Les débuts de la cité romaine
La fondation de Rome (-753)

Énée portant Anchise
, œnochoé à figures noires, vers
520-
510 av. J.-C,
musée du Louvre (F 118)
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La ville de Rome est située au centre de la péninsule italienne, dans le sud-ouest de l'Europe et au nord du bassin méditerranéen. Le site même de la ville, avec ses sept collines et un espace marécageux au bord du Tibre, dans la plaine du Latium, est propice aux échanges commerciaux.
Les recherches archéologiques ont permis de trouver sur le mont Palatin, des cabanes de bergers datant du milieu de , ce qui correspond à la date légendaire de la naissance de Rome. Les vestiges trouvés montrent qu'à partir de ce moment, la cité connaît un développement continu.
La légende
La naissance de Rome est évoquée dans des récits légendaires racontés par
Virgile et
Tite-Live, entre autres. Dans
L'Énéide, long poème à la gloire de l'empereur
Auguste,
Virgile raconte les aventures du troyen
Énée, fils de
Vénus. Celui-ci parvient à s'enfuir de
Troie quand celle-ci est saccagée par les
Achéens avec son fils
Ascagne (ou Iule), un groupe de Troyens et en portant son père
Anchise sur ses épaules.
[Virgile, L'Énéide, Chant III] Après de nombreuses aventures
[Virgile, L'Énéide, Chant III]’
[Virgile, L'Énéide, Chant II] et des amours contrariées avec
Didon, la reine de
Carthage[Virgile, L'Énéide, Chant IV], il débarque dans le
Latium où il fonde la ville de
Lavinium[Virgile, L'Énéide, Chant VII]’
[Tite-Live, Histoire romaine, Livre I, 1]’
[Denys d'Halicarnasse, Antiquités romaines, Livre I, LXIII]. Son fils
Ascagne fonde
Albe-la-Longue[Tite-Live, Histoire romaine, Livre I, 3]’
[Denys d'Halicarnasse, Antiquités romaines, Livre I, LXVI]. Cette légende permet de donner à
Jules César et son héritier
Auguste une origine divine puisqu'ils se présentent comme les descendants d'
Ascagne (Iule).

Selon la légende, Rome est fondée par Romulus et Rémus
, qui, dans leur enfance, auraient été nourris par une louve
Après Ascagne, douze rois se succèdent à Albe[Denys d'Halicarnasse, Antiquités romaines, Livre I, LXXII]. Le treizième Numitor est détrôné par son frère Amulius[Tite-Live, Histoire romaine, Livre I, 3]’[Denys d'Halicarnasse, Antiquités romaines, Livre I, LXXII]. Pour écarter tout futur rival, celui-ci fait de sa nièce, Rhéa Silvia, une vestale, c'est-à-dire une prêtresse de Vesta ayant l'obligation de rester vierge[Tite-Live, Histoire romaine, Livre I, 3]. Mais le dieu Mars tombe amoureux d'elle et de leur union naissent deux jumeaux, Romulus et Rémus. La jeune vestale est emmurée vivante et ses fils sont exposés sur le Tibre (selon Denys d'Halicarnasse[Antiquités romaines, Livre I, LXXVII-LXXIX] de nombreuses versions existes, tout aussi bien sur le viol que sur la peine infligée). Ils sont d'abord recueillis par une louve[Il est à noter qu’en latin, la traduction de «lupa, lupae» peut tout aussi bien être louve, ou bien prostituée, ce qui crée une grande nuance dans la légende…] qui les allaite puis par un couple de bergers qui les élève[Tite-Live, Histoire romaine, Livre I, 4]’[Denys d'Halicarnasse, Antiquités romaines, Livre I, LXXIX].
Devenus adultes, ils restaurent le trône de leur grand-père Numitor[Denys d'Halicarnasse, Antiquités romaines, Livre I, LXXII]’[Tite-Live, Histoire romaine, Livre I, 5] et décident de fonder une nouvelle ville[Tite-Live, Histoire romaine, Livre I, 6]. Ils s'en remettent aux auspices pour savoir lequel d'entre eux régnera sur la ville, mais une dispute éclate entre les deux frères. Au cours de la bagarre, Romulus tue Remus[Tite-Live, Histoire romaine, Livre I, 7]’[Denys d'Halicarnasse, Antiquités romaines, Livre I, LXXXVII]’[Florus, Abrégé de l'histoire romaine, Livre I, I]. Cette légende a pris sa forme définitive à la fin du selon la tradition, la fondation de Rome remonte à 753 av. J.-C Les Romains comptent les années à partir de la date supposée de la naissance de leur cité (Ab Urbe condita).
à son apogée, correspondant aussi au territoire du début de la République romaine]]
Les recherches archéologiques montrent que la petite cité subit la domination étrusque pendant plus de deux cents ans. La tradition romaine racontée par Tite-Live prétend qu'après la mort de Romulus, fondateur du sénat romain[Tite-Live, Histoire romaine, Livre I, 8], trois rois latins puis trois rois étrusques gouvernent la petite cité :
Numa Pompilius (715-673)[Tite-Live, Histoire romaine, Livre I, 18-21]’
[Florus, Abrégé de l'histoire romaine, Livre I, II],
Tullus Hostilius (672-640)[Tite-Live, Histoire romaine, Livre I, 22-31]’
[Florus, Abrégé de l'histoire romaine, Livre I, III],
Ancus Marcius (640-616)[Tite-Live, Histoire romaine, Livre I, 32-35]’
[Florus, Abrégé de l'histoire romaine, Livre I, IV],
Tarquin l'Ancien (616-575)[Tite-Live, Histoire romaine, Livre I, 35-41]’
[Florus, Abrégé de l'histoire romaine, Livre I, V],
Servius Tullius (575-535)[Tite-Live, Histoire romaine, Livre I, 41-48]’
[Florus, Abrégé de l'histoire romaine, Livre I, VI] et
Tarquin le Superbe (535-509)[Tite-Live, Histoire romaine, Livre I, 49-60]’
[Florus, Abrégé de l'histoire romaine, Livre I, VII]
[Denys d'Halicarnasse, Antiquités romaines, Livre I, LXXV]. Ce sont les Étrusques qui font de Rome une véritable ville vers 600 av. J.-C[Tite-Live, Histoire romaine, Livre I, 38]’[Florus, Abrégé de l'histoire romaine, Livre I, VIII], en la dotant d'une muraille[Tite-Live, Histoire romaine, Livre I, 38]’[Tite-Live, Histoire romaine, Livre I, 44] (Mur de Servius Tullius), en asséchant le champ de Mars qui était jusqu'alors une zone marécageuse[Tite-Live, Histoire romaine, Livre I, 38], en construisant des égouts[Tite-Live, Histoire romaine, Livre I, 38] (Cloaca maxima) et en bâtissant le sanctuaire du Capitole[Tite-Live, Histoire romaine, Livre I, 38]’[Tite-Live, Histoire romaine, Livre I, 55] : le temple de Jupiter Capitolin Optimus Maximus.
