Origine
La première mention d’Amitâbha dans le canon se trouve dans le
Pratyutpanna-samâdhi-sûtra écrit probablement au au
Gandhara. Traduit par le moine kouchanais Lokaksema en
179 à
Luoyang, alors capitale de l'empire
Han, il serait à l’origine de la diffusion de la Terre Pure en Chine, région où cette doctrine a pris son essor.

Peinture du siècle, évocation du mont Lushan où la Terre Pure prit son essor
La première mention archéologique d'Amitâbha est une dédicace sur un
piédestal de statue découvert près de Mathura dans l'état d’
Uttar Pradesh. Elle est datée du , 28 année du règne de Huvishka, souverain de l'
Empire kouchan, ce qui en fait le plus ancien document daté de tout le Mahâyâna. On a proposé une influence
persane pour expliquer l’apparition d’Amitâbha parmi les bouddhas et l’importance donnée à son champ de bouddha, mais sans aucune conclusion probante.
La Terre Pure en Chine
Inspiré par le
Pratyutpanna-samadhi-sûtra, le moine
Huiyuan (334-416) fonde en
402 avec ses compagnons au monastère de Donglin (東林寺) sur le
mont Lu un groupe de de dévotion à Amitabha, la
Société du lotus blanc (bailianshe 白蓮社), considéré comme le départ de l'école Terre Pure chinoise, qui voit en Huiyuan son patriarche fondateur. Cependant, la visualisation (
guanxiang 觀想) du bouddha est pour lui surtout une aide à la méditation
dhyana ou
chan (禪), et le vrai départ de l'amidisme interviendra un peu plus tard. Huiyuan restera toujours néanmoins une figure tutélaire ; son souvenir inspirera par ailleurs sous les
Song du Sud le fondateur d'une toute autre école, la
Secte du lotus blanc, promise à un destin agité.
Le Pratyutpanna-samadhi-sûtra, Soutra de la méditation qui permet de contempler tous les bouddhas (般若三昧經) a également inspiré Zhiyi (智顗 538-597), fondateur de l’école Tiantai.
Le second patriarche, avec qui le mouvement commença à prendre un réel développement, est Tanluan (曇鸞 476-542) du monastère Xuanzhong (玄中寺) au Shanxi. Viennent ensuite les moines Daochuo (道綽 562-645) et Shandao (善導 613-681) de la dynastie Tang, qui mettent en forme la doctrine de l’école. Elle s'appuiera jusqu'au Japon sur quatre textes, trois soutras groupés en un Sūtra Triparti de la Terre Pure (淨土三經) et un traîté :
- Grand Sukhavati-vyuha Sūtra, ou grand Soutra de Vie-Infinie (佛說無量壽經) ;
- Petit Sukhavati-vyuha Sūtra, ou petit Soutra de Vie-Infinie, encore appelé Sūtra d'Amita (佛說阿彌陀經) ;
- Sūtra Amitayurdyhana ou Soutra des contemplations (佛說觀無量壽經) ;
- Le traîté de Vasubandhu sur le Sukhavati-vyuha Sūtra.
Durant l'ère
Xianfeng de la dynastie
Qing, le moine Weiyuan (魏源) y ajoute le
Vœu de Samantabhadra du
Sūtra Avatamsaka. Au début de la
République de Chine, Yinguang (印光) joint à l'ensemble la
Récitation de Mahasthamaprapta du
Sūtra Shurangama. Pour les écoles chinoises qui acceptent cette tradition, les textes de la Terre Pure consistent donc en cinq soutras et un traîté.
Depuis le tout début avec Huiyuan, dévotion à Amitabha et méditation sont associées. En Chine, les courants Terre Pure et Chan n’ont jamais hésité à emprunter l’un à l’autre. Ainsi, le moine Chan Hung-Jen (601-674) considérait la récitation comme un bon exercice de préparation pour les débutants. Cimin Huiri (慈愍慧日 680-748), qui vécut 12 ans au Gandhara, est à l'origine d'un courant Terre Pure intégrant beaucoup de Chan et de tradition monastique. Des bouddhistes de tous les courants se sont intéressés à Jingtu et ont commenté sa doctrine. L'école s'est d'ailleurs plus développée par le biais de 'transfuges' syncrétistes que de lignées strictement structurées.
Tous deux centrés sur la pratique plus que sur la spéculation philosophique, pouvant se passer de grandes structures monastiques, Terre Pure et Chan ont tenu bon lors des persécutions de la dynastie Zhou et de 845, ainsi que sous le règne des empereurs mongols où le bouddhisme tantrique avait l'exclusivité de la faveur officielle. A partir de cette dynastie, le paysage bouddhiste chinois sera composé presque exclusivement des trois courants Terre Pure, Chan et tantrique, les deux premiers étant les plus répandus.
De manière générale, un certain degré de syncrétisme est toujours resté la norme dans le monde chinois. L’union des deux pratiques (jingchanyizhi 淨禪一致) y est quelquefois promue comme une version de la dualité compassion (Terre Pure) et concentration (Chan).
La Terre Pure au Japon
La doctrine de la Terre Pure (Jōdo-kyō 淨土教) pénétra au Japon dès l’époque de
Nara () avec l’école
Tendai. Jusqu’à la fin du , elle se répandit tout d’abord surtout dans l’aristocratie. L’un de ses plus célèbres promoteurs fut Genshin (源信 942-1017), tenant d’une vision
millénariste qui voyait en Amida (Amitabha) le seul secours dans un monde promis à la destruction. Peu à peu, de nombreux courants intégrèrent des éléments Jōdo, dont les yamabushis, Kegon et particulièrement
Shingon sous l’impulsion de Kakuban (覚鑁 1094-1143) qui tenta une synthèse d’Amitabha et de
Vairocana. La forme courroucée de ce dernier,
Fudo Myoo, fut dotée du pouvoir de favoriser l’entrée au paradis Gokuraku et incluse dans les peintures
raigo, représentations d’Amida avec ses acolytes.
