Histoire de l'opéra
Naissance de l'opéra
L’opéra est né en
Italie au . Parmi les ancêtres de l’opéra figurent les
madrigauxss italiens, qui mirent en musique des situations avec des dialogues, mais sans jeu de scène. Les
mascarade, les
ballets de cour, les
intermezzi, ainsi que d’autres spectacles de cour de la
Renaissance, faisant intervenir des figurants, de la musique et de la danse, sont autant de précurseurs. L’opéra proprement dit émane d’un groupe de musiciens et d’intellectuels humanistes florentins qui s’étaient donné le nom de
Camerata (« salon » en
italien). La Camerata, appelée aussi
Camerata fiorentina ou encore
Camerata de'Bardi, du nom de son principal mécène, s’était fixé deux objectifs principaux : faire revivre le style musical du
théâtre grec antique et s’opposer au style
contrapuntique de la musique de la Renaissance. En particulier, ils souhaitaient que les compositeurs s’attachent à ce que la musique reflète, simplement et mot pour mot, la signification des textes. La Camerata pensait reprendre en cela les caractéristiques de la musique grecque antique. Pour atteindre ce but, on utilise la monodie accompagnée par la basse continue, les choeurs madrigalesques et les ritournelles et danses instrumentales.
Le premier février 1598, Jacopo Peri écrit Daphne, que l'on considère alors comme le premier opéra.
L'opéra italien
Monteverdi
Le premier grand compositeur d’opéras fut l’Italien
Claudio Monteverdi. Ses opéras (
l'Orfeo, 1607 ;
Le Retour d'Ulysse, 1640 ;
Le Couronnement de Poppée, 1642) appliquaient les bases de l’opéra, définies par la Camerata.
L’opéra se répandit rapidement dans toute l’Italie. Le principal centre de l’opéra en Italie au milieu et à la fin du était Venise. Les principaux compositeurs romains étaient Stefano Landi et Luigi Rossi. Les principaux compositeurs vénitiens de cette époque furent Monteverdi, Francesco Cavalli (1602-1676) et Antonio Cesti (1623-1669).
Dans un cénacle florentin à la fin du , quelques artistes réunis autour du mécène Giovanni Bardi, en réaction contre les excès de la polyphonie de la Renaissance, voulurent revenir à des spectacles lyriques, tels qu'ils s'imaginaient être conçus pendant l'Antiquité classique gréco-romaine, avec une musique qui permettrait de mettre en valeur le texte et non de le rendre incompréhensible par la complexité des architectures sonores de son accompagnement.
Si Claudio Monteverdi n'est pas le premier compositeurs à traduire ce programme (le premier opéra, Dafne, étant attribué à Jacopo Peri en 1597 chez le comte Bardi) , c'est lui qui porta dès ses débuts l'opéra à un état de perfection qui suscita l'émulation des autres musicien et la faveur du public. La formule se répandit rapidement dans toute la péninsule italienne, et l'on assista à la création d'écoles locales réputées, par exemple à Venise et à Naples. À vrai dire, la mise en valeur du bel canto (« beau chant » en italien) à l'italienne remplaça rapidement la volonté de simplification et d'épuration du chant qui avait présidé à la création du genre.
Le italien
Au , l’opéra italien continua de laisser une place de choix à la voix.
Gioacchino Rossini composa des
opéras-comiques comme
Le Barbier de Séville (1816) et
Cendrillon (1817), qui ont éclipsé ses œuvres plus dramatiques, comme
Guillaume Tell (1829). Le style du bel canto, caractérisé par des airs coulants, expressifs et souvent spectaculaires, s’est également épanoui dans les œuvres de
Vincenzo Bellini, dont
Norma (1831),
La Sonnambula (1831) et
I puritani (1835), ainsi que dans les opéras de
Gaetano Donizetti,
Lucia di Lammermoor (1835), ou dans ses comédies
L'Élixir d'amour (1832) et
Don Pasquale (1843). Il faut aussi parler de
Domenico Cimarosa (1749-1801) qui a écrit
Le Mariage secret.
Verdi
L’homme qui a personnifié l’opéra italien est sans conteste
Giuseppe Verdi : il a insufflé à ses œuvres une vigueur dramatique et une vitalité rythmique inégalées. Il composa nombre d’opéras dont
Nabucco (1842),
Ernani (1844)
Rigoletto (1851),
Il Trovatore (
Le Trouvère, 1853),
La Traviata (1853),
Un ballo in maschera (
Un bal masqué, 1859),
La Forza del destino (
La Force du destin, 1862) et
Aïda (1871), qui associe les splendeurs visuelles du grand opéra aux subtilités musicales d’une histoire d’amour tragique. Néanmoins, les opéras de Verdi restent profondément italiens, utilisant la voix humaine comme principal moyen d’expression.