Tarquin le Superbe est le dernier roi de Rome[Tite-Live, Histoire romaine, Livre I, 60]. Il est présenté par la tradition comme un souverain tyrannique et autoritaire[Tite-Live, Histoire romaine, Livre I, 49]. La légende raconte qu'il viole une riche romaine, Lucrèce, qui se suicide[Tite-Live, Histoire romaine, Livre I, 57]. Son mari Brutus ameute la foule qui chasse le tyran et instaure la République[Tite-Live, Histoire romaine, Livre I, 59]’[Florus, Abrégé de l'histoire romaine, Livre I, IX]. Les Romains situent cet événement en 509 av. J.-C, ce qui correspond à la date de la dédicace du temple de Jupiter Capitolin[Tite-Live, Histoire romaine, Livre II, 8]. Il semble cependant que la République a été instaurée plus tard entre 480 et 470 av. J.-C[Encyclopaedia universalis, DVD version 2007, article Rome et l'Empire romain-la République]. Malgré quelques emprunts à la civilisation étrusque, celle-ci a peu marqué la culture romaine[Encyclopaedia universalis, DVD version 2007, article Rome et l'Empire romain-la République].
La société et les institutions de la monarchie romaine
Le fondement de la société romaine de l'époque royale est constitué par les gentes, ensemble des familles possédant, ou prétendant posséder, le même ancêtre commun. À la tête de chaque famille, on retrouve le paterfamilias qui a un pouvoir absolu sur chaque membre de sa famille.
Les citoyens sont organisés en tribus par Romulus (les Tities, les Ramnes et les Luceres)[Dion Cassius, Histoire romaine, Livre I, XIV], elles-mêmes divisées en 10 curies, avec à sa tête un curio[Denys d'Halicarnasse, Antiquités romaines, Livre II, VII]. Tous les membres d'une curie sont unis par des cultes et des sacrifices pratiqués en commun. Chaque curie fournit cent fantassins, soit une centurie[Dion Cassius, Histoire romaine, Livre I, XIV], et chaque tribu cent cavaliers. Les curies sont elles-mêmes divisées en dix parties, mené par un decurio[Denys d'Halicarnasse, Antiquités romaines, Livre II, VII]. Romulus divisa en trente parties égales le territoire romain et chaque curie en reçut une partie. Une partie de la ville de Rome fut réservée à l’édification des temples et sanctuaires et à l'usage public[Denys d'Halicarnasse, Antiquités romaines, Livre II, VII] (Ager publicus).
Les comices curiates sont l’assemblée des curies, la plus ancienne assemblée politique de Rome, convoquées et présidées par le roiss. Cette assemblée choisit les magistrat, ratifie les lois, et décident de la guerre quand le roi fait appel à leur décision.[Denys d'Halicarnasse, Antiquités romaines, Livre II, XIV]
Le Sénat serait une invention de Romulus[Tite-Live, Histoire romaine, Livre I, 8]’[Denys d'Halicarnasse, Antiquités romaines, Livre II, XII], comprenant à l'origine cent membres, pour parvenir à trois cents avec l'extension du territoire de Rome. Il rassemble les patres des familles plus influentes. Le Sénat joue un rôle clé lors de interrègne[Tite-Live, Histoire romaine, Livre I, 18&22], lorsqu'il faut nommer un nouveau roi. Ce dernier n'a pas obligation de consulter le Sénat, mais ne pas le faire est agir en tyran, tel Tarquin le Superbe[Tite-Live, Histoire romaine, Livre I, 49].
Romulus distingua les citoyens de rang supérieur, les patriciens, qui devaient l'aider à gérer la ville naissante (en occupant les fonctions de prêtres et magistrats), et plaça le reste du peuple sous leurs responsabilités, chaque patricien devant protéger ceux dont il est responsable : ses clients[Denys d'Halicarnasse, Antiquités romaines, Livre II, X].
Le roi a le pouvoir absolu[Denys d'Halicarnasse, Antiquités romaines, Livre II, XIV]. Il serait élu par l'assemblée du peuple, et ce choix serait ratifié par le Sénat[Tite-Live, Histoire romaine, Livre I, 18&22]. L'origine étrangère des derniers rois de Rome, étrusques et corinthiensnn, montre l'ouverture déjà remarquable de l'aristocratie romaine sur une vaste zone du monde méditerranée.
La République romaine (-509 à -27)

Vue romantique de Rome, avec le Tibre, le mur servien
et le
pont Sublicius, dominé par le
Capitole et le temple dédié à la triade de
Jupiter,
Junon et
Minerve
Le mot république vient du latin res publica, ce qui signifie « la chose publique ». Gouverner la cité est donc une affaire publique et collective. La devise de la république est Senatus Populusque Romanus, le sénat et le peuple romain. Elle symbolise l'union du Sénat romain, où siègent à l'origine les familles patriciennes, et de l'ensemble des citoyens romains.
En effet, les Romains sont divisés en deux groupes, les patriciens et les plébéiens.
Les plébéiens forment la masse des artisans et paysans. Ils vivent en dehors de l'organisation patricienne et n'honorent aucun ancêtre particulier.
Les patriciens sont souvent propriétaires de vastes domaines cultivés. Ils appartiennent à de célèbres familles, les gentes. Chaque gens a ses propres cultes dont celui des ancêtres et ses traditions. Elle comprend un nombre plus ou moins grand de clients qui doivent obéissance à leur « patron » et reçoivent en échange aide et assistance en cas de besoin.
Cette aristocratie, après l'avènement République, finit peu à peu par perdre ses privilèges au profit de la nobilitas. Elle s'acquiert sous l'Empire comme sous la République par la naissance, soit dans une lignée patriciensne, soit pour les plébéien, dans une famille ayant au moins un consul dans ses ancêtres[Christophe Badel, La Noblesse de l'empire romain. Les masques et la vertu. Champ Vallon, Seyssel, 2005. ]. La nobilitas est très attachée à ses symboles. Les portraits d'ancêtres sont conservés dans l'atrium et font partie du cortège lors des funérailles. Les ancêtres reçoivent des éloges publics des ancêtres. Ceci permet à l'individu de montrer à la fois sa propre noblesse et son appartenance à un groupe privilégié[Christophe Badel, La Noblesse de l'empire romain. Les masques et la vertu. Champ Vallon, Seyssel, 2005. ].
Les débuts de la République
L'histoire des débuts de la république est très obscure : en dehors des découvertes archéologiques, qui ne permettent qu'exceptionnellement une narration des évènements, nous ne possédons pas de sources contemporaines de cette période. On ne peut donc en écrire l'histoire qu'à partir des récits historiques qu'en ont donné les Romains eux-mêmes, récits souvent imprécis, parfois contradictoires, où la légende et la réécriture à des fins politiques se mêlent au souvenir des évènements les plus anciens.
