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Dernière modification: 2007-11-11
Catégorie: Antijudaïsme Relations entre religions Histoire du christianisme Locution latine Concile Vatican II

Oremus et pro perfidis judaeis

Oremus et pro perfidis judaeis est l'une des formules latines qui étaient prononcées dans la prière du Vendredi saint, jusqu'en 1959. Elle a été corrigée par le pape Jean XXIII, ainsi que par Paul VI dans le missel de 1969.

1 Traduction de la formule en français
2 Origine de l'ancienne formule (Ve-VIIIe siècles)
3 Révision de la prière du Vendredi saint (1947-1969)
4 Révision du catéchisme
5 Repentance
6 Référence
7 Bibliographie
8 Voir aussi
9 Liens externes

Traduction de la formule en français

On peut traduire cette phrase en français par : prions pour les juifs perfides, et ainsi se tromper sur son sens, car sa rédaction est très ancienne et Perfidis devait se comprendre comme qui a manqué de foi, ou infidèle', ou parjure (qui n'a pas été fidèle à ses engagements).

On constate en effet que le Ier millénaire a été meilleur sur les relations entre Juifs et chrétiens que le second, surtout en occident, où les persécutions contre les Juifs étaient rares avant l'an mille.

Origine de l'ancienne formule (Ve-VIIIe siècles)

L'Église catholique a longtemps considéré les Juifs comme un peuple ayant commis un ' déicide ', car c'est en Judée que Jésus-Christ a été crucifié.

Cette idée serait également également fondée sur le fait que Jésus a été livré à Pilate par Judas Iscariote qui était juif (mais tous les apôtres étaient juifs, comme aussi Jésus!), qui a reçu pour cela une somme d'argent. De ce fait, comme il est assez fréquent que l'on trahisse quelqu'un pour de l'argent, on a longtemps considéré que les Juifs étaient responsables de ce type de trahison, comme celui qui l'avait été de la mort de Jésus.

La question de l'argent est indissociable du regard porté pendant longtemps par les chrétiens sur les Juifs. Les chrétiens ont pendant longtemps laissé les métiers de financiers aux Juifs, considérant que le prêt à intérêts constituait un péché.

Vers 85, puis en 325, au Concile de Nicée, le christianisme s'est différencié du judaïsme.

Dès l'époque du christianisme ancien, au , certains Pères de l'Église (Jean Chrysostome, et Grégoire de Nazianze) ont commencé à développer des arguments antijudaïques sous une forme théologique. On notera que c'est à la même époque que le judaïsme a codifié certaines règles économiques (voir Intérêt de l'argent et religions monothéistes).

L'expression « Juif perfide » figurait dans le code théodosien }}. Elle a acquis une dimension théologique dans la liturgie catholique, à travers la prière Oremus du Vendredi saint, introduite au VIIe siècle (« pro perfidis judaeis »).

À la fin du , l'agenouillement et la prière silencieuse, qui précédaient toutes les autres demandes de la prière universelle, furent supprimée.

Le texte du était le suivant :

« Oremus et pro perfidis Judaeis : Ut Deus et Dominus noster auferat velamen de cordibus eorum ut et ipsi agnoscent Jesum Christum Dominum nostrum.

Non respondetur Amen, nec dicitur oremus aut Flectamus genua, aut Levate, sed statim dicitur : Omnipotens sempiterne Deus qui etiam judaicam perfidiam a tua misericordia non repellis; exaudi preces nostras quas pro illius populi obcaecatione deferimus, ut agnita veritatis tuae luce quae Christus est, a suis tenebris eruantur.

Per eumdem Dominum nostrum Jesun Christum Filium tuum, qui tecurn vivit et regnat in unitate Spirtus Sancti Deus, per omnia saecula saeculorum. Amen. »

Ce texte peut se traduire de la façon suivante :

« Prions aussi pour les juifs perfides afin que Dieu Notre Seigneur enlève le voile qui couvre leurs coeurs et qu'eux aussi reconnaissent Jésus, le Christ, Notre-Seigneur.

On ne répond pas : Amen et on ne dit pas prions, on ne se met pas à genoux, on ne dit pas : Levez-vous, mais on poursuit aussitôt :

Dieu Tout-Puissant et éternel, qui n'exclus pas même la perfidie juive de ta miséricorde, exauce nos prières que nous t'adressons pour l'aveuglement de ce peuple, afin qu'ayant reconnu la lumière de ta vérité qui est le Christ, ils sortent de leurs ténèbres.

Par le même Jésus-Christ Notre Seigneur qui vit et règne avec toi dans l'unité du Saint-Esprit dans les siècle des siècles. Amen. »

Il y avait également une mention offensante pour les Juifs dans le rituel de la célébration du baptême.

Cette interprétation provient de l'évangile de Jean : Jn 18, 33b-37.

Révision de la prière du Vendredi saint (1947-1969)

Les événements de la Shoah ont profondément interpelé toute la communauté internationale à la suite de la découverte des camps de concentration après la Seconde Guerre mondiale.

En 1947 eut lieu une conférence à Seelisberg pour étudier les causes de l'antisémitisme, et la responsabilité des chrétiens dans le génocide. L'historien Jules Isaac y participa.

Le théologien Jacques Maritain combattait depuis longtemps l'antisémitisme, comme en témoigne sa position dans l'affaire Dreyfus. Après la Seconde Guerre mondiale, son action visait à revoir en profondeur les relations avec le judaïsme. En 1948, il est intervenu auprès de Mgr Montini pour que l'on remplace la mention « pro perfidis judaeis » par d'autres termes.

Jules Isaac fut un acteur déterminant de l'amitié entre les juifs et les chrétiens. Il chercha les causes de l'antisémitisme. En 1949, il intervint auprès de Pie XII.

