa dette envers Brind'Amour. On est d'autant plus étonné de le voir parfois conclure à la prescience de Nostradamus sur des bases assez faibles (quatrain IV, 88). Dans un livre antérieur, Nostradamus, mode d'emploi, Paris, 1981, qui n'est qu'une esquisse de celui-ci, il avait envisagé que les indications toponymiques du fameux quatrain de Varennes se rapportent en fait à la province du Maine, conjecture dont Chantal Liaroutzos allait faire une certitude.
- Elmar R. Gruber, Nostradamus, Sein Leben, sein Werk und die wahre Bedeutung seiner Prophezeiungen, 2003. L'auteur est un tenant du paranormal, mais le présent livre est d'inspiration rationaliste. Il semble que Gruber soit le premier à avoir fait le rapprochement entre le quatrain 7, 41 et la lettre 7, 27 de Pline le Jeune.
- Peter Lemesurier, The Unknown Nostradamus, 2003 (biographie) et Nostradamus: The Illustrated Prophecies (comprenant de nombreuses gravures contemporaines), qui évoquent tous deux les origines historiques de la plupart des Prophéties
- Nostradamus, Prophéties. Présentation par Bruno Petey-Girard. Paris, Flammarion, 2003. Edition des Centuries I à VII, considérées comme d'authenticité certaine parce que non posthumes. Sérieux, dans la ligne de Brind'Amour.
- BROUSSE François (1913-1995)'Nostradamus ressuscité' Tome-I (1996), Tome-II (1997), Tome-III (1998) Éd. La Licorne Ailée, Clamart (France) L'auteur analyse historiquement, ésotériquement, prophétiquement et métaphysiquement de nombreux quatrains de Nostradamus. (À en juger par la page de discussion, la personne qui a ajouté ce livre à la liste est incapable d'en justifier l'intérêt.)
- Ian Wilson, Nostradamus The Evidence, Londres, éd. Orion, 2002.
Liens externes
Notes et références