Catégories phytosanitaires
On parle de :
- acaricides : contre les acariens,
- anti-russetings : contre la rugosité des pommes,
- bactéricides : contre les bactéries,
- corvicides et corvifuges : contre les corbeaux,
- fongicides : pour l'inhibition ou la prévention du développement des champignons (exemple, les QoI),
- herbicides, désherbantss, phytocide ou débroussaillants : pour la destruction de plantes indésirables (aussi appelées mauvaises herbesss ou adventice),
- insecticides : pour la destruction ou la prévention du développement des insectes,
- molluscicides : contre les limacess, les escargot,
- nématicides : contre les nématodes,
- parasiticides : contre les parasitess,
- répulsifs :
- répulsifs contre le gibier et les oiseaux,
- rodenticides : contre les rongeurs (ragondins, campagnols, rats, souris, surmulots...),
- Régulateurs de croissance : pour la prévention de la croissance excessive d'une plante (lutte contre la verse chez le blé), les anti-germinants, les produits favorisant la résistance des plantes, le bouturage, la mise en fruit,
- taupicides : contre les taupes,
- virucides : contre les virus,
Le terme
phytosanitaire exclut les substances nutritives du type
engrais ou
oligoéléments sauf quand il s'agit de mélanges d'engrais et de produits phytosanitaires.
Conception d'un pesticide
Un pesticide est composé d'un ensemble de molécules comprenant :
- une (ou plusieurs) matière active à laquelle est due, en tout ou en partie, l'effet toxique.
- Un diluant qui est une matière solide ou un liquide (solvant) incorporé à une préparation et destiné a en abaisser la concentration en matière active. Ce sont le plus souvent des huiles végétales dans le cas des liquides, de l'argile ou du talc dans le cas des solides. Dans ce dernier cas le diluant est dénommé charge.
- Des adjuvants qui sont des substances dépourvues d'activité biologique, mais susceptibles de modifier les qualités du pesticide et d'en faciliter son utilisation.
Il existe de part le monde près de 100'000 spécialités commerciales autorisées à la vente, composées à partir de 800 matières actives différentes. 15 à 20 nouvelles matières actives s'y rajoutent tous les ans.
Les propriétés d'un pesticide découlent pour l'essentiel de la structure de sa matière active. Celle-ci présente 3 parties (ce découpage est artificiel, aucune partie ne pouvant être littéralement séparée):
- une structure active, qui assure le pouvoir pesticide.
- des fonctions chimiques assurant la plus ou moins grande solubilité dans l'eau.
- une partie support pour les deux autres conditionnant la solubilité dans l'huile.
Cette notion de solubilité est importante car c'est l'affinité d'un pesticide pour l'eau ou les corps gras qui va conditionner sa pénétration dans l'organisme cible.
Les autres constituants : la formulation d'un pesticide
La formulation d'un pesticide vise a présenter la matière active sous une forme permettant son application en lui ajoutant des substances destinées à améliorer et faciliter son action. Ce sont les adjuvants. Ils comprennent des tensio-actifs, des adhésifs, des émulsionnants, des stabilisants, des antitranspirants, des colorants, des matières répulsives, des hémétiques (vomitifs) et parfois des antidotes.
La formulation d'un pesticide doit répondre à 3 objectifs essentiels :
- assurer une efficacité optimale à la matière active : la matière active doit accéder dans les meilleures conditions à sa cible biochimique, c'est-à-dire y parvenir le plus rapidement possible avec le minimum de perte. On limite ainsi sa dispersion dans l'environnement (coût écologique) et le dosage à l'hectare nécessaire (coût économique). Dans ce but on améliore le contact avec l'organisme cible par l'adjonction de mouillant. Les mouillants sont des substances dont la présence améliore l'étalement du pesticide sur la surface traitée. Ils diminuent l'angle de contact des gouttelettes avec le support végétal (ou animal), avec deux conséquences : une meilleure adhésion et une plus grande surface de contact. Pour les produits systémiques, on cherche à améliorer la vitesse et les équilibres de pénétration ainsi que le transport des produits dans la plante.
La formulation peut également améliorer l'efficacité biologique de la molécule active par des effets de synergie, des additifs qui retardent sa dégradation, prolongeant ainsi sa durée d'action. Inversement, des additifs peuvent avoir pour effet d'accélérer son élimination par les plantes à protéger ou dans le sol.
