www.all2know.com Google WWW All2know fr
  Accueil Accueil | À propos À propos 
  Navigation
» Accueil
» Page des catégories
» Liste des listes
» Alphabétique indexes
» Biographies
» Une page au hasard
» Éditer Liens externes
Dernière modification: 2007-11-29
  Autres langues 
daPerversion
svPerversion
Catégorie: Psychiatrie dynamique Concept de psychanalyse Mécanisme de défense

Perversion

La perversion est à l'origine le fait de détourner, de l'orientation de base, de la cause commune ou des logiques naturelles suivant l'utilisation. Dans le langage courant il réside une connotation péjorative, du à l'empois religieux de ce mot comme une désignation du mal.

En psychanalyse, la perversion exprime à la fois un statut normal de l'évolution psychique et un trouble pathologique de l'adulte.

  • L'enfant est dit pervers polymorphe car il modifie ses pulsions au cours de sa maturation, du stades oral (de la tété) au stade génital (de la reproduction).
  • L'adulte est dit pervers s'il impose au dépend de l'autre une situation qui le satisfait lui. Les traits caractéristiques de ce mécanisme de défense sont donc la manipulation et le refus des envies et besoins de l'autre au profit des siens. La perversion sexuelle n'en est qu'une expression, alors pour éviter l'amalgame induit par le sens courant, on parle aussi de perversion morale.

Le signifiant perversion donne souvent lieu à de nombreux malentendus. Issu du vocabulaire moral et même ecclésiastique, il garde le plus souvent cette connotation de condamnation morale dans le discours courant. Les variations d'acception et même les luttes idéologiques qui sous-tendent les différentes perceptions de la perversion montrent que cette notion est un enjeu important qui agit comme un indice de la valeur sociale qu'accorde la société, à un moment donné, à la sexualité. Certaines pratiques considérées autrefois comme perverses par le discours moral, sont aujourd'hui communément admises, on en verra des exemples plus loin.

1 Histoire du concept
2 Les perversions aujourd'hui
3 Perversion et littérature
4 Références

Histoire du concept

Étymologie

Le terme pervertir est issu de deux termes latins (per qui signifie par et vertere que l'on peut traduire tourner). La traduction la plus littérale serait mettre sens dessus-dessous ou faire mal tourner. Dans le latin ecclésiastique du ce terme désignait toute opération de falsification d'un texte et par extension une volonté de corrompre les esprits en les détournant du dogme.

Ce n'est qu'au que le terme pervers est attesté dérivé de pervertir et, de sa racine latine, il signifie appliqué à contre-sens, vicieux. Le pervers, dans le langage religieux de l'époque, est une personne qui est portée à faire le mal.

Tous ces emplois sont tombés en désuétude mais ils ont laissé leurs traces sur l'emploi non spécialisé puisque dans le langage courant le pervers est celui qui est porté à commettre, de façon pathologique, des actes immoraux. Mais avant de comprendre l'usage moderne, il convient de rendre compte de deux événements majeurs qui ont affecté l'usage actuel du mot :

  • L'émergence de l'expertise médico-légale au en matière sexuelle ;
  • L'invention de la psychanalyse à la fin du .

Naissance d'un discours médico-légal sur les perversions sexuelles

Il faut d'abord restituer le contexte historique qui précédait l'apparition du discours médico-légal concernant la sexualité. En France, depuis le code Napoléon (loi du 22 février 1810), les affaires de mœurs étaient jugées selon des principes simples et qui marquaient un grand progrès par rapport à la situation sous l'ancien régime :
  • En ce qui concerne les adultes, on ne punit en matière sexuelle que le scandale public de l'outrage aux bonnes mœurs et l'attentat à la pudeur ;
  • Par contre tout commerce sexuel avec un (ou une) mineur(e) est considéré comme un crime.
La philosophie de ce texte était claire : il s'agissait en premier lieu de faire des relations sexuelles entre adultes consentants une affaire privée qui devait se dérouler dans un cadre privé et deuxièmement de protéger les mineurs (mêmes consentants) de toute relation sexuelle. Ce tournant législatif napoléonien était un progrès dans la mesure où les pouvoirs publics n'avaient plus à s'intéresser aux conduites sexuelles des citoyens alors que sous l'ancien régime la sodomie était considérée comme un crime et que toutes les conduites sexuelles étaient soumises au crible d'un moralisme directement inspiré du discours religieux.

