Causes
Il existe de nombreuses causes au déclenchement de la Première Guerre mondiale et rétrospectivement, elle peut paraitre inévitable. Les premières années du ont connu plusieurs crises entre États européens (épisode de la
canonnière d'Agadir, nombreux incidents de frontières franco-allemands, crises dans les Balkans dont deux
guerres balkaniques) qui n'ont pas eu de conséquences sur le reste du monde. Cependant, les rivalités économiques et coloniales entre puissances européennes avaient pris une telle importance qu'une simple étincelle pouvait conduire à l'embrasement général. L'« amorce » fut, le
28 juin 1914, l'assassinat de l'archiduc d'Autriche
François Ferdinand et de son épouse par le nationaliste serbe
Gavrilo Princip. 'Amorce' qui va enclencher ce que l'historien
Jean-Baptiste Duroselle appelle un 'Mécanisme' qui entraînera presque malgré eux les protagonistes vers la grande catastrophe
[Jean-Baptiste Duroselle: La Grande guerre des Français].
Rivalités économiques et coloniales
À la fin du , l'
Europe domine le monde, militairement,
technologiquement, financièrement, économiquement, et surtout politiquement. Le
Royaume-Uni surtout, mais également la
France ont d’immenses empires qui assurent une quasi exclusivité de commerce et d'exploitation des richesses sur un régime colonial. L'
Empire britannique, où « le soleil ne se couche jamais », est le plus vaste. Les Britanniques contrôlent des points maritimes stratégiques majeurs :
Gibraltar,
Singapour,
Le Cap, le
canal de Suez. Ils occupent également l'Afrique de l'Est, de l'
Égypte à l'
Afrique du Sud, et ont colonisé le
Nigéria. La principale colonie est l'Empire des Indes, le
Raj. Ce grand pays est au centre de la stratégie britannique, particulièrement au Proche-Orient. Le Royaume-Uni contrôle également des
dominions, pays indépendants pour la politique intérieure, mais pas pour la politique extérieure. Ces dominions,
Canada,
Australie,
Nouvelle-Zélande et
Afrique du Sud sont des colonies de peuplement blanc et représentent à eux cinq des ressources importantes.
L'Afrique est presque entièrement colonisée (à l'exception du Libéria et de l'Éthiopie) et se trouve au cœur des tensions européennes. Alors que la France contrôle une grande partie de l'Afrique de l'Ouest, les Britanniques tiennent tout l'est du continent. Un conflit entre ces deux métropoles aurait pu éclater avec l'incident de Fachoda. Mais la montée en puissance de l'Allemagne, et le soutient de cette dernière à la république d'Orange lors de la Guerre des Boers[René Girault: les relations diplomatiques de 1870-1914] les a rapprochées dans l'Entente cordiale. L'Allemagne, qui ne possédait qu'un empire colonial limité (Cameroun, Namibie, Tanzanie, Togo et îles Marshall d'aujourd'hui) et réalisant de façon tardive son unité, était arrivée trop tard dans la compétition coloniale et le partage du monde entre Européens. Surtout, elle ne dispose pas de colonies de peuplement. Elle manifeste ses prétentions sur le Maroc au cours de deux crises en 1905 et 1911, qui l'ont opposée à la France. Fritz Fischer, dans Les Buts de guerre de l'Allemagne impériale[ Fritz Fischer, Les Buts de guerre de l’Allemagne impériale (1914-1918), trad. de Geneviève Migeon et Henri Thiès, préface de Jacques Droz, Éditions de Trévise, Paris, 1970 (1 éd. en allemand 1961), 654 p. ], voit dans cette situation l'une des principales causes au déclenchement du conflit.
L'influence européenne en Asie est moins spectaculaire, mais suscite également des problèmes. La Chine littorale tombe sous la domination économique occidentale. Les Britanniques notamment s'appuient sur leur comptoir de Hong Kong et les autres, sur des concessions dans les grands ports. La rivalité Franco-Allemande est notamment attisée par la présence de ces deux États dans le Chantoung. Les États-Unis, le Japon et la Russie sont des puissances concurrentes des États européens dans cette région. L'Empire ottoman est placé sous la tutelle financière et économique allemande. Tutelle disputés par les britanniques, qui ont intégré la Perse dans leur zone d'influence. Les Russes souhaitent un débouché sur les mers chaudes (Méditerranée ou océan Indien) à leur Empire, et s'intéressent de plus à l'Éthiopie.
Enfin, la grande puissance industrielle allemande inquiète les États européens car les produits allemands inondent les marchés français et britanniques. Inversement, les allemands s'inquiètent également de la croissance économique (grâce aux capitaux français) et démographique de la puissance russe, qui les amènent à penser qu'ils seraient incapable de leur résister dans quelques années. De telle sorte avaient-ils peut-être intérêt à provoquer un conflit avant qu'il ne soit trop tard.
Les questions nationales
À la veille du conflit, l'Europe est en proie aux problèmes des nationalités et des revendications de territoires. Ces difficultés concernent surtout le centre du continent.
Le nationalisme allemand
Citons ces phrases écrites en août 1914 par
Mathieu Dreyfus dans l'épilogue de son livre 'L'affaire telle que je l'ai vécue' (Grasset): 'Les cris de '
Deutschland über alles' étaient des cris sincères profonds et convaincus de l'Allemand de toutes les classes; il se croyait d'une race supérieure, race destinée à conduire les autres races, affaiblies par une civilisation veule et raffinée. Le Germain était convaincu de la supériorité de ses méthodes, de son génie'.
La rivalité franco-allemande
L'
Alsace-Lorraine, perdue à la suite de la
défaite française de 1871 est intégrée à l'
Empire allemand. Les Français souhaitent la reprendre et vivent dans un
esprit revanchard et
germanophobe. Dans les écoles, on colorie l'
Alsace et la
Lorraine en noir sur la carte de France — territoires qu'elle avait dû céder à l'Allemagne par le
traité de Francfort. Cette génération a donc été élevée avec le syndrome du membre amputé. En
1914, il n'y a que 1 % de déserteurs. Ils étaient 30 % en
1871.