- limiter les risques d'intoxication pour le manipulateur : en recherchant une toxicité minimale par contact et inhalation, en prévenant les ingestions accidentelles par l'adjonction de colorant, de répulsif, d'antidote ou de vomitif (cas du paraquat au japon qui est de couleur bleu et pourvu d'un vomitif). Dans le cas des liquides, les solvants les moins toxiques sont retenus. La dilution de la matière active est d'autant plus forte que cette dernière est hautement toxique.
- rentabiliser la matière active : le solvant employé par l'utilisateur est généralement peu couteux et facilement disponible. Les additifs assurent une bonne conservation au stockage en évitant des phénomènes de corrosion pour le matériel d'épandage.
Un code international de 2 lettres majuscules, placées à la suite du nom commercial indique le type de formulation. Les principaux types de formulation sont les suivants :
Les présentations solides :
- Les poudres mouillables (WP) : la matière active est finement broyée (solide) ou fixée (liquide) sur un support adsorbant ou poreux (silice). Des agents tensio-actifs (dodécylbenzène, lignosulfonate de Ca, Al ou Na) et des charges de dilution (kaolin, talc, craie, silicate d'aluminium et magnésium ou carbonate de Ca) sont ajoutés ainsi que des agents antiredépositions, anti-statique ou anti-mousse. Des stabilisateurs (anti-oxygène et tampon pH) sont inclus pour les rendre compatibles avec d'autres préparations. Ces poudres doivent être dispersées dans l'eau au moment de l'emploi.
- Les granulés à disperser (WG) : granulés obtenus par l'agglomération avec un peu d'eau de matière active, de charge et d'agents liants et dispersants, suivi d'un séchage. Ces poudres doivent être dispersées dans l'eau au moment de l'emploi.
- Les microgranulés (MG) : identiques aux WG mais d'une taille plus petite (0,1 à 0,6 mm).
Les présentations liquides :
- Les concentrés solubles (SL) : c'est une solution de matière active à diluer dans l'eau, additionnée d'agents tensio-actifs.
- Les suspensions concentrées (SC) : les matières actives solides, insolubles dans l'eau sont maintenues en suspension concentrée dans l'eau, en présence de mouillants, de dispersants, d'épaississants (bentonite, silice) ou d'agent anti-redéposition, d'antigel (éthylène glycol, urée) d'antimoussants et parfois de bactéricides (méthanal ou formol). Ces préparations sont diluées dans l'eau au moment de l'emploi.
- Les concentrées émulsionnables (EC) : les matières actives sont mises en solution concentrée dans un solvant organique et additionnée d'émulsifiants chargés de stabiliser les émulsions obtenues au moment de l'emploi par dilution dans l'eau.
- Les émulsions concentrées (EW) : la matière active est dissoute dans un solvant organique. La solution additionné d'agents émulsifiants est dispersée dans une petite quantité d'eau. Cette présentation est moins toxique et moins inflammable que les concentrés émulsionnables.
Toxicité des produits phytosanitaires
Ils sont spécifiquement conçus pour tuer des organismes entrant en compétition avec les plantes cultivées ou nuisant à leur croissance ou à leur reproduction (mousses, champignons, bactéries, végétaux concurrents, insectes, rongeurs, acariens, mollusques, vers, nématodes, virus, etc.).
Ils sont donc nécessairement toxiques pour tout ou partie de l'Environnement, avec un impact plus ou moins étendu et rémanent selon les cas.
Les produits jugés les plus dangereux sont étiquetés comme tels.
Précautions d'emploi
Le transport, la préparation et l'application des produits phytosanitaires présentent souvent des risques pour l'utilisateur s'il ne respecte pas certaines règles et précautions. Il faut :
- prendre connaissance des risques toxicologiques et des conseils de prudence mentionnés sur l'étiquette,
- se protéger les mains, le visage, porter un masque à cartouche et non en papier et une combinaison, si recommandé et/ou si l'environnement ou une sensibilité allergique personnelle le justifie,toujours se laver les mains et le visage aprés utilisation,
- éviter de boire, manger ou fumer et rester calme pendant l'application (risque d'ingestion, d'inflammation, ou d'inhalation accrue),
- respecter les dosages, et l'usage pour lequel le produit est homologué
- éviter de mélanger des produits,
- éviter de changer les produits d'emballage,
- utiliser un pulvérisateur adéquat et bien réglé,
- respecter les conditions et les restrictions d'emploi mentionnés sur l'étiquette (ex : ne pas pulvériser quand il y a du vent ou quand l'air est trop sec).