Le cas du sergent Bertrand

C'est dans ce contexte qu'en 1849, un sergent de l'armée française, reconnu comme un bon sous-officier par ses supérieurs, est poursuivi par un tribunal militaire : il est entré nuitamment dans un cimetière, a forcé une tombe et a profané le cadavre tout récemment enterré d'une jeune fille. Le sergent était coutumier de ce type de comportement, il avait déjà profané d'autres tombes, il avait même mutilé certains cadavres et ses actes se terminaient par une éjaculation. Le sergent Bertrand reconnaît les faits et il est condamné (légèrement) pour violation de sépulture c’est-à-dire un délit qui s'apparente à une violation de domicile mais absolument pas pour son comportement sexuel qui n'intéresse quasiment pas les juges.

Un psychiatre de l'époque, le Dr Lunier, après l'énoncé du jugement, écrit un texte qui s'élève contre ce jugement dont la sentence avait été pourtant clémente. Il prétend que cette condamnation était injuste car le sergent ressort de l'article 64 du code pénal de l'époque, c'est-à-dire l'article qui permet à un justiciable de ne pas être jugé si l'examen par un expert de ses facultés mentales conduit à le déclarer irresponsable. Pour le Dr Lunier le sergent Bertrand doit être soigné et conduit à l'asile, pas en prison.

Pour Georges Lanteri Laura qui a retracé l'histoire de l'appropriation médicale des perversions, l'Examen d'un cas de monomanie instinctive du Dr Lunier marque un tournant dans l'attitude des médecins français. Alors que la loi excluait tout examen de la jouissance sexuelle de l'accusé (et donc de sa moralité sexuelle) la médecine voudrait introduire cette dimension. Et pour dire quoi ? Que l'accusé est aliéné et qu'il doit être conduit à l'asile. Car pour la théorie médicale de l'époque la monomanie instinctive est une forme d'aliénation mentale. (Cf. Psychiatrie, justice et déviances sexuelles. Perspective historique.)

Un retour à l'ordre moral

Après la troisième Restauration, la Monarchie de Juillet (1830 -1848) était favorable à un retour du religieux. La médecine, par ses prétentions à arbitrer le sexuel, avait fourni aux pouvoirs publics un bon prétexte au retour du moralisme.

Pour la religion chrétienne, la seule justification du fait sexuel est la reproduction de l'espèce dans le cadre du sacrement du mariage. Le plaisir n'y a pas sa place même s'il est excusable dans le cadre du mariage. Ceci a des conséquences très précises pour la morale religieuse : le seul acte sexuel possible est celui de l'éjaculation masculine dans le vagin de son épouse, et en y prenant le moins de plaisir possible ; tout le reste, y compris les préliminaires, est illicite.

Mais la médecine se situait également comme une rivale du pouvoir religieux. Elle va donc bénéficier de la bienveillance du pouvoir politique sans pour autant reprendre les termes du discours religieux. Le discours médical s'intéressait aux comportements sexuels considérés comme déviants pour tenter de montrer qu'il s'agissait de formes partielles d'aliénations mentales.

C'est au milieu du , dans le Littré, que pour la première fois, la notion de perversion est associée, aux mœurs sexuelles :

« Perversion. Changement de bien en mal. La perversion des mœurs. Trouble, dérangement. Il y a perversion de l'appétit dans le pica, de la vue dans la diplopie. ».

Quelque temps plus tard cette définition est reprise telle quelle dans ce qui est considéré comme le Littré médical en y ajoutant toutefois un nouvel élément : « Perversion morale des instincts, V. Folie héréditaire. » (E. Littré et Ch. Robin).

De la perversion morale des instincts, on passera avec Magnan à la perversion sexuelle qui s'imposera dans la langue française alors qu'en langue anglaise la notion d'aberration prévaudra. En allemand, deux expressions se feront concurrence :

  • sexuelle Abirrungen (aberrations sexuelles) qui sera employé par Freud ;
  • Anomalien des Geschlechtstriebes (anomalies des pulsions de reproduction de l'espèce) qui sera utilisé par Krafft-Ebing.