Les Balkans

Armes de l'Empire tzariste

Armes de l'Autriche-Hongrie (1915-1918)
Les pays des Balkans, soustraits de l'Empire ottoman, sont l'objet de rivalités entre les grandes puissances européennes. L'Empire ottoman qui s'émiette peu à peu (guerres balkaniques), ne possède plus en Europe, à la veille de la guerre, qu'Istanbul. Tous les jeunes pays issus de sa décomposition (Grèce, Bulgarie, Roumanie, Serbie, Monténégro, Albanie) s'affrontent. La Serbie veut obtenir un débouché maritime et soutient les revendications des Slaves des Balkans (les Croates et les Slovènes veulent créer un état indépendant de l'Autriche-Hongrie). Elle est alliée à l'empire russe.
De plus, les deux ennemis séculaires de l'Empire ottoman poursuivent leur politique traditionnelle. L'Autriche-Hongrie désire continuer son expansion dans la vallée du Danube, jusqu'à la mer Noire, ou, du moins, maintenir le statut quo hérité du traité de San Stefano. L'Empire russe, lui, est lié historiquement et culturellement aux Slaves des Balkans, notamment aux Serbes, de confession orthodoxe, et leur a déjà souvent prêté son appui dans le passé. Il dispose donc d'alliés naturels dans sa politique de conquête d'un accès à une mer chaude (mer Méditerranée). Cette politique passe par le contrôle des Détroits. Évidemment, ces deux politiques entre une puissance catholique et une puissance orthodoxe provoquent des affrontements (les deux empires possèdent d'ailleurs un aigle bicéphale comme emblème).
Les ambitions italiennes
L'
Italie, unifiée depuis
1860, a donné à la France, à la suite de la victoire de la France sur l'Autriche, la Savoie et le comté de
Nice. L'Italie a donc de nombreuses ambitions territoriales.
L'Italie, malgré un fort courant pacifiste, veut prendre au voisin autrichien, avec lequel elle a un vieux contentieux, des territoires qu'elle considère comme italiens (Italia irredenta) car majoritairement italophones. Elle désire s'étendre en Dalmatie (où l'on parle majoritairement italien) et contrôler la mer Adriatique à l'instar de ce que fit la Sérénissime République de Venise. D'autant plus que ses tentatives de conquête d'un empire colonial africain ont sombré après la débâcle d'Adoua en Abyssinie face aux troupes de Ménélik en 1896. Seule une partie du Tigré en Abyssinie fut rattachée à l'Erythrée déjà italienne, ainsi que la Somalie. La Libye est devenue colonie italienne en 1911 à la suite de la Guerre italo-turque.
Les empires multinationaux
Les empires d'
Autriche-Hongrie, de
Russie et d'
Allemagne regroupent différents peuples qui revendiquent plus d'autonomie ou une reconnaissance politique. Par exemple, les
Polonais sont privés d'État souverain et se trouvent partagés entre les empires d'Allemagne, de Russie et d'Autriche-Hongrie. Dans l'empire austro-hongrois pas moins de 40 peuples cohabitent; ce qui va contribuer à son éclatement en
1918.
Dans l'Empire d'Autriche-Hongrie, les aspirations de peuples nées des bouleversements dus à la Révolution française mettent directement en péril la suprématie des allemands sur les peuples inféodés suite à des siècles d'histoire (Bataille de Montagne Blanche en 1620; révolution hongroise de 1848 matée par les autrichiens et grâce au recours des troupes russes; peuple polonais écartelé suite aux partages de leur pays).
Système d'alliances et course aux armements
De vastes systèmes d'alliances se sont créés à la fin du et au début du , et ceci d'une manière assez improbable, par rapport à la situation héritée du premier traité de Versailles de 1871. L'Autriche va en effet s'allier avec un État qui quatre ans plus tôt (en 1866) lui faisait la guerre, tandis que le régime le plus démocratique d'Europe (la France) va s'allier avec le plus réactionnaire (Russie), En
1882, la duplice austro-allemande devient la
Triple-Alliance avec l'entrée de l'Italie, refroidie par son échec en
Tunisie face à la France. Le traité est sans cesse renouvelé même si l'attitude de l'
Italie devient de plus en plus ambiguë, en particulier avec la signature d'un accord secret de neutralité avec la
France en
1902. L'attitude du royaume italien évolue en raison de l'animosité de plus en plus grande envers l'Autriche-Hongrie, à cause de la question épineuse des terres irrédentes (région de l'Autriche comptant une forte minorité italienne, voir
irrédentisme). La démarche diplomatique française vis-à-vis du royaume transalpin a l'avantage d'éviter à la France de devoir combattre sur deux fronts.
La III République (1870-1940) a œuvré également à sortir la France de son isolement dans lequel Bismarck, pour des raisons de sécurité, l'avait enfermée. Ainsi, en 1892 est signée l'alliance franco-russe : la France bénéficie d'un allié de poids (notamment sur le plan démographique et stratégique avec la possibilité d'un deuxième front à l'est de l'Allemagne, ou d'un front en Inde en cas de guerre avec l'Angleterre) tandis que l'empire tsariste peut moderniser l'économie et l'armée du pays grâce aux capitaux français (emprunts russes). Après l'incident de Fachoda en 1898 au Soudan entre Français et Anglais qui s'est soldé par une entente (les Français renoncent au Soudan et les anglais en contre partie s'engagent à aider la France en cas de conflit) Théophile Delcassé, alors ministre des Affaires étrangères, a réussi le rapprochement franco-anglais avec la signature de l'Entente cordiale en 1904. Celle-ci n'est pas un traité d'alliance liant les deux pays mais leur destin est de plus en plus imbriqué. Enfin, en 1907, à l'instigation de la France, le Royaume-Uni et la Russie règlent leurs contentieux en Asie en délimitant leurs zones d'influences respectives en Perse, en Afghanistan et en Chine. Ainsi est née la Triple-Entente.