L'opéra français
L'opéra italien arrive en
France en
1645 : le cardinal
Mazarin avait fait venir de
Venise une troupe qui interpréta
La finta pazza à la cour de
Louis XIV : le succès est immédiat. Mais il faut attendre
1671 pour voir le premier opéra réellement « français » :
Pomone, de
Robert Cambert et
Pierre Perrin.
L'âge classique
Au début du , le style napolitain s’établit dans pratiquement toute l’Europe, sauf en
France où le compositeur
Jean-Baptiste Lully, musicien de
Louis XIV, fonda une école française d’opéra. Ses compositions reflétaient le faste de la cour de
Versailles. Le
ballet avait une place beaucoup plus importante dans les opéras français de Lully que dans les opéras italiens. Lully créa également un type d’
ouverture, l’
ouverture à la française.
Alceste (1674),
Atys (1676),
Roland (1685),
Armide (1686),
Acis et Galatée (1686) restent ses chefs-d’œuvre.
Jean-Philippe Rameau avec Hippolyte et Aricie (1733), Castor et Pollux (1737) et Dardanus (1739), Les Indes galantes (1735), et Les Boréades (1764); Marc-Antoine Charpentier avec Médée (1693) et David et Jonathas (1684); André Campra avec Achille et Déidamie (1735) enrichirent à leur tour l’héritage de Lully.
Le romantisme français
Au cours du , le
romantisme se développa en
France, en
Allemagne et en
Italie, et gagna l’opéra.
Paris était alors le berceau du « grand opéra », combinaison de spectacle à grands effets, d’actions, de ballets et de musique. La plupart des opéras de ce style furent écrits par des compositeurs étrangers installés en France :
La Vestale (1807) de
Gaspare Spontini et
Lodoïska (1791) de
Luigi Cherubini, tous deux Italiens, ainsi que
Masaniello, ou
La Muette de Portici (1828), de
Daniel-François-Esprit Auber (1782-1871). Ce style atteignit son apogée dans les œuvres fleuve du compositeur
Giacomo Meyerbeer, comme
Robert le Diable (1831) et
Les Huguenots (1836).
Faust (1859), de
Charles Gounod, fut l’un des opéras français les plus populaires du milieu du et il est toujours très présent à l'affiche au .
La fin du français
Le compositeur français le plus productif de la dernière partie du fut
Jules Massenet, auteur notamment de
Manon (1884),
Werther (1892),
Thaïs (1894). Les autres œuvres caractéristiques de la période furent
Mignon (1866) d’
Ambroise Thomas,
Lakmé (1883) de
Léo Delibes,
Samson et Dalila (1877) de
Camille Saint-Saëns et
Les Contes d'Hoffmann de
Jacques Offenbach, compositeur parisien né en Allemagne qui s’imposa comme le maître de l’
opéra-comique français du , appelé
opéra-bouffe. À la fin du ,
Gustave Charpentier composa
Louise (1900), opéra réaliste d’un style très différent, mettant en scène des ouvriers de Paris. Par ailleurs,
Claude Debussy renouvela le genre de l’opéra avec cette tentative originale qu'est
Pelléas et Mélisande (1902). Parallèlement, le plus grand succès de l'opéra de tous les temps reste
Carmen de
Bizet (1875).
L’opéra allemand
L'Opéra romantique allemand de
Ludwig van Beethoven,
Carl Maria von Weber,
Richard Wagner et
Richard Strauss, est l'héritier musical du
Singspiel, qui devient rapidement obsolète au
Haendel
C’est en
Angleterre que le compositeur d’origine allemande
Georg Friedrich Haendel fut le plus apprécié. Il écrivit quarante opéras dans le style italien pendant les
années 1720-
1730, après quoi il se tourna vers l’
oratorio.
Mozart
Wolfgang Amadeus Mozart a écrit lui aussi des opéras, une petite vingtaine en tout si l'on compte les « actions théâtrales » mises en musique. Mozart composa son premier
opera seria (
œuvre sérieuse en
italien) à l'âge de 14 ans, en
1770, pour une commande milanaise. Ce fut
Mitridate, re di Ponto (
Mithridate, roi du Pont) d'après une tragédie de
Racine.
Dans les années 1780, l'empereur d'Autriche voulut créer un genre national, dans lequel les opéras seraient évidemment chantés en allemand. C'est dans ce contexte que fut composé le Singspiel Die Entführung aus dem Serail (L'Enlèvement au sérail). Néanmoins, l'empereur ne donna pas suite à sa lubie, et l'opéra allemand dut attendre Wagner pour se faire un nom.