En 1955, Pie XII a réformé toute la liturgie de la semaine sainte par le décret Maxima Redemptoris nostrae mysteria.

En 1959, Jean XXIII a supprimé les termes incriminés à l'occasion du premier vendredi saint qui a suivi son élection au pontificat.

Le concile Vatican II a examiné la question du dialogue interreligieux en 1965, en particulier les relations avec le judaïsme. Le pape Paul VI a fait une mise au point au sujet des relations avec les autres religions dans la déclaration Nostra Ætate du 28 octobre 1965.

En 1966, avec le nouveau missel, Paul VI a promulgué une nouvelle prière, qui fut améliorée en 1969.

La prière de l'édition du nouveau missel adopté en 1969 par Paul VI et entré en vigueur en 1970 est maintenant :

« Prions pour les juifs à qui Dieu a parlé, en premier : qu'ils progressent dans l'amour de son Nom et la fidélité de son Alliance.

Tous prient en silence. Puis le prêtre dit :

Dieu éternel et Tout-Puissant, toi qui as choisi Abraham et sa descendance pour en faire les fils de ta promesse, conduis à la plénitude de la rédemption le premier peuple de l'Alliance, comme ton Église t'en supplie. Par Jésus, le Christ, Notre Seigneur.

Le peuple répond : « Amen. »

Le texte Jn 18, 33b-37, comme beaucoup d'autres où figure le mot « juif » dans l'évangile de Jean, pose la question de l'emploi de ce mot « juif » dans cet évangile et de l'exploitation qui a pu en être faite ultérieurement. Il n'est pas question de faire d'amalgame et de généralisation ; les juifs que désigne l'évangile de Jean ne sont que quelques uns et à une époque déterminée.

On trouve en Jn 4, 22 cette parole de Jésus à la Samaritaine : « nous savons que le salut vient des juifs ».

La façon dont l'évangile selon Jean parle des « juifs », mériterait une longue étude.

Révision du catéchisme

Le catéchisme promulgué par Jean-Paul II en 1992 précise :

« Les Juifs ne sont pas collectivement responsables de la mort de Jésus

En tenant compte de la complexité historique du procès de Jésus manifestée dans les récits évangéliques, et quel que puisse être le péché personnel des acteurs du procès (Judas, le Sanhédrin, Pilate) que seul Dieu connaît, on ne peut en attribuer la responsabilité à l'ensemble des Juifs de Jérusalem, malgré les cris d'une foule manipulée et les reproches globaux contenus dans les appels à la conversion après la Pentecôte. Jésus Lui-même en pardonnant sur la Croix et Pierre à sa suite ont fait droit à l'ignorance (Ac 3, 17) des Juifs de Jérusalem et même de leurs chefs. Encore moins peut-on, à partir du cri du peuple : « que son sang soit sur nous et sur nos enfants » (Mt 27, 25) qui signifie une formule de ratification, étendre la responsabilité aux autres Juifs dans l'espace et dans le temps.

Aussi bien l'Église a-t-elle déclaré au Concile Vatican II : Ce qui a été commis durant la Passion ne peut être imputé ni indistinctement à tous les Juifs vivant alors, ni aux Juifs de notre temps. (...) Les Juifs ne doivent pas être présentés comme réprouvés par Dieu, ni maudits comme si cela découlait de la Sainte Écriture. »

Il ne s'agit néanmoins pas d'une nouveauté, le catéchisme Romain dit 'du Concile de Trente', enseignait très clairement la même chose (1 Partie, chapitre 5, §3) On y lit :
« Nous devons donc regarder comme coupables de cette horrible faute, ceux qui continuent à retomber dans leurs péchés. Puisque ce sont nos crimes qui ont fait subir à Notre-Seigneur Jésus-Christ le supplice de la Croix, à coup sur ceux qui se plongent dans les désordres et dans le mal crucifient de nouveau dans leur cœur, autant qu’il est en eux, le Fils de Dieu par leurs péchés, et Le couvrent de confusion. Et il faut le reconnaître, notre crime à nous dans ce cas est plus grand que celui des Juifs. Car eux, au témoignage de l’Apôtre, s’ils avaient connu le Roi de gloire, ils ne L’auraient jamais crucifié. Nous, au contraire, nous faisons profession de Le connaître. Et lorsque nous Le renions par nos actes, nous portons en quelque sorte sur Lui nos mains déicides. »

Repentance

En 1997, les évêques de France ont exprimé une repentance envers le peuple juif.

Voir : La déclaration de repentance des évêques de France Liens externes

Le 12 mars 1998, le pape Jean-Paul II a fait une repentance particulière sur le peuple juif.

Voir : Nous nous souvenons : une réflexion sur la Shoah Liens externes - Message du très saint Père Jean-Paul II au , sur le site du Vatican.

En l'an 2000, la repentance générale de l'Église catholique a mentionné les erreurs commises envers d'autres religions dont le judaïsme.

Référence

L'une des références employée dans cet article est la réponse à une question posée à un théologien du Centre d'Études Théologiques à Distance.

Bibliographie

  • Jules Isaac, Genèse de l'antisémitisme, Paris, Calmann Lévy, 1956
  • Marie-Thérèse Hoch, Bernard Dupuy, Les Églises devant le Judaïsme. Documents officiels 1948-1978, Paris, Cerf, 1980
  • Jean Dujardin, l'Église catholique et le peuple juif - Un autre regard. Calmann-Lévy, 2003.
  • Catéchisme de l'Église catholique (1992), page 130. Les références bibliques détaillées sont précisées au paragraphe 597.

Voir aussi

Liens externes

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