Dans les deux camps, la course aux armements s'accélère et on assiste à une surenchère dans la préparation de la guerre. Les dépenses consacrées aux armées s'envolent. Ainsi, la France consacre en 1885, 867 millions de franc-or à ses armées alors que les dépenses civiles se montent à 1,239 milliard. Les fortifications de frontière (du moins à la fin du ), l'artillerie (le fameux Canon de 75 Modèle 1897 de l'armée française), les flottes de guerre (le Dreadnought britannique) absorbent une bonne partie des crédits militaires. Le matériel est modernisé et la durée du service militaire allongée dans plusieurs pays. Ainsi, en France, la durée du service militaire passe à 3 ans en 1913 pour pallier (dans une certaine mesure) l'infériorité numérique de la France face à l'Allemagne. Si en 1870, les deux pays avaient une population quasi-identique, en 1914 l'Allemagne a vu sa population croître de trois quarts pour s'établir à 67 millions en 1914 tandis que la France a à peine comblé la perte de l'Alsace-Lorraine avec 39 millions d'habitants.
La crise moderniste
L'enchaînement des événements qui ont conduit à la Première Guerre mondiale s’explique aussi par les mentalités. Une crise a secoué les milieux catholiques en France dans les années 1890-1900. On l'a appelée la
crise moderniste. Elle s'est manifestée par différents épisodes comme l'
affaire Dreyfus (
1898), la
séparation de l'Église et de l'État (
1905).
L'émergence de mouvements nationalistes tels que l'Action française, n'est probablement pas étrangère, du côté français, au déclenchement du conflit mondial.
De manière globale, les conséquences du retrait de l'église et de la fin, pour une bonne part des populations européennes, des pratiques traditionnelles, ont, pour nombre d'auteurs (en particulier Hannah Arendt), fourni un terreau fertile sur lequel naîtront les grands mouvements de masses qui préfigurent les totalitarismes de l'entre-deux guerre.
Chronologie du déclenchement
Le détonateur du processus diplomatique aboutissant à la guerre fut le double assassinat de l'archiduc François-Ferdinand, héritier du trône d'Autriche-Hongrie, et de son épouse morganatique Sophie Chotek, duchesse de Hohenberg, à Sarajevo le 28 juin 1914 par l'étudiant serbe Gabriel Princip (voir Assassinat de Sarajevo).
Les événements se sont ensuite déroulés très vite. Tout d'abord, le 5 juillet l'Allemagne assure l'Autriche-Hongrie d'un appui conditionnel (si la Russie intervient). Le 23 juillet, l'Autriche-Hongrie adresse un ultimatum à la Serbie dans lequel elle exige que les autorités autrichiennes puissent enquêter en Serbie, ce que la Serbie n'acceptera pas.
Le lendemain, à l'issue du Conseil des ministres tenu sous la présidence du tsar à Krasnoïe-Sélo, la Russie ordonne la mobilisation générale pour les régions militaires d'Odessa, Kiev, Kazan, Moscou, ainsi que pour les flottes de la Baltique et de la Mer Noire. Elle demande en outre aux autres régions de hâter les préparatifs de mobilisation générale [télégramme n° 196/8, daté du 24 juillet de l'ambassadeur de Serbie à Saint Petersbourg, Spalaïkovitch, à la présidence du Conseil de Serbie à Belgrade, à l'attention de Pasic].
Ensuite, la Serbie décrète la mobilisation générale le 25 et, le soir, déclare accepter tous les autres termes de l'ultimatum. Au même moment, l'Autriche rompt ses relations diplomatiques avec la Serbie et la Russie déclare sa 'non-indifférence' dans le conflit.
Le lendemain, l'Autriche ordonne une mobilisation partielle (contre la Serbie) pour le 28 où elle déclare la guerre à la Serbie.
Le 29 juillet, la Russie déclare unilatéralement (hors la concertation prévue par les accords militaires franco-russes) la mobilisation partielle (contre l'Autriche-Hongrie). Le chancelier Bethmann-Hollweg se laisse alors jusqu'au 31 pour une réponse appropriée. Le 30, la Russie ordonne secrètement la mobilisation générale (contre l'Allemagne).
Puis le lendemain, l'Allemagne proclame 'l'état de danger de guerre'. C'est aussi la mobilisation générale en Autriche pour le 4 août. En effet le Kaiser Guillaume II demande à son cousin le Tsar Nicolas II de suspendre la mobilisation générale russe. Devant son refus, l'Allemagne adresse un ultimatum exigeant l'arrêt de sa mobilisation et de prendre l'engagement de ne pas soutenir la Serbie, et un autre à la France lui demandant de ne pas soutenir la Russie si cette dernière venait à prendre la défense de la Serbie. En France, Jean Jaurès, à la veille de dénoncer les manœuvres qu'il perçoit comme bellicistes du gouvernement, est assassiné à Paris par Raoul Villain.
Le , à la suite de la réponse russe, l'Allemagne mobilise et déclare la guerre à la Russie. La France mobilise pour le 2 août. Le lendemain, l'Allemagne envahit le Luxembourg qui jusque là était neutre et adresse un ultimatum à la Belgique (neutre) pour réclamer le libre passage de ses troupes. L'Italie déclare qu'elle restera neutre. Au même moment, l'Allemagne et l'empire ottoman signent une alliance contre la Russie.
Le 3 août, la Belgique rejette l'ultimatum allemand. C'est pourquoi l'Allemagne déclare la guerre à la France qui avait répondu que « la France agirait conformément à ses intérêts » puis déclare la guerre à la Belgique. L'Angleterre déclare aussi qu'elle garantit la neutralité de la Belgique. Le lendemain, les armées allemandes pénètrent en Belgique. Le Royaume-Uni adresse un ultimatum à l'Allemagne lui demandant de retirer ses troupes de Belgique. Le Gouvernement de Londres ne recevra aucune réponse, et déclarera donc la guerre à l'Allemagne. Le Canada, l'Australie, l'Inde, la Nouvelle-Zélande et l'Afrique du Sud (pays du Commonwealth) entrent automatiquement en guerre contre l'Allemagne.