Avènement de la République et lutte contre les Tarquins
La tradition fait de Lucius Junius Brutus, le neveu du dernier roi Tarquin le Superbe, le fondateur légendaire de la République romaine, en 509 av. J.-C[Tite-Live, Histoire romaine, Livre II, 1]’[Florus, Abrégé de l'histoire romaine, Livre I, IX] Les Tarquins soulevèrent les villes étrusques de Véies et Tarquinii contre la république naissante qui les vainquit[Tite-Live, Histoire romaine, Livre II, 6-7]. Porsenna, roi étrusque de Clusium prend Rome pour rétablir Tarquin[Florus, Abrégé de l'histoire romaine, Livre I, X]’[Florus, Abrégé de l'histoire romaine, Livre II, IX], mais renonce devant l’obstination des Romains[Tite-Live, Histoire romaine, Livre II, 10-15]. Le tyran se réfugia à Tusculum où il poussa son gendre Octavius Mamilius à la guerre. Allié des latins[Florus, Abrégé de l'histoire romaine, Livre I, XI], il mena l'ultime combat contre Rome au lac Régille où il fut vaincu[Tite-Live, Histoire romaine, Livre II, 19-20], il décède quelques années plus tard à Cumes où il fit de son hôte, le tyran Aristodème, son héritier[Tite-Live, Histoire romaine, Livre II, 21].
La lutte plèbe/patriciat du
La plèbe naît de la sécession de 495 av. J.-C, lorsqu'une partie du corps civique quitte la ville de Rome, alors que la convocation par les consulss était imminente pour faire face à une guerre étrangère, et refuse de revenir malgré les prières des patricien. Elle est écrasée de dettes[Tite-Live, Histoire romaine, Livre II, 23]’[Florus, Abrégé de l'histoire romaine, Livre I, XXIII] et lutte contre l'arbitraire de la constitution romaine de 509 av. J.-C : au départ la plèbe n'a aucun droit, toutes les magistratures sont réservées aux patriciens.
Sur des promesses du Sénat, la plèbe accepte de retourner sous les bannières[Tite-Live, Histoire romaine, Livre II, 24] et Rome fait face à trois ennemis[Tite-Live, Histoire romaine, Livre II, 25-26], mais la lutte reprend sitôt la guerre terminée, et le Sénat refuse de céder, à l'image de d'Appius Claudius Sabinus[Tite-Live, Histoire romaine, Livre II, 27-29]. Après quelques soubresauts, la plèbe se retirant sur l'Aventin, [Tite-Live, Histoire romaine, Livre II, 32], ils obtiennent la création des tribuns de la plèbe, chargés de défendre leurs intérêts[Tite-Live, Histoire romaine, Livre II, 33]. Ils peuvent s'opposer à n'importe quelle loi proposée par les autres magistrats. C'est l’intercessio.
Plusieurs mutineries secouent l'armée romaine[Tite-Live, Histoire romaine, Livre II, 43&58-59], l'agitation est forte dans les rues de Rome, et la République doit faire face à une multitude d'ennemis. Petit à petit, les tribuns de la plèbe gagnent du pouvoir[Tite-Live, Histoire romaine, Livre II-III].
Puis ils réclament la mise par écrit des lois[Tite-Live, Histoire romaine, Livre III, 31], afin de connaître les pouvoirs consulaires, et que l'organisation juridique (notamment le ius matrimonium) profite à tous. Ainsi une commission extraordinaire, les Décemvirs[Tite-Live, Histoire romaine, Livre III, 32-33], fut établie pour rédiger ces lois : la Loi des XII Tables, publiée sur le Forum Romanum en 450 av. J.-C[Tite-Live, Histoire romaine, Livre III, 34]. Mais la plèbe doit lutter et forcer la démission des Décemvirs[Tite-Live, Histoire romaine, Livre III, 52]’[Florus, Abrégé de l'histoire romaine, Livre I, XXIV], avant que le calme ne revienne à Rome.[Tite-Live, Histoire romaine, Livre III, 53]
Les tribuns de la plèbe proposent l'élection de consuls plébéiens en 445 av. J.-C[Tite-Live, Histoire romaine, Livre IV, 1], menant à la création des tribuns militaires à pouvoir consulaire[Tite-Live, Histoire romaine, Livre IV, 6], charge accessible aux plébéiens, qui devient de plus en plus fréquente[Tite-Live, Histoire romaine, Livre IV]. Peu à peu la plèbe obtient l'accès à toutes les magistratures (la Questure en 421 av. J.-C[Tite-Live, Histoire romaine, Livre IV, 43], les premiers questeurs plébéiens furent élus en 409 av. J.-C[Tite-Live, Histoire romaine, Livre IV, 54] ; premier consul plébéien en 366 av. J.-C[Tite-Live, Histoire romaine, Livre VI, 42], premier dictateur plébéien en 356 av. J.-C[Tite-Live, Histoire romaine, Livre VII, 17], premier censeur plébéien en 350 av. J.-C[Tite-Live, Histoire romaine, Livre VII, 22]). Cependant la plupart des magistrats sont toujours des patriciens.
Durant toute cette période, la République romaine fait face à une multitude d'ennemis, et est sans cesse en guerre contre des peuples italiques, en ayant souvent recours à l'élection d'un dictateur pour faire face aux menaces extérieures, et est plusieurs fois proche de la catastrophe.[Tite-Live, Histoire romaine, Livre II-IV]
Les institutions de la République romaine
Les citoyens romains sont regroupés au sein d'assemblées appelées comices : les comices tributes et les comices centuriates, créées selon la tradition par Servius Tullius[Tite-Live, Histoire romaine, Livre I, 42].
Dans cette dernière, ils sont divisés en 193 centuries distribuées en 5 classes censitaires, selon la fortune des citoyens[Tite-Live, Histoire romaine, Livre I, 43]. Il y a 18 centuries équestres regroupant les citoyens les plus riches et 80 centuries pour les citoyens de première classe (plus de 100 000 sesterces de fortune), ce qui donne 98 centuries pour les riches propriétaires, la majorité absolue. Chaque centurie est une unité de vote et le vote commence par les centuries les plus riches. Dés que la majorité est atteinte, le vote s'arrête[Tite-Live, Histoire romaine, Livre I, 43]. Il suffit que la classe équestre et la première classe s'entendent et les citoyens les moins fortunés ne votent jamais. La République romaine est donc en fait une oligarchie qui écarte les plus pauvres des affaires publiques. Les comices centuriatess élisent en effet les magistrats supérieurs, les consul, les censeurs puis les préteurs, et décident des déclarations de guerre à partir du milieu du
Dans les comices tributes, les citoyens sont répartis en tribus territoriales : quatre urbaines et dix rurales, à l'origine sous Servius Tullius[Tite-Live, Histoire romaine, Livre I, 43], jusqu’à 31 rurales en 241 av. J.-C.uresures, qui constituent autant d'unités de vote. Elles élisent les magistrat inférieures, les édiles et les questeurs et surtout les tribuns de la plèbe. Elles ratifient les traités de paix et votent de nombreuses lois. Les propriétaires fonciers sont inscrits dans la tribu où ils résident, une des tribus rustiques, les non-propriétaires, les négociants et artisans, dans une des tribus de Rome. Les 4 tribus urbaines sont surpeuplés, et les voix des non-propriétaires n'ont donc que peu d'importances face aux voix des propriétaires, les plus riches, qui sont répartis dans 10 à 31 tribus (selon les époques), qui sont beaucoup moins bien garnis, donnant à chaque membre un vote plus important, d'autant plus que les affranchis sont eux aussi enregistrés dans les tribus urbaines.
