Le concept
Histoire du mot
Le mot
terrorisme est attesté pour la première fois en novembre 1794, il désigne alors la « doctrine des partisans de la
Terreur »
[Paul Cadroy cité par le Trésor de la langue française ([1] ]
), de ceux qui, quelque temps auparavant, avaient exercé le pouvoir en menant une lutte intense et violent contre les
contre-révolutionnaires. Il s'agit alors d'un mode d'exercice du pouvoir, non d'un moyen d'action contre lui. Le mot a rapidement évolué : en 1800 il désigne l'attentat contre Napoléon
[est-ce bien sûr, cela n'est relevé ni par Littré ni par le TLF], il ne s'agit plus d'une action de l'État mais d'une action contre lui.
Il a acquis une connotation préjorative et désigne aujourd'hui les actions violentes contre les civils pour répandre la terreur et ainsi faire pression sur un État. Elles visent spécifiquement les populations civiles, faites dans le but de détruire, tuer et de mutiler. Ces attaques ont pour but de promouvoir des messages à caractère idéologique, politique ou religieux par la peur et la publicité médiatique.
Tentatives de définition
Le terme de terrorisme est aujourd'hui très fréquemment employé en
droit international et par les institutions internationales, mais il ne donne pas lieu à une définition unique et universelle.
[ ONU ]
Certains éléments semblent faire consensus, le philosophe Jacques Derrida écrit ainsi :
« Si on se réfère aux définitions courantes ou explicitement légales du terrorisme, qu’y trouve-t-on ? La référence à un crime contre la vie humaine en violation des lois (nationales ou internationales) y implique à la fois la distinction entre civil et militaire (les victimes du terrorisme sont supposées être civiles) et une finalité politique (influencer ou changer la politique d’un pays en terrorisant sa population civile) ».[« Qu'est-ce que le terrorisme international ? ]
», Le Monde diplomatique, février 2004.
Dans le cadre d'une guerre conventionnelle, il existe en effet un cadre juridique précis, le droit de la guerre. Les actes violant le droit de la guerre sont alors qualifiés de crimes de guerre. Les notions de terrorisme et d'acte terroriste servent donc à qualifier des actes en dehors du cadre bien défini de guerre conventionnelle et du droit de la guerre, même si leur définition précise n'est pas bien établie d'un point de vue strictement juridique, ou plus exactement, même si un usage peut en être fait à des fins d'intérêts politiques.
Pourtant, même une fois exclus les crimes de guerre, le terrorisme reste difficile à définir avec une précision satisfaisante. Une définition proposée par le Groupe de personnalités de haut niveau et le Secrétaire général de l'ONU en 2004 est soutenue par la France, elle précise : « toute action […] qui a pour intention de causer la mort ou de graves blessures corporelles à des civils ou à des non-combattants, lorsque le but d'un tel acte est, de par sa nature ou son contexte, d'intimider une population, ou de forcer un gouvernement ou une organisation internationale à prendre une quelconque mesure ou à s'en abstenir ». [« Nouvelles menaces : les propositions du Groupe de personnalités » ]
, Centre de Nouvelles ONU, 2004.
Terrorisme et résistance
On distingue généralement terrorisme et résistances sur des critères éthiques, la résistance devant servir, à la différence du terrorisme, un objectif légitime. Cette distinction est développée par
Maurice Duverger, selon lui, la résistance se revendique du droit à l'autodétermination des peuples et à sa résistance à l'oppression, tandis que le terrorisme relève du crime organisé (??). La résistance ou guerre de partisans est utilisé comme un moyen de pression en vue de mettre fin à une occupation ou a une soumission violente. On peut citer quelques exemples de guerre de partisans ou résistance : les différents courants durant la
Seconde Guerre mondiale comme les
Francs-tireurs et partisans (FTP) qui se regrouperont pour former les
Forces françaises de l'intérieur (FFI) que
de Gaulle organise en un front uni de résistance à l'occupant nazi et à la France de
Vichy, la
guerre d'Algérie comme une guerre d'indépendance contre la France qui connut en son sein des actes de terrorisme de la part de l'Organisation armée secrète[OAS], ou plus récemment en
Grande-Bretagne avec la lutte de l'
Irlande du Nord.