Le 6 août, l'Autriche-Hongrie déclare la guerre à la Russie et à la Serbie au côté de l'Allemagne. Le 11, La France déclare la guerre à l'Autriche-Hongrie suivie par l'Angleterre (13 août). Et pour finir, le 23 août, le Japon déclare la guerre à l'Allemagne.
La Guerre du Droit
Alors que les armées débutaient leur affrontement, les belligérants se lançaient dans une lutte médiatique au moyen de publications sélectivement documentées, exhibant essentiellement des échanges diplomatiques. Le Livre Blanc des Allemands, bouclé en «
l'espace d'une nuit» en contient ainsi 36. Le Livre Jaune français, achevé après trois mois de travail, en regroupe 164. Ils mesurent l'effort consenti par les gouvernements respectifs pour convaincre les opinions publiques et les peuples du bien fondé de leurs actions. Ouvrages de propagande, ils présentent tous des 'aménagements' qui trahissent les objectifs recherchés. Dans le Livre Blanc, des coupures éliminent ainsi tout ce qui pourrait bénéficier à la position russe. Le Livre Jaune représente une vaste «
collection de falsifications» visant à dissimuler l'appui inconditionnel accordé à la Russie, lui garantissant un second front, et à prouver que cette dernière fut contrainte à la mobilisation générale par celle de l'Autriche-Hongrie. Il a fourni la base sur laquelle le gouvernement français s'est appuyé pour formuler l'article 231 du
traité de Versailles qui affirme l'exclusive responsabilité de l'Allemagne et de ses alliés. Ce 'bon droit' posé par les vainqueurs ne fut pas accepté par les Allemands qui protestèrent ainsi : «
La question des responsabilités ne saurait être tranchée unilatéralement par une des deux parties en cause, mais uniquement par une commission reconnue comme impartiale des deux côtés ». Il leur fut répondu que le document devait être signé tel quel, sinon les combats seraient repris. Cette clause, pas plus négociable que les autres mais justifiant les subséquentes réparations, fut ressentie comme une profonde humiliation.
Les responsabilités
La chronologie des évènements laisse voir combien la question des responsabilités reste entière. Ces dernières se trouvent de fait dispersées au fil des décisions. Rien dans cette succession n'était inéluctable.
Déterminer des responsabilités, c'est nécessairement accorder un poids, une valeur, à chaque épisode, chaque décision :
- le degré d'implication des services de l'état serbe, probablement à l'insu de ses dirigeants, dans la préparation et la réalisation des attentats ;
- la négligence envers l'avertissement prononcé par l'ambassadeur serbe quant à une menace d'attentat ;
- l'erreur de jugement du kaiser lorsqu'il donne son appui conditionnel à l'Autriche-Hongrie, persuadé que la Russie n'interviendra pas ;
- la dureté voulue de l'ultimatum austro-hongrois ;
- le degré de pression que l'Allemagne a réellement mis sur l'Autriche-Hongrie pour négocier la condition rejetée par la Serbie sans faire perdre la face aux parties adverses ;
- le degré de manœuvre, face aux panslaves, du premier ministre serbe, si favorable à une bonne entente avec son voisin ;
- le fait pour le tsar de n'avoir pas pu ou su s'opposer aux bellicistes de son gouvernement ;
- ainsi que d'avoir accepté l'idée d'une mobilisation secrète, qui fut, quasi immédiatement, connue des Allemands ;
- le soutien inconditionnel accordé discrètement à la Russie par le gouvernement français, qui ayant déjà refusé de soutenir la Russie lors des précédentes guerres balkaniques, craignait que la Triple-Entente ne devienne une alliance creuse ;
- son acceptation du non-respect du traité militaire qui liait les deux pays.
Ce qui favorisa sans doute l'inéluctabilité des évènements est l'atmosphère belliqueuse ouvertement affichée par les opinions publiques. Le nationalisme exacerbé qui régnait dans tous les pays européens a ainsi joué un grand rôle. En France, les sentiments revanchards à propos de l'Alsace-Lorraine excitaient la haine à l'égard de l'« Allemand » (les dessins de
Hansi en sont une illustration). De l'autre côté du Rhin, envisageant devoir se battre sur deux fronts, le
plan Schlieffen préconisait que l'Allemagne frappât la première, ce qui la contraignait à l'extrême vigilance envers la mobilisation des armées.
Ainsi, tous les pays étaient prêts à la guerre. On peut penser qu'une étincelle suffisait à mettre le feu à l'Europe. C'est la thèse que quelques historiens mettent en avant pour expliquer l'acceptation massive par les sociétés européennes du conflit, voire une résolution à combattre. C'est ce que l'on appelle le consentement patriotique.
En Allemagne, le consensus de longue date en place selon lequel ce pays était exempt de toute responsabilité dans le déclanchement de la guerre a été battu en brèche par les travaux d'un historien, Fritz Fischer, publiés à partie de 1961 dans Les Buts de guerre de l'Allemagne impériale. Cette thèse iconoclaste, à l'origine d'une vaste polémique outre Rhin, est que la visée impériale (l'hégémonie européenne), associée à une stratégie incluant le conflit armé, aurait favorisé la déclaration de guerre de l'Autriche-Hongrie à la Serbie, à la satisfaction des élites politiques et militaires, ainsi que des mouvements pangermanistes.
Forces en présence
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Les deux camps étaient équilibrés ; l'Alliance et l'Entente possédaient des effectifs pratiquement identiques. En 1918, la guerre concerne la plupart des pays du monde :
Front occidental
Pour la première fois de l'histoire, les pays en guerre vont mobiliser toutes leurs ressources, humaines, économiques, financières, dans la conduite d'un conflit total.