Les comices tributes se réunissent sur le Forum Romanum tandis que les comices curiates (ayant une importance surtout durant la royauté) et centuriates se réunissent sur le Champ de Mars, à l'extérieur de l'enceinte sacrée (pomerium) de la capitale romaine.
Le sénat est une institution royale (créé par Romulus[Tite-Live, Histoire romaine, Livre I, 8]). Il regroupait à l'origine les chefs de familles patriciennes. Avec la République, il regroupe d'abord les magistrats supérieurs sortis de leur charge puis peu à peu tous les magistrats. La liste des sénateurs, l'album, est remise à jour tous les lustres (cinq ans) par les censeurs. Ceux-ci peuvent y inscrire des particuliers pour hauts faits d'armes mais cela reste exceptionnel. Le sénatss donne son avis sur les lois proposées par les magistrat. Cet avis s'appelle un Senatus consulte. Les anciens consulss votent en premier puis les anciens préteur. L'autorité morale du sénat, l'auctoritasss, est considérable. Ses avis sont toujours suivis par les magistrats. Aidé par les questeur, le sénat gère le trésor public. Il dirige les affaires étrangères et la guerre avec les consuls. Il s'occupe aussi de la religion civique.
Toutes les magistratures sont collégiales. Chaque magistrat peut s'opposer à ses collègues (l’intercessio) et à tout magistrat qui lui est inférieur et même éventuellement sanctionner celui-ci. Toutes les magistraturesss durent un an. Les magistrats les plus importants sont les consul qui dirigent la cité et l'armée. Mais pour pouvoir se présenter au consulat, il faut avoir gravi la carrière des honneurs, le cursus honorum (ne fut formalisé que par la lex Villia Annalis en 180 av. J.-C), c'est-à-dire avoir été élu précédemment à toutes les magistratures inférieures dans un ordre précis : questure, édilité, préture. Après avoir occupé une charge, il faut attendre plusieurs années avant de pouvoir se présenter à la magistrature supérieure, ce qui fait qu'un homme politique ne peut pas briguer le consulat avant 40 ans au minimum. En cas de danger, les consuls peuvent choisir un dictateur qui possèdent les pleins pouvoirs pendant six mois.
La vie sous la République
Les Romains ont conservé longtemps des habitudes paysannes menant une vie dure et laborieuse. Au début de la République les petits propriétaires sont nombreux. Ce sont eux qui fournissent des troupes aux armées romaines.
Par la suite, même après des transformations considérables, l'idéal social, politique et culturel d'une cité composé d'agriculteurs autonomes à la vie frugale a toujours gardé une force importante. Le rappel à la simplicité, largement idéalisée, des ancêtres, à leur mœurs (mos maiorum) fut une constante de la vie politique et culturelle de Rome et constitue un cliché mobilisé par de nombreuses sources et de nombreux grands personnages de Rome.
Cela ne doit pas masquer cependant les profondes transformations qui ont touché la société romaine durant les cinq siècles d'existence de la République. Malgré l'existence d'une continuité culturelle importante, en particulier dans les domaines religieux et juridiques, dans la mobilisation d'un certain idéal social, entre -509 et 31 av. J.-C c'est non seulement la vie et l'organisation de la société romaine qui change, mais aussi la définition même du « Romain ».
Si, au début de la République, les Romains sont les citoyens en nombre restreint d'une cité aristocratique ordinaire, les conquêtes, l'ouverture culturelle qu'elles entraînent et les changements sociaux qu'elles induisent, surtout après la seconde guerre punique, transforment énormément la société romaine. Non seulement, à la fin de la République, la ville de Rome est devenue une métropole immense rassemblant des centaines de milliers d'habitants, mais les Romains ont reçu les dividendes d'une conquête qui s'est étendue à toute la Méditerranée. Leur société en a été transformé : l'esclavage a pris une importance considérable, la vie économique s'est considérablement complexifiée, enrichie et intensifiée, les écarts sociaux se sont considérablement accrus et l'équilibre politique de l'aristocratie sénatorial a volé en éclat, malmené par les ambitions des plus grands généraux.
La fin de la République voit une place toujours plus grande accordée à la culture grecque hellénistique, bien différente de l'hellénisme archaïque et classique qui était présent à Rome dès l'époque royale, en même temps qu'une extension considérable de la romanité : lorsque la République cède la place à l'empire, tous les habitants libre de l'Italie sont devenus citoyens romains, et cette unification juridique s'accompagne d'une unification culturelle. La vie des Romains sous la République est donc marquée, par delà les continuités bien réelles, par une très forte diversité selon les périodes, les régions et les groupes sociaux.
Les Romains vivent dans une maison simple avec peu de meubles, la domus. On retrouve cette simplicité dans leur nourriture et dans leur tenue vestimentaire. Même la toge des patriciens n'est, au début de la république, qu'une pièce d'étoffe sans ornement.
La famille obéit au paterfamilias, qui a toute autorité sur sa femme et ses enfants. Mais peu à peu le droit de vie et de mort que le paterfamilias possédait sur sa famille disparaît. La matrone, vêtue d'une stola, s'occupe des affaires domestiques mais elle reste une mineure perpétuelle sous l'autorité de son époux ou de son fils ainé tant qu'elle reste au foyer c'est-à-dire soumise aux lares.
C'est d'abord au sein de la famille que se pratique la religion. Tous les jours et à tous les repas les Romains pratiquent des rites religieux devant le foyer dont les flammes (ignis) sont symboles de leur révérences envers les pénates qui veillent sur la régularité des approvisionnement, les lares qui protègent la maisonnée et le genius qui assure au paterfamilias et à la famille sa vitalité.
Les Romains pensent que de nombreuses divinités les assistent de la naissance à la mort dans leur maison. Les morts sont incinérés et leurs cendres sont placées dans une urne enterrée à même la terre ou placée dans un monument funéraire pour les plus riches. À leur anniversaire les défunts reçoivent des fleurs, de la nourriture, des boissons. L'obligation de rendre un culte aux défunts rend nécessaire le fait d'avoir des enfants ou d'en adopter. En effet les Romains croient que les morts négligés reviennent sur terre tracasser les vivants.
La religion sous la République
La religion romaine antique est avant tout un polythéisme ritualiste. Elle ne possède pas un corps de doctrine ni une révélation spécifique, mais s'organise avant tout par la pratique. Ce sont les divers rituels, comme le sacrifice, qui instituent l'ordre du monde et les catégories pour le penser : dans la religion romaine, comme l'a souligné John Scheid, « faire c'est dire »[John Scheid, Religion, institutions et société de la Rome antique, Fayard, 2003 ]. Les rites sont donc transmis de la manière la plus scrupuleuse possible et la religion romaine est profondément traditionaliste. L'absence d'une doctrine unifiée, la séparation entre la conviction personnelle et l'exécution littérale du rituel, autorisent cependant des ouvertures et des transformations, en particulier l'accueil de nouvelles divinités, le syncrétisme avec d'autres mythologies, le développement de spéculations métaphysiques et philosophiques.
