Présentation générale
Le pragmatisme est plus une attitude philosophique qu'un ensemble de dogmes. « Pragmatisme », vient du grec
pragmata, action, ce qui atteste du souci d'être proche du concret, du particulier, de l'action et opposé aux idées abstraites et vagues de l'intellectualisme. Il s'agit en fait d'une pensée radicalement empiriste: la notion d'effet pratique est étroitement liée à la question de savoir quels effets d'une théorie sont attendus dans l'expérience.
La maxime pragmatiste consiste à se demander, pour résoudre une controverse philosophique : quelle différence cela ferait en pratique si telle option plutôt que telle autre était vraie? Si cela ne fait aucune différence en pratique, c'est que la controverse est vaine. En effet, toute théorie, aussi subtile soit-elle, se caractérise par le fait que son adoption engendre des différences en pratique.
Ce courant naît avec Charles Sanders Peirce dans l'article 'How to make our ideas clear', puis est repris et popularisé par William James dans le recueil Le Pragmatisme.
Chez James, l'application la plus célébre de la méthode pragmatiste concerne le problème de la vérité. Cela consiste à dire que le vrai absolument objectif n'existe pas car on ne peut séparer une idée de ses conditions humaines de production. La vérité est nécessairement choisie en fonctions d'intérêts subjectifs. Pour autant, on ne peut réduire le vrai à l'utile, comme l'ont soutenu les détracteurs du pragmatisme car cette théorie de la vérité conserve d'une part une idée d'accord avec le réel ( 'accord' défini comme vérification et non comme correspondance terme à terme). D'autre part, ce qui bloque le passage des préférences esthétiques ou morales subjectives au décrêt de vérité c'est l'idée de cohérence interne avec l'ensemble des vérités déjà adoptées.
Chez John Dewey, l'attitude pragmatique sera présentée comme l'opposé de la théorie spectatoriale de la connaissance. Connaître n'est pas 'voir', comme c'est par exemple le cas dans la tradition cartésienne (Descartes comparait les idées à des sortes de tableaux), mais agir. Cela conduit à relativiser la notion de vérité, ce qui fut du coup le signe principal de reconnaissance de l'appartenance au pragmatisme. À ce titre, le pragmatisme fut souvent caricaturé.
Chez John Dewey, le pragmatisme s'apparente de plus en plus à une philosophie sociale, voire à une pratique de recherche politique. La philosophie, suggère-t-il par exemple dans Reconstruction en philosophie, doit reproduire dans le domaine socio-politique ce que la science moderne accomplit dans le domaine technologique.
Le pragmatisme de Richard Rorty
Le pragmatisme, qui s'est imposé aux États-Unis comme le courant dominant avant la Seconde Guerre mondiale, a subi une longue éclipse en raison de la domination du style analytique, mais connaît un renouveau, notamment à travers l'œuvre de
Richard Rorty (né en 1931).
Rorty, issu du courant analytique, mais extrêmement original et fortement critiqué pour ses vues sur la fin de la philosophie et pour son prétendu relativisme, se considère principalement comme un disciple de Dewey, mais trouve également son inspiration chez des grands noms de la 'philosophie continentale', comme Hegel, Nietzsche, Heidegger, Foucault ou Derrida.
Le pragmatisme en France
Le pragmatisme fut l'objet de débats en France, par exemple chez
Émile Durkheim, extrêmement critique à son égard, et chez
Henri Bergson, dont l'article sur 'le Pragmatisme de William James' (dans
la Pensée et le mouvant) y voit un mode de pensée proche de sa propre doctrine de la science comme caractéristique de l'
homo faber.
Le constructivisme épistémologique, d'un Jean Piaget ou d'un Jean-Louis Le Moigne, s'inspire clairement du pragmatisme[Jean-Louis Le Moigne Les épistémologies constructivistes, 1995, PUF, « Que sais-je ? ».].
Au total, le pragmatisme apparaît comme une philosophie très sulfureuse, du fait de sa profonde remise en cause d'habitus largement inconscients qui furent essentiels à la philosophie au cours de très nombreux siècles.
Elle interroge notamment la signification même de l'activité philosophique, aussi bien que son rôle dans la culture en général.
Pour Pierre Lemieux, il faut se méfier du pragmatisme proclamé, qui cache souvent l'idéologie, et cite Mussolini : « Le fascisme est pragmatique: il n'a pas d'a priori ni de buts lointains. »
Notes et références de l'article
Voir aussi
Articles connexes
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