La première école Terre Pure individualisée, Jōdo-shū (淨土宗), fut fondée par le moine
Honen Shonin (法然上人 1133-1212), ancien moine du mont Hiei (比叡山) déçu par
les enseignements du Tendai. Inspiré par Shandao, il centra la pratique sur l’invocation de la
formule 南無阿弥陀仏 (Namu Amida Butsu), dite 念仏 (nenbutsu), suffisante pour accéder à la terre pure 'Bonheur Suprême' 極楽 (Gokuraku).
Shinran Shonin (親鸞聖人 1173-1263), son disciple, insista pour sa part sur l’importance de la foi en Amida, seule apte à sauver, la récitation n’étant plus qu’une expression de gratitude. Ses disciples fondèrent après sa mort l'école Jōdo-Shinshū (淨土眞宗). L’orientation prise par ces deux premières écoles écarta nettement le Jōdo du Zen.
À l’ère Edo apparurent deux nouvelles écoles, Yuzu-nembutsu-shu (融通念仏宗) se réclamant du moine Tendai Ryonin (良忍 1072-1152) et Ji-shu (時宗) se réclamant d’Ippen (Ippen (一遍 1239-1289).
L’école Obaku (黃檗) fondée par Ingen-Ryuki (隱元隆琦 1592-1673), moine Chan ayant fui la Chine à l’arrivée des Mandchous, a conservé jusqu’à aujourdhui la tradition chinoise d’union des pratiques Zen et Jōdo.
Doctrine et pratiques

Peinture Raigo : Amitabha et ses acolytes
Amitabha s'insère dans la succession historique de différents bouddhas, chacun exerçant son influence sur une ère, la nôtre étant celle du bouddha Shakyamuni. Encore
bodhisattva, ils pratiquent le dharma auprès du bouddha dont ils prendront la succession. Ainsi le
bouddha Shakyamuni fut l'élève de
Dipankara et sera à son tour le maître de
Maitreya, le bouddha à venir. C’est ainsi que le bodhisattva Dharmakara étudia auprès de Lokesvararaja et devint Amitabha.
Selon le Soutra de Vie-Infinie, alors qu’il étudiait encore le dharma, Amitabha avait fait 48 vœux décrivant son futur monde, dont quatre (Nos 18, 19, 20 et 22) contiennent l’essentiel de la promesse faite aux fidèles : si ceux-ci font au moins dix fois dans leur vie le vœu de renaître dans sa terre pure située à l'ouest, et s’efforcent de garder le bouddha en esprit, particulièrement à l’instant de leur mort, il leur apparaitra et ils accèderont dans son royaume; ils pourront y poursuivre l’étude du dharma sous sa direction, devenant bodhisattvas, puis bouddhas.
Il existe des variantes théologiques entre les différentes branches de la Terre Pure, mais beaucoup recommandent ces cinq pratiques :
- Vénération et incantations : considérées comme seules indispensables par beaucoup d'écoles japonaises, elles constituent dans les mouvements chinois seulement une partie de la pratique, exercice personnel autant qu'incantation magique.
- Visualisation : il existe seize formes du bouddha décrites dans le Sutra de contemplation.
- Lecture et récitation des sutras : elles constituent une ascèse qui permet de garder le bouddha présent à l’esprit. De plus, les noms des déités contenus à l’intérieur exercent leur effet intangible lorsqu’ils sont prononcés.
- Vœux pour la renaissance dans la terre d’Amitabha : ils doivent être exprimés avec foi.
- Acquisition de mérites par la pratique de la compassion et la poursuite de la sagesse
Foi en l'efficacité des vœux d'
Amitabha, désir d’entrer dans son paradis et pratique sont les trois piliers de la
Terre Pure.
Voir aussi
Articles connexes
Bibliographie
- Hônen : Le gué vers la Terre Pure, Senchaku-shû, traduit du sino-japonais, présenté et annoté par Jérôme Ducor (Collection 'Trésors du bouddhisme'); Paris, Librairie Arthème Fayard, 2005. ISBN 2-213-61738-4
- Ducor, Jérôme : Les sources de la Sukhâvatî; Journal of the International Association of Buddhist Studies, 27-2 (2004), p. 357-410.
- Ducor, Jérôme : Le Sûtra d'Amida prêché par le Buddha, traduction du chinois en parallèle avec le sanskrit et le tibétain. Société Suisse-Asie, Monographies, vol. 29; Bern, Peter Lang, 1998 (ISBN 3-906759-50-4).
- Ducor, Jérôme : Terre Pure, Zen et autorité : La Dispute de l'ère Jôô et la Réfutation du Mémorandum sur des contradictions de la foi par Ryônyo du Honganji, avec une traduction annotée du Ha Anjin-sôi-no-oboegaki ''(Collège de France, Bibliothèque de l'Institut des Hautes Etudes Japonaises); Paris, De Boccard, 2007; ISBN 978-2-913217-18-8.
- Eracle, Jean : La doctrine bouddhique de la Terre Pure, introduction à trois Sûtra bouddhiques Coll. 'Mystiques et Religions'; Paris, Dervy-Livres, 1973.
- Eracle, Jean : Trois Soutras et un Traité sur la Terre Pure; Genève, Éditions Aquarius,1984.
Site externe