Biographie

Portrait de Tertullien
De sa vie, on ne connaît que bien peu de chose. Certains éléments biographiques se trouvent dans quelques unes de ses œuvres mais également chez
Eusèbe de Césarée (Hist. eccl. II, ii. 4) et
Jérôme (De viris illustribus, chap 53).
Il naît à Carthage entre 150 et 160. Son père, centurion dans une légion de l'armée romaine : la cohorte proconsulaire, meurt très tôt. Excellent élève, il étudie la rhétorique, la jurisprudence, l'histoire, la poésie, les sciences et la philosophie. Devenu avocat et professeur de rhétorique, il est promis à une brillante carrière.
C'est vers 197-198 qu'il se convertit au christianisme. Il semble qu'il est séduit par l'esprit de sainteté qu'il trouve aux chrétiens, par leur humilité, leur abnégation face aux persécutions et la hauteur de la doctrine évangélique. Celle-ci est soudaine et décisive. Il dira plus tard : « on ne naît pas chrétien, on le devient » (Apol, xviii). Adversaire du paganisme et moraliste intransigeant (cf. ses traités sur la femme, le mariage, la chasteté ou le jeûne), il est le premier auteur latin à tenter une synthèse entre christianisme et philosophie païenne.
Il épouse une chrétienne. Peut-être est-il devenu prêtre. Mais c'est l'année 207s qui marque un tournant dans sa vie avec son adhésion au montanisme. Rompant avec l'Église traditionnelle, ses positions deviennent plus rigoristes. Paradoxalement, il combat avec encore plus d'acharnement les hérésie gnostiquess qui minent la chrétienté au et il a beaucoup inspiré Cyprien de Carthage.
Il meurt à Carthage vers 230-240.
Théologie et morale
À la fin du et au début du
III, Tertullien inaugure la littérature chrétienne de
langue latine et, avec lui, commence une
théologie dans cette langue. Lors de son audience générale du
30 mai 2007, le
Pape Benoît XVI, dans la série des
catéchèses qu'il prononce habituellement lors de ses audiences, fit une communication sur ce
Père de l'Église, dont « l'œuvre porta des fruits décisifs, qu'il serait impardonnable de sous-évaluer
[Osservatore Romano du 31 mai 2007]. » Le pape insista sur les apports théologiques essentiels contenus dans les écrits de Tertullien, notamment ses écrits à caractère
apologétique, qui sont les plus célèbres. Ils manifestent, selon lui, deux intentions principales : réfuter les graves accusations des
païens à l'égard de la
nouvelle religion et répandre le message évangélique par le dialogue avec la culture du temps. Le Souverain pontife souligna, à propos de la
Sainte Trinité : « De plus, Tertulien accomplit un pas immense dans le développement du
dogme trinitaire : il nous a donné en latin le langage adéquat pour exprimer ce grand mystère, en introduisant les termes « une substance » et « trois personnes ». De même, il a beaucoup développé aussi le langage qui exprime correctement le mystère du
Christ, Fils de Dieu et vrai homme
[Osservatore Romano du 31 mai 2007]. »
Marcel Simon (La Civilisation de l'Antiquité et le Christianisme, Paris, 1972) déclare que :
L'apport de Tertullien dans les controverses christologiques et trinitaires est important. Ses conclusions s'apparentent sur plus d'un point à celles que formuleront plus tard les grands conciles orientaux. Il affirme l'unité de Dieu. Elle ne se divise pas mais se distribue en 3 personnes numériquement distinctes, en une trinité qui ne compromet en rien l'unité. Chacune des personnes de cette trinité, étant de la même substance, est Dieu. Le Christ est à la fois Dieu et homme, composé de 2 substances unies sans se confondre, dans une seule personne. Mais à côté de ces aspects proprement spéculatifs, certains autres aspects de la pensée de Tertullien reflètent la mentalité juridique des Romains et sa propre formation de juriste. Il insiste sur des notions comme celles de mérite et de satisfaction. La rectitude morale de sa conduite vaut à l'homme des mérites au regard de Dieu. À l'inverse, s'il agit mal, il devient débiteur devant Dieu et lui doit satisfaction. Bien qu'il soit passé à l'hérésie montaniste, Tertullien est vraiment le fondateur de la théologie latine et contribue à lui imprimer, vis-à-vis de la théologie grecque, certains de ses traits originaux.
Critiques
Nicolas Malebranche, dans un passage fameux de son livre
De la recherche de la vérité, critique chez Tertullien les excès de l'imagination. Il lui accorde ainsi « plus de mémoire que de jugement, plus de pénétration et d'étendue d'imagination, que de pénétration et d'étendue d'esprit » (
De la Recherche de la vérité, livre second, partie 3, ch. III 
). Malebranche, pourtant plutôt admiratif de l
'Apologétique de Tertullien et de sa
Prescription, voit tout particulièrement dans l'ouvrage
Du Manteau, l'expression de ce mauvais tour qu'ont les esprits en proie à une imagination déréglée.
Œuvres
- Ad martyras
- Apologétique
- De la chair de Jésus-Christ
- De la couronne du soldat
- De la fuite pendant la persécution
- De la monogamie
- De la patience
- De la pénitence
- De la prescription
- De la pudicité
- De l'ornement des femmes
- Des spectacles
- Du baptême
- Du jeûne, ou Contre les psychiques
- Du manteau
- Exhortation à la chasteté
Notes et références
Bibliographie
Œuvres
- Ernest Evans, De Resurrectione carnis liber (Treatise on the resurrection), éd. Society for promoting Christian knowledge, Londres, 1960
Étude
- Vincent Serralda et André Huard, Le Berbère... Lumière de l'Occident, éd. Nouvelles éditions latines, Paris, 1990
Liens externes