Typologie médicale des déviations sexuelles au

Magnan ne s'est pas attaché à étudier les perversions une à une. Cette étude n'avait aucun intérêt pour lui puisque les perversions ne pouvaient s'expliquer, dans sa perspective positiviste que par une anomalie du système nerveux central. Pour lui la vie sexuelle est définie par un modèle anatomo-physiologique, certains individus s'éloignent de ce modèle pour parvenir à l'orgasme. Ce détour qu'ils empruntent par rapport au modèle anatomo-physiologique serait donc l'expression d'une dysharmonie du système nerveux.

Cette description absolument exempte de préoccupations morales va cependant aboutir à une classement des pervers en deux groupes radicalement opposés :

  1. Il s'agit de sujets instruits, reconnus socialement, ayant des responsabilités professionnelles et dont la perversion est ignorée de leur entourage. Il s'agit donc, en un mot d'hommes honorables, mais dont la conduite sexuelle détonne et pour tout dire apparaît comme une anomalie dans leur personnalité. Eux-mêmes reconnaissent comme une anomalie leurs penchants, ils les déplorent parfois et l'homme de science s'étonne de leur comportement sexuel. Il s'agit des bons pervers. On trouve dans cette catégorie les exhibitionnistes ou les homosexuels de la bonne société.
  2. Il s'agit des personnes mal insérées socialement, instables professionnellement et dont le mode de vie apparaît exprimer le désordre social. Chez eux les conduites perverses sont décrites comme agressives, cruelles, elles suscitent non pas l'étonnement mais la répulsion. Ils refusent d'admettre l'anomalie qui est la leur. Ce groupe nous dit Lanteri-Laura « renvoie à la notion de perversité, et tous ces traits de caractère viennent des anciennes notions de folie morale et de moral insanity. ». C'est de ce groupe que Magnan fera dériver la notion de dégénérescence.

Usage psychanalytique de la notion de perversion

En ce qui concerne les conduites sexuelles Sigmund Freud se situe à la fois dans la continuité et dans la rupture par rapport au discours médical de son époque.

Les 'aberrations sexuelles' selon Sigmund Freud

Les trois essais sur la théorie de la sexualité commencent par un premier essai intitulé les aberrations sexuelles dans lequel Freud passe en revue l'ensemble de ce qui semble déroger avec les représentations que l'opinion commune se fait de la sexualité c’est-à-dire « une attraction irrésistible exercée par l'un des sexes sur l'autre » et dont le « but serait l'union sexuelle, ou du moins un ensemble d'actes qui tendent à ce but. » Freud ne s'attarde pas à décrire ces aberrations sexuelles, il reprend en les survolant les descriptions de Krafft-Ebing, Havelock Ellis, Moll, J. Bloch et bien d'autres. Il peut alors se consacrer à ce qui lui importe : les mécanismes psychiques à l'œuvre dans la sexualité.

Freud apporte à la clinique des aberrations sexuelles une description que l'on pourrait qualifier de structuraliste s'il ne s'agissait pas, en l'occurrence, d'un anachronisme. Au lieu d'opposer les vices aux maladies comme certains de ses prédécesseurs ou la normalité à l'anormalité, Freud fait des aberrations sexuelles un tableau clinique descriptif fondé sur ce qui, en français, est traduit par objet et but. Cette définition va de pair avec celle de la pulsion, qui est désir ayant une source, un objet, un but, et une poussée, c'est-à-dire que le désir s'enracine dans le corps, qu'il vise quelqu'un (ou quelque chose), qu'il se fixe un objectif à propos de ce dernier, et qu'il y tend avec une certaine force.
Pour bien comprendre Freud il faut garder à l'esprit que objet désigne une représentation au sein d'une réalité.. psychique, donc une pensée d'un sujet qu'il faut ici entendre sujet au sens racinien du terme, souligne Lanteri Laura. But doit s'entendre comme visée des deux partenaires sexuels en l'occurrence le plaisir (et non finalité au sens de la normalité, par exemple la procréation).

