Contexte d'apparition
Les dynasties
Sui et
Tangss furent pour le bouddhisme chinois une époque d'épanouissement pendant laquelle les écoles se multiplièrent. Les Chinois avaient désormais à leur disposition un très grand nombre de textes canoniques (
sutra), provenant de différentes écoles et époques du bouddhisme indien, apportés par des moines d'Inde ou d'
Asie centrale ; ils partaient eux-mêmes à la recherche de sources 'authentiques' en
Inde, comme le célèbre
Xuanzang. Une importante activité de traduction commencée au se poursuivit jusqu'à la fin des Tang. Ces traductions se faisaient en équipe composées de moines chinois et étrangers, dont le plus célèbre est
Kumarajiva, actif au début du ; les traductions auxquelles il a participé sont devenues des références. Plus familiarisés avec les textes indiens, les Chinois commencèrent à les interpréter à leur façon, incorporant des concepts de leur propre culture,
taoïstesss par exemple. Des sutras
apocryphe furent rédigés, particulièrement sur les sujets importants pour la culture locale, comme la piété filiale. Les sutras chinois ou traduits en chinois seront ultérieurement empruntés par les Japonais, les Coréens et les Vietnamiens.
Il fallait donc expliquer les contradictions entre les différents textes. Une idée répandue, qui trouvait sa justification canonique dans certains passages, était que le Bouddha n'avait pas révélé dès le début son véritable dharma, mais avait adapté l'enseignement au public et à son niveau de sagesse, idée qui trouvait d'ailleurs une résonance dans la conception confucéenne de l'enseignement. Les différentes écoles s'accordaient sur l'idée que l'enseignement du hinayana était moins avancé que celui du mahayana ; la plupart considéraient que la nature de bouddha existait en chacun ; néanmoins, elles ne s'accordaient pas sur les sutras de référence et n'avaient pas la même interprétation de la nature des phénomènes de l'existence. L'école Tiantai, pour laquelle le Sutra du Lotus contenait la révélation suprême du bouddhisme, offrait une doctrine en harmonie avec la pensée chinoise et particulièrement écléctique et syncrétiste, matrice idéale pour toutes les variantes locales du bouddhisme ; ce fut l'une des raisons de son succès.
Évolution
En Chine