Jacques Derrida encore rappelle de manière précise que la définition du terrorisme dépend de la possibilité de distinguer différents types de guerres, d'actions armées et de combattants, conformément aux analyses de Carl Schmitt qui font référence en la matière]]. Il précise :
Il est parfois difficile de distinguer entre des actes de résistance et des actes de terrorisme car les différents termes renvoient à une forme de légitimité
supposée des objectifs politiques qui justifierait en partie les actes de violence commis. La perception de cette légitimité varie largement selon les protagonistes et observateurs ce qui complique grandement l'établissement d'une définition objective et acceptée universellement de la notion de terrorisme. Un cas d'autant plus complexe qu'il fait partie de l'actualité est celui de l'
Irak, où diverses tendances de l'
Islam sont en guerre larvée et certains groupuscules armés recourent à des actes violents contre des civils irakiens ou étrangers. Se considérant résistants à l'occupation de leur pays par les
États-Unis d'Amérique les auteurs de ses actes prétendent trouver dans ce statut la justification de leurs actions. Si par contre on refuse d'accorder ce statut de résistant, soit par déni de l'objectif politique (ne considérant pas que l'Irak soit
occupé) soit parce qu'on considère que la violence extrême utilisée dépasse toute forme de justification, on parlera alors de ces actes de violence comme d'actes de terrorisme.
Ainsi, l'appellation de terroriste sous-entend une complète illégitimité de ces actions alors que la définition de résistant sous-entend une légitimité à résister à l'envahisseur.
Cette idée serait plus intelligible dans la globalité de la relation entre 'terrorisme et propagande'.
On distingue aussi le terrorisme du tyrannicide, ce dernier sanctionnerait l'irrespect par le souverain des règles auxquelles sa fonction le soumet, que ces règles soient d'origine naturelle, traditionnelle ou autres, tandis que le terrorisme estime l'ordre en place et ses règles iniques, et tend à leur destruction.
Les différents types de terrorisme
Il existe trois grands types de terrorisme :
- le terrorisme individuel, c'est à dire qu'il est provoqué par des rebelles, des anarchistes, ou des nihilistes (admettant une liberté morale)
- le terrorisme organisé, c'est à dire qu'il est proliferé par des groupes pretendants à des ideologies différentes (ex : extreme gauche, extrême droite, islamisme)
- le terrorisme d'Etat
Le terrorisme individuel
Le terrorisme individuel est une pratique qui s'est développée à la fin du et au début du . Ce terrorisme a été pratiqué par quelques
anarchistess, comme
Ravachol vengeant la Répression de Fourmies en
1891 et
Santo Geronimo Caserio, vengeant la répression exercée sur les anarchistes en assassinant en
1894 le
Président Sadi Carnot) ou autrement par des
nihilistes dans divers pays (
Russie,
France,
Espagne,
Italie, etc.).
Les attentats des nihilistes ou des anarchistes visaient (souvent pour venger la mort d'un de leurs anciens camarades due à la répression) des personnalités de la sphère politique ou proche (le riche, le militaire, le prêtre, le policier, l'homme politique, etc.) ayant participé à réprimer la population ou d'un de leurs camarades. L'idée étant qu'une fois supprimés les acteurs de cette répression, celle-ci s'estomperait dû à la peur des autres acteurs de la sphère politique répressive. Ce terrorisme avait un caractère spontané, et une base sociale.
Le terrorisme organisé
Lorsqu'il est pratiqué par un groupe de personnes ne représentant pas un gouvernement, on le nomme simplement terrorisme. Dans les
années 1960 et
1970, le terrorisme d'
extrême gauche et plus rarement d'
extrême droite[essentiellement un fantasme selon le Que sais-je ? consacré à la question, édition 2002] était le plus important, ayant des buts politiques différents, menant à une lutte directe ou indirecte avec l'État, dans le but (pour l'extrême gauche) de radicaliser politiquement la société vers des questions sociales, ou (pour l'extrême droite) d'imposer le débat nationaliste et/ou, dans une stratégie de tension, de créer une situation amenant l'État à faire descendre la police ou l'armée dans les rues.
Le type de terrorisme d'extrême gauche est souvent appelé lutte armée par ceux qui le pratiquent. Les membres des groupes terroristes s'appellent eux-mêmes généralement des résistants — ou des combattants, des partisans —, car ils considèrent qu'ils résistent à l'oppression du pouvoir politique en place, où qu'ils mènent des actions de libération, qu'ils comparent à celles menées par les Résistants à l'occupation nazie en Europe durant la Seconde Guerre mondiale.