Ainsi, la perversion peut être déviation au sens de :

  • changement d'objet, par ex. dans l'homosexualité, la pédophilie, la zoophilie ;
  • changement de but, par ex. regarder ;
  • changement de zone érogène ;
  • enfin, la perversion peut signifier la nécessité de conditions particulières afin d'atteindre la satisfaction sexuelle.

À partir de ces deux critères que sont le but et l'objet Freud établit une description combinatoire que Lanteri Laura a résumé par le tableau suivant :

Non-malades vs malades Non-pervers vs pervers Résultats
+ + normaux
+ - pervers non-malades
- + névrosés
- - pervers malades

Dans cette description Freud veut montrer que la perversion n'est pas un mécanisme qui se situe à part de la vie sexuelle, elle en fait partie intégralement. Ce n'est que dans certains cas, quand il y a « exclusivité et fixation que nous sommes justifiés en général de considérer la perversion comme un symptôme morbide. »

L'intérêt de la description freudienne c'est qu'il déplace le centre d'intérêt sur l'étude des perversions sexuelles. Au lieu de s'attacher à l'étiologie (hérédité, prédisposition, dégénérescence, circonstances biographiques) ou à une opposition normalité vs anormalité, il s'intéresse aux mécanismes et permet de poser les bases d'une véritable étude psychopathologique de ce domaine.

L'enfant comme 'pervers polymorphe'

C'est surtout le deuxième des trois essais sur la théorie de la sexualité qui fut remarqué à l'époque de sa publication. On ne donnera pas ici les détails de ce texte qui est exposé dans l'article sexualité infantile mais rappelons simplement que Freud veut montrer que la vie psychique commence dès la naissance par la création d'espaces qui se créent chez tout sujet au-delà de la satisfaction des besoins physiologiques mais en s'appuyant sur ceux-ci. Chacun de ces espaces ou zone érogène se crée par le sujet lui-même, en instituant une partie de son propre corps comme objet érotique alors que parallèlement il s'abandonne probablement à une remémoration de la satisfaction éprouvée pendant la satisfaction physiologique du besoin organique. Par exemple le nourrisson, après la tétée continue à suçoter alors qu'il n'a plus faim et pendant ce suçotement, qui est un acte réflexe, il investit une partie de son corps propre (pouce, doigt de pied, mèche de cheveux) ou un substitut (drap, etc.). Il s'agit selon Freud d'une action auto-érotique pendant laquelle il réactive le plaisir de la satisfaction de la tétée ; c'est pendant ce temps qui n'est pas dépendant de la satisfaction physiologique que s'établit l'embryon de l'espace désirant et fantasmatique chez tout être humain.

L'être humain expérimente donc la vie pulsionnelle dans un premier temps au travers de plusieurs zones érogènes. Plus tard il accédera à une conscience de son unité corporelle mais il restera toujours marqué par ce morcellement pulsionnel initial. Quand Freud dit que les enfants sont des pervers polymorphes il veut simplement rappeler que nous somme tous passés par une étape première dans notre vie sexuelle (d'abord non génitale puis génitale) où la satisfaction de chacune des zones érogènes a prévalu pour elle-même. L'éducation et les modèles sociaux nous ont appris un modèle sexuel (la reproduction, l'amour entre adultes consentants, etc.) mais ces modèles sont seconds et peuvent entrer en conflit avec la satisfaction pulsionnelle.

D'ailleurs, nous fait remarquer Freud, les préliminaires amoureux ne renvoient-ils pas aux satisfactions partielles chez l'être humain : le plaisir de regarder ou de montrer n'est-il pas une pulsion partielle ? Il en est de même des baisers, des caresses de tout ordre qui peuvent précéder l'acte génital.