Les Romains sont un peuple très pieux et superstitieux. Ils honorent un très grand nombre de divinités. En dehors des divinités domestiques, ils vénèrent plusieurs grands dieux assimilés au panthéon de la mythologie grecque. Jupiter, équivalent latin de Zeus, est le roi des dieux. Il est le maitre de la foudre de la lumière et des serments. Il est associé à Minerve et Junon et forme la triade capitoline qui protège la cité.
Des abstractions sont divinisés comme Fortuna, Virtus ou Fides. Ainsi Abéona et Adeona apprennent aux petits enfants à aller et à venir, Iterducca et Doniducca à s'éloigner de la maison et à en revenir.
Pour des raisons politiques ou pratiques, les Romains n'hésitent pas à adopter les dieux des autres cités ou des autres peuples. Asclépios a été « adopté » pour lutter contre les fièvres des marais. L'exemple le plus célèbre est certainement celui de Junon la déesse tutélaire de la cité voisine de Veies. Lors de la conquête de cette ville, les Romains prétendent utiliser l’evocatio[Encyclopaedia universalis, DVD version 2007, article Rome et l'Empire romain-la République], pour inviter Junon à quitter son domicile et à venir à Rome où elle est accueillie avec honneur. Après leur victoire, Les Romains dressent un temple sur le Palatinss. Certains dieux semblent proprement latin comme Janus, le dieu à deux visages, divinité des portes et des carrefours ou Flora qui préside à tout ce qui fleurit. Les Romains organisent leur calendrier pour n'oublier aucun dieu, de peur que ceux-ci ne leur nuisent.
Les Collèges de prêtres spécialisés de la religion romaine sont :
- le collège des pontifes, présidé par le grand pontife (pontifex maximus), qui joue un rôle très important dans l'organisation de la religion ;
- le collège des flamines, 3 majeurs et 12 mineurs, composés de prêtres romains voués au culte d'un seul dieu ;
- le collège des vestales, composé de six membres, qui doivent veiller à ce que le feu de la cité ne s'éteigne jamais et sont vouées à la chasteté ;
- le collège des augures, composé de prêtres spécialisés dans l'interprétation des signes envoyés par Jupiter, dieu maître des « signes » ;
- le collège des fétiaux ou Féciaux, composé de prêtres, principalement chargé dans les relations entre Rome et les autres peuples à ce que la pax deorum ne soit pas brisée ;
- le collège des frères Arvales, composé de 12 prêtres, spécialisés dans la célébration du culte de Dea Dia, équivalente de la déesse Cérès ;
- le collège des luperques, constitué des fils des cinq plus anciennes familles aristocratiques, descendantes des fondateurs de Rome.
- la confrérie des Saliens, voués au culte de Mars.
Rome à la conquête de la Méditerranée
Une armée de citoyens
De 17 à 46 ans, les citoyens romains doivent effectuer leur service militaire. Seuls les citoyens propriétaires ont le devoir de se battre pour la République[Tite-Live, Histoire romaine, Livre I, 43]. En effet les Romains pensent que celui qui a un bien à protéger se bat avec plus d'ardeur. Les plus riches combattent dans la cavalerie (equites), les autres sont fantassins (pedites)[Tite-Live, Histoire romaine, Livre I, 43].
Après les réformes de Camille[Plutarque, Vie de Camille, dans la Vie des hommes illustres], ils forment des légions d'environ 4 500 hommes, composés notamment des hastati, les jeunes citoyens (iuniores) bien entraînés en première ligne, des principes, eux aussi iuniores mais plus expérimentés, en deuxième ligne, et des triarii, les seniores, qui forment la dernière ligne. Les plus pauvres combattent en tant que vélites. Il existe aussi des troupes auxiliaires composées de soldats ne jouissant pas de la citoyenneté romaine qui assistent les légions.
Chaque année le sénat fixe le nombre de soldats à mobiliser. Au mois de Mars, sur le Champ de Marsss, les consul, aidés des tribuns militaires, procèdent à la levée des légions, le contingent nécessaire est choisi par tirage au sort parmi les mobilisables, des recruteurs sont envoyés en campagne, et les volontaires sont pris en supplément. Lorsque la patrie est en danger (tumultus), on opère la levée en masse de tous les citoyens mobilisables, sans distinction. En automne, lorsque la campagne est achevée, l'armée est licenciée.
Il règne dans la légion une discipline rigoureuse. Les châtiments corporels sont fréquents en cas de désobéissance. Les légions romaines sont connues pour leur construction de camps fortifiés provisoires lorsqu’elles se déplacent en campagne militaire.
L’expansion romaine en Italie
Rome s'impose dans le Latium
Rome reste longtemps une petite cité de la ligue latine sans importance, se battant contre les peuples voisins, notamment les étrusques[Florus, Abrégé de l'histoire romaine, Livre I, XII]. Son premier fait d'armes est la prise de Fidènes, située sur le Tibre, à courte distance en amont de Rome en 425 av. J.-C[Tite-Live, Histoire romaine, Livre IV, 34] En 405 av. J.-C commence le siège de Véies[Tite-Live, Histoire romaine, Livre IV, 61], qui dure près de dix ans[Tite-Live, Histoire romaine, Livre V, 21].
En 390 av. J.-C, Rome est prise par les Gaulois, et subit son premier sac[Tite-Live, Histoire romaine, Livre V, 37-43]. Pour les romains cet épisode est vécu comme une catastrophe nationale[Florus, Abrégé de l'histoire romaine, Livre I, XIII]. Ils ont la conviction que les dieux ont quitté momentanément la ville[Tite-Live, Histoire romaine, Livre V, 50]. La cité met longtemps à se relever de ce désastre[Tite-Live, Histoire romaine, Livre VI]. Après quelques accrochages avec ses voisins, notamment les étrusques de Tarquinii vaincus, et après avoir fait face à de nouveaux raids gaulois, Rome commence la conquête de l'Italie[Tite-Live, Histoire romaine, Livre VII]. D'abord face aux samnites, lors de la première guerre samnite, les Romains interviennent, en 343 av. J.-C, pour protéger Capoue des Samnites[Tite-Live, Histoire romaine, Livre VII, 30] et battent les montagnards[Tite-Live, Histoire romaine, Livre VII, 33]. S'ensuivent les guerres latines[Florus, Abrégé de l'histoire romaine, Livre I, XIV], qui opposèrent Rome à la Ligue Latine[Tite-Live, Histoire romaine, Livre VIII, 3], entourant en partie le territoire romain, qui se terminent par une victoire romaine[Tite-Live, Histoire romaine, Livre VIII, 10] et la dissolution de la ligue[Tite-Live, Histoire romaine, Livre VIII, 11]. Peu après, les sabins, qui s'étaient alliés aux latins, furent eux aussi vaincus[Florus, Abrégé de l'histoire romaine, Livre I, XV].