Huisi, deuxième patriarche chinois

Zhiyi, troisième patriarche chinois

Guanding, quatrième patriarche chinois
La doctrine de Tiantai, qui lui avait valu une célébrité rapide, en faisant sous les Sui l'école dominante, était à la fin de la dynastie assez achevée pour ne plus guère laisser de latitude de développement ultérieur. Sous les Tang l'école était déjà en perte de vitalité, particulièrement après la mort de Guanding où la moitié de ses disciples rejoignirent d'autres courants. La situation géographique du
mont Tiantai, éloigné des capitales où vivaient les classes aisées et cultivées qui constituaient son public principal, était un handicap pour ce courant surtout exégétique et intellectuel. Le dernier maître à exercer une influence notable fut Zhanran, moins d'ailleurs sur la pensée que sur les rituels, s'appuyant en partie sur le
Sūtra Avatamsaka.
L'école s'effaça à la suite des persécutions du pendant près de cent ans, puis reparut sous le royaume de Wuyue grâce au soutien de son souverain, qui fit venir du royaume de Koryŏ les textes détruits pendant les troubles des décennies précédententes. Elle fut donc en mesure sous les Song de reprendre la lutte de rivalité entamée au contre l’école Chan, avec qui elle entretenait d’ailleurs des relations de cousinage par l'intermédiaire de maîtres qui furent camarades d'étude, de transfuges et d'influences. C'est également sous les Song qu'un moine Tiantai fonda l'École du lotus blanc que ses dérives taoïstes rendront célèbre.
Tiantai s'effaça presque totalement à partir des Yuan, sans toutefois disparaitre totalement car il existe encore de nos jours des moines qui s'en réclament. Elle resta néanmoins une référence doctrinale majeure avec Huayan, une autre branche exégétique et spéculative.
Au Japon
voir article principal :
Tendai
Saicho, encore appelé Kogyo Daishi (傳教大師 767-822), l’importa au Japon au où sous le nom de Tendai elle supplanta les écoles de Nara qui l'avait précédée grâce au soutien de la famille impériale. Se développant parallèlement au Shingon, elle intégra des éléments tantriques absents de l’école chinoise. Au , le moine Nichiren, une personnalité originale à la vie mouvementée, réaffirma la prééminence du Sutra du Lotus en approfondissant à sa façon les spéculations de Zhiyi et fonda l'école qui porte son nom. D'autres moines célèbres sortirent de l'école Tendai pour créer leur propre mouvement : Honen et Shinran pour l'amidisme et Dogen pour le sōtō Zen.
L'école Cheontae est la forme coréenne de Tiantai.
Philosophie
La tradition de l'école prête à Huiwen, son premier maître chinois, la révélation initiale obtenue en lisant dans le
Traité de la voie moyenne de
Nagarjuna : « Ce qui est produit par des causes est identique à la vacuité...c'est le sens de la voie moyenne ». Il aurait transmis cette révélation au second maître, Huisi, dont Zhiyi l'aurait reçue. Cependant, les historiens contemporains considèrent ce dernier comme le véritable auteur de la doctrine de Tiantai, que le sixième maître, Zhiqi, aurait contribué à préciser.
Zhiyi regroupe les enseignements des différents nikayas et sutras mahayana en cinq époques et huit types d’instruction convenant à différents niveaux de sagesse. Il fait usage d'un concept largement développé dans le Sutra du lotus, celui des 'moyens expédients' (upaya) , méthodes éventuellement peu orthodoxes (recours à la magie etc.) mais parfois mieux adaptées au niveau du pratiquant et donc plus efficaces pour le guider dans la voie. Aucun écrit bouddhiste n'est donc rejeté, mais ils ne situent pas tous au même niveau : les sutras hinayâna sont de manière générale plus éloignés de la vérité absolue, la meilleure expression de celle-ci se trouvant dans le Sutra du Lotus, version définitive de l'enseignement du Bouddha. Cette opinion s'appuie sur la façon dont le texte rapporte son vœu de sauver tous les êtres : « Dès l'origine je résolus... ». Cette formule est interprétée par les penseurs Tiantai comme l'exposé explicite de son intention de développer sa révélation progressivement.
Tiantai rejette l'idéalisme pur de certaines écoles indiennes comme celle de Nalanda où avait étudié Xuanzang, qui voient dans les phénomènes du monde une pure production de l'esprit. Pour les maîtres Tiantai, qui refusent la dualité de la matière et de l'esprit, le monde des phénomènes transitoires est bel et bien une réalité, mais conditionnée et impermanente, dont on doit comprendre la vacuité essentielle, la voie moyenne étant le chemin qui permet d'appréhender simultanément ces deux aspects et de parvenir à la vérité suprême.
Tiantai préconise donc la 'triple contemplation' (Yixinsanguan 一心三觀):
- Tous les phénomènes ont une réalité transitoire (contemplation de l'illusion guanjia 觀假)
- L'essence de tous les phénomènes est la vacuité (contemplation de la vacuité guankong 觀空)
- Tout est absolument vide et transitoirement réel à la fois (contemplation de la voie médiane guanzhong 觀中)
C'est en revenant à la voie médiane que le
bodhisattva peut faire preuve d'une compassion éclairée et adaptée à la situation.
Cette triple contemplation, combinée avec une représentation de 3000 univers différents, donne la 'contemplation des 3000' (yiniansanqian 一念三千).
Voir aussi
Sūtra du Lotus |
Bouddhisme mahâyâna |
Tendai |
Saichô |
Huayan
Bibliographie
- Jean-Noël Robert Le Sutra du Lotus suivi du Livre des sens innombrables et du livre de la contemplation du Sage-Universe, Fayard, Paris, 1961
Liens externes