L'organisation en armées, corps d'armée, division, brigade, régiment, bataillon, compagnie, section, escouade dans les deux camps est relativement similaire. La dotation et la répartition en matériel et en armes sont pratiquement identiques.
Toutefois, la France a privilégié l'offensive et possède une artillerie plus légère fondée, notamment, sur le canon de 75 Modèle 1897 afin de favoriser les mouvements. L'Allemagne possède une artillerie plus lourde et à plus longue portée, favorisée notamment par ses capacités de production et capable de mener des combats plus défensifs. Ces choix ont une importance non négligeable au début de la Guerre et la différence ne sera comblée qu'au début de 1916.
Armée française
La France, malgré une population d'environ 39 millions d'habitants, peut disposer immédiatement de près de 800 000 soldats d'active depuis l'adoption de la loi qui fixe la durée du service militaire à trois ans. La mobilisation qui est terminée vers le 15 août complète les effectifs.
Les uniformes portés par les soldats français ressemblent singulièrement à ceux portés lors de la Guerre de 1870 avec le fameux pantalon garance (rouge). Il était porté, non pas uniquement par tradition, mais pour être vue de loin par l'artillerie et donc éviter des pertes par tirs amis. En effet, la doctrine française de l'offensive s'appuyait sur le canon à tir rapide de 75 devant accompager l'infanterie pour réduire les troupes adverses avant l'assaut.
Armée allemande
L'Allemagne est bien plus peuplée (67 millions d'habitants) mais elle doit conserver une partie de ses forces pour le front de l'est. La moyenne d'âge des soldats allemands est également inférieure à celle des Français. Au début de la guerre, l'Allemagne, contrairement à la France, n'a pas rappelé les classes d'âge élevées et dispose encore d'importantes réserves humaines.
L'équipement du soldat allemand est généralement meilleur que celui du soldat français. En dehors de certains anachronismes comme le casque à pointe, il tient généralement compte de l'expérience acquise dans les conflits de la fin du et le début du .
Armée britannique
Au début des hostilités, le Corps expéditionnaire britannique (British Expeditionary Force-BEF) n'est encore qu'en petit nombre (70 000 hommes) et ne joue qu'un rôle mineur dans le déroulement des opérations en 1914. Il est essentiellement composé de soldats professionnels bien entraînés, bien équipés et expérimentés. L'Angleterre pouvait également s'appuyer sur les millions de soldats venus des colonies (Indes, Kenya, Nigeria, etc.) et surtout des Dominions (Canada, Australie, Nouvelle-Zélande, Afrique du Sud et Terre-Neuve.)
Armée américaine
 Un soldat américain avec son équipement
À la base les États-Unis comme le Royaume-Uni disposent uniquement d'une armée de métier. Ainsi lorsque la proposition de guerre du président Wilson devant le Congrès le 2 avril est acceptée et que les États-Unis entrent en guerre le 6, le président américain doit compter majoritairement sur la base du volontariat pour constituer la force de 1,2 million d'hommes qui n'arrivera en France qu'à partir du mois d'octobre 1917. C'est la fameuse campagne d'affichage ayant pour symbole l'Oncle Sam pointant son index vers le lecteur et disant « I want you for US ARMY, next recruiting station ». Le corps militaire américain, lorsqu'il établit ses premiers campements autour de Nantes et de La Rochelle en octobre 1917 surprendra l'opinion française par sa modernité et surtout par son humanité à l'égard des hommes du rang (cas des douches qui contraste fortement avec la situation des poilus et des camps français très sobres et modestes). L'uniforme américain est vert et se complète par un casque en forme de cercle tout comme le modèle anglais. C'est enfin une armée valeureuse et très reconnaissante à l'égard des services rendus par la France durant la guerre d'Indépendance. En effet, bon nombre de fantassins s'écriront « La Fayette, nous voilà ! » au moment de traverser le no man's land pour se mettre à l'assaut de la tranchée adverse. C'est enfin une armée qui contribuera grandement à la victoire sur les Empires centraux puisque lorsque la contre-attaque générale est lancée par le maréchal Foch en 1918, les GI's ne représentent pas moins de 31% des forces combattantes alliées.
Front oriental
La stratégie allemande de guerre de mouvement qui avait échoué en France fonctionna à merveille contre la Russie. Les armées russes étaient énormes et la France comptait beaucoup dessus pour diviser l'armée allemande. Mais ce nombre impressionnant de soldats (8 millions en 1914) masquait le fait qu'il ne s'agissait le plus souvent que de paysans sans aucune formation militaire, mal armés et mal équipés. Le commandement russe se révéla lui-même médiocre. Les deux armées s'affrontèrent à Tannenberg (en Prusse orientale) du 26 au 30 août 1914 puis aux lacs de Mazurie du 6 au 15 septembre 1914. Dans les deux cas, les Russes subirent une cinglante défaite et furent obligés de se replier. Hindenburg, le commandant allemand de cette campagne, fut envoyé sur le front ouest pour appliquer les mêmes méthodes. Il échoua car le front s'était déjà stabilisé et les Français étaient préparés (mines, barbelés, tranchées). Il ne put empêcher la guerre d'usure.
Les autres fronts
 Troupes britanniques lors du débarquement à Gallipoli
Les deux camps tentèrent des manœuvres de diversion ou de contournement, mais aucune n'eut autant d'importance que les deux fronts principaux :
- les Alliés déclenchèrent la bataille des Dardanelles en 1915. Le contrôle des Détroits aurait permis à la France et au Royaume-Uni de ravitailler la Russie et d'encercler les Empires centraux. Cette idée, défendue notamment par le chef de l'Amirauté britannique, Winston Churchill, déboucha sur un débarquement à Gallipoli. Les troupes qui débarquèrent étaient essentiellement constituées d'Australiens et de Néo-Zélandais. Malgré le courage des soldats de l'ANZAC (Australia and New Zealand Army Corps), les Alliés ne parvinrent pas à pénétrer par surprise dans l'Empire ottoman, et échouèrent dans leurs offensives successives. L'opération fut un échec. Le corps expéditionnaire constituait l'armée d'Orient, stationnée ensuite au camp de Salonique suite à l'invasion de la Serbie. Cette armée soutint ensuite les Serbes et participa à l'effondrement de l'empire austro-hongrois en 1918.