Mozart composa vers la fin de sa vie cinq de ses opéras les plus joués. Les trois premiers (Le nozze di Figaro, Così fan tutte et Don Giovanni) sont considérés comme une trilogie, car leur livret a été écrit par le même auteur, Lorenzo da Ponte, un aventurier aux mœurs légères (il était l'ami de Casanova, et à la fin de sa vie, exilé aux États-Unis, il fera donner l'un des premiers opéras chantés sur le sol américain, à savoir Don Giovanni). Don Giovanni avait été créé en 1787 à Prague.
En 1791, l'année de sa mort, Mozart composa deux opéras : le premier, La clemenza di Tito (La Clémence de Titus) est aujourd'hui considéré comme l'un des meilleurs opéras serias jamais écrits. Le deuxième, Die Zauberflöte (La Flûte enchantée) a été filmé par Bergman. Ce dernier opéra doit son livret à Schikaneder, un organisateur de spectacles alors lourdement endetté qui vit dans la Flûte enchantée l'occasion de se refaire une santé financière. La Flûte enchantée contient l'un des airs les plus redoutables de l'opéra pour la technique et les suraigus qu'il exige, un air interprété par la Reine de la Nuit qui s'intitule Der hölle Rache (Une colère infernale).
Le allemand
Le premier grand opéra allemand du est
Fidelio (1805) de
Ludwig van Beethoven.
Carl Maria von Weber composa l’opéra romantique allemand
Der Freischütz (1821) et les opéras tout aussi rocambolesques
Euryanthe (1823) et
Oberon (1826).
L’opéra allemand atteignit l’un de ses sommets avec Richard Wagner qui donna naissance à ce qu’il a appelé le « drame en musique », dans lequel le texte (dont il était l’auteur), la partition et la mise en scène étaient inséparables. Ses premiers opéras, tels que Le Vaisseau fantôme (1843), Tannhäuser (1845) et Lohengrin (1850), conservèrent des éléments de l’ancien style. Ses plus grandes œuvres furent Tristan et Isolde (1865), les quatre opéras composant l’Anneau du Nibelung (1852-1874, comprend L'Or du Rhin, La Walkyrie, Siegfried et Le Crépuscule des dieux), Les Maîtres chanteurs de Nuremberg (1868), où il décrivit les guildes médiévales, et Parsifal (1882). Les œuvres de Wagner font un grand usage du leitmotiv, terme musical identifiant un personnage ou une idée revenant régulièrement dans toute l’œuvre.
La fin du allemand
En Allemagne, l’influence de Wagner se poursuivit dans pratiquement tous les opéras, jusque dans
Hänsel et Gretel d’
Engelbert Humperdinck (1893), inspiré de contes pour enfants. La figure dominante fut
Richard Strauss, qui utilisa une orchestration et des techniques vocales similaires à celles de Wagner dans
Salomé (1905) et les poussa à l'extrême dans
Elektra (1909).
Le Chevalier à la rose (1911) devint son œuvre la plus populaire. Cet opéra fut suivi, entre autres, d’
Ariane à Naxos (1912), de
La Femme sans ombre (1919) et d’
Arabella (1933).
L’opéra russe
dans l'opéra de
Glinka Une vie pour le Tsar
L'opéra fut introduit en
Russie dans les années 1730 par des troupes italiennes et il fit bientôt partie des divertissements de la cour impériale et de l'aristocratie. De nombreux compositeurs étrangers, comme
Baldassare Galuppi,
Giovanni Paisiello,
Giuseppe Sarti, et
Domenico Cimarosa (ainsi que beaucoup d'autres) furent invités en Russie et reçurent des commandes d'opéras, principalement en
langue italienne. En même temps quelques musiciens nationaux étaient envoyés en Europe (ainsi Maxim Berezovski et Dmitro Bortnianski) pour y étudier la composition d'opéras. Le premier opéra composé en langue
russe fut
Tsefal i Prokris du compositeur italien Francesco Araja (1755). les compositeurs Vassili Pachkevitch, Yevstigney Fomine et Alexis Verstovsky contribuèrent au développement d'un opéra russe.
Au
Toutefois le véritable acte de naissance de l'opéra russe est dû à
Mikhail Glinka et à ses deux opéras,
Une vie pour le Tsar (1836) et
Rousslan et Ludmilla (1842). D'autres chefs-d'œuvre suivirent :
La Roussalka et
Le Convive de pierre d'
Alexandre Dargomyjski ;
Boris Godounov (1874) et
La Khovantchina de
Modeste Moussorgski ;
Le Prince Igor (créé en 1890, après sa mort) d’
Alexandre Borodine ;
La Demoiselle des neiges (Sniegourotchka),
Sadko et
Le Coq d'or (1909) de
Nikolaï Rimski-Korsakov ;
Eugène Onéguine et
La Dame de pique de
Tchaïkovski.
