Précurseurs de l'idée
Voltaire
Dans son conte
L'homme aux quarante écus,
Voltaire imagine la valeur locative de l'ensemble des arpents du royaume réparti entre tous ses sujets, et tombe sur la somme de
quarante écuss. Son héros se débrouille tant bien que mal pour vivre avec cette somme : pauvre, certes, mais libre puisqu'affranchi de tout travail.
Victor Hugo
Victor Hugo va plus loin, dans un de ses discours politiques, en considérant qu'une
rente à laquelle aurait droit tout citoyen provient d'un
capital implicite créé par le travail des générations précédentes. En conséquence, quiconque serait expulsé du territoire doit pouvoir selon lui, comme le
fils prodigue de la parabole, « réclamer sa part d'héritage ». Cette proposition crée de vifs remous y compris chez ses amis républicains.
Réalisations pratiques
L'
Alaska (un des
État des États-Unis) a déjà mis en place un tel revenu, payé par le Fonds Permanent de l'Alaska (Alaska Permanent Fund), qui détient des ressources minières, notamment du pétrole. En 2003, chaque citoyen d'
Alaska (incluant les enfants) a reçu une somme d'environ 1000 euros, et 850 euros en 2004. On notera qu'il s'agit d'un territoire peu peuplé et riche en ressources naturelles. Un projet de ce type existe au
Brésil. Enfin le gouvernement de l'
Alberta (État du
Canada) va en 2006 verser 400 dollars canadiens à chacun de ses résidents, financés par les licences pétrolières qu'il a accordées.
Les diverses approches théoriques
Le revenu citoyen au sens propre, n'est pas un impôt, comme il est parfois présenté, mais un revenu d'existence. Proposé par certains économistes libéraux, comme
Hayek, cette mesure
- matérialiserait le fait que le patrimoine commun d'un territoire n'est pas propriété de la collectivité, mais celui inaliénable de ses citoyens, qui doivent en recevoir un « dividende ».
- éviterait l'effet pervers de la solution – dirigiste, bureaucratique et peu transparente dans ses utilisations – d'un empilement d'allocations sociales créant un esprit d'assistanat, voire de mendicité, plutôt que de matérialiser un droit inhérent de la personne.
Aux États-Unis, l'idée serait apparue dans un essai de
Thomas Paine, qui est considéré comme une des plus anciennes propositions de mettre en place un système de sécurité sociale aux États-Unis. Selon lui, « les hommes n'ont pas créé la Terre. C'est la valeur des améliorations uniquement, et non la Terre elle-même, qui doit être la propriété individuelle. Chaque propriétaire doit payer à la communauté un loyer pour le terrain qu'il détient. »
Le financement
Certains assimilent ce concept à un impôt, sans en expliquer le mode de prélèvement, simplement en disant que le revenu citoyen devrait dépendre de la valeur des ressources naturelles utilisées.
D'autres considèrent qu'il devrait être alimenté par un prélèvement le plus neutre possible économiquement, en particulier pour ne pas peser de façon trop ciblée sur le coût du travail, afin de préserver la compétitivité de la zone concernée
La version altermondialiste : le « revenu social garanti », ou « revenu d'existence »
Pour le mouvement
altermondialiste, ce type de revenu devrait dépendre non seulement des ressources naturelles, mais aussi de « l’idée que la capacité productive d’une société est le résultat de tout le savoir scientifique et technique accumulé par les générations passées ». Certains dans ce mouvement ont politisé et repris ce thème sous l'appellation « revenu social garanti ». Ignacio Ramonet
[Ignacio Ramonet ]
a cité succinctement, sans analyse des modalités et de la faisibilité, la nécessité d'« établir un revenu de base inconditionnel pour tous ».
Toni Negri et
Yann Moulier-Boutang, directeur de la revue
Multitudes, le présentent un moyen de lutte contre la
pauvreté pour un nouveau projet de société solidaire
[Séminaire de la revue Multitudes sur le revenu garanti avec Yves Cochet, juin 2006 ]
.
Positions politiques en France
Concernant les organisations politiques françaises :
Une variante particulière : l'allocation universelle
L'allocation universelle fait moins référence à la propriété des citoyens et est plus proche d'une allocation de type classique que d'autres type de revenus citoyens, bien que ses caractéristiques soient très proches.
Bibliographie
- Yoland Bresson, L'Après-Salariat, une nouvelle approche de l'économie, Economica, 1993.
- Jean-Marc Ferry, L'Allocation Universelle : pour un revenu de citoyenneté, Cerf, 1995.
- André Gorz, Misères du présent. Richesse du possible, Galilée, 1998.
- Félix Guattari, Les trois écologies, Galilée, 1989.
- Laurent Geffroy, Garantir le revenu : Histoire et actualité d'une utopie concrète, La Découverte, 2002.
- Christian Marazzi, « Pauvreté, mémoire et éthique métonymique » in Pierre Gilliand (dir.), Pauvretés et sécurité sociale, Réalités sociales, 1990.
- Jérémy Rifkin, La fin du travail, La Découverte, 1995.
- Nicole Thé, « Renvenu garanti : quelques interrogations malvenues », Temps maudits, n°11, 2001.
- Philippe Van Parijs, Refonder la solidarité, Cerf, 1996.
- Carlo Vercellone, « Rapports non-marchands, division du travail et revenu de citoyenneté » in Jean-Claude Delaunay (dir.), La Mondialisation en question, L'Harmattan, 1999.
Numéros thématiques de revues
- « Vers un revenu minimum inconditionnel ? », Revue du MAUSS semestrielle, n°7, 1996.
- « Garantir le revenu »
, Multitudes, n°8, 2002.
- « Le revenu social garanti en ligne de mire »
, EcoRev', n°23, 2006.
- « Questions ouvertes sur le revenu garanti »
, Multitudes, n°27, 2007.
Voir aussi
Notes et références
Liens internes
Liens externes