- Le colonel Lawrence dit Lawrence d'Arabie fomenta pour les Britanniques le soulèvement des tribus arabes pour gêner les Ottomans.
- Le ministre des affaires étrangères britannique, Lord Arthur Balfour promit l'établissement d'un État juif en Palestine pour obtenir la méthode de fabrication de l'acétone et motiver les Juifs américains à soutenir l'entrée en guerre des États-Unis. La même année, les Britanniques attaquèrent la Palestine (dont ils gardent le contrôle jusqu'en 1947). De nombreux Juifs s'y installèrent après les épreuves de la Seconde Guerre mondiale.
- La première bataille de l'Atlantique fut mise en œuvre par les sous-marins allemands, les U-Boots, pour tenter d'imposer un blocus complet au Royaume-Uni et à la France, notamment pour intercepter le soutien de leurs colonies et rompre les routes d'approvisionnement entre l'Amérique (bœuf argentin, matériel américain) et l'Europe. Cette guerre maritime déplut aux Américains. Le torpillage du Lusitania qui avait à son bord cent vingt-trois Américains provoqua une vive émotion aux États-Unis, qui se préparèrent à entrer en guerre aux côtés des Alliés.
Chronologie de la Première Guerre mondiale
Le Front Ouest et la 'Course à la Mer'
En 1914, les Européens pensaient que la guerre serait courte. Les médias assuraient, les soldats partant en août, qu'ils seraient revenus pour les vendanges. Ces derniers quittaient les leurs sans enthousiasme et résignés comme l'a montré Jean-Jacques Becker. C'est la résolution patriotique qui domine.
La tactique allemande initiale prévoyait de mener une guerre éclair (Blitz Krieg) sur le front de l’Ouest, en France et en Belgique, alors qu’une petite partie des troupes allemandes et la totalité des troupes austro-hongroise garderaient le front de l’Est, qui n’était pas directement menacé par la Russie due à la lenteur de la mobilisation. La défaite de la France devait être réussie grâce au plan Schlieffen (du nom du chef d’état-major allemand de 1891 à 1907) en six semaines. De puissantes armées devaient pénétrer en Belgique en violant sa neutralité afin de prendre les troupes françaises à revers dans un mouvement rapide, puis faire volte-face pour les encercler et les écraser. Une fois la victoire obtenue, les armées allemandes devaient se grouper sur la Russie et les anéantir. Mis en place en automne 1914 par le chef d’état-major Helmut von Moltke après quelques rectifications, le plan Schlieffen sembla tout d’abord fonctionner comme prévu.
Le 4 aout, l'Allemagne envahit la Belgique et le Luxembourg. L’attaque éclair en Belgique au début du mois d’août ne rencontra guère d’obstacles. Les Allemands pénètrent en Belgique près d’Aix-la-Chapelle.Le roi Albert Ier lance un appel à la France et à la Grande-Bretagne. Le président français Raymond Poincaré appelle à l'Union Sacrée. La Chambre et le Sénat votent les crédits de guerre à l’unanimité. Il en va de même au Reichstag où les députés sociaux-démocrates votent aussi à l’unanimité les crédits de guerre malgré leurs engagements contre la course aux armements. Le 8 aout, les troupes françaises entrent à Mulhouse, qui tombe aux mains des Allemands deux jours plus tard. Au même moment, l'Union Sacrée se forme en Russie : la Douma vote des crédits de guerre. Cependant les socialistes sont divisés entre le ralliement à l’Union Sacrée, l'internationalisme, et le défaitisme.
Le 15 août, l’armée belge laissa les places fortes de Liège les places fortes de Liège et de Namur et fit retraite dans la forteresse d’Anvers ).
Deux jours plus tard, les troupes allemandes entrent à Bruxelles. Le plan Schlieffen se déroule selon les prévisions. La route de Paris paraît ouverte.
Cependant la percée en Lorraine est un échec pour la France (Bataille de Lorraine du 19-20 août). En outre les III et IV armées se replient derrière la Meuse. L'offensive prévue par les Français en Lorraine est donc un sérieux échec. De plus, les Allemands écrasent la résistance belge (Liège est prise le 16 août et Charleroi, le 23) et font reculer les forces franco-britanniques rencontrées sur la Sambre. Les armées françaises de l'Est se replient alors à marche forcée vers la Seine.
Les Allemands continuèrent leur avancée et vainquirent les Français lors de la bataille des Ardennes (22 août) et de Charleroi (21-23 août), puis une armée britannique à Mons (23 août). Sur toute la ligne de front belge et luxembourgeoise, les Alliés reculaient. Simultanément, les Allemands regagnèrent la Lorraine envahie par les Français. Au même moment le gouvernement Viviani démissionne et forme un ministère de Défense Nationale. L'Union Sacrée se concrétise en France, les socialistes entrent au gouvernement (Delcassé au Affaires étrangères et Millerand à la Guerre).
Les Britanniques, dirigés par le commandant French, et les Français se replièrent précipitamment, mais en ordre, sur la Marne. Ils furent poursuivis par trois armées allemandes qui parvinrent à franchir la rivière, mais ne purent isoler l’aile gauche franco-britannique. L’attaque de la capitale sembla imminente c'est pourquoi du 29 août-2 septembre, le gouvernement français quitte Paris et s'installe à Bordeaux laissant la capitale sous le gouvernement militaire du général Gallieni.