La perversion comme issue possible de la 'crise œdipienne'

Depuis 1895 Freud s'attachait à montrer qu'il existe en tout être humain une instance dont il n'est pas maître et qu'il appelle inconscient que l'on peut considérer comme le principal moteur du psychisme. C'est ce moteur qui fait surgir chez le sujet humain des évocations, des représentations associées, des affects qui entrent en conflit avec l'éducation, c'est-à-dire les règles sociales formulées ou induites par l'entourage de tout enfant. À l'issue de la crise œdipienne le sujet aura trois voies de résolution des conflits inconscients entre ses pulsions et l'éducation qu'il a reçue :
  • Les névroses dont le mécanisme inconscient spécifique est le refoulement ;
  • Les psychoses dont le mécanisme inconscient est la Verwerfung que Lacan traduira par forclusion.
  • Les perversions dont le mécanisme inconscient est le déni 'Verleugnung'.

Nous ne développerons ici que le déni qui est le mécanisme inconscient de la perversion. Il s'agit d'une fixation inconsciente au stade infantile qui intervient au début de la crise œdipienne au moment particulier où l'enfant prend réellement conscience de la différence des sexes notamment en s'interrogeant sur les différences anatomiques qui distinguent les hommes des femmes. Alors que pour le petit enfant la puissance symbolique semblait incarnée par sa mère il constate qu'elle n'est pas pourvue de l'organe viril, elle semble marquée d'un manque, d'une absence. Pour certains enfants cette différence apparaît insupportable, ils s'orienteront vers le déni c'est-à-dire un refus d'admettre cette différence.

Dès lors la vie pulsionnelle du sujet orienté vers la perversion va fonctionner sur un clivage qui va affecter foncièrement sa vie :

  • Dans sa vie sociale le sujet pervers se comportera comme tout un chacun et il pourra même être reconnu comme un citoyen exemplaire ou brillant ce Moi est réaliste et conscient ;
  • Dans sa vie sexuelle par contre, le pervers ne pourra atteindre la jouissance (ou atteindre ce qu'il considère comme une vraie jouissance) qu'à certaines conditions qui dépendent de la nature de sa perversion et si ces conditions entrent en conflit avec les lois sociales il sera tenté de les transgresser ; il s'agit là du Moi de la réalité psychique qui est subordonné au principe de plaisir.

Ainsi le fétichiste sait parfaitement, dans sa vie sociale, que les femmes sont dépourvues de pénis mais, dans sa vie sexuelle, pour atteindre la jouissance, il doit se représenter une femme pourvue d'un fétiche qui vient symboliser la dimension phallique. Selon le type de fétichisme il s'agira d'un fouet, d'un certain type de chaussures ou tout autre objet qui, à ses yeux, le renverra à une représentation de la femme pourvue d'un supplément phallique qui viendrait compenser l'absence d'organe viril.

D'une façon différente le travestisme est également une façon de dénier la différence sexuelle puisqu'il s'agit, dans le cadre de relations sexuelles, de jouir de la surprise que pourrait provoquer chez l'autre la découverte d'un sujet mâle pourvu des attributs féminins (par les vêtements) ou d'un sujet féminin pourvu (symboliquement) d'un sexe masculin.

Il ne s'agit pas ici de lister toutes les perversions mais de rendre compte d'un mécanisme descriptif qui fonde une sémiologie, étape indispensable dans une démarche clinique. On voit bien ici que le point de vue freudien se veut non moraliste. Ce que Freud veut nous montrer c'est qu'il y a au cœur de toute sexualité l'embryon de ce que l'on appelle la perversion puisque, enfant avant la crise œdipienne, nous passons tous par la découverte des pulsions partielles et qu'adulte nous continuons à pratiquer ces pulsions partielles comme préliminaires au coït.

Pour Freud, la grande différence entre le pervers et le non pervers c'est que le premier reste fixé dans son développement à la question de la non différenciation sexuelle et que, d'une certaine façon, il a besoin d'y croire pour jouir.

Les perversions aujourd'hui

Alors que la position freudienne aurait pu orienter la question de la perversion vers une perspective purement sémiologique et non moralisatrice de l'étude des conduites sexuelles, il n'en a rien été et on assiste aujourd'hui à un débat confus où dès que l'on parle de perversion, trois points de vue concurrents se contaminent sans réellement s'éclairer. À savoir :
  • Une description psychanalytique qui veut rester strictement au niveau de la description des mécanismes inconscients ;
  • Une description psychiatrique qui veut se situer dans une perspective médico-légale mais dont le discours est largement infiltré par des concepts moraux ;
  • Un discours courant qui tend à psychologiser abusivement une position avant tout moralisatrice et stigmatisante.