Les terroristes se réclamant de l'islamisme se considèrent quant à eux comme des combattants de Dieu, menant une guerre sainte (traduction littérale qui ne fait référence qu'à la lutte physique incluse dans le terme Djihad, terme possédant d'autres significations). Depuis les années 1990, le terrorisme islamiste a pris une place croissante sur la scène internationale. Ses auteurs le justifient notamment comme une réponse apportée à la situation politique en Israël-Palestine et en Irak suite à l'intervention américaine..
Le terrorisme d'extrême droite trouve illustration dans le Ku Klux Klan aux États-Unis d'Amérique, menant un terrorisme constant contre la population noire jusque dans les années 60[Il existe toujours aujourd'hui, très affaibli], ou bien dans d'autres groupements comme les auteurs des attentats des jeux d'Atlanta.
Le terrorisme d'État est pratiqué par des services secrets à des fins politiques. Dans les années 1930, les services secrets soviétiques et italiens ont ainsi éliminé plusieurs de leurs opposants réfugiés en France. Pendant la guerre d'Algérie, les services français ont mené plusieurs centaines d''actions homicides' contre des responsables du FLN et de l'OAS. Après les indépendances, des régimes autoritaires tels que celui de Saddam Hussein ont aussi pratiqué la liquidation de pleurs opposants à l'étranger. Les démocraties modernes pourraient être accusées de terrorisme pour des actes comme le dynamitage du bateau de l'organisation Greenpeace nommé Rainbow Warrior en Nouvelle-Zélande par les services secrets français en 1984, ou bien l'avion civil cubain transportant des athlètes olympiques dynamité par la CIA dans les années 1970.
Les adversaires de ces groupes ou factions utilisent souvent le terme terrorisme pour désigner ces actions souvent meurtrières. Il faut donc être prudent car taxer ses adversaires de terroristes est une arme politique usuelle.
Le terrorisme d'État
On parle de terrorisme d'État dans le cas où des actions terroristes ont été mises en œuvre, commanditées, manipulées ou complaisamment ignorées par un État (i.e. pas de mesure pour le stopper). Les méthodes employées sont strictement les méthodes du terrorisme (enlevement, sequestration et assassinat) mais sous couvert de la raison d'État, les agents de l'État impliqués bénéficient de la part de ses autorités de l'assentiment nécessaire à outrepasser le droit et du support logistique et/ou financier nécessaire à leurs actions. Cette absence de cadre légal représente donc une entorse aux fondements de la démocratie, quels que soient les objectifs recherchés.
Un exemple de terrorisme d'État est la « guerre sale » conduite par des services de l'État Espagnol à l'encontre du groupe armé nationaliste basque ETA. Le GAL - Groupe Antiterroriste de Libération - fut impliqué dans l'élimination physique de 37 personnes considérées comme appartenant ou soutenant l'ETA. L'affaire impliqua le gouvernement socialiste de Felipe Gonzalez dont le ministre de l'intérieur José Barrionuevo Peña et d'autres responsables furent finalement jugés et reconnus coupables dans le cadre de l'affaire 'Marey' (du nom d'un citoyen franco-espagnol séquestré par erreur par le GAL). En dépit de cette décision initiale, ces commanditaires d'actions terroristes beneficièrent d'une relative clémence de l'appareil judiciaire, comparativement aux membres de l'ETA qui arrivent en fin de peine initiale et dont la justice espagnole cherche actuellement à prolonger les condamnations.
L'expression « terrorisme d'État » est parfois utilisée pour décrire des agressions ouvertement commises par un État contre un groupe particulier. La terreur à la source du « terrorisme d'État » (des faits) peut aussi relever du « crime contre l'humanité » (un jugement).
Le terrorisme d'État est pratiqué par des services secrets à des fins politiques. Dans les années 1930, les services secrets soviétiques et italiens ont ainsi éliminé plusieurs de leurs opposants réfugiés en France. Pendant la guerre d'Algérie, les services français ont mené plusieurs centaines d''actions homicides' contre des responsables du FLN et de l'OAS. Après les indépendances, des dictatures comme celle de Saddam Hussein ont aussi pratiqué la liquidation de leurs opposants à l'étranger. Les démocraties modernes peuvent être accusées de terrorisme pour des actes comme le dynamitage du bateau de l'organisation Greenpeace nommé Rainbow Warrior en Nouvelle-Zélande par les services secrets Français en 1984, ou le financement des Contras au Nicaragua par la CIA dès 1981.
Les actes de violences conduits par des agents de l'état, par exemple un meurtre commis par un policier ou un militaire, lorsqu'ils ne sont pas commandités par l'état ne relèvent pas du terrorisme d'état proprement dit.