Le , un tournant dans l’histoire
Le représente donc un tournant majeur dans l'histoire de Rome, car il pose les bases de l'expansion qui suivit par l'extension du territoire romain jusqu’à la Campanie, malgré la résistance forte des montagnards Samnites. Les historiens contemporains identifient plusieurs facteurs qui expliquent ces changements : le traumatisme des invasions gauloises, et les difficultés qui suivirent avec ses voisins, semblent avoir persuadés les Romains de ne plus accepter de menaces et d'entamer une expansion impérialiste[F. Hinard dir., Histoire romaine, Paris, 2000, p. 242] que l'on a pu parfois qualifié d'impérialisme défensif.
D'autre part, à cette période, Rome a su mettre fin à ses divisions sociales et à la longue opposition de la plèbe et du patriciat : la couche supérieure de la plèbe peut désormais partager les prérogatives qui étaient réservées aux patriciens : une nouvelle aristocratie romaine s'est élaborée, la nobilitas, offrant une stabilité politique et sociale bien plus grande dans le cadre de l'idéal d'une oligarchie de pairs qui pouvait toutefois offrir certaines ouvertures. Romennesnnes pouvait donc proposer un modèle politique séduisant aux aristocraties des autres cités méditerranée, atout diplomatique non négligeable. La diplomatie joua en effet dans la conquête romaine un rôle souvent négligé au profit des aspects purement militaires. La deditio de Capoue en 343 av. J.C en constitue le meilleur exemple : pour bénéficier de la protection romaine, la cité campanienne de Capoue se livra complètement à Rome qui vit sa zone d'action traditionnelle brutalement étendue à la riche région qu'était la Campanie. Une alliance solide se constitua qui consolida la confiance que Rome avait en elle-même, l'annexion du Latium qui suivit avec la dissolution de la ligue latine, posa aussi les bases de nouveaux rapports entre Rome et certains des peuples conquis. La concession du droit de cité sine suffragio - tous les droits du citoyen à l'exception du droit de vote - permettait une unification juridique et la consolidation de liens forts sans remettre en cause, dans un premier temps, l'équilibre politique de Rome. Le cas de Capoue est là encore le meilleur des exemples : si les Capouans reçoivent le droit de cité 'sine suffragio', l'aristocratie de la cité reçu le droit de cité complet et devint romaine : les 1600 chevaliers capouans devaient par ailleurs recevoir de la plèbe de leur cité la somme que les chevaliers romains recevaient à Rome[F. Hinard dir., Histoire romaine, Paris, 2000, p. 262]. L'interpénétration des élites fut si importante que l'on parle parfois d'« état romano-campanien »[F. Hinard dir., Histoire romaine, Paris, 2000, p. 266-267], toujours est-il qu'un mécanisme essentiel des conquêtes à venir s'était mis en place : Rome s'appuyait sur les aristocraties locales, ou sur une partie des ces aristocraties, pour étendre son territoire, en échange elle offrait à ces aristocraties la stabilité politique et l'insertion valorisante dans un ensemble plus vaste, l'accès à une échelle supérieure. La diffusion croissante et le prestige fort de la culture grecque offrit à ces diverses aristocraties un ensemble de références culturelles partagées et des modèles artistiques pour médiatiser tant leur relation réciproques que leur domination sociale. Dès lors Rome ne rencontra de réelles difficultés dans ses conquêtes que dans deux types de guerres : d'une part les guerres avec des peuples qui ne possédaient pas une aristocratie civique aussi organisée, comme les Samnites, d'autre part les guerres avec d'autres empires reposant sur les mêmes principes, comme Carthage. Dans ces deux cas la valeur militaire romaine, et la stabilité politique qui permis de résister à de lourdes défaites, jouèrent un rôle fondamental.
L’Italie devient romaine
La fondation de Frégelles et de graves tensions à Naples, cité divisée où l'aristocratie penche pour l'alliance romaine et la plèbe pour l'alliance Samnite, provoquent une réaction hostile immédiate des Samnites[Tite-Live, Histoire romaine, Livre VIII, 23]. Le conflit dure 40 ans. Les Romains remportent leurs premiers succès, la cité grecque de Naples fait appel à eux. La guerre est portée en territoire samnite, initiative qui se termine par la capture humiliante de deux légions par le samnite Caius Pontius à la bataille des Fourches Caudines, en 321 av. J.-C[Tite-Live, Histoire romaine, Livre IX, 1-6]’[Florus, Abrégé de l'histoire romaine, Livre I, XVI]. Les Romains commencent en 312 av. J.-C la construction de la Via Appia qui relie Rome à Capoue[Tite-Live, Histoire romaine, Livre IX, 29]. En 298 av. J.-C, les hostilités reprennent. Les Romains écrasèrent une coalition[Florus, Abrégé de l'histoire romaine, Livre I, XVII] de samnites, étrusques, ombriens et de divers peuples italiques et gaulois à la bataille de Sentinum[Tite-Live, Histoire romaine, Livre IX, 27], les Samnites capitulèrent en 290 av. J.-C, Rome asservit leurs villes et annexa leur territoire : le principal obstacle à une domination de l'Italie était tombé.

264 av. J.-C
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À partir de 282 av. J.-C, Rome s'assure la domination des cités de la Grande Grèce au sud de la péninsule. La plus puissante ville du Sud, Tarente, tente bien d'arrêter la marche de Rome en faisant appel au roi d'Épire, Pyrrhus Ier[Florus, Abrégé de l'histoire romaine, Livre I, XVIII]. Mais, après quelques succès éphémères, celui-ci se retire et les cités grecques doivent s'avouer vaincues[Plutarque, Vie de Pyrrhus, dans la Vie des hommes illustres]. Tarente tombe en 271 av. J.-C et entre à son tour dans l'orbite de la puissance romaine[Florus, Abrégé de l'histoire romaine, Livre I, XVIII].
Les sallentins et les picéniens furent à leur tour soumis[Florus, Abrégé de l'histoire romaine, Livre I, XIX-XX]. En 265 et 264 av. J.-C, Rome prend et détruit la cité étrusque de Volsinies et les villes étrusques au Sud de l'Arno sont rattachées à la République romaine[Florus, Abrégé de l'histoire romaine, Livre I, XXI].
L’expansion romaine en Méditerranée
À partir de 264 av. J.-C, commence le grand affrontement contre Carthage qui marque un tournant dans l'histoire de Rome. Carthage, ancienne colonie phénicienne a développé d'abord des comptoirs commerciaux, puis des points d'appui et des colonies dans toute la Méditerranée occidentale et notamment à l'ouest de la Sicile grâce à son esprit d'entreprise. Rome se méfie des ambitions carthaginoises en Sicile. C'est la cause de la première guerre punique[Florus, Abrégé de l'histoire romaine, Livre II, II] qui dure près de vingt-cinq ans[Diodore de Sicile, Histoire Universelle, Livre XXIV]. La victoire navale du proconsul Lutatius Catulus devant les îles Égates, à l'ouest de la Sicile, contraint Carthage à signer une paix humiliante[Diodore de Sicile, Histoire Universelle, Livre XIII-XXIV]. Elle abandonne la Sicile, puis la Sardaigne et la Corse et paie un tribut.