- stopper l'activité, s'éloigner du produit et prendre les conseils d'un médecin en cas de manifestations allergiques, particulièrement respiratoires.
Les produits phytosanitaires peuvent avoir des conséquences dommageables sur le manipulateur et l'
Environnement. Une façon de limiter les risques est :
- de supprimer tout traitement inutile (les traitements de précaution favorisant l'apparition de résistance au produit),
- de raisonner les traitements en fonction des cycles de développement et des niveaux d'infestation des parasites (respect des insectes utiles). Pour cela, on peut bénéficier, quand ils existent des avertissements agricoles,
- de prendre en compte les conditions climatiques (perte par dérive en cas de vent ou par diffusion quand l'air est trop sec, perte par lessivage en cas de pluie...)
- de respecter les conseils d'application (période d'application, doses, délai avant récolte...)
- d'éviter de traiter les abords des points d'eau, fossés et zones humides pour éviter la pollution des nappes
- de ne pas traiter durant la floraison (protection des abeilles et autres insectes pollinisateurs, voir Gaucho)
- d'enterrer les semencess pré-enrobées ou traitées (limitation des risques d'empoisonnement des oiseaux et animaux sauvages)
- d'apporter les emballages perdus et les fonds de produits vers un site agréé en veillant à une élimination limitant les risques pour l'environnement (en général il s'agit de l'incinération dans des unités spéciales) pour limiter les décharges sauvages ou une contamination du personnel ou de l'environnement lors du tri des déchets)
Quantités
Après avoir atteint 120 000 t puis 100 000t, la France consommerait aujourd'hui environ 76 000 tonnes de produits phytosanitaires, ce qui la place au troisième rang des utilisateurs mondiaux derrière les États-Unis en quantité absolue. Une fois ramené à l'hectare cultivé (5kg/ha/an) hors surface en herbe, la France serait au quatrième rang européen (selon le rapport INRA Pesticides, agriculture et environnement, lui même basé sur les chiffres donnés par les fabricants, qui ne tiennent pas compte de l'utilisation de stocks éventuels des années précédentes).
Le produit phytosanitaire est généralement mis au point par les firmes agro-pharmaceutiques.
Dans la majorité des pays, sa mise en vente et son utilisation sont soumises à une autorisation préalable (l'homologation ou autorisation de mise sur le marché) de l'autorité nationale compétente (en France le Comité d'homologation des produits antiparasitaires, et en Belgique le Comité d'agréation).
Pour être homologué, un produit doit suivre un parcours visant à démontrer son innocuité (absence de toxicité) pour :
Après dépôt par une firme d'une demande d'
homologation pour une spécialité commerciale, sont établies :
- un dossier biologique visant à déterminer la sélectivité pour la culture et l'efficacité agronomique, ainsi que son absence d'effets secondaires inacceptables sur les produits végétaux, les produits transformés, les productions voisines et suivantes, et la faune auxiliaire.
- un dossier toxicologique, visant à valider son innocuité sur la santé humaine.
- un dossier écotoxicologique, relatif aux impacts sur l'environnement.
Par exemple, une partie des tests concerne la
toxicité aiguë (effet d'une absorption unique et massive) ou la toxicité chronique (effet d'une absorption régulière de petites doses), l'apparition de mutations, formation de tumeur (effet cancérogénique) malformation dans la descendance (effet teratogénique)...
Les effets sur l'environnement sont étudiés par l'analyse de leur influence sur les poissons, les oiseaux, les insectes, les microorganismes, mais aussi le processus de dégradation du produit dans l'air, l'eau et le sol.
Le produit est soit autorisé, soit reporté, soit refusé. Le produit autorisé l'est pour un ou plusieurs usages précis, définis par une plante cible (par exemple une culture de blé), un parasite cible (le puceron) et un type de traitement (des parties aériennes par exemple).
Produit phytosanitaire retirés du marché et controverses
En dépit du processus long et complexe des homologations, certains produits antérieurement autorisés sont interdits en raison de leur dangerosité démontrée ultérieurement (pollution rémanente des eaux, apparition de résistance de souches, influence métabolique à long terme...).