Point de vue actuel des psychanalystes sur les perversions

La théorie psychanalytique a peu évolué par rapport à la théorie freudienne rappelée ci-dessus.

Donald Meltzer critiqua la théorie freudienne, trop centrée sur une sexualité génitale hétérosexuelle alors même que Freud reconnaît, en l'étayage de la sexualité sur le besoin alimentaire, la perversion dans son fond de toute sexualité humaine.

La sexualité humaine se distingue de la plupart des sexualités animales de par sa séparation d'avec la reproduction : c'est là, non pas une anormalité, mais bien une caractéristique essentielle de ce que Donald Winnicott nommerait «la nature humaine».

Notons l'apport de Jacques Lacan qui insiste sur le point de départ de l'orientation perverse. Selon lui, le « point d'ancrage » dans la structure perverse est à rechercher dans l'identification prégénitale de l'enfant (avant la crise œdipienne) : à cette époque la mère représente la figure phallique par excellence, le père ne devenant qu'après la crise œdipienne et, en grande partie, dans la mesure où le discours maternel lui en laisse la place.

Joyce McDougall interroge la perversion comme création d'une néo-sexualité : cette nouvelle sexualité se fonde sur une nouvelle scène primitive. La représentation de l'acte sexuel entre les parents sort du commun ; elle est « lacunaire » au sens où le « pervers » n'en comprend pas les éléments.

S'il y a bien tentative de résoudre l'angoisse de castration par l'érotisation de ce qui fut insupportable, la sexualité œdipienne n'en est pas tout l'enjeu. Là où Freud présentait des défenses perverses spécifiques face à une situation tout à fait œdipienne, McDougall insiste sur la sexualité archaïque venant protéger le sujet fragile, suite à une position dépressive très défaillante.

Certains psychanalystes s'interrogent également sur l'intérêt de maintenir comme socle de la théorie le triptyque névrose / psychose / perversion notamment à la suite du dévoiement de ces notions dans le langage courant.

Les défenses perverses peuvent cependant amener le psychanalyste à penser autre chose que la perversion, et selon cette ligne de pensée l'enjeu sera alors de noter le statut de la perversité dans les différentes «maladies mentales».

Point de vue actuel de la psychiatrie sur les perversions

Il suffit de consulter le Manuel alphabétique de psychiatrie Prof. Antoine Porot où les notions de perversité et de perversion sont abordées sans nuance sous l'angle de la morale pour constater l'écart conceptuel qui existe entre la psychiatrie et la psychanalyse sur ce problème.

Plus surprenant, un autre auteur Henri Ey commence son article Perversité et perversions par ce qu'il appelle une « analyse génétique du développement de la personne morale » où il n'hésite pas à écrire que « la pulsion, c'est en effet la profonde aspiration de l'être vers ses fins naturelles. » La seconde partie de son article (B. La « perversité » naturelle et pathologique) commence par cette affirmation tautologique : « sous son aspect le plus général et négatif, le mal se confond avec l'absence de moralité et toute action est dite immorale lorsqu'elle échappe au contrôle de la conscience morale. »

Nous sommes bien ici dans ce que Pierre Kaufmann appelle une « collusion » des principes moraux avec ce qui devrait y échapper, à savoir une pure approche sémiologique. Et c'est probablement parce que la psychiatrie n'a pas su se préserver de cette collusion que le discours social s'est emballé au point de faire du pervers l'incarnation du mal.

Le pervers et la perversité dans le discours social actuel

Ces dernières années ont vu se développer tout un discours social sur le mode de l'émotion (qualifié parfois de pathos) qui utilise les notions de pervers et de perversité de façon particulièrement stigmatisantes. Ce discours vise principalement :
  • La figure du pervers souvent incarné sous les traits du pédophile ;
  • La question du harcèlement (moral ou sexuel) que l'on qualifie de perversité.