Ces œuvres reflétaient l'importance croissante du nationalisme russe, composante d'un mouvement slavophile plus vaste, dans l'ensemble de la création artistique. L'œuvre de Pouchkine, considéré comme le fondateur de la littérature russe, fournit l'intrigue de nombre de ces opéras, notamment :
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Au
Les traditions de l'opéra russe furent reprises par de nombreux compositeurs, parmi lesquels
Serge Rachmaninov qui composa
Le Chevalier avare et
Francesca da Rimini,
Igor Stravinski avec
Le Rossignol,
Mavra,
Œdipus Rex, et
The Rake's Progress,
Serge Prokofiev avec
Le joueur,
L'Amour des trois oranges,
L'Ange de feu,
Les fiançailles au couvent et
Guerre et paix; en encore
Dmitri Chostakovitch avec
le Nez et
Lady Macbeth de Mtsensk,
Edison Denisov avec
L'écume des jours, et
Alfred Schnittke avec
Life With an Idiot et
Historia von D. Johann Fausten.
[Taruskin, Richard: Russie dans 'The New Grove Dictionary of Opera', ed. Stanley Sadie (London, 1992); Oxford Illustrated History of Opera, Chapitres 7-9.]
Principauté de Liège
L'opéra a été une des premières oeuvres littéraires en
wallon, qui contribuèrent à conférer un statut respectable à cette langue. Les quatre opéras de , de Cartier, Fabry et Vivario, connus sous le nom de « théâtre liégeois », furent créés en
1756, et joués régulièrement sous l'
Ancien Régime devant les pinces invités en
Principauté de Liège.
Ils furent republiés par François Bailleux en 1854 et contribuèrent à la naissance de la Société de langue et littérature wallonnes en 1856.
L’opéra moderne
Depuis toujours, l’opéra est un art vocal et la
prima donna, le pivot d’une production réussie. Toutefois, au , l’accent a également été placé sur la production dans son ensemble, le
chef d'orchestre, le
metteur en scène et le
décorateur jouant des rôles aussi importants que ceux des chanteurs.
Plusieurs opéras ont été écrits spécifiquement pour la diffusion, comme Amahl de Gian Carlo Menotti et Owen Wingrave de Benjamin Britten (1971), composés tous deux pour la télévision. La version cinématographique de La Flûte enchantée de Mozart par Ingmar Bergman (1974) a atteint un public large, au même titre que le Don Giovanni de Joseph Losey en 1979.
Dans le dernier quart du , l’opéra, malgré ses efforts artistiques et technologiques, est confronté à une crise financière. Dans la plupart des pays, les compagnies sont largement subventionnées par l’État ; aux États-Unis, les principaux mécènes sont les fondations privées, les entreprises commerciales et de généreux donateurs. Néanmoins, de nouveaux opéras sont sans cesse construits, en France, l’Opéra Bastille à Paris (1989) ou l’Opéra de Lyon, répondant à un souci de perfection acoustique autant qu’à une stratégie politico-culturelle déterminée.
Le perfectionnement des techniques d’enregistrement, d’une part, permettant une bonne écoute des œuvres à domicile, le coût des grandes productions, d’autre part, exigeant un certain amortissement de la conception, ont en effet contribué à la diffusion médiatique de l’opéra (classique, s’entend) au auprès des élites cultivées et à faire de lui le genre le plus prisé de la bourgeoisie intellectuelle.
Dès les années 1990, plusieurs maisons d'opéra ont entrepris une politique de popularisation, visant essentiellement un public jeune, en diminuant de manière sensible le prix des places. Au Théâtre de la Monnaie de Bruxelles, par exemple, les formules d'abonnement pour les moins de 28 ans commencent à 30 euros (90 euros à l'Opéra national de Paris). Par ailleurs, le service pédagogique mène un travail d'information et de sensibilisation à destination des écoles, visant à fidéliser le public de demain. Ce type de stratégie se généralise de plus en plus, sortant progressivement l'opéra du cadre élitiste dans lequel il s'était enfermé depuis la fin du .
Notes et références
Bibliographie
- Gustave Kobbé, Tout l'opéra, de Monteverdi à nos jours, Paris, Robert Laffont, 1993, coll. « Bouquins »
- Stanley Sadie (ed.), The new Grove Dictionary of Opera, Londres, Macmillan, 1992-2002, 4 volumes
Voir aussi
Articles connexes
Liens externes