Mais, Paris n’était pas le but des Allemands, aussi pivotèrent-ils, toujours conformément au plan Schlieffen, en direction du Sud-Est pour encercler les armées françaises. Le 4 aout, l'armée allemande occupe Reims, mais évite Paris en se dirigeant vers l'est. C'est pourquoi, Gallieni réquisitionne les taxis parisiens pour le transport des troupes. Le 5, les troupes allemandes arrivent à la hauteur de Meaux et le 6,Première bataille de la Marne où les Français (Joffre) contiennent l'avancée allemande (6-9 septembre).
Durant cette bataille, Joffre, aidé de Gallieni, stopa la progression de l’armée de von Kluck, qui avait distancé les deux autres armées allemandes et ne pouvait espérer leur soutien. En outre, le haut commandement allemand était affaibli par des divisions et les erreurs de Helmuth von Moltke. Croyant la victoire acquise à l’ouest, il avait prélevé six corps d’armées le 25 août pour parer à une attaque russe sur le front oriental. Soutenus sur leur gauche par les Britanniques, les Français attaquèrent le flanc droit des Allemands et obligèrent l’armée de von Kluck à battre en retraite. L’ensemble des forces allemandes se replia sur l’Aisne puis se fixa le long des Ardennes et de l’Argonne. En raison de l’échec du plan allemand et de la victoire française, Erich von Falkenhayn prit la tête de l’état-major allemand, le 14 septembre, en remplacement de von Moltke.
Les Français, fatigués, engagèrent une série de batailles dans l’Aisne, la Somme et en Artois, sans arriver à chasser les Allemands. Ceux-ci réussirent à étendre leurs lignes vers l’est jusqu’à la Meuse, au nord de Verdun. Le 5 octobre, le conflit connaît ses premiers duels aérien près de Reims. En effet, un biplace Aviatik allemand est abattu à la carabine par les aviateurs français Frantz et Quénault.
Au nord-ouest du front, le 19 octobre, la « Course à la mer » débute entre les armées allemande, française et britannique et qui se prolongera jusqu'en novembre 1914. Chaque camp cherche à déborder l'autre par le nord et les Allemands aimeraient atteindre les ports de Dunkerque, de Boulogne et de Calais pour couper les Anglais de leurs bases d'approvisionnement. Les Allemands ne purent s’emparer des ports français de la Manche, grâce aux inondations provoquées par les Belges dans la région de l’Yser. Les Britanniques avancèrent jusqu’à Ypres, à l’extrémité sud-ouest de la Belgique. Après avoir pris Anvers le 10 octobre, les Allemands tentèrent une percée lors de la sanglante bataille des Flandres, en novembre, mais ils se heurtèrent à la résistance des troupes alliées commandées par Joffre. Le 27 octobre, les Allemands lancent une vaste offensive en Belgique déclenchée au nord, à l’est et au sud d’Ypres.
Le 3 novembre, l’Amirauté fait miner la mer du Nord déclarée « zone de guerre ». Le Royaume-Uni fait confiance en sa marine pour protéger le pays et établir un blocus économique. Il ne possède en effet qu’une armée de métier de 250 000 hommes dispersés à travers le monde dont 60 000 seulement sont prêt à partir pour la France.
Le 3 octobre, un premier bataillon canadien composé de 32 000 hommes prend la mer pour aller se battre en Europe. Le lendemain, le Manifeste des 93 est publié en Allemagne ce qui montre le soutien univoque des intellectuels germaniques au Kaiser.
En décembre, les armées alliées contre-attaquèrent sur toute la longueur du front allant de Nieuport, à l’ouest jusqu’à Verdun à l’est, mais ne gagnèrent aucune victoire décisive. La « mêlée des Flandres » marqua la fin de la guerre de mouvement et des combats à découvert sur le front occidental, qui se stabilisa sur près de 800 km, de la Suisse à la mer du Nord. À la fin de 1914, les deux camps creusèrent des tranchées, faute de vainqueur : la guerre qui devait être courte menaçait d’être longue. Le front, en effet, ne devait pratiquement pas bouger pendant les trois années suivantes, chaque camp assiégeant et pilonnant les tranchées adverses et tentant par des offensives de les investir et de les franchir.
Le Front Est
Sur le front oriental, suivant les plans des Alliés, le tsar lança l’offensive en Prusse orientale le 17 août, plus tôt que prévu par les Allemands. En août, deux armées russes pénétrèrent en Prusse-Orientale et quatre autres envahirent la province autrichienne de Galicie. Ils remportèrent une victoire à Gumbinnen (19-20 août) sur des forces de la huitième armée allemande inférieures en nombre, qui étaient sur le point d’évacuer la région lorsque des renforts commandés par le général Paul von Hindenburg remportèrent sur les Russes une victoire décisive à la bataille de Tannenberg (27-30 août 1914), confirmée lors de la bataille des lacs Mazures (Prusse-Orientale), le 15 septembre, ce qui obligea les Russes à battre en retraite vers leur frontière. Les Allemands stoppent définitivement les offensives russes en Prusse (fin le 31 août). C'est pourquoi, les Russes se replièrent vers leur frontière. Le même jour, les Russes écrasent les Autrichiens lors de la bataille de Lemberg qui s'achèvera le 11 septembre.
Face aux armées autrichiennes mal équipées, les quatre armées russes avancèrent régulièrement et envahirent la Galicie après les victoires de Lemberg, en août et septembre. Elles s’emparèrent de Lvov (3 septembre) et de la Bucovine et chassèrent l’ennemi dans les Carpates, où le front se stabilisa en novembre.
Les Autrichiens entreprirent à trois reprises d’envahir la Serbie, mais ils furent repoussés et subirent une défaite à Cer, le 24 août. Les Serbes, qui avaient repris le 13 décembre Belgrade, occupée depuis le 6 novembre, après la bataille de Rudnik, ne tentèrent aucune invasion en Autriche-Hongrie.