En France, depuis plusieurs années, de nombreux produits phytosanitaires jusqu'alors autorisés (donc considérés comme efficaces et ne présentant pas de risque inacceptable) ont été interdits à la mise sur le marché et à l'utilisation. Ces produits sont appelés « Produits Phytosanitaires Non Utilisables » (PPNU).
L'utilisation de produits phytosanitaires retirés du marché est interdite et soumise à contrôle. L'article L.253-17 du Code rural prévoit des peines qui peuvent aller jusqu'à 30 000 euros d'amende et six mois d'emprisonnement.
Le cas de l'atrazine
Un exemple typique de changement de classification est celui de l'atrazine, utilisé massivement en France et dans de nombreux autres pays comme un herbicide d'une grande efficacité pour le désherbage du maïs. L'atrazine (comme toute la famille des triazines) est à présent reconnue comme à l'origine de pollutions majeures des nappes souterraines et des eaux de surface qui sont polluées à 50 % en France (par rapport aux normes édictées pour les triazines). Par exemple, en Bretagne, comme dans le Sud-Ouest et l'Île-de-France, il est courant de trouver, dans des prélèvements d'eau potable, des taux de triazine dix fois plus élevés que le seuil autorisé de 0,1 microgramme par litre.
Jusqu'en 2002, la famille des triazines constituait les produits phytosanitaires les plus employé s en France, utilisés à 80 % en termes de surface par les producteurs de maïs conventionnel. Ils avaient été introduits en 1962 et étaient caractérisés par une excellente efficacité et un faible coût.
Protégé des UV solaires dans le sol, ils se sont avérés moins dégradables que ce qu'avait annoncé le fabricant.
9 ans après son interdiction en Allemagne, l'atrazine était encore le pesticide quantitativement le plus présent dans la pluie, et ses produits de dégradation (ex : désisopropyl--atrazine, déséthyl-atrazine) sont encore très présentes alors que la molécule-mère commence à disparaître .
En raison de sa toxicité et de sa pollution rémanente dans les eaux (molécule peu biodégradable), l'atrazine a été bannie en Allemagne puis après quelques années en France en 2001, comme le reste de la famille des triazines (mise en application en juin 2003 pour la France) après des années d'utilisation (1962-2003).
Ce revirement pourrait être lié à une prise de conscience progressive de la dangerosité de certains produits phytosanitaires, ou éventuellement aux deux condamnations de la France par la cour de Justice européenne pour avoir manqué à ses obligations en matière de qualité de l'eau. De nombreux autres produits sont en discussion, tel l'arsénite de soude (produit cancérigène très utilisé en viticulture). Le programme européen global de réforme écologique de l'agriculture prévoit d'interdire d'ici 2008 près de 400 produits jugés dangereux pour la santé de l'homme qui avaient été cependant agréés par la directive de 1991. [1]
L'arsénite de soude est dorénavant inutilisable en viticulture. Tous les résidus (bidons vides ou partiellement vides)ont été récupérés lors de collectes spécifiques organisées par les autorités compétentes.
Des contrôles du Service Régional de la Protection des Végétaux (SRPV) peuvent être réalisés dans toutes les exploitations agricoles et des sanctions sont prévues en cas de détention de produits phytosanitaires interdits (=PPNU:Produits Phytosanitaires Non-Utilisables).
Le Gaucho
Un exemple de cas très débattu au début du XXIe siècle est celui du Gaucho, accusé par les apiculteurs d'être à l'origine de la diminution importante de certaines populations d'insectes (
abeille). Voir l'article sur le
Gaucho pour plus d'information.
Le DDT
Bien qu'interdit depuis longtemps dans les pays occidentaux, on en trouve encore des traces dans les graisses des animaux, mais aussi dans notre nourriture. Voir DDT.
Normes et qualité
Les produits apparaissant sur le marché au début du XXI siècle sont réputés moins persistants que leurs prédécesseurs, mais ils sont souvent bien plus actifs à des doses parfois bien plus faibles (0,6 mg de matière active/m² pour une sulfonylurée utilisée pour le désherbage du blé). Il en va de même pour de nombreux biocides.
En Europe, la qualité des eaux destinées à la consommation humaine autorise une concentration maximale de produits phytosanitaires (insecticides, fongicides, herbicides) de 0,1 microgramme/l par substance ou de 0,5 microgrammes/l pour toutes substances (directive européenne 80/778/CEE, décret du 3 janvier 1989).
Voir aussi