La rébellion des esclaves
Appien indique sans grande précision que Spartacus a servi dans une légion, qu'il a été fait prisonnier de guerre et vendu. On peut supposer qu'il ait été enrôlé comme
auxiliaire, et qu'il soit un déserteur repris et vendu comme gladiateur.
Spartacus se révolte à l'école de gladiateurs de Capoue qui l'entraînait comme parmularius et s'enfuit sur les pentes du Vésuve avec ses compagnons. Réussissant à vaincre les unités envoyées réprimer sa révolte, il ne cesse d'attirer non seulement des esclaves mais aussi des petits paysans et des bergers, formant ainsi une véritable armée.
Villes après villes, villages après villages, Spartacus rallie à lui de plus en plus d'esclaves. Rome ne le reconnaît pas en tant que menace et le sous-estime grandement. Les romains n'envoient que deux légions pour stopper sa rébellion. Les autres légions sont accaparées par la révolte de Sertorius en Hispanie et le conflit contre Mithridate VI en Orient.
Tandis que le gladiateur Crixus est battu et tué lors d'un premier engagement, Spartacus décide de remonter vers le nord et vainc les unes après les autres les légions engagées contre lui, dont l'une était dirigée par le consul Lucius Gellius Publicola. 300 soldats romains faits prisonniers sont contraints de s'entretuer dans un combat de gladiateurs pour venger la mort de Crixus.
Spartacus se dirige ensuite vers Rome, vainc de nouveau les consuls, mais renonce à marcher sur Rome et se replie dans le Sud de l'Italie.
Le Sénat romain confère à Crassus, riche et ambitieux, le commandement d'une armée avec six nouvelles légions. Crassus engage les opérations en octobre, et il les finance sur ses deniers. Il ne cherche pas à engager le combat avec l'armée de Spartacus, dont il se contente de contrecarrer les raids qu'il lance pour se ravitailler. Son légat, désobéissant à ses ordres, attaque une partie des troupes de Spartacus, avec deux légions, mais subit un désastre. Pour faire un exemple et impressionner les esprits, Crassus n'hésita pas à remettre en usage un châtiment qui n'était plus pratiqué, celui de la décimation (un dixième du premier rang, principalement responsable de la déroute, fut donc exécutée).
Spartacus s’est retiré et renforcé dans le Bruttium. Crassus entreprend de le bloquer par une ligne de retranchements. Spartacus réussit à forcer le blocus, mais, poursuivi par l’armée de Crassus, il subit plusieurs défaites. Espérant fuir par le port de Brindisi, et apprenant que l'armée de Lucullus y a débarqué, Spartacus est acculé à l'affrontement contre les légions de Crassus. Il meurt les armes à la main (-71).
Crassus termine en massacrant ou capturant les groupes de fuyards. La répression est sanglante : 6000 esclaves sont crucifiés sur la Via Appia, la route entre Capoue et Rome.
Commentaire
Outre les qualités d'organisateur et de meneur que
Appien prête à Spartacus, plusieurs raisons matérielles peuvent expliquer le succès initial et la durée de sa révolte:
- L'insuffisance des premières forces romaines engagées contre lui, et qui ne tiennent pas le choc contre ses attaques.
- La situation politique (Rome intervenant sur d'autres fronts) qui freine une mobilisation plus efficace.
- La situation sociale en Italie du Sud, région de grands latifundias (exploitations agricoles) exploitant durement des masses d'esclave, qui purent se joindre à la révolte.
En revanche
Appien note l'isolement de Spartacus, aucune cité ne le soutenant, par crainte que la rébellion ne s'étende à leur propres esclaves.
Le retentissement
Spartacus et son mouvement sont considérés par certains modernes comme le plus ancien évènement de l'histoire du
mouvement social, quoique ce ne soit pas le cas selon nos connaissances historiques (la
révolte des esclaves de
Sicile est antérieure, et la première grève d'ouvriers actuellement connue se situe en
Égypte pharaonique). C'est en revanche celui qui a eu le plus d'écho.
Le symbole reste fort et le mouvement de la gauche communiste allemande, ainsi que l'insurrection lancée par lui prendra le nom de
'spartakiste'.
Après un film muet des années 1910 du cinéma italien tombé dans l'oubli, plusieurs œuvres ont contribué à une large notoriété :
- 1945 Spartacus par Arthur Koestler (Agora)
.
- 1951 Roman de Howard Fast, condamné à la prison durant le maccarthisme.
- 1952 Film Italien en noir et blanc de Riccardo Freda, avec Massimo Girotti, Carlo Ninchi, Ludmila Tcherina.
- 1960 Film Spartacus, inspiré du roman précédent de Howard Fast, commencé par Anthony Mann et terminé par Stanley Kubrick.
- 2002 Spartacus pièce créée par la compagnie Jolie Môme.
- 2003 Spartacus est le nom du jeune « esclave révolté » du recueil de comic-strips intitulé La Petite Alice d'Anne-Marie Simond, Éditions du Héron.
- 2004 Spartacus, téléfilm américain de Robert Dornhelm avec Goran Visnjic, Alan Bates et Angus Macfadyen. [1]
- 2005 Spartacus, révolte des esclaves, roman de Max Gallo, éd. Fayard.
Bibliographie