Le 20 octobre, au cours de la Bataille de la Vistule, les Allemands battent en retraite devant les Russes dans la boucle de la Vistule. Au début du mois de novembre, Von Hindenburg devient commandant en chef des armées allemandes sur le front Est et la Serbie déclare la guerre
Et enfin, entre le 29 octobre-20 novembre, les Turcs bombardent les côtes russes de la mer Noire. à l'Empire ottoman qui rejoint les Allemands et les Autrichiens.
- 7 décembre : Victoire serbe des monts Putnik, les Austro-Hongrois doivent se replier vers Belgrade.
- Le roi Pierre I de Serbie entre à Belgrade.
- Après s’être opposés à la guerre (István Tisza), les chefs politiques hongrois soutiennent l’effort de guerre autrichien principalement parce qu’ils craignent qu’une victoire russe n’entraîne la sécession des minorités slaves de Hongrie, puis le démantèlement du pays. 3 800 000 soldats seront mobilisés en Hongrie ; 661 000 seront tués, plus de 700 000 blessés et autant fait prisonniers.
Le 19 janvier 1915, un Zeppelin effectue le premier bombardement aérien de civils au Royaume-Uni ainsi que le 21 mars où ce même dirigeable bombarde Paris. Le 21 janvier, les Russes réalisent une offensive dans les Carpathes et 3 jours plus tard, la flotte britannique ressort victorieuse près du Dogger Bank sur l’escadre allemande.
En février, les premiers avions armés d’une mitrailleuse, les Vickers FB équipent une escadrille de chasse britannique du Royal Flying Corp. Le gouvernement allemand proclame «zone de guerre», les eaux territoriales britanniques et c'est début de la guerre sous-marine. Le 7 février, les Allemands lancent une offensive au sud-est des lacs de Mazurie, dirigée par Hindenburg. Les Russes sont encerclés et se replient sur le Niémen. Le 26 février, l’offensive allemande sur les lacs de Mazurie se transforme en échec et les Russes font 10 000 prisonniers au nord de Varsovie.
En Champagne, le 16 février, les Alliés effectuent une seconde offensive dans le but d'empêcher tout transfert de troupes allemandes en Russie. Quatre jours plus tard, Reims est bombardée par les Allemands. Enfin, le 16 mars, la bataille de Champagne est terminée et, au final, la tentative de percée française est un échec.
Le 1 mars, les Alliés étendent le blocus à la totalité des marchandises allemandes.
Le 9 mars, le gouvernement italien présente aux gouvernements de l’Entente un mémorandum contenant les prétentions de l’Italie en échange de son intervention dans le conflit (Trentin, Tyrol du Sud, Trieste, l’Istrie et une partie de la Dalmatie). Les 11 mars et 10 avril, les gouvernements britanniques et français donnent leur accord sur le principe d’une annexion de Constantinople par la Russie.
 Un blessé à l'ypérite
Le 22 avril, une nouvelle arme apparait: les gaz asphyxiants (ypérite)qui sont utilisés à Strenstraate et à Ypres par les Allemands. Deux jours plus tard, plus de 600 intellectuels arméniens de Constantinople sont arrêtés et déportés par les Jeunes-Turcs (date considérée symboliquement comme marquant le début du génocide arménien)
Au même moment, l’expédition de Gallipoli est un échec qui coûte la vie à plus 200 000 soldats britanniques sur 400 000 engagés, provenant pour la plupart du Commonwealth (fin en juillet) et le 26, le Traité secret de Londres entre l’Entente est signé et l’Italie s’engage à entrer en guerre contre les Empires centraux dans un délai d’un mois. Les Alliés acceptent les revendications du 9 mars.
- Avril : Offensives allemandes contre la Russie (jusqu'à octobre).
- Juin :
- Juillet :
- 7 juillet : Première conférence interalliée à Chantilly où sont examinées les offensives sur le front de l’Ouest, le front italien et en Serbie.
- 13 juillet : Offensive allemande sur le Niémen et la Narew dans le but d’encercler les Russes stationnés dans la boucle de la Vistule.
- 18 juillet : Premières permissions de six jours accordée par roulement à tous les combattants français. Échec italien de la deuxième offensive sur l’Isonzo.
- Août :
- Septembre :
- Octobre :
Après la perte de Wilno en septembre par les Russes, le front Est se stabilise sur une ligne Rīga-Pinsk-Tarnopol.
Novembre :
Offensive autrichienne en Bucovine. Occupation de la Serbie et du Monténégro. Offensive austro-allemande de Görlitz-Tarnov sur le front Est.
- Décembre :
- 2 décembre : Les troupes alliées de Salonique reçoivent l’ordre de se replier au-delà du Vardar.
- 4 décembre : À Calais, les états-majors de France et de Grande-Bretagne examinent la question de Salonique, hésitant entre évacuation et maintien des troupes.
- 6-8 décembre :
Apparition des tanks à chenilles sur les champs de bataille.
Le Royaume-Uni demande au Portugal d’arraisonner et de réquisitionner les navires de commerce allemands présents dans ses ports.
- Mars :
- Avril :
- Mai :
- : Pétain, nommé commandant des armées du Centre, laisse la direction de la bataille de Verdun au général Nivelle.
- 15 mai : L’armée austro-hongroise perce les premières lignes de défense italiennes dans le Trentin.
- 31 mai : Bataille navale indécise entre les flottes allemande et britannique au Jutland.
- Juin :
- Juillet :
- : Début de la bataille de la Somme, offensive alliée vers Bapaume et Péronne (fin en octobre). Plus de 600 000 victimes dans les deux camps. Les forces britanniques (volontaires) s’engagent dans la bataille.
- 4 juillet : Le Premier ministre roumain Ion Bratianu rappelle aux Alliés que son pays interviendra à leurs côtés s’ils ne se retirent pas des Dardanelles et s’ils déclenchent une offensive contre les Bulgares à partir de Salonique.
- 27 juillet : Les Britanniques prennent Contalmaison, progressent rapidement vers Péronne et s’emparent de Longueval.
- Août :
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