Après la première guerre punique, Rome s'étend en Illyrie[Florus, Abrégé de l'histoire romaine, Livre II, V] (Guerres d'Illyrie), après avoir vaincu les ligures[Florus, Abrégé de l'histoire romaine, Livre II, III] et les insubres[Florus, Abrégé de l'histoire romaine, Livre II, IV]. De son côté, Carthage se lance à la conquête de l'Hispanie. Cette expansion inquiète Rome qui fait renaître les hostilités en 219 av. J.-C[Tite-Live, Histoire romaine, Livre XXI, 1-18] Mais la République trouve en face d'elle, en la personne d'Hannibal, un adversaire redoutable, un homme politique et militaire de génie. Celui-ci décide d'attaquer par voie terrestre avec un contingent de 70 000 hommes et des éléphants, animaux de guerre impressionnants. Une longue marche leur fait traverser l'Hispanie, le sud de la Gaule, puis traverser les Alpes[Tite-Live, Histoire romaine, Livre XXI, 23-38]. Hannibal remporte alors dans le nord de l'Italie une série de victoires[Tite-Live, Histoire romaine, Livre XXI, 46-48] et avance vers le sud en traversant les Apennins[Tite-Live, Histoire romaine, Livre XXI, 51-59]. Là, sur les rives du lac Trasimène, il écrase une nouvelle fois une armée romaine le 23 juin 217 av. J.-C[Tite-Live, Histoire romaine, Livre XXII, 1-7] Le Sénat lève une grande armée, mais Hannibal la réduit à sa merci à Cannes, en août 216 av. J.-C[Tite-Live, Histoire romaine, Livre XXII, 43-54] Les villes alliées à Rome dans le sud de l'Italie (mais dans le sud uniquement) se rallient à Hannibal[Tite-Live, Histoire romaine, Livre XXII, 61]. Celui-ci s'installe à Capoue [Tite-Live, Histoire romaine, Livre XXIII, 6-7].
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Rome refuse de s'incliner. Vingt-trois légions nouvelles sont enrôlées avec notamment des esclaves affranchis pour l'occasion[Tite-Live, Histoire romaine, Livre XXIII, 31-32]. Rome reprend l'offensive, s'empare de Syracuse[Tite-Live, Histoire romaine, Livre XXV, 30] puis de Capoue[Tite-Live, Histoire romaine, Livre XXVI, 13] en 211 av. J.-C Ayant la maîtrise de mers, elle a envoyé un corps expéditionnaire en Hispanie[Tite-Live, Histoire romaine, Livre XXII-XXVIII] puis en Afrique[Tite-Live, Histoire romaine, Livre XXIX-XXX] sous la direction de Scipion l'Africain. Après la conquête de l'Hispanie, Scipion a finalement raison d'Hannibal en 202 av. J.-C dans la plaine de Zama[Tite-Live, Histoire romaine, Livre XXX, 32-35], ce qui met fin à la deuxième guerre punique[Florus, Abrégé de l'histoire romaine, Livre II, VI]. Les vaincus, qui perdent leurs possessions extérieures doivent payer un énorme tribut à Rome qui devient la première puissance de la Méditerranée occidentale en 202 av. J.-C[Tite-Live, Histoire romaine, Livre XXX, 37&43] La République romaine s'étend sur l'Italie, l'Hispanie et l'Afrique. Carthage est finalement détruite en 146 av. J.-C pendant la troisième guerre punique[Florus, Abrégé de l'histoire romaine, Livre II, XV] délibérément décidée par le Sénat. Après un siège de trois ans, Scipion Émilien prend la ville, la rase, maudit son sol.
Au , Rome se lance (plus par les circonstances que par un plan défini) à la conquête de l'Orient méditerranéen. Vers 190 av. J.-C, guerre contre le roi séleucide Antiochos III[Tite-Live, Histoire romaine, Livre XXXVI, 1]’[Florus, Abrégé de l'histoire romaine, Livre II, VIII], dont l’expansion menace la Grèce. Les conquêtes de Antiochos III en Asie Mineure sont partagés entre des royaumes protégés par Rome : les royaumes de Pergame, du Pont, et de Bithynie[Tite-Live, Histoire romaine, Livre XXXVIII, 38].
En 168 av. J.-C, la Macédoine est conquise, après plusieurs guerres[Tite-Live, Histoire romaine, Livre XXXI-XLV]’[Florus, Abrégé de l'histoire romaine, Livre II, VI&XII&XIV]. Entre 149 et 146 av. J.-C, révolte de la Macédoine et de la ligue achéenne : victoire romaine, pillage et destruction de Corinthe. En 133 av. J.-C, le royaume de Pergame échoit en héritage à Rome. Il donne naissance à la province d'Asie.
De l'autre côté de l'Italie, Rome détient une partie de l'Hispanie depuis les guerres puniques, où les révoltes seront fréquentes[Florus, Abrégé de l'histoire romaine, Livre II, XVII-XVIII].
Des armées de citoyens et de prolétaires
Des Germains envahissent la Gaule et écrasent à plusieurs reprises les armées romaines[Florus, Abrégé de l'histoire romaine, Livre III, IV]. En 107 av. J.-C, le consul Marius opère une réforme militaire profonde, en admettant, dans les rangs de l'armée, les prolétaires, c'est-à-dire les citoyens non propriétaires, qui n'avaient pas, jusque-là, accès aux légions. Une armée de pauvres succède ainsi aux armées de propriétaires terriens, mais c'est une armée de métier, prête à se dévouer à son chef et à lui ouvrir la route du pouvoir, d'autant que celui-ci est généreux. La nouvelle armée permet à Rome et à Marius de triompher face à deux menaces[Florus, Abrégé de l'histoire romaine, Livre III, IV]’[Florus, Abrégé de l'histoire romaine, Livre III, II].
En Afrique, Jugurtha tient en échec les chefs militaires envoyés sur place par Rome[Florus, Abrégé de l'histoire romaine, Livre III, II]’[Salluste, Guerre de Jugurtha']. Au nord des Alpes, les Cimbres venant du Jutland et les Teutons originaires du Mecklembourg, ravagent le sud de la Gaule[Florus, Abrégé de l'histoire romaine, Livre III, IV], devenu une province romaine en 125 av. J.-C sous le nom de Narbonnaise. Marius, nommé proconsul, réussit à vaincre Jugurtha[Florus, Abrégé de l'histoire romaine, Livre III, II]’[Salluste, Guerre de Jugurtha'], puis, réélu extra-légalement consul, il défait les Teutons, puis les Cimbres en Cisalpine[Florus, Abrégé de l'histoire romaine, Livre III, IV]. Marius devient le sauveur de Rome. Des lois agraires récompensent ses vétérans en leur donnant des lots de terre à cultiver. Pour rester au pouvoir, Marius s'associe à des chefs du parti populaire.