Le terrorisme économique
Le concept de terrorisme économique est controversé et le plus souvent utilisé de façon polémique ou démagogique pour associer le terme « terrorisme » à un pays, une entreprise ou un groupe accusé de pratiques abusives.
Il est néanmoins également utilisé de façon plus strictement définie pour désigner une tentative de déstabilisation économique par un groupe. Plus précisément, le Centre de politique de sécurité de Genève a défini en 2005 le terrorisme économique de la façon suivante :
« Contrairement à la 'guerre économique', qui est menée par des États contre d'autres États, le 'terrorisme économique' serait mené par des entités transnationales ou non-gouvernementales. Elle supposerait des actions variées, coordonnées et sophistiquées, ou des actes massifs de déstabilisation pour désorganiser la stabilité économique et financière d'un État, d'un groupe d'États ou d'une société (telle une société occidentale à l'économie de marché) pour des motifs idéologiques ou religieux. Ces actions, si menées, pourraient être violentes ou non. Elles pourraient avoir des effets immédiats ou infliger des effets psychologiques qui à leur tour peuvent avoir des conséquences économiques. »
Exemples de terrorisme
Voici une liste non-exhaustive d'actes terroristes :
Terrorisme d'État
Terrorisme politique
Autres appellations
Terrorisme à composante confessionnelle
Terrorisme séparatiste ou d'indépendance
- Assassinat de l'archiduc François-Ferdinand d'Autriche en 1914
- Le 22 juillet 1946, attentat à la bombe au Q.G anglais, installé dans l'hôtel King David à Jérusalem, perpetré par l'Irgoun de Menahem Begin et le Lehi
- Violence politique sioniste
- Les attentats des Tigres Tamouls au Sri Lanka
- l'IRA, le séparatisme basque, corse, breton, au Cachemire, en Nouvelle Calédonie
- L'enlèvement et l'assassinat du ministre du Travail du Québec Pierre Laporte, ainsi que l'enlèvement du diplomate britannique, James Richard Cross par une cellule du Front de libération du Québec (FLQ)
- La prise d'otages à l'opéra de Moscou puis à l'école de Beslan par des terroristes tchétchène
- Les attentats-suicides palestiniens en Israël depuis les accords d'Oslo jusqu'à nos jours
Méthodes terroristes

Désarmement d'une voiture piégée à Mossoul en Irak
Si le terrorisme se définit par sa finalité, il peut aussi se caractériser par des modes opératoires qui lui sont propres. C'est ainsi que les objectifs d'un attentat sont avant tout de marquer les esprits et non d'offrir un avantage stratégique comme lors d'opérations militaires d'une guerre conventionnelle.
Psychologie du terroriste
Il existe plusieurs pistes qui permettant d'expliquer pourquoi une personne est prête à adopter une existence clandestine, à affronter les organes de sécurité, voire à donner sa vie :
- facteurs personnels
- environnement social et culturel
- manipulation
- effets de groupe
Voir aussi
Articles connexes
Bibliographie
Études
- Jacques Baud, Encyclopédie des terrorismes et Violences politiques, Charles Lavauzelle, 2003.
- Jacques Baud, La Guerre Asymétrique ou la Défaite du Vainqueur, éditions du Rocher, 2003.
- Gérard Chaliand et Arnaud Blin (dir), Histoire du terrorisme : De l'Antiquité à al-Qaida, Bayard, 2004.
- Noam Chomsky, Pirates et empereurs. Le terrorisme international dans le monde contemporain, Fayard, 2003, 363 pages .
- François-Bernard Huyghe, Écran/ennemi. Terrorismes et guerres de l'information, éditions 00H00.com, collection Stratégie, 2002.
- Claude Moniquet, La guerre sans visage, de Waddi Haddad à Oussama Ben Laden, 2002.
- Nafeez Mosaddeq Ahmed, La Guerre contre la vérité, éditions Demi-lune, 2006, 512 pages, .
- Léon Trotsky, Terrorisme et communisme, Paris, 10/18, 1963, 315 pages.
- Dominique Venner, Histoire du Terrorisme, 2002, .
- Hoffman Bruce, La mécanique terroriste, Calmann-Lévy, 1999, 301 pages.
- Pedahzur Ami, Suicide Terrorism, Polity Press, 2005, 261 pages.
- Laqueur Walter, Voices of terror, Reed Press, 2004, 519 pages.
Revues
Liens externes
Notes et références