Pédophilie et perversion

L'acte sexuel induit par la pédophilie (attirance sexuelle envers l'enfant) est illicite, condamné par les législations de la plupart des pays du monde, dans le but de préserver les mineurs des visées génitales d'individus adultes. La limite d'âge en déça de laquelle les relations sexuelles entre un adulte et un mineur sont délictueuses ou criminelles est définie par la loi de chaque pays en fonction de sa culture et de son actualité.

La qualification de l'attirance sexuelle pédophile en perversion est beaucoup plus sujette à caution car se pose alors le problème du point de vue d'où l'on se place. Pour certains, la condamnation morale de l'acte devrait se suffire à elle-même sans avoir besoin d'une caution médicale ou psychanalytique qu'ils récusent.

Harcèlement moral ou sexuel et perversité

Certains auteurs ont abordé la question du harcèlement moral ou sexuel sous l'angle de la perversité. Là encore, d'autres personnes pensent qu'il suffit de les qualifier de délits punissables par les lois nationales.

D'après ces derniers, en faire avec le Dr Porot une perversité définie comme « l'intervention d'une malignité plus ou moins affirmée dans la conception ou l'exécution d'un acte, sinon dans la conduite occasionnelle ou habituelle d'un individu » n'ajoute rien au délit. Ils argumentent que ce recours insidieux à la notion de perversion ou de perversité dans une qualification judiciaire a beaucoup d'inconvénients :

  • on contribue à polluer un vocabulaire sémiologique qui se veut descriptif et neutre ;
  • on diabolise des délinquants que la loi est chargée de punir ;
  • on participe à un climat démagogique qui pervertit notre société.

Perversion et littérature

La littérature et les perversions ont depuis longtemps fait bon ménage. On ne fera ici que citer certaines œuvres célèbres qui ont marqué notre compréhension des comportements humains tout en apportant du plaisir aux lecteurs :

Références

Liens internes

Liens externes

Bibliographie

Pour les concepts

  • 'Les perversions. Chemins de traverse', Roger Dorey, Freud, Joyce McDougall, Grennacre, et coll. Ed.: Sand & Tchou, 1980, ISBN 2710702193
  • Henri Ey, Manuel de psychiatrie, 4 éd., Masson, Paris, 1974
  • Henri Ey, Études psychiatriques, tome 2, étude n° 13 : Perversité et perversions, Desclée de Brouwer, Paris, 1950
  • Sigmund Freud, ''Trois essais sur la théorie sexuelle', Ed.: Gallimard, 1989, ISBN 2070325393
  • Jean Laplanche et Jean-Bertrand Pontalis, Vocabulaire de la psychanalyse, PUF, Paris, 6 éd. 1978
  • Alberto Eiger : 'Le pervers narcissique et son complice' Dunod, 2003, ISBN 2100051431
  • Le Robert, Dictionnaire historique de la langue française, Le Robert, Paris, 1992
  • E. Littré, ''Dictionnaire de la langue française, tome III, Hachette, Paris, 1875
  • E. Littré et Ch. Robin, Dictionnaire de médecine, de chirurgie, de pharmacie, de l'art vétérinaire et des sciences qui s'y rapportent, J.B. Baillière, Paris, 13 éd., 1873
  • Georges Lanteri Laura, ''Lecture des perversions, histoire de leur appropriation médicale, Masson, Paris, 1979
  • Alain de Mijolla, Dictionnaire international de la psychanalyse, Calmann-Lévy, Paris, 2002 (2005 pour la version revue et corrigée, Poche Hachette Pluriel)
  • Antoine Porot, Manuel alphabétique de psychiatrie, PUF, Paris, 1960
  • Joyce McDougall Plaidoyer pour une certaine anormalité, Gallimard, 1978
  • Joyce McDougall, Théâtre du Je, Folio- Gallimard, 2004 (1982), ISBN 2070314294
  • Robert Stoller 'La perversion, forme érotique de la haine', Ed.: Payot-poche, 2007, ISBN 2228901520
  • Thierry Vincent : 'L'Indifférence des sexes: Critique psychanalytique de Bourdieu et de l'idée de domination masculine', ISBN 2749200113

Pour les œuvres littéraires

Un article de Wikipédia, l‘encyclopédie libre. Liens externes. Tous les textes sont disponibles sous les termes de la GNU Free Documentation License Liens externes.