En 90 av. J.-C et 50 av. J.-C, les Romains mènent plusieurs guerres contre Mithridate VI Eupator[Florus, Abrégé de l'histoire romaine, Livre III, VI], roi du Pont, sous les commandements de Sylla puis Licinius Murena et Licinius Lucullus. Les campagnes contre Mithridate VI ont comme conséquence l'intervention romaine au proche Orient et la conquête de la Syrie et du royaume des Macchabées en -64 et 63 av. J.-C par le consul Pompée[Florus, Abrégé de l'histoire romaine, Livre III, VI].
Enfin la conquête de la Gaule par Jules César entre 58 et 51 av. J.-C[Florus, Abrégé de l'histoire romaine, Livre III, XI]’[Jules César, La Guerre des Gaules] montre que la victoire est devenue un instrument de pouvoir pour les généraux vainqueurs.
Les crises de la République
La question agraire
La guerre profite surtout aux riches. Les rangs des citoyens petits propriétaires se sont éclaircis, surtout pendant la seconde guerre punique[Florus, Abrégé de l'histoire romaine, Livre III, XIV]. Il y a donc moins d'agriculteurs. Les campagnes se couvrent de vastes pâturages. Le blé importé de Sicile concurrence celui des petits producteurs latins qui, ruinés, vendent leurs terres à bas prix aux grands propriétaires et s'en vont à Rome rejoindre la plèbe urbaine. Les grandes familles se constituent ainsi d'immenses domaines, les latifundia, où sont installés de paysans non propriétaires, les colons, et de nombreux esclaves. Elles forment la nobilitas, la noblesse qui accapare les magistratures et remplit le Sénat. À côté de cette noblesse foncière, apparaît une nouvelle classe d'hommes d'affaires qui s'enrichissent dans le commerce, la banque et le crédit. Leur richesse leur permet de tenir une place importante dans l'ordre des chevaliers. La noblesse et les chevaliers s'entendent pour exploiter l'empire naissant qui a été divisé en provinces. Hommes d'affaires et magistrats issus de la noblesse s'enrichissent en les pillant souvent de manière systématique.
En ville par contre, le chômage s'accroit, la main-d’œuvre salariée était concurrencée par la masse des esclaves apportées par les conquêtes. Rome devient une ville bigarrée rassemblant, à côté des citoyens romains, des Italiens, des Grecs, des affranchis de tous horizons. Cette foule entretient une agitation constante dans la cité. À partir de 133 av. J.-C, les tensions se multiplient entre les riches et les pauvres, d'autant plus que le luxe le plus tapageur a fait son apparition à Rome. Pourtant une tentative de réforme se dessine avec les Gracques[Plutarque, Vies de Tibérius et Caïus Gracchus, dans la Vie des hommes illustres]. Tiberius Gracchus est issu d'une grande famille noble[Florus, Abrégé de l'histoire romaine, Livre III, XV]. Il pense qu'une réforme agraire est nécessaire pour résoudre le problème de la plèbe. Il devient tribun de la plèbe et dépose une loi limitant l'occupation du domaine public à 125 hectares par personne. Les occupations illégales des terres par la noblesse sont déclarées nulles. Une commission composée exclusivement de membres de la famille des Gracques est chargée de repartir les terres entre les citoyens les plus pauvres. La noblesse mécontente suscite des émeutes. Tiberius Gracchus est massacré[Florus, Abrégé de l'histoire romaine, Livre III, XV]. Dix ans plus tard, son frère Caïus Gracchus reprend le flambeau[Florus, Abrégé de l'histoire romaine, Livre III, XVI]. Il est élu tribun en 123 et 122 av. J.-C Il retire au Sénat la nomination des gouverneurs des provinces et donne aux chevaliers l'exploitation des impôts en Asie. Il décide de fonder des colonies avec des lots de terre pour les citoyens pauvres et fait distribuer du blé à bas prix pour eux. Lui aussi périt assassiné en 121 av. J.-C[Florus, Abrégé de l'histoire romaine, Livre III, XVI] Toutes ses réformes sont abandonnées. Seuls les chevaliers conservent leurs avantages.

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86 av. J.-C)]]
Les guerres civiles
Après les Gracques, vient le temps des ambitieux qui luttent pour le pouvoir. Grâce à la réforme militaire opérée en 107 av. J.-C et à ses victoires en Afrique et en Gaule, Marius domine la vie politique, associant les chefs du parti populaire à son pouvoir. Mais des troubles éclatent en 100 av. J.-C Marius utilise ses troupes contre ses anciens alliés. Il doit cependant quitter le pouvoir. En 91 av. J.-C, commence la guerre sociale. Les Italiens se révoltent pour réclamer leur indépendance. En effet ceux-ci bien que faisant partie depuis longtemps de la République, ils n'ont pour la plupart acquis le statut de citoyens et sont toujours considérés comme des sujets. Pour mettre fin à la révolte, Rome accorde à tous les Italiens la citoyenneté romaine. À Rome même, les émeutes se succèdent à chaque élection. Les institutions républicaines ont du mal à fonctionner normalement. Les chevaliers et la nobilitas s'affrontent pour l'exploitation des provinces.
En 88 av. J.-C, Lucius Cornelius Sylla est élu consul. Il prépare une campagne militaire contre Mithridate VI Eupator, roi du Pont quand un plébiscite lui retire son commandement au profit de Marius. Il marche alors sur Rome avec ses troupes, prend le pouvoir par la force et fait tuer tous ses adversaires. Il part ensuite faire la guerre. Marius en profite pour revenir au pouvoir par la force. Il annule toutes les mesures prises par Sylla, mais meurt assez vite. Ses partisans gardent le pouvoir et affrontent Sylla revenu victorieux d'Orient en 83 av. J.-C Grâce à sa victoire à la bataille de Sacriport, celui-ci s'ouvre les portes de Rome. Il se montre alors impitoyable, faisant massacrer les prisonniers, pourchassant ses opposants. Il fait publier dans les rues de la ville la liste de tous les proscrits. Sylla opère ensuite des réformes politiques. Il double le nombre de sénateurs en y ajoutant 300 chevaliers. Il ouvre le Sénat aux anciens questeurs. Il interdit aux consuls d'avoir des armées en Italie au Sud du Rubicon. Il impose que les provinces soient administrées par des proconsuls ou des propréteurs, c’est-à-dire des anciens consulss et des anciens préteur. Il réorganise la justice en publiant les lois cornéliennes qui précisent les délits et les crimes. Les Romains voient en Sylla le héros providentiel doté par les dieux d'une chance quasi surnaturelle. Mais alors que son pouvoir semblait fait pour durer, il se retire sans explication de la vie politique en 79 av. J.-C et meurt l'année suivante.
Le premier triumvirat et l’ascension de César