Pratiques avant la Révolution agricole
À l'exception de la Hollande et des Flandres, les paysans d'Europe pratiquent l'assolement triennal (Nord et Est) ou biennal (monde méditerranéen). Durant une première année, les paysans semaient des céréales d'hiver (blé et seigles), la seconde année des céréale de printemps (orge, avoine) et enfin la terre laissait la place à la jachère, c’est-à-dire la préparation du sol et le renouvellement de sa fertilité.
Par ailleurs, les parcelles étant de faible superficie, et celles en jachères étant consacrées au pâturage, les champs étaient nécessairement ouverts (openfield) afin de permettre le mouvement des bêtes. La pratique de l'open field impliquait un travail collectif.
Début de la Révolution agricole
Évolution des mentalités
) par rapport à ses voisins, qui avaient mené une révolution agricole ; de surcroît en Andalousie le système des latifundios a maintenu un atavisme pour ce secteur.]]
Au cours de la première moitié du , les landlords anglais s'intéressent aux profits susceptibles de leur procurer l'agriculture dans un contexte de hausse de la population. La noblesse anglaise s'informe des techniques employées aux Pays-Bas et des recherches effectuées en France (pour la cour de Versailles : le potager du roi). L'Anglais Jethro Tull publie dès 1731 un ouvrage référençant l'ensemble des techniques modernes de culture. Les nobles, manifestant à la fois un intérêt pour le progrès et pour l'enrichissement, entreprennent de moderniser leurs domaines. Afin de mieux mettre en valeur leur terre, les landlords revendiquent le droit de s'en réserver l'usage et de les enclore, ce qu'accorde le Parlement en 1727 (Enclosure act).
On s'intéresse davantage aux techniques d'élevage, et on commence à sélectionner les bêtes de sorte que seules les races les plus productives soient conservées. Robert Bakewell croise différentes races afin d'obtenir de nouveaux spécimens d'ovins et de bovins. En Angleterre, le poids moyen du bœuf de boucherie atteint 800 livres en 1800, alors qu'il n'était que de 370 livres un siècle plus tôt. On travaille aussi sur la sélection des semences.
Cette amélioration des performances de l'élevage est rendue possible par les nouveaux assolements, notamment l'assolement de Norfolk, qui permettent de remplacer la jachère par des cultures fourragères, et donc de supporter un plus grand nombre d'animaux par unité de surface.
Premières rationalisations de la production
L'assolement triennal est abandonné au profit d'un assolement quadriennal, où les semences de plantes fourragères alternent avec celles de plantes céréalières. Le développement du
cheptel, permis par l'augmentation de la production de
fourrage, fournit en retour à l'agriculture des quantités importantes de fumier, un engrais naturel qui permet la suppression des jachères. Les bêtes fournissent aussi aux exploitants des forces de traction utiles. D'autres techniques visant à accroître la fertilité des terres ou à améliorer les techniques de labour se généralisent. Les rendements anglais,de moins de 30 quintaux à l'hectare au début du , s'élèvent à environ 50 quintaux en
1800. La France, bien que disposant de nombreux agronomes de talent (de La Rochefoucauld-Liancourt,
Parmentier…) ne connaîtra une telle révolution qu'au siècle.
Par ailleurs, plus qu'une véritable mutation des techniques, il s'agit d'une « vague de gadgets » selon l'expression de T. Ashton. En effet, les progrès sont lents et sont le résultat d'améliorations plus anciennes. Mais on comprend bien que dans une agriculture à rendements extrêmements faibles, la moindre amélioration provoque une augmentation de la productivité plus que proportionnelle.
On considère souvent que la Révolution agricole a permis la Révolution Industrielle, grâce aux profits nouveaux de l'agriculture, aux commandes de matériel et à l'exode rural (qualifié de déversement inter-sectoriel de la main d'œuvre). Elle est considérée par W.W Rostow et de nombreux autres historiens de l'économie comme l'étape préalable au développement de l'industrie. Toutefois l'influence des deux phénomènes a été réciproque.
L'augmentation du produit brut agricole augmente la rentabilité et la valeur des terres, et permet de dégager des possibilités financières pour l'investissement. Ceux-ci vont vers des moyens de mécanisation qui stimulent l'industrie, et dans une moindre mesure les services. L'élément capital est qu'un travailleur agricole peut produire la subsistance d'un nombre de plus en plus grand d'habitants, qui se consacrent donc à d'autres secteurs de l'économie.
Par ailleurs l'essor de la production agricole se répercute généralement sur l'industrie alimentaire (les matières premières agricoles étant moins chères se prêtent plus facilement à une transformation en produits plus élaborés). La baisse des prix alimentaires permet aux industriels de conserver des salaires bas (car les salaires sont encore très liés au coût de l'alimentation) et donc de maîtriser leurs coûts de production.
Progrès mécaniques
La grande industrie fournit rapidement à l'agriculture de
nouvelles machines révolutionnant les techniques alors en place. En
1834, l'industriel américain Mac Cormick met au point la première
moissonneuse-batteuse. En
1837 Mathieu de Dombasle invente une nouvelle
charrue…
L'utilisation du
fumier est complétée par l'importation de
guano venant d'
Amérique du Sud. Dans les
années 1840, l'industriel allemand Justus von Liebigs crée les premiers
engrais chimique.
Spécialisation
Les flux d'échange permis par les progrès des transports (
chemin de fer,
machine à vapeur…) permettent la spécialisation des régions selon leurs avantages. Aux
États-Unis, le Nord-Est développe la
Corn Belt (produisant des céréales) tandis que le Sud se spécialise dans le
coton, matière première la plus importante de l'époque pour l'
industrie britannique.
La révolution agricole et ses prolongements
De nos jours, la libération de pouvoir d'achat créé par la diminution relative des prix agricoles (qui toutefois n'est pas linéaire) profite à l'ensemble des autres secteurs économiques. Par ailleurs de nouvelles industries apparaissent, traduisant le fait que les denrées agricoles ne servent pas seulement à l'alimentation. Après la phase des textiles naturels, aujourd'hui en recul, apparaît désormais l'industrie des biocarburants, notamment promue par le Brésil (désormais premier producteur mondial de sucre et d'éthanol) tandis que l'Europe s'oriente plutôt vers les diesters.
References et notes
Voir aussi